Les Filles du Touquet

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45 pages
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Description

Dans un brouillard à couper au couteau, Marcel attend le tonton Pierrot à la petite gare de Rosporden, en Bretagne. Telle une apparition, l’oncle débarque, appuyé sur son déambulateur. Au bout du rouleau, mais porté par un sérieux désir de vengeance, il n’est pas venu voir Marcel par hasard. Mais que vient donc faire Stendhal dans cette histoire pleine de fureur ? Il en tire la morale, aussi tranchante qu’une décharge de mitraille : SFCDT.

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Date de parution 16 décembre 2015
Nombre de visites sur la page 394
EAN13 9782363154880
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0022 €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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Les Filles du Touquet
KarimMiské IllustréparFlorenceDupréLaTour
Édité par la Société éditrice du Monde – 2015 80, boulevard Auguste Blanqui – 75013 Paris. Éditeurs : Hervé Lavergne et Pascale Sensarric Coordination éditoriale : Christine Ferniot Assistés par Teva Heuzard la Couture Création et mise en page : Denfert Consultants Coordination technique : Camille Lloret Direction artistique : Didier Hochet ISBN de la collection « Les Petits Polars » : 9782361562007 ISBN Les Filles du Touquet : 9782363154880 Illustrations © Florence Dupré La Tour
Cet ebook a été réalisé avec IGGY FACTORY. Pour plus d'informations rendez-vous sur le site : www.iggybook.com
Préface
Ouvrir un polar c’est avoir le choix entre plusieurs mondes : marcher sur les routes froides d’Islande en compagnie d’un commissaire qui préfère la réflexion silencieuse aux déductions bavardes. Arpenter les ruelles américaines sur les traces d’un tueur en série. Prendre un thé à l’arsenic avec une vieille Anglaise permanentée qui semble si charmante. Mais c’est aussi découvrir une ville, un lieu inattendu, historique ou actuel, grâce à des romanciers qui ont décidé d’en faire le décor parfait de leur nouvelle intrigue. Roman noir, suspense, thriller, enquête ou énigme, le polar est tout cela à la fois. Un terme générique, né dans les années 70, pour réunir les différentes couleurs du Noir. Cette année, neuf grands auteurs et illustrateurs de « Petits Polars » se sont installés dans l’Hexagone, entre Marseille et La Baule, Lyon et Le Touquet, Paris et Montpellier, Lille, Biarritz et Colmar. Ils ont investi les lieux, envisagé des intrigues, visité les quartiers, les jardins, les bâtiments, pour imaginer, chacun à leur manière, un polar inédit, illustré par un dessinateur qui les suit pas à pas, adaptant librement leur univers. Voici une quatrième saison qui scelle également la complicité entreLe Mondeet SNCF, décidés à marier la fiction policière et l’illustration contemporaine. Ce tour de France très particulier est aussi une manière de fêter les quinze ans du PRIX SNCF DU POLAR*, né en 2000. Un prix du public pour ce genre littéraire qu’on appelait autrefois « roman de gare ». Aujourd’hui, les prix de ces catégories se sont multipliés : roman toujours, mais également bande dessinée et court métrage, pour révéler chaque année de nouveaux talents. Desœuvres pour amateurs éclairés et simples curieux, des fictions inédites pour tous ceux qui aiment voyager avec « la crème du crime ». Nouveauté 2015, chaque nouvelle illustrée située dans une ville française est suivie d’une « échappée » journalistique et touristique au sortir de la gare. Rassurez-vous, avec ces nouvelles noires, il ne s’agit pas d’une simple promenade de santé !
