Les frasques du décapité

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M. Riveira, riche négociant entièrement dévoué à son métier, disparaît lors d’un important voyage d’affaires devant le mener de Paris à Lyon.


Aussi, quand dix jours plus tard, son portefeuille et ses papiers d’identité sont trouvés sur les berges du canal Saint-Maurice à Joinville, il est à craindre qu’il soit tombé dans un guet-apens.


Les doutes sont malheureusement très vite levés puisqu’un corps sans tête portant les vêtements du commerçant est repêché dans les eaux, non loin de la découverte.


Le détective ROBIN, embauché par un amoureux éploré pour retrouver sa fiancée qui s’est mystérieusement volatilisée, constate que celle-ci était la secrétaire de M. Riveira, qu’elle a brusquement donné sa démission et déménagé sans laisser d’adresse, la veille du décès de son patron.


Mais quel rôle a bien pu jouer la dactylo dans « L’énigme du décapité » ?


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EAN13 9782373479171
Langue Français

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LES FRASQUES DU DÉCAPITÉ
Roman policier
par Georges Grison
*1*
UN BRASSEUR D'AFFAIRES
Le samedi 13 janvier, après avoir copieusement dîné , selon son habitude, M. Riveira alluma sa pipe et dit à sa femme :
— Tu sais, bobonne, je pars demain matin. J'ai une grosse affaire en vue.
me — Bien, répondit M Riveira. Et où vas-tu comme ça ?
— Dans les environs de Lyon.
— Resteras-tu longtemps ?
— Non. Trois jours, peut-être quatre, mais ce sera tout.
« C'est un coup à tenter.
« S'il réussit, je reprends le train tout de suite. S'il rate, je consacre une journée à essayer de le rabibocher. Mais une journé e, pas plus.
« Je n'aime pas à perdre mon temps, tu le sais.
me — Et tu as raison, approuva M Riveira en riant.
M. Maurice Riveira était ce qu'on appelle un brasse ur d'affaires et Dieu seul eût pu dire combien il en avait fait dans sa vie.
Il avait commencé tout jeune.
Fils de braves ouvriers marseillais qui gagnaient p éniblement leur vie, il avait tant bien que mal suivi les cours de l'école communale.
Dès qu'il avait su lire, écrire et compter, on l'av ait placé chez un négociant de Narbonne, à qui un ami de sa famille l'avait rec ommandé. Il remplissait là les doubles fonctions de petit employé et de garçon de bureau. Il était logé, nourri, blanchi et gagnait un modeste salaire par mois, ce que le père Riveira trouvait très beau pour un gamin de quatorze ans.
Il resta là quatre ans.
Mais son cerveau travaillait et il rêvait une situa tion plus lucrative.
Quand il eut atteint sa dix-huitième année, il dit à son patron qui, à ce moment, s'occupait du commerce des vins :
— Vous avez des acheteurs qui vous dépensent beauco up en frais de voyage. Si je vous offrais du vin à meilleur marché qu'eux et sans vous demander un sou pour mes déplacements, cela vous irait-il ?
— Parbleu, répondit le patron, un peu étonné. Mais, comment t'y prendras-tu ?
— C'est mon affaire. Est-ce oui, est-ce non ?
— C'est oui, mille fois oui. Nous verrons ton savoir-faire.
Le jeune Marius ne demandait pas mieux. Il avait so n plan bien fait d'avance.
Réunissant les petites économies qu'il avait faites , grâce aux pourboires que lui donnaient les clients, car il envoyait fidèleme nt ses gages à sa famille, il se mit en campagne, parcourant les villages, visitant les vignerons.
Sous prétexte de goûter le vin, il mangeait un morc eau de lard chez l'un, une tranche de fromage chez l'autre, et ne dépensait ai nsi rien pour sa nourriture. Pour le coucher, il s'adressait aux plus modestes a uberges qui lui faisaient des prix de faveur.
