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Le Vol de Lamoette dit La Mouette

De
212 pages

Comme il est agréable, après un dur labeur, de prendre des vacances, surtout en Bretagne sur la presqu'île de Rhuys ! Personne, je crois, ne me contredira... Mais, et il y a souvent des mais, dans nos vies... Voilà, vous allez comprendre pourquoi en l'espace d'un éclair, l'inspecteur Robin voit rouge.


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Cet ouvrage a été composé par Edilivre
175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis
Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50
Mail : client@edilivre.com
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Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays.
ISBN numérique : 978-2-332-92068-3
© Edilivre, 2015
Chapitre I Romy et Robin chez les Bretons
Nous sommes le lundi trente Juin 2008. Après les enquêtes tumultueuses de ces derniers mois, Romy et Robin pour leurs vacances, désirant aujourd’hui un peu de repos, sont venus dans le Morbihan, plus exactement à Sarzeau sur les bords du Golfe où ils jouissent dans le calme de la Presqu’île de Rhuys, du spectacle des Mouettes blanches sillonnant le ciel bleu et piquant dans le vert océan à la recherche de petits poissons imprudents. Située entre l’océan et le Golfe du Morbihan, la Presqu’île de Rhuys, à la tradition rurale allie la tradition maritime. Dans un magnifique Patrimoine naturel et historique, les deux inspecteurs voyagent au milieu du néolithique pour remonter jusqu’aux Ducs de Bretagne. Jouissant en outre des nombreuses activités d’accueil, leur seule difficulté réside dans le choix quotidien qui s’offre à eux entre les randonnées à pied, à cheval et à bicyclette, la voile habitable ou légère, la thalassothérapie, les plaisirs de la plage, les animations culturelles et nautiques caractérisant cet univers plein de charme. Ils ont loué à Sarzeau, comme le font de nombreux estivants en Bretagne, à cent cinquante mètres de la plage, une adorable maisonnette individuelle de plain-pied que l’on voit en arrivant, dressée en bordure du Golfe. Au style bien du pays avec son toit en visière d’ardoises bleutées, ses murs de grosses pierres blanches, ses dépendances en avancées de chaque côté de l’entrée principale, elle ouvre sur l’océan ses grands volets de bois bleu encadrés d’un superbe pied de vigne recouvrant la pergola, avec, accrochées aux rebords des fenêtres, des corbeilles d’œillets rougissantes d’orgueil. La coquetterie de son extérieur n’a d’égal que la convivialité de son intérieur. Nous entrons par l’aile droite dans une salle de séjour largement confortable, nantie d’une grande cheminée de pierres du pays. Les meubles de tradition campent de toute leur fierté bretonne à leurs places respectives choisies avec art. Les deux chambres n’ont rien à envier à leur voisin living-room, les larges lits promettent des nuits de rêve. De ces lieux de repos, nous passons à l’espace gourmand la cuisine, en traversant le couloir de l’entrée principale. Tout en prenant l’allure d’une belle américaine aménagée comme telle, où absolument rien ne manque, elle arbore sur le coin de l’oreille un petit air breton auquel personne n’échappe. Nous revenons sur la terrasse extérieure pour nous asseoir sur un banc de marbre blanc encerclant une table ronde de même matériau. Précisément voici nos deux vacanciers apparaissant sur le pas de porte. Ils n’ont pas l’air bien réveillés. Robin s’étire, se passe la main dans les cheveux, tandis que Romy les yeux encore un peu bouffis sort, en tenant précautionneusement un plateau bien garni d’un succulent petit déjeuner. Robin, déjà installé, selon son habitude hume l’air, un sourire satisfait sur les lèvres : – Mumm ! Que ça sent bon mazette ! Notre premier petit déjeuner s’annonce princier. Nous terminons bien le mois de Juin. Romy dépose le plateau sur la table. Robin dispose chacun à leur place les deux bols respectifs et le pichet de lait au centre aux côtés de la cafetière pleine d’un odorant café. Une généreuse corbeille offre à volonté de gros croissants chauds. Un énorme pot de confiture attend de pied ferme l’attaque des prédateurs tandis que la motte de beurre régional grossit sa gorge resplendissante voulant se faire plus rayonnante que le soleil. Tout en préparant les croissants de Romy et les siens, Robin s’adresse à sa compagne : – Ce que je dormais bien, lorsque le boulanger a sonné ! – Il nous a réveillés c’est vrai mais aussi regarde les beaux croissants que nous avons ! Ils sont loin d’être comme ça chez nous ! enchaîne Romy tout en trempant le sien dans le café au lait. – Oui. Et puis nous sommes en vacances dans une superbe région. Nous n’aurons pas assez d’un mois pour tout visiter, pour en goûter tous les plaisirs. Donc, nous ne devons pas traîner au lit, répond Robin la bouche pleine. – En parlant du lit, comment trouves-tu le tien ? Et ta chambre, elle te plaît ?
