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Le Trésor de Galamus

De
194 pages

Février 1937, en pleine guerre d'Espagne, des hommes transportent un mystérieux chargement... De nos jours, dans une école d'une petite ville des Pyrénées, une directrice est sauvagement agressée.

Par qui ? Et pourquoi ? Quel lien entre ces deux événements ?
Sébastien, instituteur, va essayer de résoudre cette énigme. Sa quête le mènera en Corse, et en Franche-Comté pour aboutir à une fabuleuse découverte...


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Cet ouvrage a été composér Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-98435-7

 

© Edilivre, 2017

Préambule

Espagne, 1937.

« Il fait froid, si froid… », songeait Basile, à demi paralysé par le vent glacial qui s’engouffrait sous sa vareuse devenue inutile. Ce mois de février 1937 était terrible pour cet apprenti soldat sans allure, dont l’uniforme était usé jusqu’à l’épiderme. Basile, malgré son courage, montrait des signes de lassitude et commençait à douter. Ses pensées n’étaient plus aussi claires. Il se demandait si ses choix avaient été les bons… Quitter sa femme, son jeune enfant, pour s’enrôler dans ces brigades internationales… Au début de ce conflit, il lui paraissait évident qu’il fallait réagir contre cette poussée fasciste, véritable gangrène, qui menaçait non seulement l’Espagne, mais aussi toute l’Europe. Il ne pouvait pas rester indifférent à cette agression, et son devoir de citoyen libre l’avait amené logiquement à lutter aux côtés des Espagnols républicains. Mais était-ce vraiment une bonne idée ? Ces sacrifices en valaient-ils vraiment la peine ? Pourquoi la France ne réagissait-elle toujours pas à l’agression des troupes de Franco qui s’en prenaient à cette jeune république ? Ses pensées se bousculaient et s’entrechoquaient, un peu comme le ferait une boule de billard rebondissant sans cesse sur les bandes sans jamais trouver le trou libérateur.

La nuit avançait, les heures s’enchainaient sur ce pont maudit. C’était une nuit sans lune. Cependant, l’obscurité n’était pas totale ; des foyers avaient été allumés directement sur le pont pour réchauffer les sentinelles et leur donner un minimum de confort. Basile s’était placé autour du premier feu qui ouvrait le pont. Il était debout, les mains quasiment plongées dans les flammes, mais le froid s’obstinait et continuait de le torturer.

« Lieutenant ! Vous voulez du café ? Je viens d’en tirer deux litres ! », lui demanda d’une voix réchauffante John Bartod, un jeune paumé engagé dans ce conflit pour voir du pays et se créer des souvenirs. Basile n’était pas mécontent de faire un tour de garde avec ce jeune sergent montrant un franc optimisme. C’était à se demander si ce dernier avait toutes ses facultés, pour rester aussi tranquille face à une telle situation. Leurs ennemis remportaient victoire sur victoire et se rapprochaient dangereusement de Madrid. Le groupe de Basile tenait ce pont et constituait une sorte de verrou. Mais ils pouvaient tout au plus retarder de quelques heures une attaque massive. Basile savait que cet ouvrage était stratégique, que sa perte pouvait permettre à leurs ennemis de franchir le fleuve Jarama qui leur ouvrait les portes de Madrid. La capitale espagnole était quasiment encerclée. Devant cette poussée inquiétante, le général Pozas, chef des armées républicaines du centre, avait envoyé le bataillon André Marty en première ligne. Les combats avaient été durs et beaucoup de leurs camarades étaient tombés les armes à la main.

« Volontiers ! Un peu de café me fera beaucoup de bien !, lui répondit enfin Basile, perdu dans ses doutes.

– Si je peux me permettre, à mon avis les soldats de Franco sont aussi frigorifiés que nous et ne vont pas essayer de nous déloger ce soir. On devrait plutôt se coucher et attendre tranquillement les renforts !, suggéra Bartod qui se serait bien passé de ce tour de garde.