Et chaque jour, il achetait pour le compte de son p atron, dix, vingt, trente, quelquefois quarante barriques de vin, sur lesquell es, à force de marchander, il obtenait un rabais de peu d'importance, mais dont i l faisait sa commission.
Au bout d'une tournée de quinze jours, il avait de quoi remplir les chais du négociant.
Celui-ci était stupéfait des conditions de bon marc hé dans lesquelles Marius avait fait ses acquisitions, plus stupéfait encore quand, ayant demandé à son employé combien il lui fallait pour le travail acco mpli, celui-ci répondit fièrement :
— Mais rien du tout, patron. Ce sont les vendeurs q ui me paient et cela me suffit.
À ce commerce le jeune homme arrondissait en effet sa bourse. Il arriva à amasser un capital, deux ou trois billets de mille francs. Une fois qu'il les eut en poche, il donna sa démission et partit pour Paris, rêvant la conquête de la capitale.
À Paris, il changea ses batteries et se fit bimbelo tier, camelot.
Il achetait dans des maisons de gros, un lot d'obje ts quelconques, toiles, mouchoirs, porcelaines, peu importait, et il instal lait un étalage en plein vent, sous une porte cochère, avec l'autorisation du conc ierge, auquel il donnait une petite pièce.
Chaque fois il arrivait, avec son bagout marseillai s, à écouler rapidement sa marchandise, et presque toujours il doublait son prix d'achat.
Un jour, il lui vint une idée géniale.
Risquant le tout pour le tout, il s'en alla à Londr es, s'aboucha avec un gros commissionnaire en marchandises, acheta trois batea ux de charbon, payables à
l'arrivée à quai au port Saint-Nicolas.
Puis, revenant en hâte à Paris, il se mit en chasse , visita tous les négociants, toutes les usines, offrant son charbon à un prix inférieur à celui que faisaient d'ordinaire les fournisseurs anglais, mai s lui laissant néanmoins un léger bénéfice. En huit jours, il eut tout placé, e t il n'eut plus qu'à attendre l'arrivée de ses bateaux.
Quand ils accostèrent le quai, il y avait là cent c harrettes toutes prêtes. On chargeait le charbon sur les charrettes. L'employé du négociant payait le chargement et Marius soldait entre les mains du cap itaine du navire. Quand cette opération fut terminée, il se trouva à la têt e d'un bénéfice de six mille francs.
Cela le mit en goût et il entreprit des opérations sur de plus larges bases encore. Avec un bonheur qui tenait du prodige, elle s lui réussissaient toutes.
lle Quand il eut vingt-cinq ans, il épousa M Eudoxie Mouton, une vieille fille qui avait dix ans de plus que lui et qui était loin d'être belle. Mais son père, négociant, lui donnait cinquante mille francs de do t et, pour Marius Riveira, cela tenait lieu de beauté et de jeunesse.
Il s'établit alors commissionnaire en marchandises rue des Petites-Écuries, ce qui ne l'empêcha pas de continuer ses coups d'au dace. Il en est un qui fut remarquable. Ayant vu un café bien situé dans le ce ntre de Paris, mais, par suite de la mauvaise gestion du propriétaire, complètemen t abandonné par la clientèle, il l'acheta trente mille francs comptant.
Ce fut pour l'ancien patron une fortune inespérée q ui conjurait la faillite imminente. Quant à Marius, il savait bien ce qu'il faisait.
Il embaucha toute une troupe d'artistes de café-con cert et de petits théâtres. Il leur offrit gratuitement le café le matin et à c inq heures l'apéritif, mais à une condition, c'est que ceux, hommes et femmes qui pay aient de mine, garniraient en permanence la terrasse. Pour les autres, ils dev aient à chaque instant entrer et sortir.
De cette façon, il y avait un mouvement énorme dans ce café, jadis désert. La foule appelle la foule. Bientôt il y eut une cli entèle sérieuse.
