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Le Tôlier

De
330 pages

Voici contée une aventure peu commune mais vécue par l’auteur.

Au lendemain de l’achat d’un restaurant dîner-spectacle dansant dans le Vieux Lyon, Bono est convoqué par la P.J. Après quatre heures d’entretien, fait de questions dont il ne comprend ni la raison ni le but, le commissaire Boss, finit par lui apprendre que le Parrain de la mafia lyonnaise est l’ex-patron de ce commerce. Ses conclusions sont sans appel : pour pouvoir acheter cet établissement, Bono est soit un grand truand, soit un pauvre idiot. Il sera placé sous haute surveillance. Comment se sortira-t-il de ce guêpier ?

Humour, suspense, violence, peur, érotisme et poésie colorent la trame de cette histoire palpitante.


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Couverture

Image couverture

Copyright

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cet ouvrage a été composé par Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-71963-8

 

© Edilivre, 2015

Citation

 

 

De son aube à son crépuscule, la vie voit sa courbe monter puis s’infléchir, mais elle laisse à sa lumière souvent par de sombres nuages menacée, suffisamment de force pour illuminer nos jours… Rien n’est jamais perdu, il y a toujours l’espoir d’instants meilleurs.

 

 

J’avais vendu mon âme au diable, vu mon désespoir il me la rendue…

Pitch

Cette aventure vécue et peu ordinaire, est celle d’un monsieur tout le monde confronté au grand banditisme alors qu’il n’y est pas du tout préparé. Contée avec réalisme, elle entraîne le lecteur dans une spirale de suspense, d’érotisme, sexe et d’humour, dont il est difficile de s’extirper…

Avertissement

Ce livre comporte des descriptions de scènes d’amour réalistes qui pourraient choquer les personnes qui ont des idées arrêtées sur ce sujet.

Le langage particulier des personnages est celui pratiqué et n’est pas une erreur orthographique ni de grammaire ou de français.

Synopsis

Voici contée l’aventure peu commune réellement vécue par l’auteur. Au lendemain de l’achat d’un restaurant, diner, spectacle, dans le vieux Lyon. Bono est convoqué par la P.J. Après quatre heures d’entretien, fait surtout de questions dont il ne comprend ni la raison ni le but, le commissaire Boss qui les lui pose, finit par lui apprendre que le Parrain de la mafia Lyonnaise est l’ex-patron de ce commerce, et que la pègre qui va avec en est la clientèle. Ses conclusions sont sans appel, pour pouvoir acheter cet établissement, Bono est un grand truand ou un pauvre idiot. Il sera sous haute surveillance.

Ne croyant pas à ce qu’affirme le commissaire, Bono lui fait une promesse qu’il pense pouvoir tenir sans effort. Mais dès le premier soir de l’ouverture, une rixe entre bandes rivales dans son établissement, lui ouvre les yeux sur la réalité. Il comprend alors que de longues années de danger et d’angoisse viennent de commencer.

Comment cette aventure se terminera-t-elle ?

Préface

Cette histoire, raconte l’aventure peu commune que j’ai personnellement vécue. Une tranche de vie d’un monsieur tout le monde, qui se retrouve bien involontairement plongé dans un univers qui n’est pas du tout le sien, où angoisse, peur, suspense de chaque soir, et aventures galantes forment un cocktail des plus surprenants. Marqué par les évènements qui en ont suivi, j’écris ces lignes de nombreuses années après par manque de temps, avec un souvenir intact, afin de tenir la promesse que je m’étais faite, d’en écrire un livre, si je m’en étais sorti vivant.

La vie est un chemin plein d’inconnu, cahoteux, rempli d’embûches à éviter, de montagnes à escalader, de forêts obscures à pénétrer, et de torrents à traverser. Seul le bout du voyage nous est connu. Elle n’est, somme toute, qu’une aventure qui sert à alimenter ma phrase à la fin de mon roman.

J’ai décrit cette expérience telle qu’elle s’est déroulée, avec ses successions de brutalités, de joies, de peines, d’amour de poésie, de sexe, d’érotisme, gardant une façon réaliste de les exposer, pour en faire ressentir les émotions que j’ai personnellement éprouvées. Le tout est enveloppé d’une bonne dose d’humour afin d’en rire pour ne pas en pleurer.