– Eh oui ! Je suis d’accord avec toi. Mais les ordres sont les ordres ! Le général Pozas veut que nous tenions ce pont et nous le tiendrons, en tout cas ce soir. Il vaut mieux être vigilant. »

Basile, en prononçant ces paroles, essayait de se convaincre lui-même, car il pensait que leur mission serait vouée à un échec si par malheur on les attaquait ce soir.

Le café réchauffa son corps. Il resta de quart pendant plusieurs tours de garde, l’esprit éveillé grâce au froid qui lui tailladait le visage et la sangle de son fusil Enfeld qui lui coupait l’épaule, sans compter les litres de café ingurgités. La plupart de ses hommes dormaient en contrebas, dans des cabanes de bois traversées de part en part par une bise glaciale. Il fallait rajouter sans cesse des buches dans l’âtre, disposé au milieu de ces chambrées, pour maintenir un soupçon de chaleur. La nuit avançait, Basile s’était finalement accroupi et s’était recouvert d’une couverture, laquelle lui emprisonnait le corps en entier, lui permettant d’attendre au mieux le lever du soleil, qu’il espérait proche. Mais ce moment de relative quiétude fut de courte durée… Commença alors une histoire incroyable…

Un bruit sourd lui fit ouvrir les paupières. Suffisamment pour entrevoir une image irréelle. Pouvait-il rêver ? Devant lui, à quelques mètres, un homme venait de s’écrouler, impitoyablement égorgé. Une ombre, un homme, se déplaçait maintenant dans sa direction : il tenait un poignard… Basile se releva d’un bond, animé d’un instinct de survie inattendu, et se jeta sur l’inconnu. Sous le choc, l’assaillant perdit son arme qui disparut dans les flots impétueux du fleuve. Le combat s’engagea. Jusqu’ici, Basile n’avait pas vraiment songé à la mort. Peut-être son moment était-il venu ? L’individu le maintenait contre la rambarde du pont ; il était beaucoup plus fort que lui. Il lui serrait le cou avec la ferme intention de lui ôter la vie. Sa vue commençait à se troubler. Tandis que son esprit perdait tout contrôle, une étrange sensation de vide se manifesta dans son dos. Quelque chose venait de craquer. Ce n’était pas son corps, mais la rambarde qui cédait sous le poids des âges et de la pression des deux hommes. Ils basculèrent tous les deux dans le vide et percutèrent les flots désordonnés de la Jarama. Basile essaya de lutter pour ne pas sombrer, tandis que le froid vif de l’eau lui engourdissait tous les membres. Il se laissa emporter puis s’évanouit, avec pour dernières images les doux visages de son enfant Cunégo et de sa femme Béatrice…

Le silence… Pas tout à fait… Un bruit répétitif… Une goutte d’eau qui frappe un galet… Puis une autre… Basile entendait, vivait… Il ouvrit ses yeux alourdis par la peur. Il était allongé sur une plage de galets, enfermé dans une obscurité oppressante. Il pouvait à nouveau bouger ses membres, malgré le froid qui lui donnait la sensation d’être engoncé dans une armure rigide. Son regard se perdait dans un rayon minuscule, qui trouvait son origine aux abords d’une voute grise le surplombant. La mort semblait l’avoir épargné, bien qu’il en doutait tant l’atmosphère de cette prison naturelle qui l’entourait, troublait ses pensées. Il réussit à se relever au prix d’un effort surhumain. Mais où était-il réellement ? Il poussa quelques appels de détresse, mais se rendit assez vite compte que le son de sa voix se répercutait sur un mur de pierre impénétrable. Devant lui, un mince rayon lumineux frappait la surface d’un lac souterrain. Il paraissait gigantesque, car on ne pouvait en distinguer le contour. Quelques trouées dans le plafond rocailleux laissaient passer des traits de lumière semblables à des fils tendus.

