Mon crime

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Je suis un assassin ! J’ai tué un homme ! Nul n’en a jamais rien su ! Personne ne le saura jamais ! Il y a bien longtemps de cela...


Je n’ai aucun remords de mon crime ! Seulement une sorte d’angoisse quand je pense à toutes les émotions par lesquelles j’ai passé !...


Et c’est pour cela que je veux écrire cette effroyable histoire afin de m’en décharger sur le papier. Il me semble que lorsque je l’aurai ainsi contée, mon esprit en sera débarrassé et que je n’y penserai plus !...


Car c’est comme une hantise qui trop souvent m’accable...


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Ajouté le 24 mai 2018
Nombre de lectures 7
EAN13 9782373473520
Langue Français
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MON CRIME
Roman policier
par Rodolphe BRINGER
PROLOGUE
Je suis un assassin ! J'ai tué un homme ! Nul n'en a jamais rien su ! Personne ne le saura jamais ! Il y a bien longtemps de cela...
Je n'ai aucun remords de mon crime ! Seulement une sorte d'angoisse quand je pense à toutes les émotions par lesquelles j'ai passé !...
Et c'est pour cela que je veux écrire cette effroya ble histoire afin de m'en décharger sur le papier. Il me semble que lorsque j e l'aurai ainsi contée, mon esprit en sera débarrassé et que je n'y penserai pl us !...
Car c'est comme une hantise qui trop souvent m'acca ble...
Dans la bourgade où je me suis retiré après une lon gue vie de travail et d'honneur, riche de quelques rentes qui me permette nt de faire figure, la boutonnière fleurie du petit bout de ruban rouge qu i me fait respecter de mes concitoyens, jouissant de la considération de tous, malgré tout, je ne puis m‘empêcher de songer que j'ai tué un homme, que je suis un assassin !...
Mon crime, je ne puis le confier à personne, alors je vais en écrire les péripéties. Et après, je brûlerai ce manuscrit, et, sans nul doute, j'aurai définitivement arraché de mon esprit ces souvenirs qui me harcellent et empoisonnent la paix de mes vieux jours...
CHAPITRE PREMIER
À cette époque, c'était avant la guerre, j'étais at taché à l'Aube, qui était un grand journal de ces temps lointains. Je débutais d ans la carrière et évidemment je ne jouissais pas de la situation que j'ai occupé e par la suite. J'étais tout jeune ; j'avais vingt-six ans. Je n'étais donc qu'u n tout petit reporter, du service des informations, que l'on employait à toutes les b esognes. Si j'ai bonne mémoire, je gagnais, comme fixe deux cents francs p ar mois ce qui, à cette époque, n'était pas mal du tout. Mais cela ne m'emp êchait pas de chercher à accroître mes appointements en écrivant de ces arti cles, dont la mode commençait alors, et que l'on appelle des Enquêtes ! Lorsque j'avais trouvé un bon sujet, le secrétaire de Rédaction, un excellent garçon et pitoyable aux jeunes, ce qui est rare, me les prenait et me les f aisait payer quatre sous la ligne, ce qui, à la fin du mois, me faisait des « p iges » intéressantes et me permettait de vivre joyeusement.
Comme le genre n'avait pas encore été trop exploité , la matière en était inépuisable, et, un Parisien de Paris, comme je l'é tais, ayant depuis sa prime enfance, roulé tous les coins et recoins de la capi tale, n'était pas embarrassé pour trouver des sujets. Le tout était qu'ils pluss ent au secrétaire de la rédaction...
Ce matin-là, j'avais trouvé un sujet qui me paraiss ait des plus intéressants : c'était une enquête sur les prêteurs sur reconnaiss ances du Mont de Piété qui ne s'appelait pas encore le Crédit Municipal. Je pe nsais qu'il y avait là un papier amusant à faire, et, j'avais couru au journal pour le proposer à mon chef de rédaction, ainsi que je faisais d'habitude. Par mal heur – mais fut-ce un malheur ? –, il était absent, et je ne pus, par con séquent, lui en parler. Bah ! J'allais toujours commencer ma petite enquête, pers uadé que l'idée lui en paraîtrait heureuse, et si je me trompais ce ne ser ait qu'une bien minime perte de temps.
Donc ayant déjeuné rapidement, je me dirigeai vers le Mont de Piété de la rue Ganneron où j'engageai le seul objet de valeur que je possédasse : un chronomètre en or, qui me venait de mon père... Car pour mener à bonnes fins l'enquête que je voulais entreprendre, il me fallai t tout d'abord une Reconnaissance, laquelle me permettrait de me prése nter tout naturellement chez les prêteurs dont j'avais l'intention de parle r et sans qu'ils pussent se douter de ma profession de journaliste.
J'avais décidé de me présenter tout d'abord chez un certain prêteur du nom de Lévy qui gîtait passage de l'Élysée-des-Beaux-Ar ts et dont on m'avait parlé comme étant l'échantillon le plus réussi de l'espèc e...
Le passage de l'Élysée-des-Beaux-Arts, à cette époq ue, et je sais qu'il n'a pas changé depuis, était une sorte de cul-de-sac qu i ouvrait boulevard Rochechouart, c'est-à-dire en plein Montmartre. Un coin tranquille, presque provincial, où les voitures pénétraient rarement, e t habité par des gens calmes, et aussi bien entendu, quelques artistes...