Le tolier

Novembre 1981

Les murs repeints, les meubles neufs, laissent supposer que l’administration de la police judiciaire a des moyens. Il est vrai que j’ai largement bénéficié de cette manne en tant qu’entrepreneur de travaux de bâtiments. La plupart des commissariats de police ont été refaits par mon entreprise. Aujourd’hui, si je suis ici, ce n’est plus en tant que tel. J’ai acheté une affaire, un restaurant « spectacle dansant, espagnol ». Une convocation m’a amené à rencontrer les représentants de cette admirable administration qu’est la police judiciaire.

Deux caryatides de chaque côté de la porte semblent vouloir m’empêcher de sortir, bien qu’en tenue civile, on sent tout de même qu’il s’agit de flics.

La quarantaine, le menton volontaire, l’œil inquisiteur, le front dégarni, stature de rugbyman, des mains, plutôt des battoirs, complètent le personnage qui se trouve face à moi.

– commissaire Boss.

Je serre la main qu’il me tend. Il m’écrase les phalanges.

– Bono, je lâche mon nom dans une grimace de douleur.

Son visage s’ouvre d’un sourire, et se referme aussitôt.

– Votre nom n’est pas Bueno ?

J’infirme.

– Bono.

– Ah ! Vous êtes espagnol.

– Non ! D’origine italienne.

– Donc vous êtes d’origine italienne… pieds noirs.

– Non français, pieds noirs. Ce n’est pas une tare ?

– … Alors vous parlez l’italien…

– Non.

– L’espagnol ?

– Non plus.

Là je sens qu’il commence à s’énerver. Il pense que je me fous de sa gueule, c’est sûr. Mais on ne peut pas être ce que l’on n’est pas, même si ça peut faire plaisir à son interlocuteur, quand bien même un commissaire de police. Il faut avouer que ce début de discussion ressemble fort à un interrogatoire, et ça commence à sérieusement me les gonfler… Il continue.

– Vous parlez quoi alors ?

Je reste impassible, mais à l’intérieur c’est une chaudière qui monte en pression. Elle va certainement exploser si je n’ouvre pas la soupape. Je libère un peu de vapeur, calmement.

– Le français, j’ai cru que vous le compreniez.

– Vous’foutez de moi ?

Ça y est ! Il lâche les freins. Je découvre le personnage sous son vrai jour. Mielleux au départ, fou furieux à l’arrivée.

– Non. Mais vous me posez une question, j’y réponds.

Une des statues près de la porte s’agite d’un coup. Surprise ! Elle parle.

– On devrait le…

Le mouvement de torsion de la main qui accompagne sa phrase, laisse présumer des intentions malsaines qu’il a à mon égard. Je ne comprends toujours pas ce qu’ils me veulent. N’ayant rien à me reprocher, je reste sûr de moi.

– On se calme… Alors vous n’êtes pas italien, pas espagnol, vous ne parlez aucune des deux langues… Pourquoi avoir acheté un restaurant espagnol ?

Le commissaire reprend la main. Plus calme, il me fouille du regard, des fois que j’aurais des choses à cacher.

– Pourquoi pas ?

Il s’enfonce dans son fauteuil, se cale les reins, fronce les sourcils qu’il a épais. Voix sourde mais appuyée, il continue.

– Vous savez ce que c’est comme établissement au moins ?

– Oui un restaurant, dîner spectacle dansant, espagnol.

– Mais encore ?

Je reste sans voix. C’est quoi cette question ?

– Là, j’ai le sentiment que vous vous foutez vraiment de moi… Soit que vous êtes un grand voyou, soit que vous êtes le dernier des imbéciles. Vous ne savez vraiment pas ce qui se passe dans ce restaurant ?

Incrédule, mes épaules se soulèvent en signe d’incompréhension.

– Si… on y boit de la sangria, on y mange des paëllas, on y voit des spectacles espagnols, et on y danse après manger.