– Du tonnerre de Brest pour les deux et toi ? – Je suis entièrement de ton avis. Alors comment débutons-nous la journée ? – En finissant tranquillement notre somptueux petit déjeuner. – Tu ne vas tout de même pas passer ta journée à table à déguster des croissants ? – Pourquoi pas ? – Allons sois sérieux Robin ! Nous pourrions louer des vélos pour aller vers Port Navalo et Port Crouesty ? – Pour digérer les croissants ? – Oui, et pour visiter peut-être ? – C’est une excellente idée Romy. Youpi ! En route mauvaise troupe ! Une heure après, sur la terrasse, tous deux en tenue légère, shorts et chemisettes blancs, chaussés de tennis, consultent une carte offerte par l’office du tourisme de la Presqu’île de Rhuys. – Si nous poussions jusqu’à Saint-Gildas de Rhuys pour la location. Nous laisserions la voiture au parking et la reprendrions ce soir, suggère Romy. – Pourquoi pour le premier jour, ne pas visiter tout simplement Sarzeau et le château de Suscinio ? propose son compagnon. – C’est vrai, nous irons demain ou un autre jour voir les deux ports. Nous laissons la voiture ici non ? Nous louerons des vélos à Sarzeau. – Si tu veux, d’accord. Regarde ! Nous allons à la réserve du Duer… – Les anciennes salines ? – Oui, c’est un espace naturel protégé. L’accès à la réserve se fait par le Duer, mais aussi par Saint-Colombier. Nous prendrons la piste vélo pour effectuer une visite libre en suivant le sentier à l’arrière de la réserve. Il faudra demander sur place que l’on nous montre le tadorne de Belon, la sterne Pierregarin, l’échasse blanche, l’avocette élégante, enfin tous ces oiseaux de l’été… – Où as-tu dégoté tous ces noms ? – Si tu m’avais laissé finir ma phrase, tu aurais entendu… dont nous parle ce document. – Je me disais aussi ! – Qu’est-ce que tu insinues hein ? reprend Robin en lui courant après. Tous deux tournent autour de la table comme des adolescents en riant. Il la rattrape. – Alors qu’est-ce que je te fais maintenant ? – Rien. Tu es gentil et nous reprenons notre plan de promenade. – Nous verrons ce soir, d’accord. Voilà ! Il me vient une idée : si nous revenions à la maison par le château de Suscinio ? – Il vaudrait mieux faire le contraire, visiter d’abord Suscinio et revenir ensuite par la réserve de Duer. Nous laisserions les vélos au parc conçu pour eux et à pied nous nous promènerions le long des marais. – Tu me contraries toujours ! Mais comme vous avez raison pour cette fois mon cher inspecteur, entendu comme cela. Ayant loué un tandem, les voilà en route pour le Château forteresse, une des résidences préférées des Ducs de Bretagne et de leur cour au Moyen Âge. Au Sud de la Presqu’île fermant le golfe du Morbihan, à proximité de l’océan, cerné de marais et de landes, il occupe un site privilégié et offre l’avantage de la défense naturelle non seulement par l’eau mais aussi par la forêt actuellement disparue qui pourrait avoir été l’une des raisons pour son propriétaire d’élaborer le projet de sa construction comme résidence de chasse. Ses tours puissantes et ses hauts remparts encerclés de douves profondes évoquent les convulsions de la Bretagne du Moyen Âge. Il serait juste aussi de considérer Suscinio autrement que comme un bouclier guerrier. Ce fut une demeure d’agrément où les Ducs de Bretagne comme nous l’avons dit plus haut, venaient se divertir et chasser. Robin et Romy ayant abandonné leur tandem au parking spécial, écoutent comme d’autres