Le courant avait dû l’emporter dans une grotte souterraine, songeait-il. Tout n’était donc pas perdu. Quelle chance avait-il eu ! Il se remémora le combat inégal face à son ennemi et les derniers instants de sa chute, puis ce trou noir, sans pensée, qui se terminait par ce réveil surprenant. Maintenant, il avait recouvré la totalité de ses facultés, même si la température de l’endroit et ses habits trempés ne lui donnait pas encore toutes les chances de s’en sortir. Il marcha dans une semi-obscurité et se dirigea vers un triangle de lumière semblant sortir d’un énorme rocher. Son pas était lourd, ses jambes ne le portaient pas vraiment, mais il savait que cette lumière était son seul espoir de sortie. Son pied heurta alors un objet métallique… Emportée par l’élan, la pièce lourde partit se fracasser dans un bruit sourd et puissant contre la paroi de la grotte. Elle retomba et termina sa course sur un rocher éclairé par des faisceaux lumineux et convergents. Basile se rapprocha en clignant des yeux, ébloui par cette clarté soudaine qui illuminait maintenant une partie de la grotte. Une statuette dorée trônait au milieu de ce feu d’artifice de lumière. Elle faisait environ 20 centimètres de haut et représentait un guerrier qui tenait dans ses mains, finement ciselées, un bouclier et un javelot. À la place de ses yeux, on pouvait distinguer deux rubis de belle taille. Ces derniers lui donnaient un air de sorcier maléfique. Il empoigna sa découverte et reprit son chemin, quand son regard croisa une autre statuette, de même taille, couchée sur le sol devant lui. C’était une copie conforme de la première. Il la ramassa. Une autre se trouvait encore un peu plus loin… Les pupilles de ses yeux s’étaient maintenant suffisamment dilatées, ce qui lui permettait de se déplacer dans la cavité sans se soucier de tomber. Il stocka toutes les statuettes dans un endroit abrité de l’eau, mais aussi de potentiels voleurs, comme si quelqu’un pouvait encore lui dérober sa trouvaille dans cet endroit complètement clos. Le froid qui le tenaillait, à peine 10 minutes plus tôt, avait disparu devant cette obsession devenue quasiment animale, le poussant à se baisser, fouiller, ramasser, encore et encore.

Il en avait trouvé au moins une cinquantaine, quand il aperçut quatre petits poteaux identiques qui effleuraient la surface de l’eau à même pas trois mètres de la petite plage. Il n’y avait rien de naturel dans cette disposition. Malgré une profondeur d’eau d’au moins 50 centimètres, il avança jusqu’à toucher l’objet immergé. Il voulut le renverser sur le côté, mais son poids imposant l’en empêcha. Il se munit d’une branche solide et l’enfonça dans l’endroit le plus indiqué pour un basculement. Basile tira puis appuya de toutes ses forces sur la branche, qui ne cédait pas malgré une très forte pression. Au bout de 5 minutes d’efforts, l’objet se retourna d’un coup. Les quatre petits poteaux étaient en fait les pieds d’une sorte de fauteuil, qui était retourné et littéralement planté dans la vase. Ce meuble était magnifique, car richement décoré, même si les pierres le ornant paraissaient ternes dans cette semi-obscurité. Il était lourd pour sa taille ce qui pouvait signifier qu’il était composé entièrement d’or ! Un trône en or massif… Basile revint sur la rive avec cette vision irréelle, puis s’écroula de fatigue. Il venait de faire une incroyable découverte, peut-être même avait-il trouvé un trésor… Cependant, la réalité de sa situation n’était guère réjouissante. Il était toujours prisonnier de cette grotte qui pouvait être son futur tombeau. Dans des décennies on le retrouverait au milieu d’un trésor, un peu comme Toutânkhamon. Sauf que lui n’avait rien d’un pharaon. Il s’assoupit puis se mit en quête d’une sortie, après avoir caché ses trouvailles – du moins les statuettes, car le trône était intransportable. Au bout d’une demi-heure, après avoir longé le mur de la grotte, il aperçut une sorte d’œil-de-bœuf, à 10 mètres au-dessus de lui, d’où sortait une bonne quantité de lumière. Il escalada la paroi avec beaucoup de difficulté ; l’humidité rendait les prises sur le calcaire glissantes. Arrivé à proximité de l’ouverture, il réussit à pousser une grosse pierre qui en obstruait l’entrée. Il s’enfila dans la cavité et sortit à l’air libre. Il était sauvé… Il se retrouva à la lisière d’un bois qui surplombait la Jarama. Au bas, en amont, il aperçut le pont qu’il devait tenir avec ses camarades. La bataille n’était visiblement pas finie. Un char de la légion Condor, une unité envoyée par Hitler pour renforcer les troupes nationalistes, avançait sur l’asphalte, délogeant les derniers défenseurs. Il explosa soudainement ; un char russe T-26 venait de lui porter un coup fatal. Le bataillon Garibaldi, constitué d’Italiens communistes et anti-Mussolini, se déployait sur les rives de la Jarama pour enrayer la progression des nationalistes. Les déflagrations se succédaient. Des gerbes de terre se soulevaient tout autour des piliers de l’ouvrage. La bataillon André Marty semblait maintenant donner la charge. Il reconnut son capitaine qui, baïonnette au canon, courait au devant des troupes, avant de recevoir le chargeur d’un Mauser en pleine tête. Basile hésitait. Que devait-il faire ?

