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Montre-moi

De
344 pages

En Normandie, des femmes et des enfants sont retrouvés assassinés sans mobile apparent. L’inspectrice Elora Fabre, chargée de l’enquête, n’aura pas d’autre choix que d’utiliser des méthodes peu conventionnelles pour démasquer la bête.

Dans un village près de Rouen, un drame familial fait basculer la vie de Marjorie et de sa fille, Julie. Commence alors une descente aux enfers au cours de laquelle son destin sera lié à celui du tueur en série.

Pour protéger sa fille, Marjorie empruntera des chemins périlleux et se démènera jusqu’à penser devenir folle. Folie ou don médiumnique développé par l’intensité des liens reliant une mère à son enfant ? Un don qui la relierait à la fois au « Voleur d’âmes » et à l’inspectrice qui le traque.

Et si finalement, la réponse à cette question était tout autre...


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Copyright

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cet ouvrage a été composé par Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-334-21380-6

 

© Edilivre, 2017

Partie 1

La rupture

1

21h50.

Enveloppée dans une affreuse robe de chambre en coton, Marjorie s’inquiétait. Il était une nouvelle fois en retard. Ce n’était pas la première fois que cela lui arrivait et très souvent, il rentrait ivre et avait tendance à être violent.

Elle patienta encore un quart d’heure, assise devant une assiette de crudités. Elle écoutait de la musique à la radio « Sunday bloody Sunday » de U2, lorsqu’elle perdit patience, et décida d’aller se coucher sans attendre le retour de son mari.

De colère, elle jeta la totalité du repas dans une poubelle en inox située sur sa droite, puis rangea les couverts et mît les assiettes sales dans le lave-vaisselle. Après avoir éteint la radio, elle essaya une nouvelle fois de l’appeler sur son portable, mais sans plus de succès, alors elle lui laissa un message puis rejoignit sa chambre.

Après avoir fermé les volets, elle retira sa robe de chambre qu’elle déposa sur un vieux fauteuil en cuir. Elle prit quelques secondes pour se regarder dans le miroir. Elle portait une nuisette bleue qui mettait en évidence ses longues jambes, mais qui faisait ressortir son ventre rond ainsi que ses hanches généreuses.

– Tu es énorme, ma fille. Il va falloir faire quelque chose.

Elle détestait son corps et contrairement à ce que pouvaient penser certaines de ses amies, elle n’était pas enceinte, mais tout simplement en surcharge pondérale, comme aimait lui faire remarquer son mari.

– Allez ! Au lit !

Après avoir retiré la couverture, elle se coucha et alluma la télévision en ajustant le son au minimum pour ne pas réveiller sa fille qui dormait profondément dans sa chambre située au bout du couloir.

Avec la télécommande, elle passa en revue les cinquante chaînes disponibles sur le réseau fibre optique et s’arrêta sur la chaîne où il repassait un documentaire sur le réchauffement climatique et ses conséquences sur le monde animal.

Après quinze minutes, confortablement installée dans son lit, elle se mit à bâiller. Elle était fatiguée, mais elle voulait attendre le retour de son mari pour ne pas qu’il la trouve endormie.

Elle était mariée à Éric Boegard, un richissime patron d’entreprise. Un homme très occupé, qui passait la quasi-totalité de son temps entre son travail et sa passion première, le golf, qu’il pratiquait à un bon niveau avec ses amis.

Ils s’étaient rencontrés lors d’une soirée mondaine, organisée par un émir en voyage d’affaires de passage en France. À l’époque, elle travaillait comme journaliste sportive pour un journal local. À peine six mois après leur rencontre, elle était tombée enceinte. Elle avait quitté son emploi, son village natal, sa famille et avait passé ces huit dernières années à élever sa fille.

A cette époque, c’était une jeune femme active, sportive, et libre de ses choix qui était devenue au fil des années, une femme au foyer de 41 ans aux formes généreuses, soumise à son riche mari. Elle s’était embourgeoisée et était devenue comme toutes ces femmes qu’elle détestait tant à l’époque, lorsqu’elle avait encore des convictions et des certitudes.

