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Meurtre

De
348 pages

Le fils du président et chef d'état-major de la Nizère est retrouvé mort dans les eaux du fleuve qui traverse la ville. Les pièces retrouvées sur le lieu du crime semblent accuser l'adjoint du chef d'état-major dont l'épouse fut la maîtresse attitrée du défunt. Alors que l'existence de Clive Bembenko ne tient plus qu'à un fil, une idylle improbable voit jour et l'énorme machination s'écroule tel un échafaudage fragile.

Meurtre met en scène avec réalisme une galerie de personnages charismatiques pour illustrer la violence de certains dirigeants politiques qui veulent à tout prix rester ou accéder au pouvoir quitte à sacrifier bien des vies.


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Cet ouvrage a été composér Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-334-20300-5

 

© Edilivre, 2016

Citation

 

« L’existence du soldat est la trace la plus douloureuse de la barbarie qui subsiste entre les hommes. »

Alfred de Vigny
« servitude et grandeur militaire »

Première Partie

I

A peine l’aube, les premières lueurs de lumière commencent à poindre chassant les ténèbres comme une bouffée d’air frais chasse avec force et caractère le dioxyde de carbone dans une pièce verrouillée pendant des jours. Un ciel d’une limpidité presque orientale, un beau ciel clair, bleu comme une turquoise s’étendait petit à petit au-dessus des maisons et des jardins de Gemboville encore endormie. On se situait à cette période de la nuit qui berce l’aurore et où le règne ailé s’adjuge la maitrise du ciel et de la terre brisant le silence, symphonie fatidique pour les ténèbres, annonçant la renaissance de la lumière prête à reprendre sa suprématie. Ils se perchaient sur les toits, sur les branches d’arbres et se pourchassaient tout en chantant jusqu’à perdre en importance au fur et à mesure que le jour s’installait. Au loin, on percevait déjà les bruits aigus des premières voitures quittant les quartiers résidentiels et avançant rapidement sur les bitumes de la Mondjo Ier, la plus grande avenue de la ville et la plus élégante.

Hors de la ville, à l’embouchure du fleuve Leboulou et de son affluent le Nzala-Ndoki, à l’extrême nord-ouest des contrées, un site spacieux, assombrit par plusieurs huttes sous les arbres de la forêt homonyme à la rivière faisait office d’un crasseux hameau réservé aux pêcheurs. Ici, les pêcheurs s’exerçaient, chacun de son côté, en sa perspective et avec les moyens dont il disposait. Les mieux équipés procédaient à la pêche aux milieux des eaux grâce aux frêles esquifs, à des embarcations, aux barques à moteur ou mue à la pagaie. Les autres, moins équipés, effectuaient la pêche aux bords des eaux proches des récifs coralliens à des distances éloignées, avec, des filets et des nasses. La pêche était une activité importante en Nizère. Elle constituait une source d’emplois qui supportait à bout de bras des dizaines de milliers de familles dans le pays. Dans cette partie des eaux, l’espèce la plus abondante était la carpe commune. On y trouvait aussi certain crustacés, des rotengles et des vairons mais en faible quantité. De ce fait, la carpe était le poisson le plus consommé à Gemboville du fait de son abondance dans les marchés et de son coût moins onéreux. Les besoins en carpe ne tarissaient jamais et les commandes se faisaient à foison.

Comme l’aurore de chaque jour, celle d’aujourd’hui n’échappa pas à la logique. Depuis cinq heures, les principaux pêcheurs qui officiaient dans le site aux abords des eaux s’activaient à la vérification de leurs filets et nasses en des endroits précis où ils furent traqués. Ils les extrayaient de l’eau sous les frétillements vifs, énergiques et fougueux des cyprinidés irascibles d’être retenus prisonniers. Mais quoi qu’ils fissent, les filets étaient assez lourds pour les empêcher de s’échapper. Les pêcheurs s’employaient à leur tâche avec tout le respect qu’on dût à son gagne-pain.

