Miami Purity

Miami Purity

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271 pages

Description

Sherri mène sa vie au jour le jour, au rythme de ses rencontres, au milieu des vapeurs d'alcool et de l'excitation des hommes, dans les boîtes où elle fait du strip-tease. Mais, à 36 ans, elle est bien décidée à « s'extirper de la pénombre des bars et à conquérir la lumière du jour ». La vie l'oblige brutalement à tourner la page : elle vient de tuer son amant et, même si elle était soûle, même si le type était une brute, il vaut mieux se faire oublier. Lorsqu'elle tombe en arrêt devant le « Miami Purity », un pressing qui recherche une employée, Sherri se dit que c'est un clin d'oeil du destin.
En franchissant le seuil du magasin, elle ne sait pas encore qu'elle va plonger dans un univers de folie, de perversité et de cruauté. Dans la chaleur étouffante, le tintamarre des machines et l'odeur écoeurante des solvants, la vie de Sherri va prendre un tour franchement noir...
« "Miami Purity", c'est de la littérature chauffée à blanc. » (James Ellroy)


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Date de parution 14 juin 2017
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EAN13 9782743641221
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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couverture

Présentation

Sherri passe sa vie de bar en bar, dans les vapeurs d’alcool et sous le regard des hommes pour lesquels elle fait du strip-tease. Mais un jour, le destin l’oblige brutalement à tourner la page : elle vient de tuer son amant, un homme violent, et doit se faire oublier. Lorsqu’elle découvre l’annonce d’emploi d’un pressing baptisé Miami Purity, elle y voit un clin d’œil du ciel. Elle ne sait pas encore qu’elle va plonger dans un univers de perversité et de folie.

 

« Une auteure au talent féroce, qui n’a peur de rien. » Dennis Lehane

 

« Miami Purity, c’est de la littérature chauffée à blanc. » James Ellroy

pagetitre

Pour Lynne Barrett, Betty Owen,
mon fils Ben Hendricks,
et ma mère Claire Robinson,
qui m’a encouragée avant de savoir ce que je faisais.

Les passions elles-mêmes sont des libertés prises à leur propre piège.

Jean-Paul SARTRE

1

Hank était soûl, et il m’a frappée comme une brute – ce n’était pas la première fois –, alors j’ai empoigné la radio et je lui en ai flanqué un grand coup sur le crâne. C’était un engin mastoc avec magnétophone intégré, mais je n’ai pas pensé une seconde que ça pouvait le tuer. On était assis devant le ventilateur, écoutant de la musique country et sirotant un Jack Daniels – échangeant des ma beauté par-ci, ma beauté par-là, comme on aimait le faire tous les deux –, et brusquement le monde entier a basculé. Mon mec était mort. Je n’avais pas le sentiment d’y être pour quoi que ce soit. Je n’avais pas voulu ça.

J’ai passé quelques jours en prison, le temps que les autorités décident que ça n’était pas de ma faute. C’est le casier long comme le bras de Hank qui m’a tirée de là. Les flics le connaissaient bien. Après ça, j’ai continué à picoler ; ce fils de pute me manquait terriblement.

Pendant les mois qui ont suivi, je n’ai aucun souvenir de ce que j’ai bien pu faire. C’était une vraie teigne, mais on s’entendait comme larrons en foire – surtout quand on retirait nos fringues.

À un moment donné, quand je suis sortie du cirage, j’étais à l’hôpital. J’avais de vagues souvenirs d’un enfoiré qui m’offrait des verres, puis s’activait sur moi dans une voiture puant le renfermé. Des visions furtives d’un poing, aussi, s’écrasant bruyamment contre ma mâchoire, mais je ne savais pas bien à qui appartenait ce poing – peut-être que je confondais avec d’autres occasions. L’infirmière m’a dit que j’avais l’air d’avoir été frappée à coups de pieds, tabassée si méchamment que j’avais de la veine d’être encore en vie. Je ne sais pas pourquoi je l’ai crue – à propos de ma veine –, mais après avoir été rafistolée et mise au régime sec pendant un moment, j’étais prête à tenter le coup. À essayer de me faire une place au soleil, pour la toute première fois.

C’était une grosse erreur.

