//img.uscri.be/pth/98d647cfee7dbfe148d7fb42ec137c589742181f
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 1,99 € Lire un extrait

Téléchargement

Format(s) : MOBI - PDF - EPUB

sans DRM

Les Squales

De
440 pages

Elles étaient dix, unies contre cette société régie par les hommes. Dix braqueuses haut de gamme qui, par amitié, décidèrent de se lancer dans une croisade exterminatrice, une guerre sans merci, contre les réseaux mafieux de proxénètes venus des pays de l'Est. Une organisation criminelle dont la férocité n'avait d'égale que les moyens dont elle disposait.
Mais elles avaient juste oublié un petit détail...
« Odyssée d’une vengeance insatiable que seul un océan de sang et de larmes pourrait assouvir, jusqu'à l'étouffer.
Immersion au cœur de la barbarie à l'état pur. »


Voir plus Voir moins

Couverture

Image couverture

Copyright

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cet ouvrage a été composé par Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-85108-6

 

© Edilivre, 2014

Du même auteur

Du même auteur :

A Mains Armées

La Manufacture de Livres 2012

(sous le pseudonyme Philippe Thuillier)

Les Lions

Mon Petit Editeur 2014

Retrouvez le site search-and-destroy2.com

Citation

 

« La mort est moins épouvantable

que l’illusion de la vie »

Anonyme

« Pour fuir l’ombre qui te poursuit,

il suffit d’éteindre la lumière, mais alors

il te faudra vivre dans le noir »

Anonyme

« Il faut, dans ce monde,

combattre le mal, même avec des moyens qui,

eux aussi, sont intrinsèquement mauvais. »

Joseph Rovan

Dédicace

 

A la mémoire de KÂÂ

A celle qui se reconnaitra, et à toutes les autres.

Merci à Jean Claude

Et bien sûr, encore et toujours, merci à Manu…

A Irène

 

Première partie

2003

Les ténèbres enveloppaient la forêt depuis plus de deux heures. La pluie battante pénétrait les vêtements de la jeune femme, la glaçant jusqu’aux os. Elle courut de plus belle, accélérant pour se réchauffer dans la fraîcheur nocturne. Elle prenait garde à ne pas se tordre les chevilles. Dans l’obscurité quasi-totale des sous-bois, elle ne distinguait que la forme des arbres et elle tendait les bras vers l’avant, telle une aveugle, afin d’éviter de se cogner dans un des innombrables chênes et châtaigniers que recélait la forêt.

Elle s’arrêta, subitement essoufflée, se collant le visage tout contre un tronc d’arbre et l’entourant de ses bras. Elle aspira l’air du soir à pleines gorgées. Les gouttes de pluie lui inondaient le visage, comme pour se substituer à ses larmes de joie et de rage.

Il fallait qu’elle s’en sorte, à n’importe quel prix. La chance insolente qui la servait depuis le début de la soirée ne pouvait pas l’abandonner maintenant, surtout pas… Elle frissonna de froid, d’excitation et de peur, car il lui semblait entendre, dans le lointain, comme des aboiements…

Elle se décolla de l’arbre contre lequel elle s’était appuyée et reprit sa course, tout en poussant des râles de cette détermination qui l’avait fait tenir depuis tant de semaines maintenant. Il s’agissait bien d’aboiements qu’elle entendait dans le lointain. Elle courut encore durant une quinzaine de minutes, avant de s’arrêter de nouveau ; elle avait, sans savoir pourquoi, l’impression de tourner en rond.

Elle reprit sa course, mais à un rythme moins effréné, marchant simplement vite. Elle buta contre une souche, s’affala et se releva en jurant doucement. Ses cheveux étaient trempés, lui bouchant la vue ; elle les redressa machinalement, puis se rendit compte que les aboiements avaient cessé. Elle se trouvait au beau milieu d’une petite clairière. Elle s’avança doucement dans l’obscurité, comme pour essayer de se repérer[P1].

C’est alors qu’elle poussa un cri d’effroi lorsqu’elle distingua une dizaine d’ombres s’avancer vers elle. Cela semblait être comme des insectes géants, sortis tout droit des films de science fiction américains des années 50. Elle tourna sur elle-même tout en se protégeant le visage et hurla à la mort, avant de réaliser que ses agresseurs étaient tous munis de lunettes de vision nocturne ; ce qui leur conférait cet aspect étrange de coléoptères géants. Elle ne pouvait savoir qu’ils la suivaient depuis un moment, déjà ; depuis que les chiens avaient décelé sa trace. Elle, par contre, n’avait pu les distinguer dans l’obscurité.

