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Le Triomphe du rêve

De
348 pages

Gaston est à la recherche de son identité en tant que septième enfant d’une famille de paysans qui, sans le rejeter, ne semble pas totalement l’incorporer dans le foyer familial du fait de ses différences aussi bien physiques (rouquin difforme), que psychologiques (intelligent et observateur).

Pendant 17 ans il passe son temps à rêver et à résoudre des énigmes jusqu’à l’arrivée d’une jeune journaliste, Fleur, qui va bouleverser sa vie et l’entraîner dans des investigations nécessaires à la rédaction d’un article sur la légende de la bête du Gévaudan.

Pris au jeu, il démontre les mensonges de cette histoire, cache-misère du malheur de la population, mais la mort de Fleur met fin à l’enquête et le conduit à dénoncer un autre mensonge, le trésor des Cathares, ce qui dérange les Illuminati...


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Cet ouvrage a été composé par Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-94412-2

 

© Edilivre, 2015

Citation

 

 

Ne sont beaux ou laids que ceux qui décident, dans leur comportement, d’être l’un ou l’autre et ce n’est pas leur déguisement qui pourra, dans le temps, faire illusion.

Avant-propos

La beauté, comme la laideur, sans être une illusion totale de l’esprit et des sens, sont des appréciations de chacun au travers de la projection de l’autre et du bien-être permanent ou éphémère apporté.

Cette histoire qui pourrait être vraie ne peut pas être contée sans décrire au préalable, mais sommairement, les personnages principaux.

Gaston, à la fois au centre de l’intrigue et élément moteur de celle-ci, a tout à découvrir et tout à apprendre sur la vie hors de sa ferme, sur les femmes autres que ses sœurs et sur la nécessité de s’adapter aux situations les plus improbables pour, à défaut de vivre, au moins survivre.

Sans être une bête sauvage, c’est un élément totalement perturbé par son manque de référence sur ses origines et par son apparence peu commune, généralement la risée des « bien-pensants », mais d’une perspicacité exceptionnelle.

En recherche permanente et dans l’attente de la « bonne fée » il est prêt à adopter celle ou celui qui l’emmènera hors de son ghetto dont la constitution n’est faite, selon lui, que par de « gentils » rustres.

Fleur, parfaitement conforme au prénom donné par ses parents, à la fois belle et fragile, éblouissante et dominatrice à l’image de ces plantes carnivores mais qui, comme elles, attirent ses proies pour les digérer mais, comme Gaston, à la seule fin de survivre dans l’environnement pauvre où elle se trouve.

C’est son intégration au Midi-Libre, comme journaliste d’investigation, qui lui a permis de s’épanouir mais avec des réserves sur les hommes qu’elle n’estime pas beaucoup, à l’exception du rédacteur en chef, Pierre Lesage qui est, pour elle, à la fois un frère et un père.

Elle n’avait qu’une adaptation de circonstance aux milieux qu’elle côtoyait, mais sans aucun attachement aux personnes qu’elle n’arrivait pas à accepter.

Ses interventions se faisaient dans la passion du sujet abordé mais jamais sur les acteurs des faits.

Méjeanne PASSENCHOT, jeune veuve qui se trouvait àla tête d’un domaine vinicole qu’elle ne se sentait pas capable de développer après la mort d’Antoine, son époux, et qui recherchait un « homme à tout faire » à l’exclusion de toute intrusion dans sa vie sentimentale qu’elle estimait sans autre suite que celle d’être fidèle à un souvenir.

Pierre LESAGE, rédacteur en chef d’un journal régional important par son audience, à l’image de ces personnages investis de pouvoirs occultes qui ont droit « de vie ou de mort » sur les autres afin de servir au mieux les intérêts du Dieu Pouvoir ou Dieu Finance.

Frère Danielmoine de l’Abbaye d’En Calcat dans laquelle Gaston s’est réfugié après son départ précipité de Rennes le Château et qui sera son guide mais surtout sa sauvegarde pour que se réalise le « Rêve »

Prologue

L’amour est à la fois unique et terrible… Car ce n’est pas seulement soi que l’on engage dans cette drôle d’aventure…

Cette histoire, qui pourrait être vraie, est celle d’un garçon qui ne disposait pas de toutes les dispositions habituelles d’un enfant pour entamer normalement sa vie du fait d’une origine cachée, de son physique qui pouvait être choquant au premier abord et, surtout, d’une intelligence hors du commun qu’il ne cherchait jamais à démontrer.

