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Mensonge bien gardé

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Livres
408 pages

Description

« Un premier roman magistral. » Publishers Weekly

« La tension monte jusqu’à un final cathartique. Les fans de Thriller devraient garder un œil sur Eskens. » Booklist

Joe Talbert, étudiant, doit interviewer un inconnu puis écrire sa biographie pour son cours d’anglais. En se rendant dans une maison de retraite, il fait la connaissance de Carl Iverson et sa vie change à jamais.

Carl est un vétéran du Viêt Nam... et un monstre. Il n’a plus que quelques mois à vivre et a été autorisé à sortir de prison après trente ans pour finir ses jours dans un hospice.

Pourtant à mesure que Joe en apprend davantage sur le vieil homme, il a de plus en plus de mal à imaginer le héros de guerre commettant les actes abjects pour lesquels il a été condamné : le viol et le meurtre d’une petite fille.

Il se lance alors dans une quête effrénée de la vérité, mais va découvrir à ses dépens que les mensonges protègent parfois autant qu’ils détruisent.

Allen Eskens a été avocat pendant plus de vingt ans, notamment pour des affaires criminelles. Mensonge bien gardé, son premier roman, récompensé par de nombreux prix et finaliste de l’Edgar Award et du Thriller Award, doit beaucoup à ses premières amours pour le journalisme et à sa soif de justice ; il témoigne également de son don exceptionnel pour le suspense.