Ce matin-là, dans North Miami, Hank était presque sorti de ma mémoire, comme le quart de schnaps à la menthe que je trimbalais autrefois dans mon sac.

J’ai tendu mes 9 dollars – à peu près tout ce que je possédais – au chauffeur de taxi. Je me suis glissée vers la portière, je l’ai ouverte et j’ai sauté sur le trottoir.

« Il vous manque 25 cents, m’dame », a dit le chauffeur de taxi.

J’ai continué à filer. Je n’avais pas le choix.

« ’Spèce d’échauffée », il a braillé.

Il s’est penché, et a claqué la portière de toutes ses forces. Sans doute qu’il essayait de me coincer les miches.

Échauffée – je ne connaissais pas l’expression. Je lui ai jeté un coup d’œil en montant sur le trottoir. Il était furieux, mais il ne pouvait pas faire grand-chose. J’ai tiré une dernière bouffée de cigarette, et je l’ai jetée sur le bitume. Après l’averse matinale, la chaussée était propre et luisante.

J’avais cherché du boulot le long de Biscayne et à Dixie. Sur des kilomètres s’étiraient des stations d’essence, un ou deux motels que je connaissais bien et où on pouvait louer une chambre à l’heure, des « 7-11 », des compagnies d’assurances et ainsi de suite, tout ça côtoyant des bars et des clubs de strip-tease. J’avais demandé au chauffeur de s’arrêter à cinq reprises. L’addition était juste un poil trop salée, sans même parler du pourboire. Alors j’ai relevé crânement le menton, et j’ai poursuivi mon chemin. Je n’ai pas bronché quand il a démarré en arrachant ses pneus sur l’asphalte.

J’aimais bien ce qu’il avait dit – échauffée. J’avais le sang chaud, pas de doute là-dessus. À trente-six ans – mais je n’en faisais que trente –, j’étais bien décidée à m’extirper de la pénombre des bars et à conquérir la lumière du jour. J’étais sûrement capable de faire autre chose que de préparer des cocktails et de trémousser ma touffe décolorée sous la lumière d’un projecteur. Bien sûr, ça m’avait rapporté pas mal d’argent, mais tout avait été dépensé en moins de deux, transitant en un éclair de mes porte-jarretelles à mes narines, pour ainsi dire. Ce qui restait avait servi à cultiver les petites habitudes de Hank. Il y avait eu d’autres hommes aussi, au fil des années, d’aussi loin que je puisse me souvenir – et cela depuis que j’avais à peu près douze ans. Je l’avais payé cher, quoique jamais aussi cher qu’avec Hank. Je leur avais donné du plaisir sans rien exiger en retour, aucune promesse d’amour éternel. Même s’il y avait bel et bien de l’amour en eux.

Mon dernier boulot, c’était danseuse chez Bubbles. Je ne voulais plus rien avoir à faire avec cette faune-là. Je m’étais ramassé mon dernier coup sur le crâne – ou ailleurs. Ça n’était pas pour me plaindre, mais j’étais bien décidée à ce que Hank soit ma toute dernière bourde.

Ce que j’avais se résumait à un petit studio – au loyer impayé –, une tignasse de cheveux décolorés, et un petit cul toujours ferme de danseuse. Je n’avais rien à me reprocher. Tout ce dont j’avais besoin, c’était d’un boulot régulier, un boulot de jour. La pancarte « on recherche une employée » suspendue dans la vitrine indiquait que cet endroit-là en valait bien un autre.

J’ai jeté un regard à travers la vitrine sale. Disposée tout autour de la boutique, j’ai vu une penderie circulaire où étaient empilés des vêtements propres. Le matin était brumeux, mais les housses de plastique rose miroitaient sous les néons. Ouais, ça n’avait pas l’air mal du tout.

Je vivais depuis quelques années à Miami, mais j’étais passée à côté de pas mal de choses. Je vivais dans une sorte d’ivresse qui m’empêchait de remarquer ce qui m’entourait – à part la chaleur. Depuis que j’avais quitté Cleveland, j’avais rarement vu quoi que ce soit à l’extérieur d’un bar, sans parler de goûter à l’océan ou même au soleil. À présent, je commençais à regarder autour de moi. Si Cleveland représentait l’aisselle du monde, alors Miami c’était sûrement les yeux, limpides, des yeux bleus scintillants et riches de promesses. Tout ça rien que pour moi.