– Mais encore

– Je ne vois pas… J’y suis allé plusieurs soirs avant d’acheter, je n’ai rien vu de particulier.

– Rien vu de particulier d’accord… Mais ce restaurant vous en avez entendu parler… Non ?

– Pas spécialement.

Dépité, pesant ses mots, marquant un temps d’arrêt.

– … Cet établissement est connu pour être le repère de la Mafia. On soupçonne le patron actuel d’être… le Parrain du milieu lyonnais.

Là il me coupe les jambes, mais je ne veux rien laisser paraître. Je rectifie.

– L’ex…

– L’ex… quoi ?

– L’ex-patron…, l’actuel depuis hier, c’est moi, puisque j’ai acheté ce restaurant depuis hier. Vous le saviez commissaire puisque c’est pour cela que vous m’avez convoqué.

– Oui… Exact… Mais j’en reviens à ce que je vous disais… Je vous disais quoi au fait… ?

Je le sens déstabilisé, il se pose milles questions à mon égard. Mon côté faussement décontracté le perturbe.

– Milieu lyonnais… patron.

Ça y est voilà la deuxième gargouille qui se réveille.

– Ah, oui. Je disais donc que l’ex-patron était considéré comme le Parrain du milieu lyonnais, et qu’il voulait se retirer en ayant un successeur.

– Vous êtes sûr de vos sources ? – Je panique.

– Un peu que j’en suis sûr. Vous prenez la police pour des cons. Vous pensez peut être qu’on juge sans discernement.

– Si je peux me permettre, il me semble que pour moi ce soit le cas aujourd’hui. J’ai l’impression d’être ici plutôt en tant que prévenu que d’invité.

Il devient rassurant.

– On ne vous accuse de rien.

– Non, mais je sens que ça va venir.

– L’affaire des commissaires proxénètes, les Écuries du Roi, le Gang des Lyonnais, les Frères Zemour, vous en avez entendu parler : Hein ?

*
*       *

Un peu d’histoire s’impose : Les Écuries du Roi un scandale qui a défrayé les chroniques de la police lyonnaise dans les années 70. Pour la première fois était portée au grand jour l’affaire de policiers « ripoux» (bien que nous soyons en 1981, cette histoire qui a choqué l’opinion public, est encore bien dans les mémoires). Un commissaire des plus populaire et efficace dans le milieu de la mafia Lyonnaise, était accusé de proxénétisme. Aidé de certains de ses subordonnés, ils faisaient des descentes dans les hôtels de passe lyonnais. Ils mettaient la pression aux patrons des établissements concernés, en leur disant qu’ils allaient fermer leurs affaires et les foutre en tôle jusqu’à la fin de leurs jours. Ces derniers pris de panique revendaient une « poignée de cerises » leur turbin en sous-main à des acheteurs envoyés par les policiers « ripoux », qui l’affaire conclue, faisait tourner à plein pot les filles qui s’y trouvaient, elles aussi sous la menace d’être arrêtées pour prostitution. L’affaire était juteuse, et le PC de cette bande de dévoyés se situait aux fameuses « Écuries du Roi ». Elle était aussi une boite de passe, où ces messieurs s’en donnaient à cœur joie, champagne et filles à volonté.

Parfois ils allaient fêter la réussite d’une affaire dans le restaurant que je venais d’acheter. Cet établissement, situé dans le quartier du « Vieux Saint Jean » lyonnais, connu pour le coté sympathisant du patron pour les malfrats, était fréquenté par toute sortes de mafieux, entre autre par de gros proxénètes parisiens, de passage à Lyon en transit sur Marseille. La petite histoire veut qu’un membre de l’une de ces bandes, ayant trahit le clan se serait fait descendre dans mon établissement.

Il y avait aussi à cette époque, une bande de gangsters qui semait la terreur sur la ville et que l’on nommait « le Gang des Lyonnais », qui eux aussi étaient des clients assidus de mon nouveau commerce, d’où la précision du commissaire Boss.

*
*       *

Je ne brille plus, il touche un point sensible. Personne ne peut avoir oublié ces affaires, qui ont jeté l’opprobre sur la police lyonnaise.