visiteurs l’exposé passionnant du guide Loïck. – Ce château établi au Moyen Âge par Pierre de Dreux, somptueux en son temps, offre è m e aujourd’hui à vos yeux, l’image d’une immense demeure du XV siècle grâce à son architecture. Admirez, cette grande cour intérieure dans laquelle vous vous trouvez. D’ici, portez, si vous le voulez bien, votre regard sur les deux corps de logis, les six tours et les deux courtines. Les princes Jean IV et Jean V, au temps de la jeunesse de ces lieux, séjournent régulièrement dans la plupart des bâtiments empreints de leurs souvenirs. – D’où vient le nom de Suscinio, s’il vous plaît ? s’enquiert Robin auprès du guide. – Pour vous donner l’origine de ce nom, je dois tout d’abord vous parler de son concepteur, Pierre de Dreux. – Oui, oui, nous aimerions savoir qui il était, répond en chœur le groupe des six touristes. – Un curieux personnage que ce Pierre de Dreux, enchaîne le commentateur. Devenu Duc de Bretagne en mille deux cent treize, célèbre pour ses démêlées avec le clergé qui l’avait surnommé Pierre Mauclerc, c’est-à-dire le mauvais clerc, il venait se réfugier dans son manoir calme et serein de la Presqu’île de Rhuys, auquel il avait donné cette devise : « Souci n’y est » voici le mystère dévoilé du nom Suscinio qui vous intrigue. Il accède au Duché comme prince consort par son mariage avec Alix de Bretagne qui a un fils Jean. Il devient tuteur du jeune homme à qui il cède la couronne ducale en mille deux cent trente-sept. Dès lors, simple chevalier, il accompagne Saint-Louis dans sa croisade d’Egypte. Blessé pendant la bataille de Mansourah, il meurt en mille deux cent cinquante sur le bateau qui le ramène en France. Cinq ans auparavant il avait reçu le Duché de Bretagne des mains de Philippe-Auguste. Nous allons maintenant continuer la visite. – Le château, paraît-il, a été restauré ? dit Romy en cours de chemin. – Oui, naturellement et cette restauration réserve parfois d’agréables surprises. En mille neuf cent soixante-treize, par exemple, des travaux d’arasement dans les douves surgissent ème les ruines d’une chapelle et son pavement du XIV siècle. De toute façon, vous pouvez satisfaire votre curiosité culturelle en visitant non seulement le premier niveau du Grand logis entièrement consacré à la présentation de cet ensemble unique en Europe et que la Bretagne a la chance d’avoir dans son patrimoine, mais encore le troisième étage accueille le public avec une exposition retraçant l’histoire du château et ses trente ans de restauration. Si vous avez d’autres questions à poser, je me ferai un plaisir d’y répondre. – Y a-t-il des spectacles, des festivités à ne pas manquer ? s’intéresse Romy. – Oui, des spectacles historiques nocturnes se déroulent à Suscinio. Au théâtre Nominoë vous pouvez voir tous les soirs de vingt heures à vingt et une heures trente « Félix ou les bâtisseurs de Rhuys ». – Et sur la Presqu’île ? poursuit Romy. – Ne manquez pas les fêtes de Saint-Jacques avec ses joutes et ses animations multiples. ème En outre la petite ville d’Armel, avec ses danseurs en costumes de la fin du XIX siècle, des années vingt, des années cinquante ainsi de suite, fête ses cent cinquante ans et vous invite pour son anniversaire à déguster ses crêpes, ses spécialités gourmandes, son cidre dans ses buvettes, à assister aux concours de boules, de palets et aux danses bretonnes. Le théâtre de Saint-Gildas de Rhuys ouvre ses portes sur « Les correspondances d’Héloïse et d’Abélard », Abélard étant venu se réfugier ici. Après de chaleureux remerciements, tous les touristes sont partis sauf deux qui continuent à s’entretenir avec le charmant Loïck. – Nous avons l’intention d’aller à Port Navalo et Port Crouesty que se passe-t-il là-bas ? lui demande Robin. – De Port Navalo qui vous offre ses fortunes de la mer, partent les régates, avec ses fêtes de la mer et feux d’artifice, son marché et ses costumes médiévaux. Les festivités se poursuivent toute l’année ou presque. En automne, sur les quais de Port Crouesty par exemple nous avons « Mille Sabords ! », le premier salon nautique Européen de l’occasion.