D’une main, j’ai agrippé la poignée, de l’autre j’ai lissé ma mini-jupe, et je suis entrée d’un pas nonchalant dans la teinturerie Miami-Purity.

Je suis allée attendre l’employée près du comptoir. Elle s’occupait d’un client. Elle a appuyé sur trois boutons, et toute la penderie où étaient suspendus les vêtements s’est mise à tanguer et à se balancer. Une bouffée d’air s’est glissée sous ma jupe. Ouais, j’ai pensé, j’aimerais bien faire bouger un peu cette tringle.

La fille était une jeunette, mais j’avais de plus belles paires de ce qui compte en règle générale. Elle était brune, l’air gentil, mais dépourvue de grâce. Probablement cubaine. Je savais comment tout ça fonctionnait. S’ils l’avaient embauchée, ils me prendraient.

Le client s’est dirigé vers la sortie, et je me suis approchée.

« Est-ce que le patron est dans le coin ? Je voudrais postuler pour la place.

– La dame qui embauche n’est pas là, mais je vais aller chercher le responsable. »

J’ai serré la main qu’elle me tendait.

« Je m’appelle Marisol.

– Sherri », j’ai dit.

Elle a disparu à l’arrière du pressing.

Une seconde plus tard, il a surgi à l’angle du mur, précédant la fille de quelques pas. J’ai posé les yeux sur son visage de poupon, ses lèvres à la Mick Jagger, et je me suis allumée. Il portait la chemise la plus propre que j’aie jamais vue ; son cou émergeait du col, lisse et tendre. Des boucles de poil brun moussaient dans l’échancrure de la chemise.

Je ne m’attendais pas à ce qu’un teinturier m’excite de cette façon. C’était ce mélange d’innocence, de sauvagerie. Il me regardait de ses yeux bleus et vifs, aussi tendres que ceux d’un petit enfant.

J’ai senti le poids de mon corps refluer dans mes talons, et ma hanche gauche pivoter. En regardant remuer ces lèvres, j’avais envie de sentir ses mains agripper mes hanches. C’était la première fois, depuis la mort de Hank, que mon corps s’échauffait et prenait les commandes. C’était agréable ; mais je savais qu’il valait mieux ouvrir l’œil.

« Qu’est-ce que je peux faire pour vous ?

– Je cherche une bonne place », j’ai dit.

J’ai calé mes seins sur le comptoir, entre mes coudes, et j’ai glissé un pouce sous la bretelle de mon soutien-gorge. Je l’ai fixé bien dans les yeux.

« Qu’est-ce que vous avez à me proposer ?

– Vous pouvez toujours remplir un formulaire, mais nous avions l’intention d’engager quelqu’un à la retraite. C’est payé au minimum. »

Je ne savais pas si je pourrais survivre avec ça, mais ces lèvres-là avaient un drôle de pouvoir de persuasion. La matinée m’avait déjà semblé bien longue.

« Ça me convient. J’ai déjà connu pire. J’aimerais essayer. »

J’avais réussi à attirer son attention et je parlais un peu plus bas, genre conversation intime.

« Toute ma vie, j’ai travaillé dans des bars. Maintenant j’ai envie de décrocher. Quand j’ai vu votre boîte, j’ai eu une drôle d’impression. Comme si c’était le destin qui m’avait conduite ici. Je me suis dit, je vais pousser la porte et décrocher ce boulot. Je peux faire du blanchissage. Je suis douée pour ça. »

J’ai regardé son visage. Regardé la croix d’or brillante accrochée autour de son cou. Il était probablement catholique. Je connaissais beaucoup de danseurs catholiques, et j’étais pleine d’admiration pour leur nature charitable. Il me jaugeait du regard.

« C’était une impulsion. Je crois au destin, pas vous ?

– Ouais. Bon, de toute façon, je peux vous donner un formulaire. »

Il m’a tendu la main d’un geste purement commercial. Il avait des doigts effilés, bien propres, sa manche de chemise éclatante était retroussée sur un avant-bras musclé et bronzé.