Aussi je suis bien obligé de reconnaître.

– Oui la presse, la radio, sinon rien… quoi… De l’information un point c’est tout.

Le ton de ma voix a changé laissant percevoir une certaine inquiétude. Ça le conforte dans ses soupçons à mon égard. Il se redresse, son dos quitte l’appui douillet du fauteuil. Les manches retroussées, ses bras, que je trouve velus, se tendent, ses mains, pardon ses battoirs s’ouvrent pour recueillir enfin une confession…

– Ben voilà ! Quand vous voulez y mettre du vôtre on finit par se comprendre, n’est-ce pas ?

Je sens la menace. Je pars.

– Doucement commissaire, se comprendre sur quoi ?

– Eh bien ! Vous le connaissez bien ce restaurant, puisque vous savez ce qui s’y est passé. Tous les événements, les personnages que je vous ai cités, sont passés dans cet établissement.

– Je n’ai pas fait le rapprochement. A l’époque, je ne pensais pas acheter un restaurant. Aussi, je n’ai pas noté que tout ceci s’était passé là.

– Ben… Voyons ! C’est l’évidence même. Vous ne saviez pas ! Très bien, en attendant ce que je sais moi, c’est qu’on va vous avoir à l’œil et si l’ex-patron on n’a pas réussi à le faire tomber, vous on ne vous ratera pas. Le moindre faux pas (Geste du poignet qui ferme une serrure) Couic… On vous serre et pour longtemps. Je me suis bien fait comprendre ?

Pas très bien, mais je ferais avec.

– Pouvez disposer…

Il se lève, fait signe de s’écarter aux deux gardes du corps. Je me dirige vers la porte que je trouve vraiment loin. Je me retourne, lui adresse quelques mots, en forme de conclusion.

– Si ce que vous dites sur ce restaurant est exact, il est vrai que je suis un abruti de l’avoir acheté. Mais par contre, ce que je puis vous dire, c’est que j’en ferai une affaire honnête, sinon vous viendrez à mes funérailles.

Je sors.La porte se referme. Je ne sais pas si c’est moi qui l’ai tirée, ou si ce sont les deux caryatides qui me l’on claquée dans le dos. Je reste un instant sur le seuil à écouter, curieux de savoir ce qu’ils vont se dire.

Mon départ laisse le champ libre aux supputations. Un inspecteur, le plus petit, plus agressif, plus soupçonneux dont je reconnais la voix, attaque.

– Patron, c’est un voyou. Il nous a menti tout le long. J’ai bien observé son attitude : il n’était pas à l’aise.

Attaque soutenue par le deuxième, aussi con que grand.

– On va le filocher patron, on le lâche pas d’une semelle, on finira par l’avoir, il n’a pas l’envergure de l’ex-tôlier.

Le commissaire reste plus réservé.

– Je ne sais pas, bizarre comme type, il m’est sympathique, il faut d’autant plus s’en méfier. Allez ! Affaire à suivre.

*
*       *

Je roule dans ma caisse, la tête en feu. Je rêve, c’est un cauchemar. Je vais me réveiller c’est sûr… Je me pince, ce qui permet à ma titine de faire une embardée… Coups de klaxons, insultes, la totale. Je suis bien réveillé… Si tout ce que m’a dit le commissaire est vrai, je n’ai plus qu’à prendre une bonne assurance vie, faire mon testament, et commander un enterrement de première classe… Si possible.

Il faut que j’en ai le cœur net. Je fonce vers ma nouvelle affaire. L’enseigne “El Condor” au-dessus de la porte, me donne la chair de poule, je n’avais pas fait le rapport. Maintenant j’analyse et bizarrement je pense « vautour ». Je suis dans le nid d’un rapace.