Il y a un peu plus de deux ans, elle avait surpris son mari dans les bras d’une autre femme dans le lit conjugal. Nullement gêné, il l’avait insultée puis frappée au visage à deux reprises, lui reprochant d’avoir interrompu ses ébats. Elle avait envisagé de le quitter, mais elle le craignait et, surtout, elle ne voulait pas prendre le risque d’être séparée de sa fille. C’était un homme très influent qui n’aurait eu aucun mal à obtenir la garde de Julie. Elle avait donc préféré se taire. Cependant, elle gardait au plus profond d’elle, un infime espoir de retrouver un jour sa vie d’autrefois et toute sa dignité pour enfin vivre heureuse avec sa fille.

22h10, ses paupières devinrent lourdes et sa vue se brouilla. Elle ferma les yeux et son souffle se fit plus régulier. Soudain, elle sursauta, réveillée par le bruit de la porte d’entrée qui venait de se refermer bruyamment. Elle ouvrit les yeux et immédiatement, comprit qu’il était une nouvelle fois ivre. Elle éteignît la télévision puis plaqua ses bras le long de son corps. Elle attendit ainsi, immobile. Elle hésitait… Que devait-elle faire ? Comment allait-il réagir cette fois-ci ?

– Ça ne peut plus durer.

D’un pas décidé, elle se leva, mais son corps la trahit. Ses jambes se mirent à trembler et son cœur sembla vouloir sortir de sa poitrine. Elle posa sa main gauche sur la rambarde du lit et attendit quelques secondes. Elle redoutait ses moments d’angoisse et de peur viscérale. La dernière fois, il l’avait frappée avec une telle violence qu’il lui avait brisé le nez. Là encore, elle s’était tue.

Après quelques instants, elle retrouva une respiration normale. Elle fit le tour du lit et franchit le pas de la porte de la chambre. Lentement, elle s’engagea dans le couloir qui menait à l’escalier donnant sur le hall d’entrée. Ses pieds nus firent craquer le vieux parquet, risquant de trahir sa présence, mais elle se força à continuer.

En haut des marches, elle posa sa main tremblante sur la rampe de l’escalier. Elle s’immobilisa et mît sa main droite à sa bouche. Elle ne pouvait pas voir avec précision son visage, mais elle apercevait le bas de sa veste qui était couverte de traces sombres. La manche droite de sa veste était déchirée ainsi que l’ourlet de son pantalon.

– Qu’est-ce qu’il lui est encore arrivé ?

Il marchait lentement en titubant. Jamais Marjorie ne l’avait vu ivre à ce point.

– Il ne vaut mieux pas qu’il me voit.

Sans faire de bruit, elle fit demi-tour et rejoignit sa chambre, puis se glissa dans les draps en satin. Elle attendait avec nervosité l’arrivée de son mari. Elle se concentrait sur les sons que provoquaient ses déplacements lorsqu’elle entendit un bruit sourd provenant du couloir. Il venait sans doute de se cogner contre le mur. Peut-être était-il tombé ? Les bruits de pas reprirent.

Il était maintenant devant la porte de la chambre. Elle pouvait voir sa silhouette dans la pénombre. Il ressemblait à un fantôme, à la mort. Prise de panique, elle préféra ne pas lui faire face. Elle se retourna discrètement puis attendit qu’il se glisse auprès d’elle, mais, au lieu de ça, il poursuivit son chemin en direction de la salle de bain.

Elle se retourna brusquement et se redressa. Son cœur se mit à battre à cent à l’heure. Il n’y avait plus aucun bruit dans la maison. Ce silence la terrifia.

– Qu’est-ce qu’il fabrique ?

Ne pouvant plus attendre, elle se leva et, sur la pointe des pieds, gagna le couloir. La lumière de la chambre de Julie était allumée. Un frisson de terreur lui parcourut l’échine. Elle imagina immédiatement le pire. Cet homme abject, était-il capable de s’en prendre à sa propre fille ?

Elle accéléra le pas. Dans sa précipitation, elle se cogna la cuisse droite contre une petite table en bois. Elle retint un gémissement puis rattrapa in extremis le vase en porcelaine qui tanguait dangereusement. Ignorant la douleur, elle continua à avancer.

Elle était maintenant devant la porte entrouverte de la chambre de sa fille. Elle posa la paume de sa main droite sur la porte et la poussa lentement puis elle se mit à hurler.