Cependant, un cri s’éleva au ciel avec vigueur faisant écho avec les arbres du Nzala-Ndoki lesquels oscillaient sous les bruissements des feuillages issus des légers balancements des branches causés par un zéphyr accompagnant l’investiture du soleil. La véhémence du cri fit trembler la forêt et provoqua à l’instant, la fuite les oiseaux et moineaux qui chantonnaient percher sur les branches d’arbres et l’interruption de l’engagement et de l’application des pêcheurs à leurs besognes. Le criard ne s’arrêta point-là. Il reprît plusieurs fois ses plaintes tantôt avec un tempo très haut et le prochain un peu moins. Désormais méditatifs et préoccupés par la nature de ces cris, les pêcheurs arrêtèrent leurs tâches et lancèrent des regards ébaubis d’incompréhension de part et d’autre de la forêt tout en s’interrogeant. Que ce qui se passait-il ? Qui s’époumonait comme ça ? Et Pourquoi ? Il fallait qu’ils sachent ce qui se tramait. Ils se précipitèrent donc vers l’endroit d’où leur parvenait les cris et les « venez, venez… » Et ils se rendirent vite compte que le brailleur fut un de leur ; d’une silhouette svelte aux membres pareil à ceux d’un flamant. Il était vêtu d’un falzar en loques tout comme sa chemise blanche arborant la couleur brune sous l’encrassement de boue. Il était en transe, quasiment en pleure. Il frissonnait, palpitait, allait en avant, refluait, s’époumonait « venez, venez… », Sautillait, dodelinait sa tête, mettait ses mains sur la tête comme s’il venait de voir quelque chose et qu’il n’en croyait pas ses yeux. A gauche et à droite de sa position, une dizaine d’autres pêcheurs arrivaient, l’air effaré. L’un d’entre eux : gros, brun avec un bide saillant et attifé d’une culotte et d’un t-shirt en lambeaux le questionna instinctivement :

– Mon cher que se passe-t-il ? Qu’as-tu ?

– Un cadavre… brailla le flamant.

– Quoi ? Quel cadavre ?

– … Une personne morte… Là dans mes filets. Dit-il en agitant son index droit vers l’eau.

– Ah, mais où sont vos filets ? On ne les voit pas…

– Ils sont dans l’eau. Il y a un cadavre répéta-t-il avec la même voix tremblante.

Le gros ainsi que les autres pêcheurs qui n’en croyaient pas leurs oreilles se décidèrent à se diriger vers la direction que montrait l’index du malheureux pêcheur quand celui-ci s’indignait derrière.

– Oh quelle guigne mon Dieu ! Pourquoi toujours moi ? Pourquoi cela n’arrive qu’à moi ? Mon Dieu dit-il en levant ses mains vers le ciel comme pour le prendre en témoins, qu’ai-je fais pour mériter de telles malédictions ? Pourquoi suis-je maudit à ce point ?

II

Gemboville, la ville capitale de la république de la Nizère était joyeuse ce matin et la lumière était devenue royale au ciel. Chacun vaquait déjà à ses occupations et le trafic devenait déjà dense. Bientôt, Gemboville se noiera dans l’effervescence qu’on lui connaissait car la capitale associait à son poids démographique, une excellente concentration des pouvoirs, de capitaux, d’équipements et d’activités. C’était en réalité la capitale à la fois politique, économique, culturelle et financière de la Nizère. La ville était traversée par le fleuve Leboulou qui s’insinuait par le nord-ouest, s’éloignait par le sud-est et donnait l’impression d’avoir divisé la ville en deux unités ou plutôt deux camps ethniques : Les groupes ethniques du nord du pays, de mêmes cultures et d’appartenance génétique proche ; diamétralement opposés aux groupes ethniques du sud. Le tribalisme était à son paroxysme dans Gemboville au point que presque jamais les habitants du nord ne fréquentaient le sud ni le contraire. Les quelques-uns qui s’hasardaient à habiter les quartiers loin des leurs, c’était ceux qui avaient reniés leurs origines pour leur carrière ou pour l’amour d’un homme ou d’une femme. En conséquence, Gemboville était une ville à deux visages l’un, misérable et très pauvre que diffusait le nord et l’autre, opulente qui caractérisait le sud.