Sans être le sonneur de cloche de Notre Dame de Paris, trop grand pour ça, sa tignasse rousse et ses difformités le contraignaient, par un travail journalier sur lui-même, à se différencier des autres, sans vouloir pour autant s’intégrer.

Mais, fait remarquable, son aspect physique, bien que sans équivoque sur ses malformations, était vite gommé par son regard ludique, sa voix chaude, le choix des mots, sa perspicacité et ses comportements qui faisaient oublier ses différences.

Mais il n’est finalement pas si différent de « nous autres » car laquelle ou lequel d’entre nous n’a pas en lui ce Quasimodo caché, résultat de nos introspections, que nous cherchons par tous les moyens à dissimuler afin de ne pas en avoir honte ou de ne pas subir les sarcasmes des autres qui nous obligeraient à en affronter les conséquences…

Cette espèce de Quasimodo qui est en nous, n’est en fait que le fruit de notre imagination, de notre égocentrisme et de notre éducation faite de contrainte et de ce péché originel qui n’est absous que par les baptêmes, ces sacrifices de purification présents dans toutes les religions.

Sans distinction de race et de couleur, tous les Quasimodo sont exécutés, condamnés par des biens plus laids qu’eux, mais les Esméralda les ont aimés pour ce qu’ils ont osé affronter et non pas pour leur apparence…

Le nombril est bien au centre de chacun de nous mais sa contemplation, sauf pour les narcissiques, est sans intérêt… Il nous appartient d’accepter nos différences, de vivre avec celles-ci et de ne pas craindre d’être rejeté car, ceux qui pourraient nous bannir, ne seront pas meilleurs que ceux qui ont jugé et condamné tous les Quasimodo du monde…

Dans la vie le bonheur est fait de cette acceptation de nos différences, sans les minimiser, mais également de celles des autres sans porter de jugement et encore moins de condamnation qui ne peuvent que nous entraîner à tendre vers la nôtre… sans aucune possibilité de pardon et de rédemption……

À l’inverse de nous, notre héros ne dissimulait pas son apparence, il ne faisait qu’en jouer mais sans jamais, par pudeur, se commettre avec les autres.

 

 

……

Le ciel et la terre sont si différents que seul l’horizon pourrait les réunir dans cette continuité indissociable mais très éphémère, comme celle de ces amants improbables.

 

 

……

Assis en tailleur, le dos parfaitement droit, appuyé contre un des murs de la cuisine de la ferme, Gaston « poil de carotte » comme le surnommaient les gosses mais également les adultes du village du fait de ce poil d’un roux presque phosphorescent, était perdu dans ses rêves impossibles.

Septième enfant de la famille Lemalné, « le rouquin », qui a toujours vécu dans le mystère de ses origines, ne pensait qu’à fuir cet environnement qui n’était en rien conforme à ses aspirations.

Il n’a pas connu l’homme qui l’avait déclaré à la Mairie sous ce nom de Gaston Lemalné, et qui ne pouvait qu’être son père putatif car, mort tragiquement dans les jours qui suivaient son arrivée et le mystère de sa filiation était resté entier puisque sa mère n’en avait jamais parlé.

Mère qui d’ailleurs semblait lui en vouloir, en associant la disparition de son époux à sa venue mais cette arrivée inattendue avait été toutefois compensée par l’importante somme d’argent reçue simultanément et dont elle était la gestionnaire depuis maintenant plus de dix-sept ans.

Le rêve sur ses origines n’était pas sa seule obsession car il avait été également initié, dès son plus jeune âge, à la recherche de cet autre mystère qu’était la légende de la Bête du Gévaudan.

Pour tenter de satisfaire sa curiosité et en véritable papivore, il avait lu de nombreux ouvrages d’histoire au travers des hommes qui l’avaient construite, ceux qui l’avaient écrite, plus ou moins célèbres, afin de tenter de se reconnaître mais, également, pour la légende du Gévaudan, tous les récits sur la traque de la « Bête » en compulsant les notes et autres constats conservés dans les mairies et presbytères des villages de la Lozère.