La jeune femme se rua vers l’avant, comme pour tenter de se frayer un passage au milieu du barrage humain. Un des hommes, qui mesurait plus de 1m 80, lui envoya alors un coup de poing de toutes ses forces au niveau du plexus. Elle s’écroula, terrassée par la douleur. Les hommes l’entouraient tous, la regardant se tordre de souffrance sur le sol humide. L’un d’eux s’avança et lui tira sur les cheveux pour l’obliger ainsi à se relever ; il réalisa alors qu’elle n’était pas en état de se remettre debout, ou bien faisait semblant… Il la tira alors derrière lui, le traînant sur le sol, toujours par les cheveux, tel un sac de pommes de terre. Elle se remit à hurler de douleur. Un des autres hommes entreprit alors de lui donner des coups de pied au niveau du bas ventre, mais pas très fort ; ils avaient reçu des consignes : ne pas abîmer la « marchandise »…

Malgré sa souffrance, à moitié sur le dos, la malheureuse parvint à faire reprendre position à ses pieds et ainsi à se remettre debout tant bien que mal, afin de faire cesser ces tiraillements insoutenables exercés sur le sommet de son crâne, comme si on cherchait à lui arracher le cuir chevelu. La fuyarde suivit ainsi ses bourreaux, pleurant de désespoir. L’un d’eux la poussa durement du plat de la main sur le dos, afin de la faire avancer plus vite. Ils avaient conservé leurs lunettes de vision nocturne sur le visage et aucun n’avait encore ouvert la bouche. Ils suivirent un petit sentier durant une dizaine de minutes, avant d’arriver à un parking où trois 4X4 étaient garés, tous phares allumés. Les hommes ôtèrent leur équipement, retrouvant ainsi une allure plus humaine ; mais leurs visages, dans la lumière des phares, restaient impénétrables.

Un homme sortit de l’obscurité, de là où il était resté pendant que ses hommes partaient en chasse. Il s’avança vers eux. La pluie avait cessé. Le type était de taille moyenne et semblait posséder une carrure athlétique. Son cou de taureau était surmonté d’un visage puissant, carré, entourant un regard aussi pénétrant que la lame d’un couteau dans une tranche de viande. Ses yeux d’un bleu azur fixèrent la jeune femme que les autres avaient approchée de lui. Il portait une boucle d’oreille.

Elle le regarda elle aussi dans les yeux, comme pour le défier, et lui cracha au visage. Il sourit simplement de ce sourire cruel que beaucoup de ceux qui le connaissaient avaient toujours interprété comme un signe annonciateur de tourments et de souffrance pour celui ou ceux étant à l’origine de cette gaieté.

Sur un léger signe de tête de leur patron, les hommes poussèrent la jeune femme vers un des 4X4. Ils l’installèrent à l’arrière, coincée entre deux d’entre eux, tandis que le chef de groupe restait debout, au milieu du parking, les mains au fond des poches de son imperméable. Il releva la tête puis observa le ciel saupoudré d’étoiles, comme il aimait tant le faire, jadis, étant enfant, dans sa Serbie natale. Il huma durant de longues minutes le parfum de l’humus mêlé à celui de la fraîcheur nocturne, écoutant les bruits de la nuit, puis rejoignit ses hommes qui l’attendaient.

Tout en triturant sa boucle d’oreille, il continuait de sourire.

Ils la violèrent par tous les orifices, avec vaseline à profusion et préservatifs, se relayant vingt-quatre heures non-stop. Ils durent s’y mettre à plus de vingt-cinq, enrôlant domestiques, gardiens, jardiniers, hommes de confiance et subalternes divers. A la fin des vingt-quatre heures, ils l’enfermèrent trois jours dans un cachot, au sol recouvert de cinq cm d’eau croupie où pataugeaient des rats à peine moins gros que des chats de gouttière, mais à qui on avait émoussé les dents afin qu’ils n’abîment pas la « marchandise ». Les hurlements de la malheureuse ne trouvaient d’auditeur que lorsque le gardien lui apportait sa pitance, une seule fois par jour : un morceau de pain et un peu d’eau, le tout dans un récipient en fer blanc. Les bestioles avaient droit, elles, à un peu de fromage qu’elles arrivaient malgré tout à grignoter, mais guère plus…