SAISON 4 • Jérémie Guez & Jacques Ferrandez –Là-bas, c’est Marseille suivi d’une échappée à MARSEILLE EmmanuelGrand&PierrePlacePavillon rougeàLaBaule
EmmanuelGrand&PierrePlacePavillonrougeàLaBaule suivi d’une échappée à LA BAULE • Chantal Pelletier & Loustal –I Love Lyon suivi d’une échappée à LYON • Karim Miské & Florence Dupré la Tour –Les Filles du Touquet suivi d’une échappée au TOUQUET • Tito Topin & Vincent Gravé –Bloody Paris suivi d’une échappée à PARIS • Antoine Chainas & Anthony Pastor –Le soleil se couche parfois à Montpellier suivi d’une échappée à MONTPELLIER • Michel Quint & Pozla –Si près du malheur à Lille suivi d’une échappée à LILLE • Ian Manook & Hervé Bourhis –Retour à Biarritz suivi d’une échappée à Biarritz • Nicolas Mathieu & Florent Chavouet –Paris-Colmar suivi d’une échappée à COLMAR * Suivez le PRIX SNCF DU POLAR toute l’année sur polar.sncf.com, #PolarSNCF
Un petit tour au Touquet. Jessica en rêvait, et la voilà à deux pas de la plage, attendant un mystérieux Anglais pour une mystérieuse histoire de valise. Méfiez-vous, la fiction de Karim Miské ne ressemble pas à une bluette de vacances, et l’écrivain nous entraîne rapidement dans une histoire de trafics où les femmes sont loin d’être innocentes. Les dessins veloutés de Florence Dupré la Tour accompagnent cette histoire d’amour qui tourne mal. Forcément.
Les Filles du Touquet
Paris(GMT+1) 4:45 Comme chaque nuit, à quatre heures quarante-cinq précises, un mystérieux processus interne actionne l’interrupteur mental de Jessica Ferrera. Alors que l’instant d’avant, elle dormait profondément, la voici, en une fraction de seconde, totalement éveillée. Aussitôt, ses yeux se vissent sur la seule source de lumière de sa chambre : les chiffres en diodes rouges de son radio-réveil. Elle les fixe en retenant sa respiration et sans ciller. Ça fait partie de ses rituels : vivre en pleine conscience le premier passage de minute de la journée. 4:46 Comme chaque matin depuis trois mois, à quatre heures quarante- six, Jessica reprend son souffle et cligne des yeux en repensant à son dernier anniversaire. Ce moment où Pedro lui a offert ce radio-réveil en bois et métal brossé qui coûte cinquante-cinq euros chez Habitat. Dès qu’il avait quitté le salon dans un doux sourire, après les bougies et la chanson, elle était allée vérifier le prix sur le site du magasin, pour savoir à combien il évaluait leur amitié. Ça lui avait semblé parfait, ce prix. Au-delà de cent euros, elle aurait été gênée, en dessous de trente, elle se serait sentie humiliée. Comme toujours, Pedro savait. C’est pour cela qu’elle l’avait choisi : il était juste en toute chose, au volley, comme en amitié et en affaires. Jessica aurait été incapable de définir la nature de leur relation. Elle attendait de lui une chose particulière, qu’il s’était jusqu’à présent arrangé pour ne pas lui donner, sans jamais la lui refuser formellement. Pour jouer avec son désir, pas de doute, c’était un pro. Pire que la plus faussement innocente des meufs. Mais ce jour-là, il lui avait enfin offert une raison tangible d’espérer que le terme de son attente approchait. Depuis, chaque matin, la jeune fille repensait au mot qu’elle avait trouvé avec le réveil, griffonné sur une feuille arrachée à un carnet à spirale : Bon pour () valable jusqu’au 31/12/2015 C’était vraiment lui, ça ! Pourquoi des points de suspension ? 4:51 Pourquoi ne pas avoir écrit tout bonnement :Bon pour une inoubliable nuit d’amour valable jusqu’au 31/12/2015. O.K., laisse tomber « inoubliable », c’est tout pourri, mais « nuit d’amour » au moins. Ils voulaient dire quoi ces putains de points de suspension ? Pedro sait que Jessica est d’une discrétion maladive. Jamais elle n’aurait laissé qui que ce soit, fût-ce Lola, surtout Lola, lire ce qu’il lui avait écrit. Allait-il encore inventer un prétexte ? Elle attendait tout de même déjà depuis deux ans, trois mois et une semaine ! Jessica ferme les yeux, repense à ce vendredi soir, huit jours avant ses quatorze ans, où elle s’était plantée