Le nord de la ville, communément et quotidiennement dérisoire et empreint d’un mépris sarcastique agglomérait les quartiers modestes, négligeables et pauvres. Au demeurant, le nord de Gemboville était le grand ghetto ; cette zone urbaine surpeuplée de la ville où un ensemble de la population d’ethnies et de tributs méprisables vivaient à l’écart du reste de la population d’ethnies et tributs honorables. Tout le nord de la ville était totalement négligé par le gouvernement et ses membres à vie. Les quartiers étaient construits dans les zones marécageuses, les maisons étaient très délabrées, le courant était aussi rare dans les maisons que les espèces menacés de disparition dans les forêts. Compte à l’eau potable, aussi rare au bout d’un robinet que le but d’un gardien de but lors d’un match de football. Le réseau routier dans ce secteur se résumait à quelques axes principaux et parfois pour se rendre d’un quartier à un autre, on utilisait encore des embarcations traditionnelles à cause des marécages. Les routes de terre n’étaient ni bitumées, ni pavées, ni quelconques asphaltes et aussi nanties d’excavations plus ou moins profondes par endroit causés par les pluies et les voitures.

La saison des pluies communément appelé « ndolo », était la saison la plus détestée par les habitants de ce secteur car la pluie était la grande ennemie sans cœur qui causait des dégâts inouïs. La hauteur des précipitations avait pour cause d’augmenter considérablement les nappes d’eau et les marais. Cela provoquait la pénétration dans les maisons, des eaux qui les inondaient ; l’accroissement de l’apparition des moustiques et du coup l’augmentation du taux des atteints à la malaria, à la fièvre jaune et à d’autres maladies que les moustiques transmettent. Les pluies provoquaient également des érosions qui rongeaient les routes et les rendaient impraticables. Les excavations aux milieux des routes se remplissaient d’eau et le tout faisait que le nord de Gemboville pendant « ndolo » était complètement enclavé. Les « foula-foula » qui permettaient les déplacements pour la cité ne s’arrêtaient désormais que prêt de la Mondjo Ier : la grande avenue qui traversait le Leboulou de l’extrême sud à l’extrême nord de la ville. Pour ceux qui habitaient loin de l’autoroute, sortir de chez eux pour la cité devenait finalement une tâche très compliquée à réaliser. Il fallait marcher plusieurs mètres, sauter les eaux, payer de l’argents aux bons samaritains véreux qui aménageaient moyennement les routes érodée pour permettre le passage des passants et faire de ce trafic une sorte de commerce, ou encore se faire porter par ceux qui offraient leur services devant les grands bains qui inondait toutes les routes, moyennant quelques pièces d’argents. Après seulement on pouvait atteindre la grande avenue mais le combat n’était pas terminé. Il fallait se procurer une place dans le « foula-foula2 » ce qui était l’étape ultime et la plus dure à réaliser. Les bus qui permettaient les déplacements dans la cité appartenaient tous aux particuliers. En raison du surpeuplement et du nombre exigu de ceux-ci, cette tâche se traduisait par une échauffourée phénoménale. Hommes, femmes, enfants, tous se donnaient à cette lutte de la marée humaine devant les ouvertures des « foula-foula » parce qu’on voulait se déplacer, se rendre à son gagne-pain ou à l’école.

Le nord de Gemboville avait une autre particularité ; puisqu’il était considéré comme la zone nantie au plus haut point des malfaiteurs, des chenapans, de bandits de toute sorte et des criminels de la ville. C’étaient les enfants qui n’étaient pas allé à l’école ou qui n’aimaient simplement pas cette institution ; qui n’avaient aucun avenir et aucun revenu. Ils occupaient plusieurs endroits dans les quartiers et escroquaient, violaient, tuaient les « kibuissa-mpimpa » ou pire ; accomplissaient les braquages à mains armés dans les maisons à autrui. Les observateurs étrangers qui avaient étudiés attentivement la situation à Gemboville concernant la mort gratuite offerte par les gangs de malfaiteurs rejetaient la faute sur le gouvernement qui, à force de s’éterniser au pouvoir avait sacrifié les générations entières avec leurs tribalismes, leurs antipathies et leurs autoritarismes qui avaient empêchés à tous les Nizériens de jouir de la richesse du pays équitablement. Et même s’ils n’avaient rien fait, La population du nord de Gemboville vivait dans l’insécurité.