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Informations

Publié par
Ajouté le 20 mai 2016
Nombre de lectures 25
EAN13 9782370720573
Licence : Tous droits réservés
Langue Français
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ALLENESKEN
Mensonge bien gardé
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Jean-Baptiste Raucy
Je dédie ce roman à mon épouse, Joely, ma meilleure conseillère et ma meilleure amie. Je le dédie également à ma fille, Mikayla, qui a toujours su m’inspirer, et à mes parents, Pat et Bill Eskens, pour leurs nombreuses leçons de vie.
1
Je me souviens qu’un sentiment de peur indéfinissable me taraudait tandis que je rejoignais ma voiture ce jour-là, comme oppressé par un nuage de fumée qui tournait autour de ma tête et se dissipait dans l’air du soir en petites volutes. Quelqu’un de superstitieux aurait pu y voir une prémonition, un avertissement lancé par un sixième sens prophétique. Je n’ai jamais cru à ce genre de choses, mais j’avoue que, lorsque je repense à cette journée, je me demande parfois :Si le destin m’avait vraiment murmuré à l’oreille, si j’avais su tout ce que ce voyage allait changer, aurais-je pris un chemin plus sûr ? Aurais-je tourné à gauche plutôt qu’à droite ? ou aurais-je quand même emprunté la route qui m’a mené jusqu’à Carl Iverson ? En cette soirée froide de septembre, mon équipe favorite, les Twins du Minnesota, affronterait les Indians de Cleveland pour sacrer le champion de la division centrale de base-ball. Les projecteurs du stade Target Field illumineraient bientôt l’horizon ouest de Minneapolis et inonderaient le ciel nocturne de leur gloire, mais je ne serais pas là pour les voir : encore un luxe que je ne pouvais pas me permettre avec mon budget d’étudiant. À la place, je ferais le videur au pubChez Molly, en essayant de suivre le match sur l’écran au-dessus du bar tout en vérifiant des permis de conduire et en calmant des disputes d’ivrognes. Ce n’était pas le métier que j’aurais choisi, mais il payait le loyer. Bizarrement, le mot « université » n’avait jamais franchi les lèvres de la conseillère d’orientation de mon lycée pendant nos entretiens. Peut-être avait-elle senti les relents de désespoir qui émanaient de mes vêtements d’occasion. Peut-être avait-elle eu vent du fait que j’avais commencé à travailler dans un rade appeléLe Piedmont Club dès mes dix-huit ans. Ou, et c’est vraiment là-dessus que j’aurais parié, elle avait simplement entendu parler de ma mère et elle s’était dit que les chats ne font pas des chiens. De toute façon, je ne lui en voulais pas de ne pas avoir vu en moi l’étoffe d’un étudiant. À vrai dire, j’étais plus à l’aise dans un bar miteux que dans les couloirs d’une école prestigieuse, où je me prenais les pieds dans le tapis. Je sautai dans ma voiture ce jour-là, une vieille Honda Accord toute rouillée, et je quittai le campus en direction du sud, avant de rejoindre l’autoroute 35 en pleine heure de pointe, tandis qu’Alicia Keyes chantait depuis mes haut-parleurs déglingués. Au moment de prendre la sortie, je tendis la main pour fouiller dans mon sac à dos et y retrouver l’adresse de la maison de vieux. – Pas « maison de vieux », marmonnai-je pour moi-même. Dis plutôt « maison de retraite » ou « centre pour seniors », un truc du genre. Arrivé dans la petite ville de Richfield, j’errai un moment dans le dédale des rues, jusqu’à trouver le panneau indiquant ma destination, une maison de retraite nommée Hillview Manor. « Le manoir avec vue sur la colline »… Sûrement une blague. Pas la moindre trace d’une colline alentour et on aurait été bien en peine de donner au petit bâtiment le titre ronflant de « manoir ». La façade donnait sur une quatre-voies et le mur arrière sur un vieux complexe immobilier branlant. Ce nom, bien qu’inapproprié, était probablement ce qu’il y avait de plus gai à Hillview Manor, à voir cette grosse masse de briques grises aux murs tachetés de lichen, ce terrain vague en guise de parc, et ces fenêtres à guillotine toutes prises dans une gangue de moisissure de la couleur du cuivre rouillé. Le bâtiment semblait ramassé sur ses fondations comme un footballeur prêt à tacler et avait l’air tout aussi sympathique. À peine la porte d’entrée ouverte, mon nez fut assailli par une odeur d’urine, d’air vicié et de crème antiseptique qui me mit presque les larmes aux yeux. Assise sur une chaise roulante, une vieille femme avec une perruque posée de travers regardait