Cependant l'immeuble où le dénommé Lévy ouvrait son officine, était une maison assez mouvementée, par ce fait que c'était a ussi dans cette maison que se trouvait l'éditeur Louvet, grand producteur de c hansons de café-concert. Et non seulement Louvet éditait, en grand et petit for mat, les grands succès du jour, mais encore il entretenait dans des piècesad hoc, deux ou trois bons pianistes accompagnateurs, chargés d'apprendre ces dits succès aux chanteurs et chanteuses, qui ne savent généralement pas la mu sique, et qui, engagés en Province, voulaient se constituer un répertoire et faire connaître à Pont-à-Mousson ou à Pézenas les refrains à la mode à Paris . Si l'on ajoute, à ces élèves, les camelots qui s'en venaient acheter chez Louvet ces grands placards que les chanteurs des rues vendent dans les carrefo urs, où, aux accords d'une guitare et d'un accordéon, ils ténorisent en plein vent, on se rend compte que les escaliers de cette dite maison étaient assez fréque ntés, et que la concierge, s'il y en avait une, était bien incapable de distinguer qui entrait ou qui sortait...
Lévy avait ses bureaux au premier étage de ce logis , Louvet occupant les seconds et troisièmes, tandis que les étages supéri eurs étaient loués comme ateliers de peintre...
En somme, comme on le voit un immeuble assez montma rtrois...
Je connaissais la maison, pour avoir, il y avait qu elque temps, écrit une enquête sur cet étrange conservatoire de la chanson , et en passant j'avais remarqué, sur la porte du premier étage, la plaque de cuivre ou étaient gravés ces mots :« Achats de Reconnaissances ». Mais certes je ne me doutais pas qu'un jour je franchirais cette porte, et qu'ensuite...
Mais n'anticipons point !...
Cet après-midi-là, donc, vers les quatre heures, je poussai la porte de Lévy, car une petite plaque de porcelaine indiquait« Entrez sans frapper », et m'étant trouvé dans une sorte d'entrée assez sombre, ayant lu« Bureau »sur une vitre en verre dépoli, je franchis également cette second e porte...
Et je me trouvai dans un bureau, assez vaste, mais très sombre, car le passage de l'Élysée-des-Beaux-Arts était fort étroi t à cette époque et le soleil n'y pénétrait guère, d'autant qu'il est assez mal orien té...
Des murs dont il eut été bien difficile de dire si la tapisserie qui les recouvrait était verte ou chocolat : deux grands corps de bibl iothèque, en vieux chêne et de style Louis XIII ; dans un coin un immense coffre-f ort accrochant à ses aciers la rare lumière du lieu, et au milieu une table, du mê me style que les deux
bibliothèques, et derrière laquelle était en train d'écrire un étrange petit vieux !...
Sec, jaune et mal rasé, ses joues creuses et sa mâc hoire proéminente étaient recouvertes comme d'une moisissure grise ; le nez, fortement aquilin et retombant sur des lèvres épaisses et vineuses, supp ortait des lunettes à monture d'acier, derrière lesquelles s'abritaient d e petits yeux de furet : au-dessus le crâne se développait en tour, coiffé, de travers, par une calotte dont le velours avait dû être noir en son neuf, mais qui à cette heure était plutôt verdâtre, ainsi d'ailleurs que la veste qui habilla it son buste aux épaules maigres, mais larges. Ajoutez à cela un cou ridé de vautour, issant d'un faux col roide, sans doute blanc le dimanche précédent, mais qui en cette fin de semaine – on était un vendredi – avait des teintes terreuse s... En somme, un assez vilain bougre !...
Comme je l'ai dit, à mon entrée, le bonhomme était en train d'écrire, penché sur son bureau : au bruit de la porte, il avait rel evé la tête, et pressentant un client, par un geste soupçonneux, il tourna la feui lle, une lettre sur papier à en-tête, la partie écrite sur le buvard rose de son so us-main...
Et les yeux dardés sur moi, d'une voix de sombre ba sse, que l'on s'étonnait d'entendre sortir de ce corps assez maigriot, il prononça :
— Qu'est-ce que vous voulez ?...
Il y a longtemps de cela, et cependant les détails de cette scène sont encore présents à mon esprit comme si elle s'était passée hier, et devrais-je vivre longtemps, je crains qu'elle ne s'efface jamais de ma mémoire...
Rien qu'à voir cet homme hargneux et au regard mauv ais, je compris que ma tâche ne serait pas facile... Aussi, prenant mon air le plus aimable et jouant la désinvolture :
— C'est pour une Reconnaissance !...
Et je jetai sur le bureau le papier à vignettes que le Mont de Piété venait de me délivrer en échange de ma montre en or... Sans u n mot, Lévy la prit, la lut attentivement, et, sans une seconde d'hésitation, i l laissa tomber la feuille, comme un objet dont il n'avait nul souci, et eut ce seul mot :
— Dix-huit francs !...
À la vérité, peu m'importait, n'est-ce pas ? Car je n'avais nul besoin de dix-huit francs et nulle envie de laisser entre les mai ns de ce Lévy cette Reconnaissance dont j'avais besoin pour aller visit er quelques autres de ses confrères ; mais je n'en jouai pas moins l'indignation, protestant :
— Dix-huit francs ?... Vous vous moquez ?...
Et j'ajoutai :
— Voyons ! Soyez raisonnable !...
Et, ce disant, j'attirai à moi une chaise et m'inst allai, non pas devant le bureau, mais à côté et à la droite du bonhomme...
Sans doute ce sans-gêne ne lui convint-il point, ca r, il se tourna vers moi, en un geste machinal...