– Nous avons assisté au départ du tour de France à la voile. – Oui, entre Dunkerque et Hyères-Toulon, Provence-Méditerranée, les deux villes étapes en Bretagne cette année sont Perros-Guirec et Lorient. Cette version prévoit de privilégier les étapes de ralliement et de course. – Elle sera plus exigeante que jamais, je crois, dit Robin. – En effet, c’est un condensé sur vingt-sept jours. Mais vous devriez assister au départ du Vendée Globe. – Quand part-il ? – Le neuf novembre des Sables-d’Olonne. C’est la sixième édition de cette fameuse course. Robin, fort intéressé par ce guide si riche en connaissances d’une source inépuisable, ne veut pas le lâcher. – Et si nous mangions ensemble ? Il se fait tard, il va être treize heures. Connaissez-vous une bonne crêperie ? Mais d’abord, êtes-vous libre ? – Oui, comme l’air. Je ne veux toutefois pas vous déranger vous et votre dame ! – Ma quoi ? demande Robin étonné. – Votre épouse. – Je vois. Ce n’est pas mon épouse. Je ne suis pas marié. – Ce n’est pas mon époux, je ne suis pas mariée moi non plus. Notre profession d’une certaine manière nous l’interdit. Nous sommes associés. – Très bien. De mon côté je suis célibataire moi aussi. Dans ce cas, j’accepte votre invitation à condition de payer moi-même mon repas. – Nous verrons cela. Alors connaissez-vous une excellente crêperie ? conclut Robin. – Oui, à Sarzeau. Comment êtes-vous venus, en voiture ? demande Loïck. – Non, en tandem, rétorque Romy. – Je prends mon vélo et j’arrive. – Alors, rejoignez-nous au parking. Cinq minutes plus tard, une fois réunis, les trois nouveaux amis se rendent à Sarzeau, rue de la corderie à la crêperie nommée Le Galichan labellisée « crêperie gourmande ». Ils s’installent sur la terrasse, consultent le menu et la carte, choisissent crêpes, galettes, cidre bien frais et poursuivent leur conversation sur le Vendée Globe en attendant les repas. – Vous nous parliez de la sixième édition de la célèbre course, reprend Robin. – C’est une course peu ordinaire vous savez ! Il faut voir le visage des marins dans le chenal des Sables-d’Olonne à l’heure du départ pour comprendre ! – Mais comment est née l’idée de cette aventure en mer ? – Vous avez raison de l’appeler ainsi. Elle est sortie simplement de l’imagination de quelques coureurs d’océan avides d’élargir l’horizon des marins bretons. Elle participe de tout un rituel, comme le baptême des monocoques par exemple. – J’ai cru comprendre que précisément il y en a eu un récemment, enchaîne Romy. – Oui, le dix-neuf Juin dernier, avant que vous arriviez. Il s’agit du soixante pieds d’Armel le Cléac. – Qu’est-ce qu’un soixante pieds ? s’interpose Robin. – C’est un bateau de 18 mètres de long environ et de 5 mètres 50 de large. Les monocoques de 60 pieds-open sont parmi les plus rapides des bateaux de course. Ils sont construits en fibre de carbone utilisant les structures Hi-Tech, ils sont conçus pour être le plus léger possible pour gagner en vitesse mais assez solides pour résister aux pires conditions que la mer peut leur imposer. Ils sont prévus pour la navigation en solo. Il n’y a que très peu de confort à bord. Je n’ai pas répondu à votre collègue. – Oui. Tu es un impoli Robin, tu as coupé notre conversation ! Vous alliez me parler du baptême. – Devinez qui en est le parrain ? – Je n’en ai aucune idée, répond-elle.