A la sortie de l’oubliette, ils lui brisèrent les dents à coups de marteau et lui firent subir l’épreuve des fellations, là encore durant vingt-quatre heures non stop ; même pas pour dormir, ni pour manger. Elle devait uriner et déféquer sous elle. Comme elle se révéla docile, ils ne l’obligèrent pas à absorber ses propres excréments, en lui faisant remarquer que toute bonne volonté était toujours récompensée…

La jeune femme ne ressentait plus rien. Elle était comme anesthésiée, détruite, et agissait tel un robot. Par simple mesure de précaution, ils la réhabituèrent à l’héroïne, de façon suivie et contrôlée, afin de la fidéliser une bonne fois pour toutes. Ils lui procurèrent également un dentier tout neuf. Se livrer à des fellations forcées nécessitait qu’elle soit édentée, afin de la soustraire à de mauvaises intentions, pouvant amener à des actes préjudiciables sur les sujets concernés. Munie de nouvelles dents, elle se révélerait, cette fois, tout à fait opérationnelle à 100 %, physiquement et mentalement.

Elle avait été matée en douceur. L’homme à l’éternel sourire en était persuadé. Il ignorait simplement qu’il aurait mieux valu pour lui et sa puissante organisation qu’ils ne la retrouvent jamais, cette fameuse nuit… Elle n’aurait pas pu, en liberté, leur apporter grand préjudice, protégés comme ils étaient. Le fait de la perdre les aurait ainsi sauvés du cataclysme d’une magnitude sans précédent qui allait s’abattre sur eux.

Tel un typhon.

*
*       *

Les deux bétonneuses furent fracturées dans la nuit de vendredi à samedi, à la faveur de l’obscurité ; les portières déverrouillées et le contact mis en place, prêt à démarrer.

Samedi, en fin de matinée, Sandrine et Valérie revinrent sur les lieux, toujours gantées et coiffées de casquettes à longues visières. Elles portaient également des lunettes à verres fumés. Le portail condamnant le petit port de Tolbiac – désert en cette heure matinale – étant ouvert dans la journée mais fermé la nuit, elles purent tout naturellement prendre possession des deux engins. Il s’agissait tout d’abord d’un camion toupie Mercedes de couleur blanche, sur lequel était inscrite la raison sociale des Bétons de Paris. L’autre véhicule était un vieux Man de couleur orange, au capot avancé par rapport à la cabine et au pot d’échappement latéral vertical. L’engin appartenait à une petite société affiliée certainement aux Bétons de Paris.

Les deux camions toupies possédaient tous deux des pare-chocs impressionnants en acier ultra renforcé.

Les deux équipières ne tardèrent pas, démarrèrent, remontèrent ensuite la pente accédant au quai de la Gare, tournèrent à gauche et prirent le chemin de la porte d’Ivry. Elles n’ignoraient pas que ce type d’engins n’avait pas le droit de circuler les week-ends, sauf dérogation spéciale.

Myriam et Carole se trouvaient en couverture, chacune chevauchant une moto de grosse cylindrée : une Suzuki 650 Freewind ainsi qu’une Kawazaki ZR7. En cas de contrôle de la police, elles auraient pour mission de faire diversion, dans le meilleur des cas, ou de neutraliser les flics, dans la pire des hypothèses… Elles n’abandonneraient jamais leurs amies. Sur leurs engins, aucun policier de la route ne pourrait les rattraper. Aucun.

Le trajet vers leur base d’Ivry – un vieil entrepôt loué sous un faux nom – s’effectua sans problèmes. Elles firent entrer les camions toupies dans la cour de l’ancienne usine, dont Dominique referma aussitôt le portail, et commencèrent à s’activer. Aucune n’avait encore ouvert la bouche. Les plaques minéralogiques furent ôtées et remplacées par des neuves, dont les numéros correspondaient à d’autres engins de même marque et existant vraiment.

Rien n’avait été laissé au hasard.

Elles possédaient également les fausses cartes grises et documents d’assurances adéquats, pour en cas de contrôle.

Dominique, qui les avait attendues, s’empara d’un pistolet à peinture et fit disparaître la raison sociale du camion Man, celui appartenant à la petite entreprise ; le Mercedes étant propriété des Bétons de Paris – innombrables sur la capitale – les risques d’identification étaient nuls.