« Je suis le responsable. Je m’appelle Payne. »

Je n’ai pas pu résister.

« Aïe1 », j’ai dit.

J’ai gardé les lèvres en cul-de-poule une seconde, le temps de serrer sa main, puis j’ai souri.

« Moi, c’est Sherise Parlay. Sherri pour les intimes. »

Un coin de sa bouche s’est retroussé d’un air narquois.

« Mon grand-père s’appelait Payne. Nous sommes Irlandais – des Mahoney. »

Il a glissé une feuille de papier de l’autre côté du comptoir blanc éraflé.

« Voilà, a-t-il dit. Remplissez ça. La gérante va arriver dans quelques minutes. Il va falloir que vous attendiez. Ce n’est pas moi qui prends ce genre de décision. »

Je me suis assise sur une chaise de plastique, contre le mur. Je sentais qu’il me regardait, et j’ai paradé un peu en croisant les jambes sous ma mini-jupe, en essuyant la sueur sur ma nuque. J’étais nerveuse. Ma jambe s’est mise à tressauter, et j’ai posé les deux pieds à plat sur le sol. Je savais que je n’avais pas besoin de baiser Payne pour décrocher le boulot ; pourtant, ça, ça m’aurait posé moins de problèmes.

Le formulaire était long et compliqué, comme la plupart de ceux que j’avais remplis ce matin-là. Je n’étais pas sûre de le compléter comme il fallait. J’ai mis certaines dates au hasard. Après avoir fini, je l’ai parcouru du regard. La feuille était remplie avec soin, mais elle révélait tous les passages à vide de mon existence. Bon, je n’avais pas l’intention de mentir. C’était un nouveau départ. Je pouvais sentir la poisse lâcher prise, ça faisait un drôle de poids en moins sur mes épaules.

Je suis restée assise sans bouger, bien droite, comme si j’avais postulé pour ce genre de boulot des centaines de fois, et que je les avais tous décrochés.

« La voilà », il a dit.

J’ai aperçu la femme avant qu’elle n’ouvre la porte d’une main brusque. Ses lèvres parlaient d’elles-mêmes, ainsi que ses yeux, et sa chevelure noire et épaisse. Tout son portrait. C’était sa mère. Elle avait l’air d’avoir dix ans de plus que moi. Pas mal conservée. Petite, trapue. Coriace.

Payne me l’a présentée : Brenda Mahoney.

Elle n’a pas perdu de temps.

« Montre-moi le formulaire », lui a-t-elle dit.

Vu de près, son visage était un peu bouffi, le blanc des yeux jaunâtre, cerclé de rouge. La main qu’elle m’a tendue tremblait, et j’ai aussitôt deviné qu’elle avait bu un coup de trop la veille. Probablement aussi la nuit précédente, et tout un chapelet de nuits avant celle-là. Elle s’est mise à tapoter le comptoir en face d’elle pour qu’il se dépêche de lui passer le formulaire. Il a froncé les sourcils, et l’a jeté comme s’il lui brûlait les doigts.

J’ai scruté son visage pour voir ce qu’elle pensait des emplois que j’avais occupés dans le passé, danseuse de bar et tout à l’avenant, avec des blancs quand je n’avais pas pu me souvenir de ce que je faisais, ou que je n’avais pas trouvé de nom pour ça. Mais elle n’a pas bronché.

« Ça n’est pas un boulot prestigieux, elle m’a dit. Je ne suis pas sûre que ça vous plaise. »

J’ai décelé une odeur douceâtre d’alcool dans son haleine. Pourtant, elle parlait vite, en articulant avec soin.

« Ici, on transpire, les cheveux frisottent. On ne peut pas utiliser l’air conditionné à cause de toute cette vapeur – avec de l’air froid, ça se transformerait en pluie. Et il faut être en permanence sur le qui-vive. On utilise des jets de vapeur pour certains tissus, et des presses de métal chauffé à blanc pour d’autres. »

Je me suis demandé comment elle pouvait être sur le qui-vive l’après-midi, si elle commençait à boire si tôt dans la matinée.