L’école en Nizère était une institution négligée. L’école primaire, la base même de l’apprentissage était carrément à l’arrêt. Les élèves étudiaient dans une insalubrité déconcertante ; assis à même le sol dans les salles de classes bandées. La formation était bâcler et des fois données par des titulaires de baccalauréat ou de brevet de techniciens supérieur qui remplaçaient les maîtres en éternel grève ou qui étaient parti enseignés dans les écoles privées créées à la va-vite qui payaient nettement mieux que l’Etat. Malgré ce qu’il y avait de scandaleux à cela, cet arrangement permettait à des centaines d’élèves de se faire professer. Les formations données par ceux-ci étaient tellement expédiées que d’après une estimation faite, près de vingt pourcent des collégiens Nizériens ne maitrisait pas l’alphabet français sur les seulement quarante-cinq pourcent du taux d’alphabétisations pour les enfants de dix à quinze ans. Le lycée compte à lui était considéré comme un internat où l’on entassait tous ceux qui projetaient un avenir majestueux dans ce pays par la voie de l’école. Les cours étaient bâclés par les professeurs ; et, même les plus chevronnés, n’hésitaient plus à rabâcher à leur lycéens de les suivre dans leurs centres de formation payant s’ils voulaient plus de détails et plus d’applications des cours. L’entrainement, saboté, mais le combat final était composé d’une manière exceptionnellement trapu. Ce qui faisait que Le baccalauréat était difficilement obtenu pour ne pas gonfler le nombre déjà abondant des étudiants dans la seule université du pays. En vrai, chacun de ses étudiants représentaient une épine planté sur les chaises de la salle de conseil de ministre qui les empêchaient de se vautrer aussi confortablement qu’ils le voulaient. Où les placés ? Comment payés leurs bourses ? Que faire d’eux ? Tous les postes étant déjà occupés par les membres des clans qui avaient longue vie, comment les gérés s’ils demandaient usufruit ? Quelle travail leurs octroyés ? Il y avait tellement de question pour peu de réponses que le gouvernement s’applaudissait et se tapait à l’épaule lorsqu’il apprenait que les résultats du baccalauréat tournaient autour des dix pourcents des reçus. Aussi, beaucoup de jeunes gens qui avaient abandonnés l’école avaient au plus un niveau terminal. Après plusieurs échecs, ils étaient obligés, contraint par le temps qu’on n’arrête ni ne remonte, d’abandonnés.

Au nord de Gemboville, naturellement, tous les enfants n’allaient pas à l’école. De plus en plus d’enfants d’une dizaine d’années squattaient les marchés de la place vendant entre autre des « sky », de l’eau glacée dans des sachets, du jus de gingembre et certains fruits tels que les mangues, les oranges ou les figues. Ces marchés qui étaient devenue leur seconde maison, étaient des endroits très sales et fournisseurs de toutes sortes de maladies car ils étaient constamment fangeux et munis des grands entassements d’immondices qui rendaient les environs irrespirables et asphyxiants. Les aliments étaient vendus à même le sol et pour la pluparts non approprié à la consommation. C’étaient également les emplacements préférés des malandrins. Les voles s’y tenaient quotidiennement et à longueur de journée. Sortir son téléphone pour répondre à un appel dans ces marchés était très risquant comme orné son cou d’un joli bijou brillant.