vaguement dans ma direction, comme si elle attendait qu’un de ses amants passés émerge du parking et l’emmène loin d’ici. Elle sourit à mon passage, mais ce n’était pas pour moi. Je n’étais pas réel à ses yeux, pas plus que les fantômes de ses souvenirs ne l’étaient aux miens. Avant de m’approcher de la réception, je marquai un temps de pause pour une dernière fois prêter l’oreille aux murmures du doute, à cette petite voix agaçante qui me disait d’abandonner mon cursus d’anglais avant qu’il soit trop tard et de choisir quelque chose de plus sensé, comme la géologie ou l’histoire. Un mois plus tôt, j’étais parti d’Austin, quittant ma maison en catimini, comme un gamin qui va rejoindre le cirque. Je n’avais laissé qu’un message sur la table. Je voulais éviter une dispute, ne laisser aucune chance à ma mère de me faire changer d’avis. Je m’étais contenté de faire mon sac et de dire au revoir à mon petit frère, puis j’avais filé vers Minneapolis. Le temps d’arriver au bureau des inscriptions de l’université, tous les bons cours d’anglais étaient complets. Je m’étais inscrit à un cours sur la biographie, et l’un des travaux du semestre consistait à m’entretenir avec un parfait inconnu. J’avais senti dès le début que ce projet allait être une corvée. Je l’avais remis à plus tard bien trop longtemps, et, maintenant que je me tenais dans l’entrée de l’hospice, je me sentais nerveux à l’idée de devoir enfin m’y coller. La réceptionniste de Hillview, une femme au visage carré, avec des joues pleines, un chignon strict et des yeux renfoncés qui lui faisaient une tête de gardienne de goulag, se pencha vers moi derrière le comptoir et me demanda : – Je peux vous aider ? – Oui, répondis-je. Je veux dire, j’espère. Est-ce que je peux parler au responsable ? – On n’accepte pas les colporteurs, dit-elle, les sourcils froncés et le visage fermé. – Les colporteurs ? (J’eus un rire forcé et levai les mains en un geste conciliant.) M’dame, dis-je, je serais pas capable de vendre du feu à un homme des cavernes. – Eh bien, vous n’êtes pas un résident, vous ne rendez pas visite à quelqu’un, et vous ne travaillez pas ici, c’est sûr. Alors qu’est-ce que vous voulez ? – Je m’appelle Joe Talbert. Je suis étudiant à l’université du Minnesota. – Et alors ? Je jetai un coup d’œil au petit badge qui indiquait son nom. – Et alors… Janet… j’aimerais parler à votre responsable, au sujet d’un projet pour un de mes cours. – Il n’y a pas de responsable, dit Janet sans se dérider. Il y a une directrice : Mme Lorngren. – Ah ! pardon, fis-je en m’efforçant de garder un air cordial. Je pourrais parler à la directrice ? – Mme Lorngren est très occupée, et c’est l’heure du souper… – Ça ne prendra que quelques instants. – Expliquez-moi donc ce que c’est que ce projet, et je verrai si ça vaut la peine que je dérange Mme Lorngren. – C’est un devoir pour l’université, dis-je, pour un cours d’anglais. Je dois m’entretenir avec un vi… euh… je veux dire avec une personne âgée et écrire sa biographie. Vous savez, pour raconter les épreuves qu’elle a traversées et les choix qui ont façonné sa vie. – Vous êtes écrivain ? Janet m’examina de bas en haut, comme si elle pouvait trouver la réponse dans mon apparence. Je me tins le plus droit possible et la regardai du haut de mon mètre soixante-dix-sept. À vingt et un ans, j’avais fini par accepter que je ne grandirais pas plus. Merci Joe Talbert senior, où que tu sois. Je travaillais bien comme videur, mais je
n’avais rien de commun avec les types baraqués qu’on voit habituellement surveiller les portes des bars. Je faisais plutôt partie des minus de la profession. – Non, répondis-je. Je ne suis pas écrivain, juste étudiant. – Et on vous fait écrire tout un livre pour votre cours ? – Presque, fis-je avec un sourire. Il faut quelques chapitres d’introduction, un qui parle d’un moment où la vie de la personne a changé, un autre sur un événement important et une conclusion. Ce sera surtout un résumé. Mais ça doit faire au moins cent vingt pages. Janet fronça son nez en pied de marmite et secoua la tête. Elle finit par décrocher le téléphone, apparemment convaincue que je n’essayais pas de lui vendre quelque chose, et parla à voix basse. Une femme portant un tailleur vert sortit d’un couloir derrière la réception, et vint rejoindre Janet derrière la réception. – Je suis Mme Lorngren, la directrice, dit-elle, la tête haute et droite, comme si une tasse de thé y tenait