Il attendit le dénouement de la bataille pour se décider. Il semblait qu’aujourd’hui, ses amis aient marqué des points. Le pont était toujours tenu par les républicains et les ennemis avaient été repoussés à quelques kilomètres. Il remonta jusqu’aux petites cabanes fumantes et entra dans son ancienne chambrée.

« Ça alors, un revenant !! Regardez qui voilà, les gars !!, hurla son ami Yves qui se jeta violemment dans ses bras.

– Salut, mon vieux !!! Eh là doucement !!! Tu me fais mal !!! »

Yves était très massif, grand avec une poigne de fer. Il avait tout de suite apprécié Basile. Il venait pourtant de contrée différente ; Yves était originaire de Perpignan tandis que Basile venait de Franche-Comté. Pas vraiment le même accent, mais la même volonté politique de soutenir le régime républicain espagnol. Yves était seul dans la vie, ce qui n’était pas le cas de Basile qui avait laissé sa tendre épouse à des kilomètres de cette guerre. La douleur aurait été moindre s’il n’avait pas été papa depuis six mois ; le petit Cunégo grandissait de semaine en semaine sans son père à ses côtés.

Basile raconta sa mésaventure, en omettant l’histoire du trésor, puis il leur déclara avec beaucoup d’émotion qu’il allait les quitter. Son choix avait été difficile mais il avait vu la mort de trop près. Cette décision pouvait paraître lâche, et l’était d’une certaine manière, mais il ne pouvait pas se résoudre à abandonner sa famille pour un conflit qui paraissait maintenant mal engagé.