2

Les cris d’effroi de Marjorie résonnèrent dans toute la pièce, Éric tourna la tête brusquement. Sa main droite était posée sur la bouche de Julie, pendant que son autre main caressait le ventre de sa fille. Julie était allongée sur le dos, immobile, n’osant bouger, se demandant pourquoi son père se comportait ainsi.

Il fit face à sa femme qui s’était approchait de lui, le suppliant de ne pas faire de mal à leur enfant. Il transpirait énormément et avait le regard vitreux comme s’il était en transe. Il n’avait plus rien d’humain. L’avait-il d’ailleurs déjà été ?

– Qu’est que… tu fous… ? essaya-t-il d’articuler.

Julie en profita pour échapper à l’emprise de son père et pour se réfugier dans un coin de sa chambre, au beau milieu de ses peluches. Son père l’avait brusquement tirée de son sommeil, elle était à la fois terrifiée et désorientée.

– Espèce de salaud, hurla Marjorie en s’approchant encore un peu plus de lui.

Elle le gifla avec une telle force qu’il perdit l’équilibre. Elle voulut ensuite rejoindre sa fille, mais il l’attrapa par la taille et la projeta contre le mur. Le choc fut si violent que l’immense miroir accroché au mur se détacha et vint finir sa course sur le parquet. Il se brisa en milliers de bouts de verre qui se répandirent sur le sol. Hors de lui, Éric attrapa Marjorie par les cheveux et la projeta avec rage dans le coin opposé de la pièce.

Julie était terrorisée, elle pleurait en silence, tétanisée, ne sachant que faire. Marjorie tomba la tête en avant, son visage vint percuter plusieurs débris de verre. Elle était coupée au front et à la joue, mais elle fit abstraction de la douleur et se releva afin de défier son mari.

– Je te quitte et j’emmène Julie avec moi, cria-t-elle d’une voix qu’elle voulait autoritaire.

Elle avait trouvé la force qui lui avait tant fait défaut durant ces huit longues années passées avec ce monstre, maintenant, elle n’avait plus l’intention de se laisser faire. En entendant ces mots, il se jeta sur elle et la projeta, une nouvelle fois, sur le sol.

Il s’agenouilla et la saisit par le cou. Il serrait de plus en plus fort et, malgré les coups que Marjorie essayait de lui porter, il ne lâchait pas prise. Elle suffoquait, des marques de strangulations commençaient à marquer sa peau. Encore quelques secondes et ce serait terminé, Julie se retrouverait seule avec cet animal.

Soudain, Marjorie sentit un liquide chaud éclabousser son visage. Les mains autour de son cou se relâchèrent, Éric tituba puis s’effondra lourdement sur le sol. Il était allongé sur le côté, un morceau de verre planté dans la gorge. Le sang coulait abondamment, suivant les rainures du parquet jusqu’aux petits pieds nus de Julie, debout et immobile.

Il fallut à Marjorie plusieurs secondes pour reprendre ses esprits. Elle se força à analyser la situation et à comprendre ce qui venait de se passer. En voyant Julie, debout à côté de son père, les mains ensanglantées, elle réalisa brusquement et s’approcha d’elle pour la prendre dans ses bras.

Elles pleuraient toutes les deux pendant que le sang de son mari, de son père, continuait à se rependre. Après quelques secondes Marjorie embrassa Julie sur le front.

– Ne t’inquiète pas ma chérie. Ça va aller, je vais m’occuper de tout.

3

Il était presque minuit lorsque Marjorie, qui avait pris soin de nettoyer ses blessures, rejoignit Julie qui s’était recouchée dans le lit de sa maman après avoir pris une douche. Elle avait réussi à s’endormir, mais semblait très agitée. Marjorie, ne voulant pas la déranger, décida d’attendre encore quelques minutes avant d’appeler la police. C’était sans doute la meilleure chose à faire, du moins la plus raisonnable.

– Je n’ai fait que protéger ma fille. C’était de la légitime défense, voulut-elle se persuader.

De retour dans la cuisine, elle se servit une tasse de café qu’elle plaça dans le « micro-onde ». Elle mît la minuterie sur trente secondes puis fixa la tasse qui tournait lentement sur elle-même. Perdue dans ses pensées, elle aperçut par la fenêtre des flashs lumineux. Surprise, elle tira le rideau au moment où la sonnerie du « micro-ondes » résonnait.

