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Mon couronnement

De
109 pages
Sur le point d'être honoré pour une vieille découverte accidentelle qu'il a depuis longtemps oubliée, un scientifique à la retraite s'angoisse de cette gloire aussi brutale que relative. Sa voisine lui cuisine des lentilles. Où l'on retrouve avec délectation l'humour légèrement amer et la noirceur singulière de Véronique Bizot, et cette étrange tendresse quasi-métaphysique pour les effets secondaires de l'absurdité de la vie.
Prix Lilas 2010, Grand prix du roman de la SGDL.
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LE POINT DE VUE DES ÉDITEURS
Décoré à son insu pour une importante découverte qu’il a oubliée depuis longtemps, un scientifique à la retraite voit soudain son salon envahi d’admirateurs et de journalistes venus le féliciter, mettant à mal son intime désordre. Sa femme de ménage, ultime rempart contre l’impudeur du monde, lui cuisine des lentilles. Et tandis qu’irrémédiablement l’heure des honneurs se rapproche, le passé fait de même. D’une visite impromptue (et ratée) à un vieil ami perdu de vue en réminiscences familiales semblables à d’étranges phénomènes gazeux, notre homme explore sa solitude avec une impavide bien qu’inquiète curiosité. Avec l’humour légèrement amer, la tendresse étonnée et la noirceur singulière qui caractérisent ses nouvelles, Véronique Bizot poursuit dans ce premier roman son observation sans concession des effets secondaires de l’absurdité de nos vies, déshabillant la logique du désespoir jusqu’aux os. Et impose, comme une étonnante évidence, un univers à la fois déroutant et délectable.
“DOMAINE FRANÇAIS”
VÉRONIQUE BIZOT
Véronique Bizot est l’auteur de deux recueils de nouvelles.Mon couronnement est son premier roman.
DU MÊME AUTEUR
LESSANGLIERS(nouvelles), Stock, 2005 ; Le Livre de poche, 2007. LESJARDINIERS(nouvelles), Actes Sud, 2008.
©ACTES SUD, 2011 ISBN978-2-330-00385-2
VÉRONIQUE BIZOT
Mon couronnement
roman
ACTES SUD
à Philippe D.
1
Les gens ont tout de même fini par s’en aller et je me suis retrouvé seul dans l’apparte ment avec Mme Ambrunaz qui faisait cuire des lentilles à la cuisine, j’entendais le cli quetis des lentilles qu’elle remuait en les rin çant, je pensais que ces lentilles, du Puy, celles que je prends au supermarché, ne se rincent pas, et que de surcroît je ne les man gerais certainement pas ce soir. A peine les gens sontils partis que Mme Ambrunaz a mis des oignons à blondir, et aussitôt il y a eu cette odeur d’oignons qui s’est répandue et se confond avec le désordre de l’apparte ment. Le désordre de l’appartement est à vrai dire prodigieux, quel désordre, ont dû pen ser les gens, mais les circonstances ont fait qu’ils n’ont pas paru le remarquer, ni la pous sière, ils ont, enjambant les choses qui traî nent dans le couloir et contournant l’escabeau planté au milieu du salon, marché droit sur moi avec leurs mains tendues et leurs souri res. Bien, bien, me suisje dit, voici des gens.
7
Ça a duré plusieurs heures, mais grâce à Dieu j’avais l’escabeau à quoi m’accrocher, per sonne n’aurait pu m’arracher à cet escabeau. Des gens comme je n’en avais pas vu depuis des lustres. Tout l’aprèsmidi Mme Ambru naz n’a cessé d’ouvrir et de refermer la porte sur eux, et c’est quand les derniers sont par tis et que, jetant un coup d’œil dans la cage d’escalier, elle a constaté qu’il n’en venait pas d’autres, qu’elle a dit : je vais vous faire de bonnes petites lentilles. Ou : un bon plat de petites lentilles. Il est un fait que les lentilles sont petites, aije pensé. Je me tenais tou jours à l’escabeau, guettant, saiton jamais, d’autres pas dans l’escalier. Sur une table au milieu du fatras, je voyais une coupe remplie de mandarines, certaines enrobées de pa pier de soie, d’où venaient ces mandarines, mystère. Probablement une initiative hâtive de Mme Ambrunaz pour faire paraître l’ap partement plus frais et bien tenu à tous ces gens qui, dès l’annonce de mon couronne ment, se sont mis à y défiler, nous prenant, elle et moi, au dépourvu. Un premier coup de sonnette et ça n’a plus cessé. Une obser vation, à ce que j’ai compris, que j’aurais autrefois faite à mon laboratoire de physique, et qui trouverait aujourd’hui son terrain d’ap plication, une partie de l’espèce humaine se voyant tout à coup par moi soulagée de l’un de ses maux. Tant mieux, tant mieux. On a voulu me photographier et me filmer mais on a dû pour cela également photographier
8