Dans cette position favorite du dos appuyé contre un mur, qui estompait sa difformité, il est absorbé par la lecture d’une revue locale qui rappelle le combat de Portefaix où sept enfants étaient attaqués par ce loup monstrueux et de la lutte héroïque de Jeanne Jouve pour protéger sa progéniture de la Bête qui, bien que chassée, avait réussi à blesser mortellement l’un d’entre eux.

Plus de deux cents ans après les faits du Gévaudan, Gaston, qui allait sur ses dix-huit ans, pressentait un lien entre cette Bête mythique, son destin et les autres mystères comme le trésor des Cathares, les richesses des Templiers, les Rosicruciens et les apparitions périodiques du Comte de Saint Germain.

Vivant dans cette ferme proche de Montialoux, village de moins de 400 âmes en Lozère il était, selon les apparences, le septième enfant d’un père berger et d’une mère au foyer, petit dernier tardif de cette famille assez pauvre mais dont le train de vie devait s’améliorer après son arrivée qui semblait inopinée.

Le garçon ne lève même pas les yeux du périodique qui, une fois de plus, l’a entraîné dans le rêve d’un destin exceptionnel qu’il ne pourra accomplir qu’en quittant la ferme pour explorer le Gévaudan et tenter de résoudre le mystère de cette Bête, avant de partir vers d’autres horizons qui pourraient ou non se rattacher à sa région.

Un coup, suivi de deux autres contre la porte de la cuisine, ne le sortent pas plus de cette espèce de fuite permanente et c’est la Mère qui lui demande d’ouvrir.

Gaston se précipite en pensant à un voisin ou autre quémandeur mais c’est une jeune et belle femme qui est devant lui et, pris de court et subjugué, il ne sait pas quoi dire, ni même ne l’invite à entrer.

– Gaston, qui est-ce ?

– C’est une dame…… Excusez-moi, entrez madame…

La femme, elle aussi un peu surprise par ce drôle d’environnement, prend la parole et débite très vite :

– Désolée de vous déranger mais je suis envoyée par le journal « Le Midi Libre » pour enquêter sur cette légende de la Bête du Gévaudan et, au village, les gens m’ont dit que vous étiez les plus documentés sur le sujet…

La mère de Gaston arrive en s’essuyant les mains sur son tablier et confirme.

– Oui, c’est mon plus jeune enfant, qui vous regarde d’ailleurs en chien de faïence, il s’intéresse à cette histoire et a réuni plein d’informations là-dessus.

– Lui ???

Son physique ne semblait pas plaider en faveur d’un garçon érudit… et, ne sachant pas trop quoi dire, elle balbutiait…

Vous pensez qu’il pourrait m’aider ?…… et je suis prête à payer les journées qu’il pourrait me consacrer.

La Mère, toujours prête à négocier à son avantage, saisit la proposition.

– Combien ?

– 60 € par jour, nourri matin et soir.

– Pour moi marché conclu, mais pendant combien de jours ?

– Je me suis installée pour un mois à Saint Bauzile, dans un des Gîtes HLL de la Mairie, et j’aimerais bien passer au moins une semaine avec votre fils afin de parcourir la région, si vous êtes toujours d’accord.

– Pour un forfait de 500 €, nourri et logé, vous pouvez le garder même tout le mois. Gaston tu es d’accord ?

Ces échanges instantanés entre deux femmes si différentes, mais qui semblaient décidées à ne pas perdre de temps, étaient tout simplement hallucinants.

Le garçon ne prenait pas conscience de cette joute et, toujours ébahi par cette femme, donnait son accord pour différentes raisons dont celle de sa passion pour cette légende et, surtout, l’opportunité de quitter la ferme pendant un mois,… et en compagnie d’une si belle femme.

– Alors arrangement conclu, dès que votre fils est prêt, nous partons pour une période qui pourrait être de l’ordre du mois. Je vous donne la moitié de la somme maintenant et le solde à notre retour.

– D’accord.