Aucune ne parlait, toutes étaient concentrées sur ce qu’elles faisaient. Pour un observateur attentif, elles auraient évoqué les membres d’un ballet, d’une chorégraphie, effectuant en des mouvements coulés, des figures apprises par cœur durant des mois. Des machines bien huilées.

Dans un autre coin de la cour, stationnaient deux camions appartenant à des sociétés de déménagement et dont on avait également effacé, sur les flancs, les raisons sociales. Ils avaient été volés deux jours auparavant, Porte de la Chapelle pour l’un et Courbevoie pour l’autre. Même système que pour les toupies : plaques minéralogiques en « béton » ainsi que les cartes grises et documents d’assurance adéquats.

Toutes étaient gantées de cuir.

Une fois l’opération de camouflage terminée, les cinq femmes se regardèrent. Sandrine s’essuya le front d’un revers de manche ; la sueur lui coulait dans les yeux.

– Il en fait un plat, putain ! maugréa-t-elle.

– Tout s’est bien passé ? demanda Dominique.

– Au poil, Dom, t’en fais pas. Y a pas eu un enculé de blaireau pour nous faire chier ; heureusement pour lui, rétorqua-t-elle sur un ton rogue.

Elle reprit :

– Bon, c’est pas tout, mais il faut y aller (elle tapa dans ses mains), on va ramener les motos à la base. Tu feras comme prévu, tu refermes derrière nous et tu rentres en métro. OK ?

Dominique lui fit un signe de la main, le pouce levé, hérité de ses années passées dans l’Armée de l’Air, pour indiquer que ça roulait.

Elle embrassa ses quatre potes et les regarda grimper sur les engins deux roues. Sandrine rejoignit Carole, tandis que Valérie allait s’asseoir derrière Myriam.

Tout en enfilant son casque, Sandrine rappela à Dominique les dernières recommandations :

– Revérifie tout une dernière fois, je préfère… On ne sait jamais.

– T’en fais pas, Sandy, je m’y mets tout de suite. Embrassez les autres pour moi, et à lundi !

Elle leur fit, à toutes, un signe de la main.

Les deux motos démarrèrent simultanément dès que la Toulonnaise eut rouvert les portes de la cour. Elle les regarda partir, avant de refermer. Elle retourna ensuite à l’intérieur de la vieille usine, afin de vérifier l’équipement, pour la énième fois. Cela lui prit quinze minutes pour les armes. Elle alluma ensuite les scanners de police pour s’assurer de leur bon fonctionnement ; simple précaution… Elle se positionna sur une fréquence réservée, où elle capta des messages de voitures de patrouille signalant des vols à l’arrachée ou des femmes battues par leurs maris… le tout dans des bruits plus ou moins confus.

Un sourire lui déforma le coin de la bouche.

Ces fumiers, pensa-t-elle, auront d’autres chats à fouetter, d’ici 48 heures ; elles allaient leur en faire baver. Ils ne sauraient plus où donner de la tête. Elle écouta rêveusement les fréquences pendant encore quelques minutes, puis éteignit l’appareil ultra sophistiqué. Elle procéda de même pour les autres scanners, mais sans s’attarder dessus, juste pour s’assurer de leur parfait état de marche.

Elles en auraient besoin, le jour J.

Pour terminer, elle s’assura que toute trace de leur opération de camouflage de tout à l’heure avait disparu et quitta les lieux. Il s’agissait d’une vieille bâtisse en briques rouges – comme on en rencontre dans les villes du Nord de la France – garnie sur le devant par un quai de chargement. L’ensemble était coincé entre les deux murs mitoyens d’autres entreprises qui, elles, fonctionnaient encore, mais semblaient être malgré tout en perte de vitesse. Les amazones s’étaient assuré au préalable, avant de louer, que le site était tranquille, pour ce qu’elles comptaient y entreprendre.

Dominique referma le portail à clé juste derrière elle tout en vérifiant que personne, dans le quartier, ne faisait attention à sa personne. Elle remit de suite sa casquette de base-ball ainsi que ses lunettes de soleil.

Effectivement, personne ne remarqua dans cette petite rue peu fréquentée d’Ivry-sur-Seine, une femme à la démarche légèrement masculine et gantée de cuir – comme ses camarades tout à l’heure –, sortir de cette ancienne usine, dont plus personne ne se souvenait, et marcher tranquillement vers la gare S.N.C.F, distante de 800 mètres.