Yves comprit son attitude car lui aussi commençait à douter. Une seule personne lui manquait réellement au milieu de ce chaos ; sa sœur jumelle, Manon. Sa petite chérie comme il disait. Elle avait bien essayé de l’empêcher de s’engager dans ce conflit, mais sa détermination était inébranlable. « Je reviendrai un jour de toute façon », lui avait-il dit, simplement pour la rassurer, en sachant que la guerre ne donnait pas de certitude aux vivants. Basile, lui aussi, s’était engagé sans l’accord de son épouse, qui était enceinte. Elle ne comprenait pas qu’une idéologie pouvait supplanter au bonheur d’une famille. Il était parti un soir, sans se retourner et sans tendresse pour sa bien-aimée. Il pensait avoir une mission, une mission si importante qu’il se devait de sacrifier une partie de sa vie. C’est ce qu’il pensait, tout du moins au début de ce conflit. Maintenant, son esprit était ailleurs. « Finis les sacrifices », se dit-il. Trop de morts, trop de massacres de part et d’autre. L’issue du conflit était très incertaine et avait amené son lot de souffrances aux combattants et aux civils. Pas un n’avait pas perdu de camarades, d’amis. Pour Basile, il était temps de rentrer ; il avait donné près d’un an de sa vie pour la république espagnole. Il expliqua tout ça à ses hommes et leur annonça son départ pour le lendemain. Tout en faisant son discours, il empoignait la statuette qu’il avait fourrée dans la poche intérieure de sa veste, ce qui lui donnait du courage. Ses doigts touchant le métal lui rappelèrent sa découverte du matin. Il se décida d’aller voir un ami, passionné d’archéologie, dans la cabane d’à côté. Peut-être celui-ci pourrait-il lui donner des explications sur ces mystérieux guerriers aux yeux de rubis ?

Il sortit de la pièce en sentant bien que ses hommes, qu’il commandait depuis seulement 24 heures, depuis la mort de leur capitaine, ne comprenaient pas sa décision. Il avait peur de paraître lâche à leurs yeux. « Ils n’avaient peut-être pas tort », songeait-il. Son courage, sa volonté avait disparu de toute manière, et il savait qu’au combat, cela ne pardonnerait pas.

Il se rendit dans la cabane la plus proche. Il entra et chercha les yeux noirs du sous-lieutenant Alceste. C’était un intellectuel brillant qui cherchait dans ce conflit une source d’inspiration pour ses prochains livres. Mais ce n’était pas tout : il portait une haine farouche aux hommes de Franco. Il se battait avec autant de courage, si ce n’est plus, que tous les autres hommes du bataillon et avait su gagner leur respect.

Il le trouva sur son lit, plongé dans ses pensées.

« Bonjour mon vieux !, lui dit Basile sans attendre.

– Mon lieutenant, bonjour. Content de vous revoir. Je pensais que vous aviez bu la tasse. Le sergent Bartod vous a vu tomber dans la Jarama. On a vraiment cru que vous vous étiez noyé…

– En plus, je nage comme un parpaing. J’ai eu vraiment beaucoup de chance… Venez avec moi. J’ai quelque chose à vous montrer…

– Pas de soucis, je vous suis… »

Il emmena Alceste dans un coin isolé du campement.

« Voilà ce que je voulais vous montrer. »

Basile sortit avec précaution la statuette de sa poche et la soumit au regard circonspect d’Alceste.

« Vous l’avez trouvée où ?, demanda à voix basse Alceste qui paraissait très intrigué par l’objet.

– Écoutez, pour l’instant je ne peux pas vous le dire. Je sais que vous faites des études dans le domaine de l’archéologie et l’histoire. C’est pour ça que je suis venu vous trouver. Est-ce que vous pouvez me renseigner sur cet objet ?

– Je veux bien vous répondre, mais il faut que je la regarde plus attentivement… Donnez-là moi deux minutes et je vous dirai tout ce que je sais…

– D’accord, mais faites doucement ! »

Basile lui tendit la statuette avec précaution, et Alceste l’examina dans tous les sens pendant quelques minutes.

« Bon, voilà ce que je peux dire : cet objet est en or pur. Il a été réalisé dans un moule d’argile rempli de cire fondue. Il y a des traces de ce travail ici et là. Regardez.

– Oui, je vois… Enfin, je vous fais confiance.

– Les orfèvres précolombiens travaillaient de cette manière, ce qui me fait dire que cet objet est exceptionnel et a peut-être mille ans. Son état de conservation est remarquable. Si c’est à vous, vous êtes riche, même si je pense qu’une telle pièce devrait être mise dans un musée au plus vite… Où est-ce que vous l’avez trouvée ?