– Tenez, voici mon numéro de portable où vous pourrez me joindre dans la limite des réceptions dans la région et en montagne.

– Nous n’avons qu’un téléphone fixe qui sonne très rarement…

Gaston, sans aucun état d’âme ou d’étonnement apparent, prépare un sac avec ses quelques maigres affaires et, comme si cette situation exceptionnelle était attendue ou évidente, salue sa mère, ne prend pas la peine de le faire avec ses sœurs et ses frères dispersés au gré de leurs activités dans la ferme et se poste devant la femme qui prend congé sur :

– Merci Madame Lemalné, je vous tiendrai informée, vous pouvez me contacter si vous le souhaitez.

Rien ni personne n’aurait pu imaginer qu’en moins d’une heure la décision de deux femmes, l’une en se séparant de son fils cadet et la seconde en prenant sous sa protection ce garçon particulier, allait modifier et même bouleverser le cours de l’histoire, autant pour Fleur, cette journaliste talentueuse, que pour Gaston qui ne reviendrait plus à la ferme familiale.

Sans prendre conscience de la page qu’il venait de tourner, le couple sort de la cuisine, s’installe dans la voiture, et toujours sans un mot de la part de Gaston qui reste sur son quant-à-lui.

Fleur tente de faire diversion en l’interrogeant :

– Tu as des copains et des copines de ton âge ?… que fais-tu de tes journées ?… tu vas à l’école ou tu travailles au champ ?

Aucune réponse. Gaston est muet devant cette femme si belle et dont le parfum le grise.

La conductrice poursuit :

– Je m’appelle Fleur et, si tu n’y vois pas d’inconvénient, je vais t’appeler Jean-Charles, à la place de ce Gaston peu seyant, et tu tenteras de t’y habituer rapidement, ce sera notre secret…

Bien que « Gaston » ou « Quasimodo, sonneur de cloches » soient plus proches de son physique, Fleur voulait justement gommer cette apparence au profit d’une richesse évidente de ce garçon qu’elle était en train de pressentir au travers de ces premiers contacts.

Va pour Jean-Charles car il n’avait jamais aimé ce prénom de Gaston, ni sa silhouette, ni sa tignasse rousse, mais il n’y pouvait rien.

Pendant le trajet, et afin de le mettre un peu plus à l’aise, Fleur lui explique sommairement ce qu’elle attend de cette collaboration.

Femme de décision se fiant toujours à son instinct, cette fois encore, elle sait, malgré une première approche négative, qu’elle ne s’est pas trompée sur ce Quasimodo qu’elle estime plein de ressource et de richesse, sans toutefois soupçonner sa réelle puissance de charme et de conviction.

À l’image des perles ou des truffes, ce garçon s’est développé à l’abri du jour, des agressions, de l’appréciation des autres et sa découverte ne pouvait que mettre en lumière toutes ses richesses.

Arrivé au gîte, Fleur lui montre sa chambre et la salle de bains, lui propose de se doucher pendant qu’elle va lui chercher, chez les commerçants du coin, quelques affaires plus présentables que la tenue de paysan qu’il porte.

De retour une heure plus tard elle rentre dans la chambre du garçon, assis nonchalamment et dont la taille est enserrée par une serviette de bain, mettant en valeur sa musculation naissante, ce qui la perturbe car elle pensait que ce n’était qu’un mal formé à peine sorti de sa puberté alors que sa prestance faisait oublier ce physique et le vieillissait de deux à trois ans.

– Tiens, prend ces vêtements pour les essayer mais je pense qu’ils devraient t’aller, j’ai pris la taille dix-huit ans sur conseil de la vendeuse qui semble te connaître.

Sans aucune pudeur, Jean-Charles/Gaston se lève et laisse tomber sa serviette pour s’habiller en toute simplicité mais en choisissant, parmi les affaires, celles qui lui plaisent le plus puis, après une petite pirouette se retourne et, sans plus de manière, en adoptant le tutoiement :

– Fleur, qu’en penses-tu ??? Je te plais ??

– Tu es magnifique et méconnaissable, seule ta tignasse rousse te singularise.

Éclat de rire commun, elle, confuse de ne faire état que de ses cheveux et lui de sentir sa gêne pour avoir fait état sans réserve de ses particularités.

