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Les endormis du métro suivis de Le voyage linguistique et Les frères Coquerelle

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8 pages


Les endormis du métro
Le voyage linguistique
Les frères Coquerelle








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couverture
Gérard MOSS

Les Endormis du métro
suivis de
Le Voyage linguistique
et
Les Frères Coquerelle

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Les Endormis du métro

Il est cinq heures dix, un samedi matin de mai dans le quartier de Pigalle. C’est la fin de la journée de travail pour les travailleurs de la nuit. Comme dans la chanson, les travestis vont se raser ; les bars mettent à la porte leurs derniers clients ; les lumières s’éteignent.

Il ne fait pas encore jour mais on sent que la journée sera belle. La nuit a été douce ; le matin légèrement frais. Sur le parvis du métro Pigalle, un homme attend. Assis sur le dossier d’un banc, un peu dissimulé aux regards par le feuillage des arbres de la contre-allée, il observe. Ce n’est pas un mac, il n’en a pas l’allure. Peut-être un employé de la RATP qui commence sa journée en fumant une cigarette. Quelqu’un d’ordinaire apparemment.

C’est ce qu’il voudrait faire croire en tout cas. Car le voilà qui s’agite. Il a repéré quelque chose, une proie. Il ne la quitte pas des yeux. Il se redresse, se tient prêt, s’apprête à jeter sa cigarette dans le cas où sa cible prendrait le métro. Mais non. Pas de chance : elle s’engouffre dans un taxi qui s’éloigne sur le boulevard presque vide. Khaled B. pousse un juron. C’est pas son jour.

Car depuis quelques mois, il s’est trouvé un modus operandi original et lucratif : il s’attaque aux travailleurs de la nuit épuisés ; aux fêtards endormis sur la banquette d’une rame de métro ; aux soulards trop ivres pour conduire. Attaquer n’est d’ailleurs pas le mot correct : Khaled B. les dépouille. Un téléphone, un portefeuille, une sacoche… Il lui est même arrivé de voler un blouson sans que sa malheureuse victime ne se réveille. L’effet conjugué de la fatigue et de l’alcool. Il n’y a rien de mieux.

Évidemment, depuis peu, la RATP a renforcé sa surveillance. Des équipes tournent ; des caméras ont été ajoutées. Mais bizarrement, les volontaires pour arpenter les couloirs un samedi matin sont peu nombreux… Et puis les caméras… Il suffit de les éviter. Non, Khaled B. n’a vraiment pas de souci à se faire de ce côté-là.

Le voleur regarde sa montre. Cinq heures quarante. Il passe la capuche de son sweat sur sa tête et s’engouffre dans le métro désert. Personne au guichet. Tant mieux. Il glisse son billet dans la fente, pousse le portillon et écoute. Rien. Personne. Il descend sur le quai désert. Prochain train dans sept minutes. Ce n’est pas bon. C’est une mauvaise journée. Il s’assoit. Il a toute la place. L’hiver il y a les clodos. C’est vraiment un job d’été.

Khaled B. attend, affalé sur le siège, dans l’attitude de l’homme épuisé mais les sens en éveil. Et puis soudain il le voit. Un touriste de toute évidence qui a profité de l’absence de sa femme pour aller se faire une virée by night dans les clubs à hôtesses de Pigalle. Lourd, se déplaçant avec peine, sa chemise blanche tâchée de vin et sortie de son pantalon, il a quelque chose d’écœurant. Une proie facile pourvu qu’il s’asseye du bon côté du quai, là où il n’y a pas de caméra. Bingo ! Frapper vite : il y a toujours le risque d’une rame occupée. Autant agir maintenant. Khaled B. quitte son siège.