Je rentre, l’intérieur m’apparaît tout à coup rébarbatif. Deux salles, une première avec à droite de l’entrée, le bar en chêne décoré de formes géométrique, surplombé d’une corniche découpée en arabesques, ainsi que des glaces de style mauresque qui habillent les murs, rappelant les décors espagnols. Des rayons en verre supportant des bouteilles et autres verreries y sont accrochés. A gauche, un coin salon, composé de petits guéridons avec une banquette qui court jusqu’à l’ouverture de la seconde salle, dans laquelle on accède par une ouverture en arrondie, large d’une personne et demie seulement. Ce deuxième endroit est lui aussi décoré de glaces et appliques de style andalou, il sert d’espace restaurant et dancing. Le sol est recouvert d’un plancher, pour permettre aux danseurs de « zapatéado » d’exhiber leur talant en martelant le sol de leurs talons.

L’obscurité des lieux uniquement éclairée par des lumières indirectes, sans ouverture sur l’extérieur, me donnent l’impression d’être dans un caveau, plutôt un repaire.

A la suite de cette deuxième salle, il faut passer dans une alcôve qui sert de réserve aux assiettes et différents ustensiles nécessaires au service. Elle débouche sur une cour intérieure qui permet de sortir sur la rue sans repasser par le restaurant, et d’accéder à la cuisine. Devant celle-ci démarre un escalier en colimaçon, caractéristique des vieux quartiers lyonnais, qui permet de monter dans les appartements. Le premier pour les artistes, logés gracieusement comme prévu dans leur contrat. Le deuxième m’est réservé. Le troisième et le quatrième sont destinés au personnel. Eux aussi sont logés gratuitement selon leur contrat de travail… Tout ce qu’il faut pour me faire délirer, avec en prime ce que m’a dit le cher officier de police. Avant notre entretien, je ne me souviens pas d’avoir ressenti cette impression de mort subite lors de ma visite des lieux en vue de l’acquisition. Avec le recul, je n’aurais certainement pas acheté. Peu importe, maintenant faut assumer. J’appelle le personnel.

Ils arrivent à la queue leu leu, nonchalants, l’œil interrogateur : Deux serveurs, un cuisinier. Je veux aller directement au but, j’ouvre le feu.

– Salut les gars… On va faire bref, d’accord ?… Bien. ! C’est quoi la clientèle ici ?

Surpris, ce n’était pas la question à laquelle ils s’attendaient. Boule de bowling plantée sur deux épaules trapues, incrustée de deux billes noires, tel m’apparaît le visage de Tomy. Taille un mètre cinquante tout au plus, il a l’esprit vif, aussi malin qu’un singe. C’est le type même du serviteur dévoué si le maître est à la hauteur, sinon attention ! Ça peut être le pire du conspirateur pour le foutre en l’air.

Sa voix grave surprend, sortant d’un si petit corps, mais elle est sûre et affirmée.

– C’est quoi que vous voulez savoir patron ?

– Quels genres d’individus fréquentent cet établissement à part la clientèle classique.

– Ben… Y’a un peu de tout, comme partout.

– Pas de conneries d’accord, tu me réponds en clair : cinq sur cinq… Ok ?

Ce n’est plus moi, mais faut que je m’adapte, si je veux m’en sortir je dois parler leur langue, épouser leurs attitudes. Difficile, mais je sens que la volonté de m’en sortir m’aide. La parole que j’ai donnée au commissaire me tient au ventre. Je ne dois pas faillir.

– Patron, faut pas vous énerver, Tomy, il a raison. Y’a de tout un peu… Quoi !

Bouclés ses cheveux noir, associés à une attitude cambrée style matador, laissent deviner l’espagnol pur. Juan c’est son nom, immature, toujours un sourire niais sur les lèvres, on ne peut lui faire aucune confiance. Il est prêt à tout pour “faire du pognon”, comme il dit. C’est lui qui me donne cette réponse qui ne me convient pas.

– Toi l’écho, j’ai les tympans fragiles. Alors les conneries ils z’aiment pas, faut pas me les chauffer si non çà va péter.

Je sens que je fais fort, je suis content de moi.

Le sourire rare mais charmeur, cachant sa timidité derrière un mutisme particulier. Quarante ans, le visage déjà bien marqué, de taille petite lui aussi. Tonio, en qui on sent l’homme de confiance (un vrai tombeau). Son rêve : devenir un grand chef. Il se lâche. Son intervention confirme mon jugement.