Ils ne se connaissent qu’à peine mais l’entente est immédiate et réciproque, avec cette espèce de complicité instinctive due à ces désespoirs inavoués des personnes en recherche permanente d’un bien à défaut d’un mieux.

Elle le regarde à nouveau et le prend affectueusement dans ses bras pour un câlin fraternel, qu’il lui rend avec la fougue d’un garçon qui, malgré son état, la dépasse d’une demi-tête.

Confusion, séparation un peu brutale de la part de Fleur, troublée, qui s’efforce de reprendre pied avec la réalité en lui proposant d’aller dîner au restaurant des « deux vallées » avant de discuter de l’organisation de ses journées consacrées à la Bête du Gévaudan.

Au cours du repas du soir le garçon lui parle avec passion de ce qu’il connaît bien, les quatre parties de ce qui constitue la Lozère, d’abord la Margeride très boisée et dont les plateaux sont couverts d’énormes blocs de granit, ensuite l’Aubrac, plus petit, avec ses lacs et ses rivières, mais également les Cévennes, région très accidentée par ses cours d’eau et enfin les Causses, coupées par les gorges du Tarn et couvertes de grottes et d’avens.

Ses descriptions sont si intenses que Fleur peut les imaginer sans effort, ayant hâte de s’y rendre, non pas pour les découvrir, mais pour confirmer l’intensité des tableaux qu’il a esquissés.

Il aborde ensuite ce qui a motivé le voyage de Fleur et, avant de parler de la Bête, c’est avec cette même passion qu’il évoque à nouveau sa région.

– Le Gévaudan, ou Gavaudan en latin, d’où la Bête est originaire, se situe au nord de la Lozère.

Je considère cette partie du département comme exceptionnelle à plusieurs titres, dont son mystère, qui est alimenté par cette forte concentration de monuments mégalithiques que sont les menhirs et les dolmens implantés sur le site de Cham des Bondons.

Ce lieu, un plateau calcaire d’une dizaine de kilomètres carrés qui s’étend au sud-ouest du mont Lozère et qui n’est qu’à une dizaine de kilomètres de Florac, tient son nom du mot occitan local Cham, plateau ou causse, et de la proximité de la commune des Bondons.

Après les alignements de Carnac en Bretagne, ce site constitue la deuxième concentration de monuments mégalithiques en Europe, avec ses 154 menhirs de granit.

Le garçon, sans être possédé, était incontestablement un grand amoureux de sa région, de ses richesses et des légendes véhiculées au fil des temps et pressentait en être le dépositaire, dans le seul but de les transmettre aux autres.

– Mais comment connais-tu ça ?

– Parce que c’est ma vie, ma recherche permanente, mon envie de connaître, entre autres, la réalité de ce conte ou de ce massacre de la Bête du Gévaudan au travers des récits et des croyances locales.

Mon apparence et le regard que me portent les autres m’ont également classé dans cette catégorie un peu mystique qui se situe entre l’homme et la bête.

– C’est un avis très personnel que j’ai du mal à partager mais où as-tu appris tous ces détails ?

– Par mes lectures incessantes et mon envie d’apprendre.

De la famille, je suis le seul des sept enfants à m’intéresser à autre chose qu’à l’avenir de la ferme, de ce fait, et de mes particularités, j’ai été un peu mis à l’écart…

– Pourquoi ??

– Mon physique non conforme, doublé d’un roux et dernier né de la lignée des Lemalné qui est apparu à la veille de la mort de celui dont je porte le nom.

Les racontars et autres médisances, m’ont classé dans cette catégorie de bâtard ou d’enfant caché.

Mon prénom n’est pas de la région, il est d’étymologie germanique, dérivé de « gast », étranger, associé à « ton », hôte, donc « hôte étranger » et, si le choix est un symbole, la rumeur serait confirmée.

Dès mon arrivée dans la ferme, j’ai fait l’objet d’une discrimination qui se justifiait, selon ma mère, par ma tignasse rousse, mon arrivée imprévue et le changement de niveau de vie qui semblait y être lié.