en équilibre. Je peux vous aider ? – Je l’espère. J’inspirai un grand coup et lui répétai toute mon explication. Mme Lorngren médita mes paroles avec une expression perplexe, et finit par dire : – Pourquoi êtes-vous venu ici ? Vous ne pouvez pas vous entretenir avec vos parents ou vos grands-parents ? – Je n’ai pas de famille à proximité, répondis-je. Un mensonge. Ma mère et mon frère ne vivaient qu’à deux heures de Minneapolis, mais même une brève visite à ma mère m’aurait fait l’effet d’une course à travers des orties. Je n’avais jamais connu mon père, et je ne savais même pas s’il entachait encore la face de ce monde. Tout ce que je savais de lui, c’était son nom, ma mère ayant eu la bonne idée de me le donner dans l’espoir que Joe Talbert père ne la quitte pas, voire qu’il accepte de l’épouser et de s’occuper d’elle et du petit Joey. Peine perdue. Elle avait essayé le même coup à la naissance de Jeremy, mon petit frère, et le résultat avait été le même. J’avais passé mon enfance à expliquer pourquoi je m’appelais Joe Talbert alors que ma mère s’appelait Kathy Nelson et mon frère Jeremy Naylor. De mes grands-parents, je n’avais connu que mon grand-père maternel, et je l’adorais. Grand-père Bill était un homme taciturne qui pouvait se faire obéir d’un regard ou d’un signe de tête, un homme à la fois doux et fort, qui affichait ces qualités non pas tour à tour, mais mêlées l’une à l’autre, comme les fils d’un riche tissu. Certains jours j’évoquais sa mémoire, quand j’avais besoin de sa sagesse pour me guider. Mais certaines nuits, lorsque le bruit de la pluie contre la fenêtre se faufilait dans mon esprit endormi, il me rendait visite en rêve. Je me réveillais toujours en sursaut, couvert de sueur froide, et les mains tremblantes du souvenir de l’avoir vu mourir. – Vous avez bien conscience d’être dans une maison de retraite, n’est-ce pas ? dit Mme Lorngren. – C’est pour ça que je suis venu, répondis-je. Certains de vos résidents ont vécu à des époques incroyables. – C’est exact, dit-elle en se penchant par-dessus le comptoir qui nous séparait. Je distinguai maintenant les rides qui partaient du coin de ses yeux et celles qui striaient ses lèvres comme le lit d’un lac asséché, et je sentais la faible odeur de scotch dans son haleine. – Nos résidents vivent ici parce qu’ils ne peuvent pas se prendre en charge tout seuls. La plupart d’entre eux souffrent de la maladie d’Alzheimer, de sénilité ou d’autres troubles neurologiques. Ils ne se souviennent même pas de leurs propres enfants, encore moins des détails de leur vie.
Je n’y avais pas songé. Mon plan commençait à s’effondrer. Comment relater la vie d’un héros de guerre si ce héros ne pouvait même plus s’en rappeler ? – Il n’y a personne ici qui ait encore toute sa tête ? demandai-je d’un ton plus pitoyable que je l’aurais voulu. – On pourrait le laisser parler à Carl, intervint Janet. Mme Lorngren la fusilla du regard, comme un copain qu’on dévisage lorsqu’il vient de saborder votre parfait mensonge. – Carl ? demandai-je. Mme Lorngren croisa les bras et fit un pas en arrière. – Qui est Carl ? insistai-je. Janet se tourna vers Mme Lorngren, lui demandant sa permission du regard. La directrice finit par hocher la tête et Janet se pencha à son tour par-dessus le comptoir. – Il s’appelle Carl Iverson. C’est un meurtrier, murmura-t-elle comme une écolière qui raconte une rumeur. Le département pénitentiaire l’a envoyé ici il y a à peu près trois mois. Il était à la prison de Stillwater, mais ils lui ont accordé la liberté conditionnelle parce qu’il va mourir d’un cancer. Mme Lorngren fit une moue de désapprobation. – Apparemment, l’État considère qu’un cancer du pancréas se substitue très bien à la réhabilitation pénale. – C’est un meurtrier ? demandai-je. Janet jeta un œil alentour pour s’assurer que personne ne l’écoutait. – Il y a trente ans, il a violé et tué une fille de quatorze ans, chuchota-t-elle. J’ai tout lu dans son dossier. Après l’avoir tuée, il a essayé de détruire les preuves en brûlant le corps dans sa cabane à outils. Un violeur et un meurtrier. J’étais venu à Hillview à la recherche d’un héros et j’avais trouvé un meurtrier. Il aurait sûrement une histoire à raconter, mais était-ce celle que je voulais écrire ? Tandis que mes camarades parleraient de leur grand-mère en train d’accoucher à même le sol, ou de la fois où leur grand-père avait vu John Dillinger1 dans le lobby d’un hôtel, j’écrirais au