Par la fenêtre, elle aperçut une voiture de police se garer devant la maison. Prise de panique, elle courut vers le hall d’entrée.

– Mais qu’est-ce qu’ils font là ? Comment est-ce possible ?

Les deux mains plaquées sur sa bouche, elle faisait les cent pas ne sachant comment réagir. Un premier coup de sonnette se fit entendre. La lumière de la cuisine trahissait sa présence. Paniquée, elle remonta en courant les seize marches de l’escalier qui menait à sa chambre.

– Julie, viens, dit-elle d’une voix tremblante.

La petite se réveilla lentement, Marjorie la brusqua afin qu’elle s’active. Elles n’avaient que quelques minutes devant elles. Julie se leva puis sans un mot, suivit sa mère.

En bas des marches, elles se mirent à accélérer le pas, les policiers s’impatientaient et une nouvelle fois la sonnerie de la porte d’entrée résonna. Elles prirent le couloir qui menait au garage lui-même donnant sur le jardin.

Il pleuvait légèrement, mais suffisamment pour que les deux fugitives se retrouvent mouillées de la tête aux pieds. Elles n’avaient pas eu le temps de s’habiller chaudement et de mettre des chaussures. Julie était pieds nus, Marjorie en chaussettes.

Elles longèrent la piscine et plusieurs transats avant de franchir le portique. De là, elles rejoignirent la rivière qui passait derrière la maison. Le chemin était couvert d’herbes fraîchement coupées et de petits cailloux qui faisaient souffrir Julie, courant derrière sa mère.

Après cinq cents mètres d’une course éreintante, elles firent une pause. Julie était frigorifiée et ses pieds étaient écorchés.

– Maman, j’ai mal aux pieds.

– Oui, je sais ma chérie, moi aussi, mais il faut que l’on continue encore un peu.

Marjorie se retourna afin de s’assurer que personne ne les suivait puis vérifia l’état des pieds de sa fille. Elle avait plusieurs coupures bénignes.

– On va aller chez Madame Trimont. Elle va te soigner et bien s’occuper de toi.

Elles reprirent leur chemin, et arrivèrent au niveau d’un embarcadère pour bateaux à moteur. Marjorie leva la tête et fixa la caméra de surveillance accrochée à un poteau électrique.

– Tant pis. On ne peut plus faire demi-tour.

La maison de Madame Trimont était relativement modeste comparée aux dizaines de maisons que formaient le quartier résidentiel. C’était une ancienne maison Normande qui s’était retrouvée, au fil des années, prise au piège dans ce village pittoresque situé en pleine campagne. Cela faisait plus de trente-deux ans que Madame Trimont habitait ici et plus de six ans qu’elle s’occupait de Julie lorsque sa mère devait s’absenter.

Marjorie prit Julie dans ses bras et l’aida à franchir la clôture en bois avant de faire de même. La pluie fine s’était maintenant transformée en averse, elles se mirent à l’abri sous un auvent fixé au mur de la maison.

Frigorifiée, Marjorie fouilla dans la poche de sa chemise de nuit où elle avait glissé son téléphone portable avant de quitter la maison. Elle composa le numéro de téléphone de Madame Trimont qui, après quelques minutes, les invita à entrer chez elle.

– Mais, que vous est-il arrivé mes enfants ?

Au sec, Julie vint se blottir contre Gisèle qu’elle aimait énormément et qu’elle considérait comme la mamie qu’elle n’avait jamais eu. La vieille dame fit asseoir Marjorie sur le canapé du salon puis accompagna Julie dans la chambre d’ami. Elle ferma les longs rideaux puis déplia les draps. Julie en profita pour retirer ses vêtements mouillés et les posa par terre. Elle montra ses pieds recouverts de nombreuses coupures à Gisèle.

– On va soigner tout ça.

Gisèle lui nettoya les pieds avec de l’eau oxygénée récupérée dans la boîte à pharmacie de la salle de bain puis mît une pommade antiseptique sur chacune des coupures. Julie fit quelques grimaces sans émettre le moindre gémissement.

– Voilà. C’est fait.

Julie se glissa ensuite dans le lit afin de se réchauffer. Gisèle la borda avant de lui faire une bise sur le front.

– Dors, ma belle.

Julie lui rendit sa bise. La lumière éteinte, elle se mît en position fœtale et ferma les yeux.