Pour mes cheveux, la couleur agressive, générait des comportements partagés de mes proches car, bien que Ramsès II soit connu comme « le pharaon roux », Judas l’était aussi et très peu, dans mon entourage, m’associait au Pharaon……

Je me suis donc documenté et, si pour certains, les roux sont des lâches et des traîtres, je me suis rallié à l’histoire selon laquelle cette couleur est celle des fauves qui symbolisent la force et la vigueur, associées à un tempérament passionné ou à un caractère bien trempé pour les humains.

Pour mon physique atypique, ma mère disait qu’avec l’âge cet état allait s’améliorer.

Par contre, en ce qui concerne le niveau de vie qui avait brutalement changé, plusieurs hypothèses pouvaient le justifier et, pour retenir la plus probable, j’ai donc entrepris des recherches sur ma véritable origine afin de me prononcer, mais je n’ai jamais osé interroger ma mère…

– Tu t’es donc réfugié dans la lecture et la culture ?

– Oui, à corps perdu, afin de tenter de connaître mes géniteurs et avec l’espoir de m’enfuir un jour pour découvrir le monde.

Jean-Charles poursuit son monologue pour avancer une hypothèse sur un proche d’Henri Jougla de Morénas, auteur du catalogue des armoiries des familles nobles de France, et le nom de Raoul de Warren a été avancé, car il aurait connu ses parents biologiques, comme il le laissait sous-entendre au travers d’allusions sur cette étrange et brève liaison décrite dans ses œuvres de fiction comme « L’énigme du mort-vivant », « La bête de l’apocalypse » ou encore « Le village assassin ».

Il pensait également qu’il pouvait être le fils naturel d’une jeune fille de grande famille de la région, et qu’il avait été confié le jour même de sa naissance à la famille Lemalné avec un petit pactole pour sa prise en charge.

Fleur était étonnée par la maturité de ce garçon, par son charme et non par sa beauté, par sa simplicité d’expression et déconcertée par la variété de sa vaste culture, cet ensemble occultant totalement leur incontestable différence.

Repas terminé ils regagnent leur gîte en poursuivant les échanges sur le Gévaudan mais également sur le journalisme de Fleur et son choix d’explorer la Lozère pour un fait vieux de plus de deux cents ans.

Dans sa chambre Fleur s’interroge sur cet étrange enfant de dix-sept ou dix-huit ans, dont l’aspect au premier regard n’a rien, ni d’attirant, ni de repoussant, mais d’un comportement et d’une maturité qui effaçaient très vite ces caractéristiques un peu particulières.

Gaston, pour sa part adoptait définitivement son nouveau prénom et rêvait de mieux appréhender ou comprendre Fleur, dont il appréciait la classe, la tenue, le parfum et sa manière de le regarder, et il souhaitait se blottir dans ses bras à la recherche d’une communion et d’une protection.

Levé à l’aube il prépare, sans qu’elle le lui ait demandé, une première excursion après avoir résumé les dates et les lieux des premières attaques et la lui présente dès leur installation à la table du petit-déjeuner.

– Fleur, un peu d’histoire et un bref aperçu des « exploits » de la Bête au travers des drames vécus à cette époque.

Début Juin 1764 à Langagne en Gévaudan, une femme ne doit sa vie qu’à son troupeau de bœufs qui s’est regroupé autour d’elle alors que les chiens se sont enfuis lors de l’attaque d’une Bête féroce.

30 Juin, une gamine de 14 ans dévorée à St Étienne de Lugdarès, situé entre Luc et le Col du Bez sur les randonnées du Tour des Trois Seigneurs, dans le Vivarais.

En Août une fille de la Bastide Puy-Laurent est déchiquetée, suivie par 3 garçons de 15 ans à Chayla-l’Evêque, puis Arzenc, encore une fillette à Thorts et un berger de Chaudeyrac, village de 170 habitants qui est entouré par les communes de Cheylard-l’Évêque, Pierrefiche et Châteauneuf-de-Randon, la plus grande ville aux alentours.

Septembre, les environs des villages de Rocles, Choisinet et Apcher sont les lieux de massacre d’un enfant, d’une femme et même d’un homme.

Octobre, un jeune homme de Poujet est mutilé suivi d’un enfant de 13 ans puis d’une fille de 20 ans de Saint-Alban.