– Avez-vous entendu parler de Jean-Loup Chrétien ? – Je pense qu’il s’agit du premier cosmonaute français dans l’espace en mille neuf cent quatre-vingt-deux. – Voilà madame. Il est donc le parrain du BritAir qui partira au prochain Vendée. Toutes les conditions étaient réunies hier, mercredi pour offrir aux invités, près de deux cents personnes, ème une belle journée. En baie de Morlaix entre le château du Taureau, ancien fort du XVIII siècle et l’Ile Louët, Armel Le Cléac et son équipe ont donné une petite démonstration du potentiel de ce nouveau-né avant de l’immobiliser face à la plage du Kélenn pour la cérémonie. – Vous devriez manger votre crêpe chaude, dit Robin à Loïck qui, plongé dans son récit n’avait pas prêté attention à la serveuse en habit breton qui venait de poser les plats devant eux. Le claquement de langue sur le palais de chacun savourant ce mets traditionnel justifie le silence succédant à cette remarque. Un petit coup de cidre du pays là-dessus et la conversation reprend son cours comblant le trou normand, en attendant les galettes. – Où en étais-je ? dit Loïck. – A la cérémonie. Le bateau s’immobilise face à la plage, l’aide Robin. – C’est ça. Après la bénédiction, par l’abbé Abjean de Carantec, Jean-Loup Chrétien brise avec joie et conviction la traditionnelle bouteille de champagne sur l’étrave du monocoque. Le baptême achevé, le BritAir repart en direction de Concarneau son port d’attache. Nous savons qu’Armel le Cléac devait reprendre son entraînement dès le lendemain soir et ce, pour plusieurs semaines. – Armel le Cléac n’est pas le seul à courir le Vendée Globe ? dit Romy. – Non bien sûr. Je vous ai parlé de lui à cause de l’anecdote du baptême de son bateau, cérémonie intéressante et peu commune vu la célébrité du parrain. Trois jours après, Marc Thiercellin a largué les amarres pour une navigation en solitaire de deux mille cinq cent miles afin d’obtenir la qualification de son monocoque DCNS pour le Vendée Globe. Il a mis le cap sur Saint-Pierre et Miquelon. Il prévoit de revenir par les Açores. – Nous changeons de monde en vous écoutant. Nous voyageons sans bouger. Dans cette atmosphère marine, au parfum iodée des huitres à proximité, devant cette table si conviviale et votre gentillesse, cet accueil de tous les habitants de la Presqu’île j’ai l’impression de rêver. Je ne sais pas si j’aurai le courage de quitter cette région enchanteresse, avoue doucement Romy. – Voici les galettes, dit la serveuse en plaçant respectivement les assiettes. – Ces navigateurs de l’impossible, n’ont-ils jamais le stress ? demande Robin. – Jamais le stress, vous plaisantez j’espère ? rétorque Loïck la bouche pleine de nourriture, n’ayant pas pris le temps d’avaler tellement la question l’a surpris. – Excusez-moi, je vous ai indigné, lui dit Robin tout penaud. – Non, ce n’est rien. Je comprends votre curiosité. Vous savez ils ont pratiquement tous rédigé leur cahier de bord pourrait-on dire. Sans mots inutiles ou ronflants pour l’exprimer nous ressentons le stress qui les envahit quand le bateau dévale les montagnes liquides de l’océan Indien à plus de vingt nœuds, l’équivalent de trente-sept à trente-huit kilomètres à l’heure. Nick Moloney parlant du Sud dit « Cet endroit est dingue »… – Ce sont