devant lui, à la sortie de son entraînement de volley. Il jouait en équipe de France junior alors. Elle l’avait regardé dans les yeux et lui avait tout sorti d’un coup. Il avait souri tout doucement avant de lui expliquer pourquoi ce n’était pas possible. Mais Jessica n’était pas fille à se laisser démonter, elle avait répondu qu’elle attendrait encore un an, aucun problème, avant de tourner les talons, marcher avec dignité jusqu’au coin de la rue, s’enfoncer sous un porche et pleurer en silence sur ces mots qu’elle n’avait jamais encore entendus. « Majorité sexuelle », mais quelle étrange langue parlent donc les adultes ? Il lui faudrait bien un an, oui, pour l’affronter, à défaut de la faire sienne. 5:09 C’est son moment préféré de la journée depuis qu’elle est toute gamine, les petites heures, entre rewind et fast forward. Au début personne ne comprenait, surtout pas Sophie, sa mère, qui n’arrivait pas à se faire à cette vision matinale : sa fille, Jessica, six ans, déjà habillée et prête à partir à l’école à 7 heures du matin alors qu’elle émergeait à grand peine de sa nuit médicamenteuse. À l’époque, Sophie faisait encore l’effort de se lever et de l’amener à l’école. Ça avait duré jusqu’au CM1, puis Jessica avait dû se prendre en charge toute seule, le matin. À partir de la sixième, elle avait commencé à s’occuper aussi de sa mère, qui avait cessé depuis longtemps de s’intéresser aux causes des insomnies de sa drôle de gamine. Finalement, le médecin du club lui avait donné une raison qui valait ce qu’elle valait : c’était son métabolisme qui voulait ça, quatre à cinq heures de sommeil par nuit suffisaient à Jessica. Un phénomène très rare à son âge, mais c’était ainsi. 5:23 Jusqu’à l’été dernier, de cinq heures moins le quart à six heures cinquante-cinq du matin, assise toute droite dans son lit, elle revivait l’intégralité de son dernier match dans sa tête. Les buts qu’elle avait réussi à stopper et surtout celui ou, pire, ceux qu’elle avait laissé marquer à l’équipe adverse. Elle était la meilleure gardienne de son club, Jessica, mais ça la tuait, à chaque fois, d’encaisser un but. Elle se renfermait après le match, refusant toute consolation, tout contact physique, et de retour dans le F3 du boulevard Ney, la nuit, après avoir bordé sa mère, elle se mettait en mode replay, revivant son erreur, encore et encore jusqu’à ce que le sommeil la terrasse. Au réveil, quatre heures plus tard, c’était reparti pour un tour, la honte et la douleur d’avoir failli la transperçaient à chaque fois avec autant de violence. Un calvaire. Alors quand, à la fin du collège, Jean-Louis, son entraîneur, lui avait proposé d’intégrer une section sportive scolaire au Mans, elle avait décliné, utilisant sa mère comme prétexte, et puis les rillettes aussi. « Non mais Jean-Louis, t’es sérieux là ? Tu veux m’envoyer jouer au foot chez les mangeurs de rillettes ? » L’entraîneur n’avait pas compris, lui rétorquant qu’elle n’était même pas musulmane, où était le problème ? Jessica s’était contentée de rire. « Laisse tomber Jean-Louis, tu capteras jamais. » Lors de sa dernière saison au club, elle ne laissa aucun ballon atterrir au fond de ses filets. D’accord, elle renonçait à embrasser la carrière de footballeuse, mais que tout le monde sache bien que c’était elle, la meilleure.