C’est donc à partir d’Aumont-Aubrac, en plein Gévaudan, dans ce canton qui est situé au nord-ouest de la Lozère, aux confins des monts granitiques de la Margeride et de ces plateaux basaltiques de l’Aubrac, qu’il définissait un circuit pédestre qui passait par Fau-de-Peyre, les Bessons, Rimaize, Saint Alban-sur-Limagnole, Fontans et retour au point de départ, afin de se familiariser avec cette campagne plus ou moins boisée mais dont l’aspect avait bien changé en deux cents ans.

Enchantée par ce choix et, après un petit-déjeuner copieux, Fleur prend la route en sa compagnie, avec des bâtons de marche, pour une randonnée pleine de charme et au cours de laquelle Jean-Charles poursuit sur les faits marquants de cette légende.

En passant devant l’église de Saint Bauzile, au départ de leur randonnée, il lui demande de s’arrêter un instant pour lui faire remarquer que, par l’association de la partie ronde du corps principal et du carré du presbytère, ce type de construction pourrait laisser croire aux initiés qu’elle est due aux templiers qui auraient pu séjourner dans la région…

Fleur le regarde étonnée, une fois de plus par cette remarque qui n’a rien à voir avec son sujet, et le questionne.

– Que viennent faire les Templiers en Lozère ? et quel lien avec la bête du Gévaudan.

– Je voulais te faire remarquer la particularité de cet édifice qui m’a intrigué et qui m’a conduit à des recherches sur les Templiers et leurs implantations dans le monde et même dans le plus petit des villages français.

– Et alors ??

– Rien à voir apparemment avec ton sujet mais, comme tous ces faits remarquables, Templiers, Cathares, Gévaudan et autres sont, comme pour les politiciens de nos jours, des trompe-l’œil pour cacher, à toutes les époques, des problèmes d’actualité bien plus importants.

– Je veux bien le croire mais, pour l’instant, restons en 1765 lors des premiers massacres de la Bête.

– Si tu veux, donc la Bête du Gévaudan serait un animal à l’origine d’une série d’attaques contre les Hommes, qui a marqué les esprits et l’histoire, mais ces massacres n’ont duré que trois ans, entre Juin 1764 et Juin 1767, avec plus d’une centaine de victimes selon les sources.

– La Bête a été tuée ?

– Avant de te répondre je vais t’entraîner dans ce premier parcours initiatique, suivi d’autres visites de sites qui devraient, comme pour moi, te faire douter de la force, de la duplicité et de la résistance de cette prétendue « Bête »

– Tu doutes ??

– Je vais poursuivre la narration des faits et il t’appartiendra d’en décider.

Nous sommes au lendemain de la guerre des sept ans dont je te rappelle rapidement l’importance puisque c’est un conflit majeur du 18ème siècle qui a été comparé à la 1ère guerre mondiale de par la diversité des théâtres d’opérations qui allaient de l’Europe à l’Amérique du Nord sans oublier l’Inde.

Opposition entre les royaumes de France et d’Angleterre mais également celui de Prusse et l’empire de Russie.

Cette guerre, qui a commencé en Août 1756, s’est enlisée en 1758 pour se terminer en 1763 avec la perte pour la France de ses colonies et du Canada.

1764 plus rien et, cette Bête du Gévaudan qui a mobilisé de nombreuses troupes royales pour ses attaques dans cette région mais également dans le nord du Vivarais et le sud de l’Auvergne, est alors une aubaine pour la presse locale, le « Courrier d’Avignon » et la « Gazette de France », dont la source « guerre » s’est tarie.

Même engouement des journaux internationaux qui prennent le relais pour en faire un feuilleton avec des centaines d’articles sur le sujet en quelques mois, mais sans oublier de ridiculiser la France pour son incapacité à tuer un simple loup.

– Mais où as-tu puisé ces informations ?

– À la Mairie, dans la presse et surtout grâce à un érudit de la région, le Père Charles, qui m’a permis de compulser toutes les archives de son église.

– Donc, selon toi, exploitation d’un fait divers pour distraire le peuple et mettre des sujets plus médiatiques en valeur.