– Bon, je vous mets dans la confidence… Voilà, c’était ce matin dans un endroit bien particulier. Mon soucis à vrai dire, c’est que cette pièce n’est pas unique ; j’en ai compté au moins cinquante… Il y a un trône aussi. Magnifique, en or…

– Qu’est-ce que vous racontez ? Vous devez halluciner ! Ça arrive souvent quand on a subi un choc. Vous avez dû heurter quelque chose avec votre tête et vous…

– Stop !!! Je ne suis pas stupide. Je vous dis la vérité. Je vous jure que j’ai vraiment vu tout ça…

– Attendez… Je réfléchis… Il y aurait bien une explication, mais… Est-ce que vous avez entendu parler du trésor perdu de la Jarama ?, renchérit Alceste sur un ton enthousiaste.

– Oui, vaguement… Mais vous ne pensez tout de même pas…

– Pourquoi pas ? Écoutez-moi : vers 1530, Pizarro envahit l’empire Incas et fit prisonnier leur chef, Atahualpa. En échange de sa liberté, celui-ci donna des tonnes d’or aux conquérants. Le frère de Pizarro retourna en Espagne pour rendre compte de la conquête du Pérou et remettre à l’empereur Charles Quint le fabuleux trésor. Sur la route qui mène à Madrid, un terrible orage éclata ; un des chariots qui transportait l’or fut emporté par la crue soudaine de la Jarama. Des témoins de l’époque auraient vu le chariot couler à pic et disparaître…

– Vous êtes donc en train de m’expliquer que je… que j’aurais trouvé ce trésor ?, répondit, ému, Basile.

– Eh bien, je ne sais pas, il faudrait aller sur les lieux.

– Bon d’accord, venez avec moi, on n’a pas une minute à perdre ! »

Ils partirent ensemble. En chemin, ils croisèrent Yves dans la cabine d’un camion qui les interpela :

« Vous partez où comme ça ? On dirait que vous filez comme des voleurs ?

– Et toi, où vas-tu avec ton camion ? lui demanda Basile.

– Je vais chercher des vivres à Villagona avec le sergent Bartod. Ça vous dit ?

– Non, mais par contre si tu peux nous déposer vers la lisière là-haut !

– Ok, ça marche. Montez !!! »

Au bout d’un quart d’heure, le véhicule arriva à l’endroit désiré, à 5 minutes à peine de l’entrée de la grotte. Il déposait ses deux passagers, lorsque soudain :

« Les gars, à l’abri ! Vite !, hurla Basile. Planquez-vous !!!! »

Yves sauta du camion tandis que Bartod réussit à enfoncer le camion un peu plus dans la forêt afin de ne pas être repéré par les avions qui s’apprêtaient à frapper le pont. En effet, des Stuka zébraient le ciel et tournoyaient au-dessus de la vallée ; ils cherchaient leur proie, un peu comme des rapaces. Ces terribles engins volants plongèrent sur le campement du pont. Pour donner un côté encore plus effrayant à leur attaque en piqué, les Allemands avaient équipé leurs avions de sirènes au son terrifiant. Les premières bombes explosèrent et dévastèrent le tablier du pont. Puis, des bombes incendiaires ravagèrent les cabanes du bataillon.

L’attaque n’avait duré que quelques minutes et avait été terriblement efficace. Elle précédait un assaut de troupes au sol qui nettoyèrent le pont des quelques défenseurs ayant réussi à échapper au bombardement surprise. Visiblement, l’opération avait été un succès ; le pont était au main des nationalistes.

Basile et ses compagnons avaient observé la scène de derrière un monticule de terre, impuissants devant ce massacre, et malgré tout chanceux.