eux qui sont dingues, coupe Robin ! – Non, il faut essayer de se mettre à leur place. Ceux qui l’ont déjà vécu comme Jean-Pierre Dick ou Roland Jourdain savent en eux profondément pourquoi ils y retournent. Les autres, Sam Davis ou Jérémie Beyou qui en rêvent depuis des millénaires veulent, comme les anciens, repousser les frontières de leurs peurs et mesurer la force de leur courage. Ces hommes nous font partager leur doute comme leur certitude, cette envie d’aller se frotter à cette part d’inconnu, se griser des dangers imprévisibles que réservent les océans, vivre les émotions des anciens premiers navigateurs. – Cette aventure les change-t-elle ? interroge Romy.
– Que ce soit les novices ou les vétérans, à les entendre, ils se découvrent des dons auxquels au préalable ils n’avaient jamais songé. Ils en reviennent non pas différents comme on pourrait le croire mais plus profonds, plus sages, comme s’ils avaient appris la relativité des choses ici-bas. Ils sont fiers d’avoir contribué à construire la légende du Vendée Globe avec entre autre, lors de la première édition de 1989-1990, le remorquage de Philippe Poupon par mon frère de prénom Loïck Peyron qui a filmé toute la scène et qui est arrivé second. Jean-Yves Terlain qui démâte au Sud de Cape Town, Patrice Carpentier qui fond en larmes, complètement épuisé après les nombreuses avaries de son bateau, le sauvetage de Tony Bullimore dont le bateau a chaviré, l’inoubliable bricolage d’Yves Parlier qui a effectué une réparation de son bateau en s’abritant dans une crique, les photographes ont pu l’approcher à quelques mètres mais en aucun cas monter à bord. Il a dû se débrouiller tout seul pour rejoindre la terre, et enfin l’arrivée des vainqueurs. Mais venez assister au départ ça en vaut le déplacement, croyez-moi. – Nous allons y réfléchir, répond Robin tenté. Il y a autre chose que j’aimerais vous demander. – Oui, dites. – Je suis de tempérament curieux. Vous avez nommé ce matin le Théâtre de « Nominoë ». Pouvez-vous me dire pourquoi ce nom ? C’est la première fois que je l’entends. La serveuse revient et leur demande ce qu’ils veulent comme dessert. – Que prenez-vous Loïck, des crêpes, une glace maison ? propose Romy. – Je vais prendre un citron givré. – Et nous naturellement des crêpes garnies, dit Robin car des glaces nous en mangeons tous les jours. Vous prendrez bien un bon café pour finir et un pousse-café ? – Un café avec plaisir oui. Mais pas d’alcool car je vais devoir rejoindre mon travail de l’après-midi. Je réponds à votre question ? – Si cela ne vous retarde pas trop d’accord. Je ne réfléchissais pas que si nous, nous sommes en vacances, il n’en est pas de même pour vous et vous devez avoir toute votre tête pour accueillir les touristes ce soir. – Voilà pourquoi même si je commence par la conquête romaine, ne vais-je pas m’attarder sur l’Histoire de la Bretagne, sinon nous en avons pour des heures. Conquise par Rome, l’Angleterre ou île de Bretagne, forme la province de Bretagne en quatre cent sept. Les Légions romaines partent sur le continent lutter contre les invasions barbares. Malgré une ème résistance désespérée, les bretons sont refoulés au V siècle et émigrent en masse en Armorique. Et en huit cent quarante-cinq, par sa victoire