La jeunesse de la population du nord de Gemboville ou plus globalement du Nizériens lambda était totalement sacrifiée par ceux qui étaient censés de s’en occuper. L’écart social était criant entre les jeunes de la minorité issus de bonnes familles qui jouissaient des gains de l’Etat et ceux de la majorité issus à la base du Nizériens lambda. Les filles tombaient enceintes très tôt car les matrones développaient dans leurs esprits les idéaux du matériels. C’était important qu’une adolescente apprenne à aider sa famille par tous les moyens possible sans exclure celui de se donner exclusivement aux garçons capable de lui rendre le strict minimum, réduisant de ce fait le sexe en denrée de troc. Plusieurs filles se donnaient davantage aux personnes âgées rupines pour profiter du confort qu’ils leurs rendaient sacrifiant par suite de quoi, leur avenir au passage. Elles se retrouvaient définitivement avec des bambins entre les mains sans père. Dans ces conditions, suite à toutes ces débauches, trouvé un mari qui les acceptaient dans leurs maisons, devenait un synonyme de réussite tant, de serf. Compte aux garçons, nombreux délaissaient les études parce que leurs ainés qui s’étaient impliqués dans cette voie n’avaient rien obtenues au bout. Ils devenaient des malfaiteurs qui faisaient du mal aux autres. Chacun pensaient à sa survie : le rêve de l’Europe devenait notamment leurs exutoires préférer car, dans ce pays qui ne faisait pas de cadeaux, il valait mieux aller ailleurs pour profiter de sa vie. Certains se faisaient finalement musiciens d’un genre musical célèbre dans le pays et plébiscité par les jeunes qu’ils nommaient « couper-décamper » dont les paroles n’avaient pour seule fonction que de dépraver les mœurs. La situation était grave mais ce qui leur permettait de survivre en joie et qui faisait le bonheur de toute cette jeunesse, c’était la bière pour certain et la foi en Dieu pour d’autre. Les amoureux de la bière tombaient dedans très jeune et galvaudaient des dizaines de milliers de francs dedans sans vraiment s’en rendre compte. Ce dévergondage leur permettait de ne pas trop penser à leur situation indigente. Les amoureux de la foi chrétienne respectaient poliment ou et moyennement les préceptes divins, s’initiaient et devenaient porte-parole du christianisme à fond. Cette foi leur permettait de croire aux lendemains meilleurs : croyez seulement, Dieu pourvoira. De ce fait, sans la bière et la foi en Dieu, cette jeunesse serait dépressive.

Dans toutes ces adversités, se joignaient le joug, la scélératesse et l’ethnocide du président et de ses partisans vis-à-vis de cette population très pauvre vivant au nord de la capitale. Le président se reposait sur la souveraineté de son état pour imposer les institutions internationales au silence. C’était ce qu’un écrivain, condamné pour avoir sorti un pamphlet contre le pouvoir en place, dénonçait en accusant le président de s’être approprié la souveraineté du peuple, de l’avoir transformé en souveraineté personnel, et d’en user sur la Nizère en souverain. Il disait que le président n’était pas un homme démocratique et que les défenseurs de ce régime devaient vite se saisir de la situation en Nizère et dégagé au-dessus de son ciel cette patte de lion qui bloquait la lumière à quatre millions de personnes. Il écrivait : « le peuple Nizériens ne dispose d’aucun moyens pour décider souverainement. Tout est contrôlé par l’oppresseur. Le mot peuple en réalité vu par lui n’est que son propre pseudonyme comme El sas ou Mwana Mahéna ou autres pseudonyme qui lui facilite une identité. Ici en Nizère, nous ne disposons aucunement de moyens légaux pour faire valoir nos aspirations donc le jeu électoral a perdu toutes ses vertus ainsi que l’institution judiciaire. Les médias se mutent en chaine et paperasse de propagande du MPUN et apparentés. Voilà la réalité : la souveraineté du peuple n’est que mythe et illusion, une pire imagination. »

L’autre rive du Leboulou donc le sud de Gemboville, agglomérait les quartiers résidentiels et la cité. Les occupants de cette zone de la ville étaient généralement du même tribut que le président, de la même ethnie, du même département, de la même région ou simplement du sud de la Nizère. Ceux-ci étaient des cadres, occupaient des postes clés des administrations nationales, étaient des membres du gouvernement, étaient de la même famille politique que le président, étaient des chefs d’entreprises, étaient des juristes, des banquiers, des docteurs, des professeurs ou autre mais quoi qu’il en soit, des gens qui gagnaient bien leurs vie, les gens qui n’avaient rien de commun avec les Gembovillois de l’autre rive du Leboulou.