– Le patron il a raison. Faut dire que y’a un genre de clients qu’on préférerait les voir ailleurs. Mais depuis le temps, c’est plus possible de les faire partir. Et puis c’est la clientèle qui paye le mieux et qui a le plus d’argent. Alors c’est un choix… A vous patron de décider.

Il me la coupe, je ne sais plus ce que je dois décider. En clair c’est garder la mauvaise clientèle (Ce qui confirme les dires du commissaire) ou bien s’en débarrasser, et comment ? Et si toutefois j’y arrivais ce serait la ruine de mon affaire. Je passe ma main dans mes cheveux que je sens se hérisser. Bon Dieu ! “Mais qu’est-ce que je suis venu faire dans cette galère”. Je veux me donner une contenance. Ils ne doivent pas voir mon désarroi, c’est mauvais. Ils me jaugent. Tout va dépendre de ces quelques minutes, ou ils m’acceptent, ou ils me rejettent comme un cave, alors je n’aurais plus d’autorité sur eux, et je ne vous parle pas de la fameuse clientèle. Je passe derrière le bar, je n’ai pas encore vraiment fait le tour de cet établissement que j’ai acheté sur un coup de tête. Ras le bol de mon entreprise de bâtiment, ras le bol des engueulades avec mon épouse, qui me reprochait les aventures féminines que me procurait ce métier. J’ai pensé que le changement pourrait recoller notre couple qui bat de l’aile…

*
*       *

Oui je fais mon « mea culpa«, j’ai été un mari des plus volage, mais à qui la faute ? Depuis l’âge de seize ans le besoin de femmes m’a poursuivi. Je développe :

Fils de gendarme vivant en caserne, l’époque voulait qu’une discipline de tous les instants soit respectée, surtout éviter l’adultère. Or une voisine qui flashait sur mon père et ne pouvant l’avoir, fini par s’intéresser à moi, et c’est ainsi que commença mon destin d’homme volage, bien contre mon gré.

Cette femme très douée pour le sexe au demeurant, m’ayant pris dans les mailles de son filet, âgée de quatorze ans de plus que moi, m’apprit tous les arts et les subtilités que pouvait apporter le sexe.

A l’époque pour moi il s’agissait d’une vieille personne, vu notre écart d’âge. Avec le temps son souvenir est celui d’une femme belle, bien faite sous tous rapports. Un visage ovale, encadré de boucles anglaises noires geais, deux pierres de jade pour yeux, aussi profonds que les abysses. Une bouche voluptueuse gourmande et toujours bien dessinée, grâce à des rouges à lèvres choisis avec soins. Une poitrine ferme et lourde de quoi damner le diable lui-même. Des fesses de déesse, enfin un corps en tous points fait pour l’amour avec une peau au grain aussi fin que de la soie. Le tout était agrémenté d’une sexualité débordante.

Elle m’apprit ce qu’était la façon d’embrasser, lors de notre premier baiser, en forçant délicatement mais sûrement mes lèvres, ostensiblement fermées, à s’ouvrir, en les entrouvrant avec sa langue douce et fouineuse. Comme une couleuvre sacrée, elle pénétra en moi pour se lover avec délectation autour de la mienne, puis caresser mon palais, entraînant un frison de plaisir infini.

Je reconnais avoir chevauché certains soirs, alors que son époux était en mission, une superbe jument dont les coups de rein imprévisibles, plus d’une fois me firent me retrouver parterre. Mais toute bonne chose à une fin, celle-ci en eut une qui faillit être dramatique.

Nous étions en Algérie c’était dans les années 50, le FLN (Front de Libération National) commençait à faire sérieusement parler de lui, aussi par mesure de précaution des tours de garde de la caserne, étaient assurés par les gendarmes. Une nuit où mon père allait relever la sentinelle, celle-ci le mit en joue, c’était le mari de ma maîtresse. Convaincu que c’était mon père qui « baisait » sa femme, il était prêt à faire feu, laissant supposer qu’il prenait dans l’obscurité totale de cette nuit sans lune, son remplaçant pour un terroriste. Après une discussion sans fin, mon père dû jurer ne plus approcher son épouse, bien qu’il ne fût pour rien dans cette affaire.