sur Charles le Chauve à Ballon, Nominoë, Roi de Bretagne, rend la Bretagne pratiquement indépendante. En huit cent quarante-six il impose à son ennemi vaincu, la reconnaissance d’un royaume breton autonome. Je viens de vous retracer brièvement l’histoire de Nominoë à qui nous devons la Bretagne. Ai-je satisfait à votre curiosité ? – Tout à fait Loïck. Nous vous écouterions toute la journée. – Moi, je suis bien avec vous, mais il faut que j’y aille. Au fait quelle est votre profession ? – Nous appartenons tous deux à la brigade criminelle du Rempart Saint-Etienne à Toulouse. Nous sommes Romy et Robin. Souvent nous sommes trois, avec notre commissaire Gary. – Je crois effectivement avoir lu des articles sur vous dans le journal. Et ma foi vous êtes connus dans la région. – Je ne pensais pas que notre réputation pouvait parvenir jusqu’en Bretagne, dit Romy. – Le monde est petit comme on dit ! Où demeurez-vous ? poursuit le guide. – A deux pas d’ici. Vous descendez cette rue à droite et vous arrivez au bord du golfe. Vous ne pouvez pas vous tromper, c’est la première maison de pêcheur. Elle a des volets bleus, une petite vigne en tonnelle et des corbeilles d’œillets. Elle se voit de loin et s’appelle « La Belle du Golfe ». Dans la cour, stationne une 306 cabriolet rouge, c’est la mienne, ajoute l’inspecteur
Romy. – La prochaine fois nous parlerons de ce qui vous intéressera. J’adore raconter ma Bretagne termine Loïck en enfourchant son vélo. A bientôt ! – Attendez Loïck ! Et vous où habitez-vous ? l’arrête Robin de sa voix puissante. – J’habite Le Logeo sur le bord du Golfe. En fait il s’agit d’une baie. Je vous donne ma carte de visite. La voilà. Romy à son tour, tire de son portefeuille une carte qu’elle tend au guide, non sans lui avoir inscrit le téléphone de la petite maison bretonne. – Bien ! Cette fois, je m’en vais, je suis déjà en retard, les touristes vont attendre. Au revoir. Le jeune homme s’éloigne à coups de pédales vigoureux. – Je crois que nous nous sommes fait un nouvel ami, qu’en penses-tu Robin ? – Il est vraiment agréable. Je ne savais pas que nous étions connus jusqu’ici tout de même ! – Nous sommes toujours en France ! Et nos enquêtes commencent à être célèbres dans notre pays. – Nous n’avons pas visité les marais, nous y allons ? Il n’est que dix-sept heures trente nous verrons le coucher du soleil, tu veux bien Romy ? – Allons ! Ils repartent sur leur tandem qui les accompagnera jusqu’à la fin de leurs vacances, c’est-à-dire un mois. Ayant posé leur moyen de locomotion sur le bas-côté du chemin c’est à pied qu’ils poursuivent leur visite. Le spectacle les laisse sans parole. En fond de décor se détache la majestueuse bâtisse du château de Pierre Mauclerc. Autour, les oiseaux du Golfe vont et viennent sur les îlots de fleurs et de rochers qui déterminent leur habitat. Cet univers enchante les deux promeneurs tant par sa beauté à la fois sauvage et romantique, que sa lumière changeante. Assis, ils demeurent ainsi jusqu’aux environs de dix-huit heures trente. – Es-tu fatiguée, Romy ? – Non, pourquoi ? – Si nous allions à Saint-Gildas de Rhuys voir le spectacle consacré à Héloïse et Abélard ? – D’accord, nous mangerons à la maison à notre retour. Tu n’auras pas trop faim, Robin ? – Non, ne...