A l’extrême sud, où la Mondjo Ier prenait sa source, on trouvait la place des pouvoirs qui regorgeait le palais présidentiel « la présidence », les appartements militaires des services de garde présidentielle et le logis du président. La cité était contiguë du Leboulou et regroupait toutes les administrations de l’Etat ; les directions des institutions dirigeantes de l’Etat ; le trésor public ; les banques etc. La défense nationale et l’hôtel de police partageait la même rue de Lavoisier en plein centre-ville tous deux adjacent au palais de la justice. Plus loin, se trouvait la maison d’arrêt : vaste forteresse constitué de trois grands bâtiments. La cité au sud-ouest, les quartiers résidentiels au sud-est étaient séparés par la Mondjo Ier qui traversait le léboulou. De part et d’autre du Leboulou, deux autres grandes avenues à sens unique la suivaient. Celle de la rive droite signalait par un panneau le sens du nord-ouest au sud-est et celle de la rive gauche le sens contraire. On accédait de l’une à l’autre grâce aux passerelles qui traversaient en plusieurs endroits le cours d’eau.

Au sud de Gemboville, les enfants des cadres Nizériens fréquentaient les écoles privées bien structurées et les écoles étrangères qui avaient des salles de classes muni de climatiseurs, où les enfants étaient bien suivit, faisaient des exposés, consultaient les bibliothèques, pratiquaient plusieurs activités extrascolaires telles que la natation, le tennis, le football ou encore des excursions. Les quelques marchés au sud de Gemboville n’étaient point vaste comparé aux marchés du nord. Ces marchés étaient propres et les aliments qui s’y vendaient étaient convenablement appropriés à la consommation. Le sud de Gemboville était la zone résidentielle de la ville. Gemboville avait effectivement deux visages et présentait les gènes d’hermaphrodisme car elle faisait cohabiter, sur son corps à elle seule, la boue avec la propriété, la misère la plus noire avec l’opulence la plus insolite.

III

Il était dix heures du matin lorsqu’une voiture quitta l’état-major national. Une GX blanche, la dernière marque sur le marché. Elle se hâta sur la Mondjo Ier et pris la direction de la place des pouvoirs. Elle roulait à vive allure tel le trot d’un cheval ayant reçu un grand coup de fouet et ne mit pas plus d’une demi-heure pour atteindre sa destination. Elle s’arrêta devant le seuil du grand portail de la place des pouvoirs, sur lequel les battants en métal peignaient la face d’un lion sculpté avec des motifs mit en relief. La place des pouvoirs était clôturée des croisillons en métal soigneusement agencés. On pouvait déjà entrevoir la magnifique verdure immaculée que revêtait entièrement l’énorme pré intérieur de celle-ci. Le jardin était radicalement annexé au style de jardin à la française qui en rappelait celle du château de Villandry en Indre-et-Loire. Sous plusieurs allées, il se définissait par une structure géométrique d’un aspect très discipliné et par les effets de perspectives repartit en trois formes : un jardin d’eau avec des fontaines en statuettes à gauche, un jardin d’ornement muni de plusieurs allées qui menait à la présidence, aux appartements militaires et au logis du président ; au centre et un bosquet somptueux et raffiné à droite.