De retour dans le salon, Gisèle s’assit en face de Marjorie dans un minuscule fauteuil en osier.

– Alors, dis-moi. Qu’est qu’il a encore fait ?

Marjorie, toute tremblante, s’avança légèrement afin de s’asseoir sur le bord du canapé.

– Oh excuse-moi. Tu as l’air frigorifié. Je vais te chercher quelque chose de chaud.

De retour dans le salon, Gisèle enveloppa Marjorie dans une couverture.

– Merci, dit-elle à mi-voix.

Malgré l’apport de chaleur, Marjorie continuait à trembler, mais cette fois-ci ce n’était plus le froid, mais les nerfs. Sa respiration était saccadée.

– Tu veux en parler ? Insista Gisèle.

Marjorie prit une grande inspiration puis expliqua dans les moindres détails l’horreur qu’elles venaient de vivre.

– Et qu’est-ce que tu comptes faire ? demanda Gisèle inquiète.

– Je ne sais pas. Je ne comprends toujours pas pourquoi la police était devant chez moi à cette heure si tardive ? Comment ont-ils pu savoir ?

Les deux femmes se faisaient face, l’une était terrifiée l’autre réfléchissait.

– Peut-être que ce n’était pas pour toi, mais pour ton salopard de mari.

– Oui peut-être, mais maintenant que je me suis enfuie avec Julie, ils vont croire que je l’ai assassiné alors que ce n’était que de la légitime défen… Elle se mit à bâiller.

Gisèle se leva.

– Tu devrais aller prendre un bain chaud puis te coucher avec Julie, tu dois être fatiguée. Ne t’inquiète pas, ils ne viendront jamais vous chercher ici.

– Oui, vous avez raison… Merci, merci pour tout.

Marjorie posa la couverture sur le lavabo puis s’assit sur le bord de la baignoire. Après avoir ouvert les deux robinets, elle ajusta la température de l’eau. Elle approcha ensuite du miroir et toucha son reflet du bout des doigts. Ses yeux étaient cernés, ses cheveux trempés et une entaille de quelques centimètres lui barrait le front ainsi qu’une légère coupure sur la joue gauche.

Le bain était maintenant rempli au trois quarts, elle ferma les robinets, et retira sa petite culotte qu’elle laissa tomber sur le sol. Elle enjamba fébrilement le rebord de la baignoire, et se glissa lentement dans l’eau chaude. Totalement immergée, elle essaya de faire le vide dans sa tête afin de profiter pleinement de ce court répit.

Non loin d’ici, l’inspecteur Legrand et sa coéquipière remontaient dans leur voiture avec la ferme intention de revenir avec un mandat de perquisition.

4

6h12.

La quarantaine, cheveux grisonnants, habillé d’une veste en cuir et d’un jean délavé, Marc n’avait dormi que quelques heures et il se retrouvait une nouvelle fois devant la porte d’entrée des Boegard. Après avoir appuyé à trois reprises sur le bouton de la sonnette, il se tourna vers sa coéquipière, une jeune stagiaire.

– Qu’est-ce que l’on fait ? demanda Noémie.

Sans un mot Marc actionna la poignée de la porte d’entrée qui, à sa grande surprise, s’ouvrit. Il sortit son arme puis fit quelques pas avant d’appuyer sur l’interrupteur. La grande pièce s’illumina.

– Tu penses que l’on peut entrer ? interrogea Noémie qui manquait encore d’assurance.

Elle avait passé avec brio le concours d’entrée pour devenir officier de police et pour clore son cursus, devait effectuer un stage de deux mois sur le terrain. Elle avait choisi de travailler avec Marc qu’elle connaissait depuis qu’elle était toute petite. En fait, elle connaissait surtout son fils, Clément, avec qui elle était sortie lorsqu’elle avait 17 ans. C’était sa première expérience avec un garçon et la rupture avait été douloureuse. Marc avait été là pour elle. Maintenant, elle était devenue une belle jeune femme de 24 ans, forte et déterminée.

– Oui, on peut. On a un mandat, répondit Marc sans se retourner.

La maison semblait vide. Il attendit encore quelques instants afin de s’assurer qu’il n’y avait personne puis il rangea son arme et invita Noémie, ainsi que les deux agents de police qui les accompagnaient, à entrer. Il indiqua aux deux agents de police d’inspecter le premier étage. Noémie s’occupait de la cuisine dont la lumière était restée allumée alors que Marc se dirigeait vers l’une des deux chambres situées au rez-de-chaussée.