*
*       *

Le lundi, deux jours plus tard, Dominique était de retour à 7h 50 précises. Elle fut la première à se présenter sur les lieux. Elle sortit les armes d’une armoire en fer ainsi que le reste de leur équipement : gilets pare-balles, casques intégraux et appareils radio à codage alpha numérique Motorola qui leur permettraient de communiquer entre elles mais aussi de se relier aux fréquences de la police.

Deborah, Valérie et Barbara arrivèrent séparément cinq minutes plus tard et commencèrent aussitôt à ôter leurs effets personnels ; sauf Deborah qui les avait déjà déposés à la consigne de la Gare du Nord, par où elle quitterait le pays, une fois l’opération terminée. Elles étaient toutes munies de fausses cartes de permis de conduire qu’elles conserveraient jusqu’à la fin de leur entreprise, avant de les détruire.

Sandrine arriva peu après. A l’instar de Dominique, Barbara et Valérie, elle ôta ses vêtements et se débarrassa de tous ses effets personnels avant d’imiter ses équipières qui, par-dessus les gilets pare-balles, enfilaient les bombers noirs qu’elles porteraient durant toute l’opération. Elles retirèrent même leurs montres personnelles pour s’en munir d’anonymes, toutes déjà synchronisées. Aucune ne parlait ; elles affichaient toutes un visage détendu, mais fermé. Elles étaient bien entendu déjà gantées de cuir.

Par téléphone portable, Sandrine synchronisa les montres avec le groupe n° 2 qui attendait son appel, à leur autre base de Montfermeil.

Il était juste 8 h00 du matin.

De leur côté, Carole, Delphine, Myriam, ainsi que les sœurs jumelles Roxane et Emmanuelle, procédèrent au même rituel que leurs camarades, positionnées à Ivry. Sauf Delphine qui, elle aussi, tout comme sa maîtresse Deborah, partirait directement sur Anvers, aussitôt l’opération terminée. La géante observa ses équipières se changer complètement afin que, en cas d’accroc, rien ne puisse les identifier, même si aucune n’était fichée.

Elles demeuraient consciencieuses et professionnelles, quoiqu’il arrive.

L’attente commença : soixante minutes à tuer le temps. Chaque groupe, de son côté, se livra à des exercices d’assouplissements ou de yoga. Elles en profitèrent pour aller se vider aux toilettes. Elles se sentaient calmes et concentrées à la fois. Chacune savait ce qu’elle aurait à accomplir ; les lieux de l’opération avaient été repérés, mètre par mètre, depuis de longues semaines maintenant.

Elles étaient prêtes. Toutes les dix.

A 9 h00, Carole et Sandrine – les deux chefs de groupe – se rappelèrent sur les portables, qu’elles laisseraient sur place avant leur départ, et prononcèrent la phrase codée donnant le signal du lancement de l’opération.

A Ivry, Dominique grimpa dans la cabine du Man, emportant avec elle le casque intégral qu’elle enfilerait au moment du passage à l’action, comme toutes ses camarades. Elle n’oublia pas non plus de se munir d’une bonne vieille Kalachnikov AK 47. Valérie grimpa, elle, dans la cabine du camion toupie Mercedes ; elle était dotée du P.M Heckler & Koch MP 5 A 5. Chacune des dix amazones possédait cinq chargeurs se trouvant dans des sacs ventraux, coincés entre les gilets pare-balles en Kevlar et les blousons bombers. Les grenades se trouvaient déjà à bord des camions de déménagement, sous les sièges.

A 9 h 04, deux minutes après leur départ, Deborah grimpa aux côtés de Sandrine dans le premier camion de déménagement. La chef de groupe était munie d’un fusil d’assaut AK 47, tout comme Dominique, alors que Deborah préférait s’en tenir au pistolet mitrailleur Ingram Mac 10, moins encombrant. Leurs casques étaient posés à leurs pieds.

Barbara, qui leur avait ouvert les portes quelques minutes plus tôt afin qu’elles évacuent le site de l’usine, sortit seule au volant du deuxième camion de déménagement. Elle descendit ensuite pour refermer le portail, regrimpa dans le véhicule, s’assura de la présence du M 4 posé à ses pieds à côté du casque intégral et démarra, prenant aussitôt la direction du périphérique Sud. Elle s’y engagea, porte d’Ivry, à la suite des trois autres véhicules.