La GX, après quelques instants devant le grand portail, pénétra dans la cour intérieure par les allées du jardin d’ornement. Elle passa outre deux autres barrières de contrôles puis s’arrêta devant la troisième et dernière barrière avant de gagner la présidence. Les vitres fumées du bolide s’abaissèrent précautionneusement et on pouvait apercevoir devant son volant, un homme bien connu de la place des pouvoirs car il s’agit de Clive Bembenko, le chef d’état-major adjoint de la Nizère et ancien fonctionnaire de la présidence. Colonel de son Etat, ce jeune-homme portait ses trente-cinq années sous une silhouette parfaite telle celle des sportifs. C’était un homme grand, beau, un tantinet brun avec un visage faisant étalage d’un nez court, les lèvres fines, les yeux noirs, les oreilles peu décollés, les joues creuses et les cheveux court en brosse. Sa barbe était coupée et se suffisait en quelques poils plus ou moins dans le prolongement des oreilles. Il était vêtu d’une veste noire sur-mesure de couture italienne, d’un pantalon assortit, d’une chemise blanche sous le veston qui avait sous son col une cravate noir et des mocassins noirs de la marque Jean-Marc Weston qui enveloppaient ses pieds. Il était descendu de la GX et rigolait insensiblement avec un agent devant la barrière. Mais on voyait, ostensiblement, que son air s’embrouillait entre son apparence sympathique et de l’inquiétude. Il donna les contacts de sa prestigieuse voiture à l’agent et continua sa route à pied jusqu’à atteindre le haut perron qu’il gravit posément les marches. Il se retrouva en présence de deux autres agents devant l’ouverture de la présidence. Ils le saluèrent obséquieusement tout en s’étonnant de le voir. Il répondit en hochant la tête à peine perceptible. Au moment de traverser le seuil des battants devant lui, il tressaillit fortement et dans ses yeux, l’inquiétude l’emportait désormais. Il sentit un vague sentiment de peur et d’anxiété l’envahir comme s’il portait sur sa conscience une infraction aux règlements et que sa probité allait en éclat. Cependant, il eut assez de courage pour traverser le vestibule de la présidence. Les fonctionnaires allaient et venaient de partout, entraient et sortaient des bureaux. L’un d’eux le saluait avec politesse ; des salutations qu’il répondait comme tout à l’heure devant l’ouverture. Il se précipita vers les marches de l’escalier menant au premier niveau dans lesquels il s’embarquait déjà sous les regards ébahis de l’assistance. Voir le numéro deux de l’état-major seul se faufilant vers ces marches était assez étonnant pour eux. Celui-ci n’arrivait ici que par rendez-vous et toujours avec le chef d’état-major lui-même. Jamais il n’entrait dans le vestibule de la présidence car les réunions entre l’état-major et la présidence se tenaient toujours dans l’autre bâtiment à gauche de la présidence qui abritait le bureau du président. Alors pourquoi aujourd’hui le second de l’état-major escaladait ces vieilles marches ? Ils commencèrent à se poser des questions. Quelque chose n’allait pas ils en étaient certains. De son côté, Clive marchait désormais à pas hâtifs dans le couloir très éclairé du premier niveau de la présidence. Il s’arrêta finalement devant un bureau diffèrent des autres par sa grandeur et la netteté de sa porte en bois d’acajou. Il braqua la poignée de la porte sans cogner qu’il fût déjà devant une jeune dame assise derrière son bureau encombré par des monceaux de papiers.

– Mademoiselle Mondjo est là ?

demanda-t-il sans même penser à saluer la jeune-dame. Sous la réponse silencieuse du regard de cette dernière, il ajouta que c’était important. Est ce qu’elle était là ? Sa patronne ?

– Oui… monsieur… balbutia la secrétaire.

Clive n’attendit plus rien. Il se jeta sur une autre porte toujours en acajou à droite du bureau de la secrétaire. Celle-ci savait qui était cet homme et le voir là ; à cet heure de la journée, dans ce bureau ; n’eut qu’agrandi son étonnement. Elle ne pouvait pas l’empêché d’ouvrir cette porte non seulement parce qu’elle était tétanisée par la présence du chef d’état-major adjoint mais aussi parce que sous les ordres de sa chef, elle guettait l’appel du chef d’état-major qu’attendait impatiemment cette dernière. La présence de son adjoint était donc une évidence à ses yeux que ce dernier envoyait des nouvelles importantes qui atténueront l’impatience de sa chef.