« Plus un bruit les amis, dit Basile. Ce qui m’inquiète, c’est le camion, qui est quand même bien visible. »

Alceste se releva et partit couper des branches qu’il disposa contre le camion. Les trois autres l’imitèrent en silence puis, au bout d’un bel effort, le véhicule fut recouvert de branchage. Ce camouflage précaire leur permettait d’espérer ne pas être repérés dans les heures cruciales qui arrivaient.

« Mince, écoutez… Un véhicule approche, s’inquiéta Yves.

– Bon, venez, je connais une planque… On y sera tranquille. Suivez-moi. Mais avant, il me faut du matériel, indiqua Basile. »

Il récupéra dans le camion une solide corde, quelques bougies et plusieurs couvertures.

Les quatre hommes s’enfoncèrent dans l’épaisse forêt jusqu’à un endroit rocailleux. Le lieutenant se mit à plat ventre devant l’étonnement de ses compagnons et enfila son grand corps dans une petite ouverture. Il disparut à leurs yeux avant de réapparaître, au bout de deux minutes.

« On va attacher cette corde à un arbre solide. Elle nous aidera pour la descente, précisa Basile.

– La descente ? Qu’est-ce que tu racontes ?, interrogea Yves.

– Bon, les amis, voilà : j’ai découvert une grotte hier, juste après ma chute dans la Jarama. Elle est suffisamment grande pour nous accueillir un petit moment. En attendant de réfléchir à la suite… Maintenant, il fait plutôt frais dans cet endroit, donc je vous suggère, avant de descendre, de me donner un maximum de branches que je jetterai dans la grotte. »

Ses compagnons s’exécutèrent et amassèrent une grosse réserve de bois.

Ils descendirent, agrippés à la corde, puis allumèrent rapidement un feu, assez éloigné de l’ouverture afin de ne pas se faire repérer par la fumée dégagée. Le halo de lumière créé par le feu leur permis de contempler le lac souterrain qui paraissait vraiment étendu. Ils se positionnèrent autour du brasier, les mains tendues vers les flammes, source de chaleur et de bien-être dans cet endroit clos et humide.

« Basile, j’ai une question à te poser. C’est au sujet de notre conversation de tout à l’heure. C’est ici que tu as trouvé ce que tu m’as dit ?, demanda Alceste d’un ton inquiet.

– Oui, c’est bien ici. Écoutez-moi, je vais vous montrer quelque chose d’incroyable ! »

Il partit derrière une avancée rocheuse et revint les bras chargés d’objets brillants.

– Regardez ces statuettes ! Elles sont faites d’or et de pierres précieuses. C’est un trésor inestimable.

– Ça alors ! C’est une blague !, dit Yves qui n’en croyait pas ses yeux.

– Non pas du tout, répondit Alceste en leur expliquant l’origine du trésor.

– J’ai du mal à croire à cette histoire, commenta Yves. Vous êtes sûrs que c’est de l’or et pas du bois peint ou quelque chose comme ça ?

– Fais-moi confiance, répliqua Alceste, j’ai étudié longtemps l’art précolombien et je peux te dire que ces statuettes sont bien en or massif et qu’elles sont très vieilles. Je ne vais pas te saouler avec mes connaissances, mais je te l’affirme sans sourciller : c’est bien un trésor.

– Bon les gars, c’est bien beau, mais on fait quoi maintenant ? On pourrait le remonter et le vendre au plus offrant, proposa le sergent Bartod qui voyait dans cette découverte la chance de sa vie.

– Pour moi, ce trésor ne nous appartient pas, il appartient à l’humanité tout entière et donc sa destination est un musée espagnol, répondit Alceste.

– Je te rejoins, ajouta Basile. Ce qu’il faut faire, à mon sens, c’est déjà le mettre en sécurité pour que les hommes de Franco ne mettent pas la main dessus.

– C’est mission impossible, rétorqua Bartod. Je vous rappelle que nous sommes en guerre et qu’une brigade de nationalistes se trouve au-dessus de nos têtes. Ils ont peut-être déjà trouvé le camion et s’interrogent sur sa présence. Ils nous recherchent certainement…

– Tu es bien pessimiste, répondit Yves. Et tu veux, avec ton raisonnement, qu’on puisse monnayer le trésor dans ces conditions ? C’est n’importe quoi.