Il était 9 h 07

Au même moment, de leur base principale de Montfermeil, leurs cinq autres camarades constituant le second groupe se mirent elles aussi en mouvement. Elles grimpèrent chacune sur une moto après s’être toutes donné l’accolade. Il s’agissait de grosses cylindrées, volées depuis plusieurs semaines déjà, maquillées elles aussi, et aux moteurs vérifiés au millimètre par les soins des sœurs jumelles. Chacune des amazones possédait un petit sac à dos renfermant son arme, pour l’instant démontée, ainsi que, pour deux d’entre elles, une lourde masse servant à enfoncer des pitons dans le sol ou encore défoncer des murs en ciment. Seule Delphine était munie d’un immense sac prévu, lui, pour le butin. Elles prirent aussitôt la direction de Paris, se suivant à cinq cent mètres d’intervalle.

Toutes étaient concentrées et déterminées.

Une fois engagés sur le périphérique, les deux camions toupies avec à leur suite les poids lourds de déménagement le suivirent au ralenti, en raison de l’heure de pointe, jusqu’à la porte de Saint-Cloud, puis tournèrent à droite et encore à droite pour rattraper la voie express George Pompidou, qu’ils empruntèrent jusqu’au niveau de la place de la Concorde. Ils suivirent ensuite le quai des Tuileries avant de tourner à gauche dans l’avenue du Général Lemonnier en empruntant le tunnel, puis encore à gauche pour remonter, cette fois, la rue de Rivoli jusqu’au niveau de la rue de Castiglione. A ce moment, les quatre véhicules tournèrent à droite en direction de la place Vendôme : leur objectif.

Le camion de déménagement fermant la marche et conduit par Barbara stoppa, tous warnings allumés, juste avant de déboucher sur la célèbre place. L’amazone alluma son walkie-talkie, plaça son oreillette, saisit son M 4, engagea une balle dans le canon, posa sa main gantée sur son casque intégral et attendit le signal de Sandrine. Son regard d’aigle scrutait les alentours.

Le deuxième camion de déménagement, avec Sandrine au volant et Deborah à ses côtés, traversa la place. Elles constatèrent que leurs cinq équipières motorisées étaient déjà sur place, dispersées sur la partie droite de l’endroit, et attendant le signal de leur chef. L’immense espace était déjà bien animé, grouillant d’hommes d’affaires, badauds et autres touristes… Les camions toupies n’étaient manifestement pas encore arrivés.

Sandrine pesta intérieurement.

Dans l’oreillette de son Motorola, Carole la rassura ; les deux engins étaient en avance. Pour ne pas attirer l’attention, Dominique et Valérie avaient préféré continuer vers la rue de la Paix, emprunter des rues adjacentes et revenir sur la place par la rue Danielle Casanova ; ce qui laisserait ainsi aux autres le temps d’arriver. Mais il ne fallait pas que les motos stationnent trop longtemps, cela pourrait paraître suspect aux yeux des multiples vigiles et autres policiers dont était truffée la fameuse place. D’autant plus que les cinq motardes avaient reçu pour ordre de ne pas ôter leurs casques à cause des caméras de surveillance, ou d’éventuels témoins.

Il était 10 h 10.

Au volant du camion, Sandrine s’avança jusqu’à l’angle de la rue Danielle Casanova, guettant le passage des toupies qui arrivèrent juste, défilant devant elle. En parfaites professionnelles, Dominique et Valérie ne lui jetèrent même pas un regard. Elles tournèrent à gauche et continuèrent jusque vers le cœur de la place Vendôme.

Trente secondes plus tard, les yeux rivés sur sa montre, Sandrine lança le signal de l’attaque dans le micro de son Motorola.

Elle avança elle-même le camion de déménagement, bloquant ainsi complètement la rue Danielle Casanova, ce qui empêcherait l’arrivée de la police. Elle et Deborah s’éjectèrent de la cabine après avoir déclenché deux des grenades incendiaires. Le camion s’embrasa cinq secondes plus tard. Une fois à terre, elles balancèrent deux autres grenades fumigènes autour d’elles. Ce fut l’affolement général : des cris, des coups de klaxon se firent entendre de partout.

Au volant du second camion de déménagement, Barbara braqua à gauche toute et bloqua la rue de Castiglione dans toute sa largeur, déclenchant, là encore, un concert d’avertisseurs. L’amazone se propulsa hors de la cabine, son M 4 en mains et casque sur la tête. Elle avait également mis en action les grenades incendiaires, camouflées sous le siège conducteur. Une fois à terre, elle balança deux grenades fumigènes à l’endroit où la rue débouchait sur la place arborant la célèbre colonne.