Mais l’histoire n’en resta pas là. Le lendemain, accidentellement en passant dans le couloir qui menait à la salle de séjour, j’entendis mon père narrer à ma mère sa mésaventure, qui une fois de plus tourna à l’orage. Ma mère elle aussi depuis un bon moment, était convaincue que son mari la trompait avec cette femme, et bien sûr elle en remit une couche à mon pauvre papa, qui ne sachant plus à quel saint se vouer quitta la salle de séjour complètement dépité.

Comprenant que cette situation allait foutre en l’air le couple inséparable que formaient mes parents, je me décidais, bien que confus et culpabilisant à mort, de tout dire à ma maman. Bien sûr elle ne put en croire ses oreilles. Au contraire, elle pensât, que dans mon innocence, je voulais couvrir mon père. Mais elle fut complètement convaincue lorsque je lui donnais certains détails de l’anatomie de ma bouillante maîtresse. Entre autre, elle avait une jolie tache en forme de cœur sur la fesse gauche, particularité qu’elle avait par coquetterie confiée à ma mère. Je passerais sur les détails de la stupéfaction, puis des reproches et recommandations de ma chère et tendre maman, qui se terminèrent par la promesse de ne plus rencontrer cette femme démoniaque. Elle m’imposa d’aller « illico presto » confier ce pêcher à notre bon curé.

J’ai tenu la première promesse mais non pas la seconde, craignant de donner une bonne adresse à ce saint homme qui on le savait se tapait pas mal de ses « grenouilles de bénitier ».

Mais c’est comme je le disais au début de cette histoire, le destin m’a poursuivi, et les femmes n’ont eu de cesse de m’ensorceler de leurs charmes pour m’avoir dans leur lit. Je dois humblement reconnaître ma faiblesse à leur égard, n’ayant pas toujours su ne pas céder à leurs avances. Peut-être ai-je pendant des années, cherché à retrouver auprès d’une femme, les mêmes émotions et plaisirs que j’avais eus à l’aube de ma vie d’adulte, ne les ayant jamais trouvés. Il est vrai que nos émotions « d’enfant-adultes » ne sont jamais les mêmes que ceux que l’on ressent à l’âge mûr. Je pense que de là vient mon infidélité, qui contrairement à ce que l’on peut croire, a été pour moi plus une source d’ennuis que de réussite. A l’encontre de ceux qui pourraient penser le contraire, je ne me cherche pas d’excuse.

Mais trêve de rêverie et de bavardage et revenons au présent.

Je passe derrière le bar :

Surprise ! J’hurle !

– C’est quoi ça ?

Tomy vient près de moi, front plissé, interrogateur. Pour lui ici tout est normal et ne justifie pas de cri de ma part.

– Ah… Çà ? C’est des matraques. Des fois, le soir on en a besoin… Y’a des clients qu’il faut foutre dehors… Alors…

– Vous n’allez pas me dire que vous prenez les clients à coups de matraques.

C’est Juan qui attaque, mi-figue mi-raisin,

– Ben !. Si patron. Mais pas tous, certains seulement.

– Encore heureux… Bien, vous me foutez tout ça à la poubelle.

Je suis vraiment tombé dans un antre de fous. II faut faire du ménage, remettre de l’ordre dans ce bordel. J’ai l’impression que ma tête va éclater. Je continue à hurler… Pourquoi ? Je n’en sais rien, histoire de me donner une forme d’autorité… Je crois que lorsqu’on travaille avec des fous c’est-ce qu’il faut faire pour être compris ! ?

– Et vous ne discutez pas. Maintenant on va jouer sur un autre registre. Les coups appellent les coups, les armes appellent les armes, alors on vire tout çà à la poubelle et on la joue à ma manière.

Tomy admiratif ne peux retenir son émotion devant un tel verbiage. Il est vrai que leur vocabulaire à tous trois est plutôt restreint.

– Qu’est-ce que vous parlez bien patron.

Juan toujours pessimiste, pense bon d’affirmer :