sujet d’un homme qui avait violé puis tué une petite fille, avant de brûler son cadavre dans une cabane à outils. D’abord, l’idée de m’entretenir avec un meurtrier m’avait mis mal à l’aise, mais plus j’y pensai, plus je m’y faisais. Ça faisait trop longtemps que je remettais ce projet au lendemain. Le mois de septembre était presque fini et je devais rendre les premiers chapitres dans quelques semaines. Mes camarades avaient lancé leurs étalons hors des box et ma vieille rosse était encore en train de mâchonner du foin au fond de la grange. Je n’avais plus le choix : Carl Iverson serait mon sujet, si toutefois il acceptait. – J’aimerais m’entretenir avec M. Iverson, dis-je. – Cet homme est un monstre, répondit Mme Lorngren. Si j’étais vous, je ne lui ferais pas ce plaisir. Je sais que ce n’est pas chrétien de le dire, mais il vaudrait mieux qu’il reste seul dans sa chambre et s’éteigne tranquillement. Elle eut un mouvement de recul lorsqu’elle entendit ces mots lui échapper : c’était des choses que l’on pouvait penser, mais qu’il ne fallait jamais dire à voix haute, en particulier devant un étranger. – Écoutez, dis-je, si j’écris son histoire, peut-être que… je sais pas, peut-être que je peux l’amener à regretter ses actes. (Finalement, je parlais comme un vendeur, pensai-je.) Et puis il a bien le droit de recevoir des visiteurs, n’est-ce pas ? Mme Lorngren avait l’air piégée. Elle n’avait pas le choix : Carl n’était pas un prisonnier, il était résident de Hillview et avait les mêmes droits que les autres. Elle décroisa les bras et posa de nouveau les mains sur le comptoir. – Je vais devoir lui demander s’il veut de la visite, dit-elle. Il n’a jamais eu qu’un seul visiteur dans les quelques mois qu’il a passés ici.
– Est-ce que je peux parler à Carl moi-même ? demandai-je. Je peux peut-être… – À M. Iverson, me reprit-elle, toute impatiente de retrouver son autorité. – Bien sûr, fis-je tout en haussant les épaules pour m’excuser. Je pourrais expliquer à M. Iverson en quoi consiste le projet, et peut-être que… Je fus interrompu par la sonnerie de mon portable. – Désolé, dis-je, je croyais que je l’avais éteint. Mes oreilles rougirent lorsque je sortis mon téléphone de ma poche et vis le numéro de ma mère. – Excusez-moi, fis-je en tournant le dos à Janet et à Mme Lorngren, comme si ça allait les empêcher de m’entendre. Maman, je peux pas discuter, là, je… – Joey, faut que tu viennes me chercher, dit ma mère d’une voix stridente où les mots s’entremêlaient sous l’effet de l’alcool. – Maman, il faut que… – Ils m’ont menottée, putain ! – Quoi ? Qui… – Ils m’ont arrêtée, Joey, ils… Ces connards ! Je vais leur coller un procès. Je vais prendre un avocat bien vicieux. (Elle criait ces mots à quelqu’un près d’elle.) Tu m’entends, espèce de… espèce de connard ! Je veux ton matricule. Je vais te faire virer. – Maman, tu es où ? demandai-je lentement et clairement pour essayer de ramener son attention sur moi. – Ils m’ont mis des menottes, Joey. – Est-ce qu’il y a un agent qui est là ? Tu peux me le passer ? Elle ignora ma question et passa d’une remarque inintelligible à une autre. – Si tu m’aimais, tu viendrais me chercher. Je suis ta mère, putain de merde ! Ils m’ont… les menottes… ramène ton cul… tu m’as jamais aimée. Moi je t’aimais… j’ai pas… je devrais m’ouvrir les veines. Personne ne m’aime. J’étais presque rentrée à la maison… vais leur coller un procès. – D’accord, maman, dis-je. Je vais venir te chercher, mais il faut que je parle à l’agent. – Tu veux dire M. Connard ? – Ouais, maman, faut que je parle à M. Connard. Passe-lui le téléphone une seconde, puis je vais venir te chercher. – D’accord, dit-elle. Tiens, Connard. Joey veut te parler. – Madame Nelson, dit l’agent, c’est le moment de contacter votre avocat, pas votre fils. – Hé ! agent Connard, Joey veut te parler. Le policier soupira. – Vous avez dit que vous vouliez parler à un avocat. C’est le moment d’en appeler un. – L’agent Connard veut pas te parler, éructa ma mère. – Maman, dis-lui que j’ai dit « s’il vous plaît ». – Joey, faut que tu… – Putain de merde ! maman, chuchotai-je avec colère, dis-lui que j’ai dit « s’il vous plaît ». Il y eut un instant de silence, suivi par un « D’accord ! » et ma mère éloigna le combiné de son visage. Je pus à peine entendre ses paroles. – Joey dit « s’il vous plaît ». Après une longue pause, le policier prit le téléphone. – Allô ? Je me mis à parler rapidement et à voix basse.