Marius, au bout de six mois, revendait son café soi xante mille francs.
Au moment où nous le trouvons, il avait cinquante a ns et possédait plus d'un demi-million, sans compter sa maison de commission qui faisait d'excellents bénéfices.
Il avait deux filles qu'il avait mariées, en leur d onnant une grosse dot, l'une à un notaire, l'autre à un officier d'artillerie, che valier de la Légion d'honneur.
Il avait acheté à Viroflay, une jolie villa qu'il a vait meublée avec plus de
somptuosité que de goût et où il venait chaque soir se reposer, après la fermeture de ses bureaux.
C'est de là qu'il partit le lendemain matin, après avoir dit à sa femme :
— Tu sais, cette drôlesse d'Anita, la dactylographe , nous a lâchés. J'ai chargé Chartier, le caissier, d'en trouver une autre.
me — Ah ! fit simplement M Riveira.
— Oui. Elle m'a écrit une lettre insolente, disant qu'elle en avait assez de la vie d'esclavage et qu'elle s'en allait en me faisan t cadeau de ce qui lui était dû. Elle doit avoir été retrouver ce petit polisson de Gustave, le fils de mon vieil ami Rodeau. Il y a longtemps qu'il lui faisait la cour. Grand bien lui fasse et qu'elle aille au diable !
Il prit sa petite valise, dans laquelle il avait mi s juste ce qu'il lui fallait pour son voyage, et endossa son pardessus.
me M Riveira était habituée aux expéditions de son mari . Elle ne s'étonna donc pas. Elle se contenta de lui dire :
— Tu n'es pas raisonnable. Ne sommes-nous pas assez riches ?
— On ne l'est jamais trop, répliqua-t-il ; et il ne faut jamais laisser échapper une bonne occasion.
Il l'embrassa, alluma sa pipe, prit sa valise et so n parapluie et se rendit à la gare.
*2*
DOUBLE DISPARITION
me Deux jours, trois jours s'écoulèrent sans que M Riveira reçût de nouvelles de son mari. Elle ne s'en préoccupa pas, accoutumée qu'elle était à ses voyages.
Mais quand sept, huit, neuf jours furent passés, el le commença à s'inquiéter.
Que pouvait-il donc faire pour garder ainsi le sile nce ?
Le dixième jour, elle n'y tint plus.
Elle alla faire part de la situation à Maître Rogea rd, le notaire, son gendre et, sur le conseil de celui-ci, ils se rendirent ensemb le à la Préfecture de police.
M. Chatelain, le chef des recherches auquel on les adressa, s'écria en entendant le Tabellion présenter sa belle-mère et s e nommer lui-même :
— Justement, j'allais envoyer chez vous, à propos d 'une découverte qui probablement vous intéresse.
— Laquelle ? demanda Maître Rogeard.
— Un pêcheur de Joinville a trouvé sur les bords du canal de Saint-Maurice, un parapluie et un portefeuille qui doivent apparte nir à M. Riveira.
me — Sur les bords du canal ! dit M Riveira, étonnée.
— Oui. Le portefeuille contient divers papiers, une petite somme d'argent et une carte d'électeur au nom de M. Marius Riveira, n égociant, rue des Petites-Écuries.
« J'ai envoyé là un inspecteur.
« On lui a dit que vous habitiez Viroflay. Alors, j'allais vous faire prévenir.
« Mais puisque vous voilà, je vais vous montrer ces objets.
Appelant son secrétaire, il lui donna un ordre, et quelques instants après celui-ci revenait porteur des deux objets.
me Il les déposa sur le bureau et M. Chatelain, se tou rnant vers M Riveira, lui demanda :
— Les reconnaissez-vous ?
me — Que trop bien ! s'écria M Riveira, aux yeux de qui des larmes perlèrent.
« C'est bien le portefeuille et le parapluie de mon mari.
— Devait-il se rendre à Joinville ? demanda le fonc tionnaire.
— Mais pas du tout. Il était parti, il y a dix jour s, le 13 exactement, pour aller à Lyon, pour une importante affaire.
— Comment alors ces...