Elle s’est penchée en avant, et elle a croisé les bras, jouant avec la croix d’or incrustée de pierres vertes qui pendait au bout d’une chaîne entre ses nichons. C’était craquant – mère et fils avaient chacun leur croix. Les pierres étaient de la même couleur que les yeux brûlants rivés sur moi.

« Si vous touchez une de ces presses avec votre bras, la peau y colle aussitôt.

– Je ferai très attention.

– Je vois que vous avez toujours travaillé dans le spectacle. Vous avez la trentaine, et vous n’avez jamais eu d’emploi routinier. Est-ce que vous êtes sûre de vouloir ce genre de poste ? »

J’ai hoché la tête.

« J’en serais très contente, madame Mahoney. Je suis prête à assumer ça. Et j’ai bien besoin d’avoir des horaires fixes.

– Très bien, a-t-elle dit, calant les mains sur ses hanches. Vous avez l’air sincère. Parfait. Cela fait un bon bout de temps que nous essayons de trouver quelqu’un pour cette place. Je suis sûre que vous avez la volonté qu’il faut, même si vous manquez d’expérience. »

Elle a posé une main sur mon bras. Elle essayait sans doute d’avoir l’air directe et chaleureuse, mais ses ongles étaient longs, de vraies petites griffes.

« Vous allez rencontrer les autres employés qui travaillent sur les machines à repasser. Ici, on est tous amis. »

Elle m’a tendu la main.

« Appelez-moi Brenda. »

J’ai scruté son visage, et je me suis dit : oui, c’est peut-être ce que je serai dans dix ans : futée et coriace, avec suffisamment d’expérience pour faire tourner ma propre affaire.

« Merci, Brenda », j’ai dit.

Elle s’est éloignée, et j’ai jeté un coup d’œil à Payne par-dessus le comptoir. Il avait l’air écœuré. Ses lèvres charnues étaient pincées, et il me contemplait de ses yeux bleus indéchiffrables. J’ai eu envie d’empoigner les boucles brunes sur sa nuque, et d’attirer son visage contre le mien.

« Et vous ? j’ai demandé. Vous pensez que je vais faire l’affaire ?… »

Il s’est contenté de me regarder sans un mot, mais ses yeux se sont rivés aux miens l’espace d’une seconde.

1. Jeu de mots : Payne et pain (douleur) (N.d.T.).

2

Le lendemain, j’ai commencé avec les chemises nettoyées. Les chemises sortaient encore humides du lave-linge, et je devais les passer à tour de rôle sur trois machines, une pour presser les manches, une pour les cols et les poignets, et la troisième pour les pans de chemise. La machine qui pressait les pans de chemise était un buste bien découpé. De l’autre côté de la pièce, je voyais la machine à presser les pantalons – un cul avec des jambes. Je savais qu’il n’y avait rien à l’emplacement de la braguette, mais ça me donnait quand même des idées. Depuis Hank, je n’avais eu personne dans mon lit, à part bibi. J’étais déjà tout excitée à force de regarder Payne évoluer dans le pressing étouffant et empli de vapeur, et l’odeur des chemises fraîchement lavées me coupait le souffle. Ça me faisait penser à l’odeur d’un homme bien propre. Je n’en avais pas connu beaucoup. Payne était l’un des plus mignons.

« Pas mal du tout, pour un premier jour. »

Avec le mugissement du lave-linge, je ne l’avais pas entendu approcher. Il a vérifié le col, puis m’a jeté un coup d’œil par-dessus l’épaule de la chemise.

« Vous n’aviez certainement pas fait beaucoup de repassage avant ça. »

Il étudiait les plis parfaits que j’avais faits sur les rabats, en bas de la chemise.

« Pas mal, hein ?

– Ouais, pas mal du tout, pas mal du tout. Vous apprenez vite. »

Il a contemplé les pans de la chemise d’un air rêveur. « Il y a une chemise de soirée qu’on nous amène chaque semaine, avec un mot écrit à l’encre, juste ici. »

Il a lissé le pan de chemise qu’on glisse sous la braguette.

« Il y a écrit… Voyons… Il y a écrit… Que ces mots te rappellent toute la journée l’amour que mes lèvres te prodigueront ce soir. XXXOOO, Moi. »