Là encore, ce fut l’affolement. Quelques conducteurs sortirent de leurs véhicules. Barbara tira alors en l’air une courte rafale de son fusil d’assaut, et les héros d’opérette remontèrent aussitôt en voiture.

Dans un même mouvement, les deux camions toupies débordèrent du centre de la place à plus de 60 km/h, défoncèrent les plots anti-stationnement – dérisoires –, contournèrent habilement l’emplacement de la sortie de parking souterrain émergeant à cet endroit et pulvérisèrent chacun une des vitrines blindées des joailleries Boucheron et Van Cleef & Arpels.

Des sonneries stridentes se déclenchèrent aussitôt.

Casque déjà vissé sur la tête et son AK 47 en mains, Dominique sauta hors de la cabine du Man et courut en direction de la rue Danielle Casanova pour relever Deborah qui, elle, se rua en direction de la bijouterie Van Cleef, où elle devait opérer. Toutes les dix étaient désormais casquées.

Conformément aux prévisions, la police se manifestait déjà.

Postées à l’angle de la rue Danielle Casanova, au milieu des nuages résultant des grenades fumigènes et armes calées au creux de l’épaule, Sandrine et Dominique balancèrent la purée en direction des flics par des tirs frénétiques. Elles évitèrent au maximum de les toucher ; faire couler le sang inutilement ne rentrait pas dans leur credo. L’enfer se déchaîna. Des cris fusèrent de partout.

Sur la partie Sud, elle aussi en partie embrumé suite aux fumigènes, vers la rue de Castiglione, Barbara arrosait les policiers en faction devant le ministère de la Justice par des tirs en rafales à l’aide du célèbre fusil d’assaut US ; sous le feu nourri, les fonctionnaires parurent aussitôt dépassés par les évènements…

Roxane arriva à la rescousse afin de consolider le verrou pour la partie Sud – le plus sensible, selon les estimations d’approche effectuées depuis plusieurs semaines par le groupe. L’arrivante disposait d’un fusil mitrailleur israélien Galil.

Leurs six autres camarades se partagèrent, quant à elles, les deux joailleries à l’intérieur desquelles elles s’engouffrèrent aussitôt à travers les vitrines aux trois quart défoncées, s’aidant pour cela des énormes masses extraites de leurs sacs à dos.

Delphine, Valérie et Myriam s’occupèrent de Boucheron, tandis que Deborah, Carole et Manu se chargèrent, elles, de Van Cleef & Arpels. Elles ne disposeraient que de 10 minutes, pas une de plus. Il était 10 h 11.

Leurs Motorola reliés aux fréquences de la police, Sandrine et Carole se rendirent compte que l’alerte était déjà lancée tous azimuts. D’ici trois minutes, toute la capitale allait être verrouillée et quadrillée, mais pour l’instant, la place Vendôme leur appartenait. A elles seules.

Les sirènes des magasins hurlaient à en crever les tympans, ajoutant encore à la panique indescriptible qui s’emparait des lieux.

Les vigiles, repérés de longue date et qui ne pouvaient tromper ou impressionner que les touristes, restèrent impuissants devant la brutalité de l’assaut. L’un d’entre eux voulut réagir chez Boucheron. Mal lui en prit. Du haut de ses 1 m 88, Delphine lui envoya un coup de tête à assommer un bœuf, protégée qu’elle était par son casque intégral. Elle tira aussi une rafale de son arme automatique en direction du plafond afin d’effrayer les employés, tandis que ses deux équipières commençaient à rafler les bijoux exposés dans les vitrines intérieures et extérieures, que les employés leur ouvrirent sous la contrainte. Elles les balancèrent dans le sac à dos de la grande braqueuse. Elles obligèrent ensuite le directeur à les conduire au coffre ; celui-ci sembla tout d’abord hésiter. Delphine intervint alors et dégaina sa dague de parachutiste de sa botte de saut avant de lui trancher deux doigts. L’homme se mit à hurler tel un goret que l’on égorge tout en regardant sa main mutilée, comme si il avait peur qu’elle ne le morde… Il se montra ensuite beaucoup plus coopératif. Il obtempéra aux ordres des amazones.