Sa chef c’était Lisette Mondjo, l’unique fille du président de la république, la conseillère principale de ce dernier. Elle participait activement à la mise en place de toutes les mesures dans le pays et son influence sur ceux-ci était énorme ; puisqu’elle avait l’oreille de son père. Subséquemment, ses recommandations, ses exhortations et ses perspectives passaient plus facilement auprès du président que ceux du directeur de cabinet, d’autres conseillés ou de n’importe quel membre du gouvernement. Pour obtenir audience auprès du président, il fallait passer par elle. Elle s’entretenait avec vous et si l’objet de demande d’audience était important, elle vous laissait voir son père. Au cas contraire, elle ne vous laissait pas l’approcher. Elle avait un pouvoir considérable sur le gouvernement, l’assemblée nationale, le sénat et la justice. On disait même que c’est elle qui décidait à la place du président sur les questions de nomination. Ses principales préoccupations furent de se soucier de ceux qui devraient rejoindre le gouvernement, qui devraient en être débarqué, qui devraient être nommés à un haut poste et qui devraient être viré d’un haut poste. Elle n’avait que trente-deux ans mais était déjà la femme la plus puissante et la plus redoutable de la Nizère. Même au-delà, c’était une des femmes les plus puissantes d’Afrique. C’est pourquoi, sa vie était un sujet d’intérêt inépuisable dans son pays. De son passé, on se rappelait qu’elle avait quitté sa famille à la suite d’un coup de tête d’adolescente resté obscur et s’était réfugiée en Suisse où elle suivra une formation des règnes végétales. Quelques temps après, elle arrêtera ses cours car à cour de fond puis s’en ira en France pour rejoindre son frère ainé. Ce dernier l’obligera à se raccommoder avec leur père ; suite à quoi, elle débutera les études de science politique à l’institut d’étude politique d’Aix-en-Provence. Elle obtiendra ensuite un diplôme de deuxième cycle universitaire. Juste après, son père la rappellera en Nizère et la nommera directement conseillère principale du président ; poste qu’elle occupe depuis cinq maintenant. Des rumeurs disaient qu’elle s’était éprise d’un français ou qu’elle était en couple avec un français. Cela justifiait ses nombreux voyages pour Paris. Elle vivait dit-on un véritable conte de fée avec cet homme et que ce coup de foudre aurait changé sa vie en blanchissant une partie de son ostensible côté obscur. Certain disaient qu’elle s’était mariée avec cet homme avant de divorcer quelques mois plus tard. D’autres affirmaient qu’elle était toujours en couple avec cet homme et qu’elle n’était que la « deuxième bureau ». Mais tout compte fait, tous s’accordaient à dire que c’est parce qu’elle n’avait pas d’époux légitime qu’elle était aussi odieuse et redoutable.

En ouvrant la porte du bureau de Lisette Mondjo, Clive avait tressaillit en remarquant cette beauté de lever de soleil qui dirigea son visage vers la porte qui s’ouvrait. Il la savait dotée d’une beauté frappante, d’une taille et d’une silhouette droite et d’un corps parfait et très féminin ; mais ce matin, elle lui parut encore plus belle qu’à l’accoutumer. Son visage rond un peu joufflu lui donnait l’air d’une asiatique et arborait ingénieusement un nez droit un tantinet proéminent, les lèvres fines où faisaient étalage un rouge blême, de tout petit yeux en jais couvert de verre et des oreilles en forme des feuilles de choux. Son cou, ses mains et ses doigts étaient chargés de bijoux de grande valeur. Elle portait un tissage à long cheveux sur sa tête, une veste très cintrée qui dessinait ostensiblement chacune des parties proéminents de sa parfaite poitrine et une jupe assorti qui l’arrivait jusqu’aux genoux. Clive dont le cœur battait anormalement chaque fois qu’il était en présence de la jeune-femme la représentait en une créature mythique qui symbolise la beauté.

– Tiens donc ! fit-elle, Clive Bembenko… Que faite-vous là ?

– Excusez-moi de débarquer comme cela mais j’ai une information urgente à vous faire part. A vous et au président.

– Ah bon ! De quoi s’agit-il ?

– De votre frère.

– Ah… celui-là… regretta Lisette. Il vous envoie pour le représenter ?

– Non répondit Clive en remuant la tête.