– C’est vous qui êtes à côté de la plaque, s’énervait de plus en plus Bartod. Ou alors il y a une autre solution : on part de ce trou, on rejoint nos lignes puis on revient quand la région est pacifiée.

– Il est hors de question pour moi de rester plus longtemps dans ce conflit, fit remarquer Basile.

– Ah ! Voilà la parole d’un lieutenant ! Un lâche, oui ! Qui abandonne ses hommes lorsque la difficulté devient trop grande.

– Je t’interdis de dire ça !, vociféra Basile en se lançant sur le sergent, prêt à en découdre. »

Heureusement, Yves et Alceste s’interposèrent. Ils séparèrent les deux hommes.

« Calmez-vous, bon sang !, dit sèchement Yves. On est tous les quatre dans la même galère. Cherchons déjà à sauver nos vies. Bartod, tu ne connais pas les raisons personnelles du lieutenant pour sa démission, et crois-moi, elle est justifiée. Basile est un brave et tu le sais très bien, il a eu du courage pour venir jusqu’ici, pour se battre et nous guider.

– Stop ! Arrête ! Je suis assez grand pour me défendre !, coupa Basile. Les raisons qui me font partir ne regardent que moi. »

Le souffle court, il ajouta :

« J’ai une dernière mission à réaliser, c’est de mettre en sécurité ce trésor quelque part jusqu’à la fin de cette satanée guerre. Je le ferai tout seul si vous ne voulez pas m’accompagner. Il n’y a pas de lâche dans ce conflit mais simplement des êtres humains qui, au début, plaçaient leur vie en dessous d’une idéologie et qui maintenant doutent. Nous ne sommes pas des machines. La guerre est perdue, vous le savez bien… Les Allemands et les Italiens sont venus avec du matériel récent et efficace. Les autres puissances européennes sont incapables d’intervenir à nos côtés. Madrid va tomber dans les jours qui viennent. Sans la capitale comme fondation, le château de cartes va s’effondrer. Ce n’est pas du défaitisme mais bien la réalité… Je suis aussi malheureux que vous… »

Les quatre hommes se regardèrent et finalement, semblèrent apaisés. Quelqu’un venait enfin de dire ce que tous les hommes engagés pensaient tout bas sans pouvoir l’exprimer.

« Si, malheureusement la guerre est perdue. Menons une dernière mission et amenons ce trésor dans un lieu sûr, ce sera notre victoire, déclara Alceste. »

Ses compagnons acquiescèrent.

« Dans ce cas-là, nous n’avons pas de temps à perdre, ajouta Bartod. »

Dans un premier temps, ils quadrillèrent la grotte afin de mettre la main sur le maximum de pièces du trésor. Ils s’aventurèrent également dans le lac et y creusèrent un peu la vase pour déterrer quelques statuettes semi-englouties. Le lourd trône fut dégagé au prix de gros efforts. Ils réussirent à le tirer jusqu’à la berge, qui le recueillit. Yves ressortit de la caverne et partit en éclaireur jusqu’au camion, qui n’avait pas été découvert. Il fit le tour du véhicule et attendit plusieurs minutes afin d’évaluer les bruits suspects. Il décida de s’engager plus en avant et alla observer le pont et ses environs. Les nationalistes avaient laissé quelques sentinelles dessus, mais n’étaient pas restés en force sur l’ouvrage. Les combats, maintenant, se déroulaient plus loin, à des kilomètres. La voie semblait dégagée pour réaliser l’opération de récupération. Yves rendit compte de ce qu’il avait vu à ses compagnons puis retourna vers le camion pour le ramener tout près de l’ouverture. Ils se servirent du treuil pour remonter le trône. L’opération...