La première chambre était totalement vide à l’exception d’un vieux canapé enveloppé dans une bâche en plastique. L’autre pièce était plus intéressante. Il y avait un bureau, une table basse et deux chaises en cuirs. Marc inspecta, un à un les tiroirs du bureau lorsque son regard se posa sur un petit carnet qui reposait sur une pile de documents. Il l’ouvrit. C’était un agenda, il alla directement à la date du jour. Rien n’était inscrit, mais à la date d’hier, un rendez-vous était noté. Immédiatement, il fit le rapprochement avec le meurtre de la prostituée boulevard des Belges. Il quitta la pièce afin de rejoindre Noémie, mais il se retrouva face à l’un des agents de police.

– Monsieur, vous devriez venir. Je crois que nous avons retrouvé M. Boegard. Il baigne dans son sang.

– Comment ça, dans son sang ?

– Apparemment, il a été assassiné.

Marc rangea l’agenda dans la poche intérieure de sa veste. Il fit signe à Noémie de le suivre puis ils se dirigèrent vers la chambre à coucher de Julie.

Arrivée sur le pas de la porte, Marc demanda à Noémie de faire attention à ne pas marcher dans le sang qui avait coulé jusque dans le couloir.

– Tu as un téléphone portable ?

– Oui, bien sûr.

– Tu appelles le commissariat et tu leur demandes de nous envoyer la police scientifique.

– OK.

Pendant que Noémie essayait de contacter le commissariat, Marc inspectait les lieux avec minutie comme il en avait l’habitude. Contrairement à Noémie, il avait une grande expérience du terrain et avait très souvent été confronté à des scènes de crime toutes plus sordides les unes que les autres.

Il balaya la pièce du regard puis s’arrêta sur les traces de pas autour du corps. Des empreintes de moyennes et de petites tailles. Il s’interrogea.

– Il était marié ? Un enfant ? dit-il en se retournant vers Noémie qui venait de raccrocher.

– Ils seront là dans une vingtaine de minutes… Elle pencha la tête en direction de la chambre… Apparemment c’est une chambre de petite fille. Regarde les jouets posés sur le bureau, les poupées et la couleur du papier peint. Il devait avoir une fille et sans doute était-il marié. Mais où sont-elles maintenant ?

Marc se toucha le menton du bout des doigts.

– Aucune idée mais il va falloir qu’on le découvre très vite parce que cet homme ne s’est manifestement pas suicidé.

Cette remarque amusa Noémie qui prit son téléphone portable et appela une nouvelle fois le commissariat afin d’obtenir les informations qui leur manquaient.

– Très bien. Vous me sécurisez la scène de crime. Personne ne rentre dans cette pièce avant l’arrivée de la police scientifique.

– Oui, monsieur, répondit l’un des deux agents de police placés devant la porte.

Marc et Noémie rejoignirent le rez-de-chaussée.

– Cette histoire est complètement dingue. Maintenant impossible de savoir si ce M. Boegard était présent sur le lieu du crime de cette prostituée. Notre seule chance était de l’interroger pour obtenir des aveux, mais là, ça ne va pas être simple.

Marc fouilla dans la poche intérieure de sa veste.

– Regarde… Il montra l’agenda qu’il avait récupéré dans la pièce voisine. C’est son agenda. Hier, il avait un rendez-vous d’affaires.

– Et alors, s’impatienta Noémie.

– Eh bien, il avait rendez-vous 14 boulevard des Belges, à deux pas du meurtre de la prostituée.

– Mais ça ne prouve rien.

Marc allait répondre quand le téléphone de Noémie se mît à sonner. Elle prit la communication.

– Oui… Oui… OK. Je passe l’information.

– Alors, vas-y, s’impatienta Marc.

– M. Boegard était bien marié et il avait une petite fille de huit ans, mais il y a autre chose.

– Je t’écoute.

– Boegard, ça ne te dit rien ?

– Non, mais vas-y accouche.

Elle lui fit un large sourire moqueur.

– Eh bien… C’est le fils de Bertrand Boegard, le…

– Ministre de l’Intérieur sous la présidence du PS il y a maintenant six ans, reprit Marc… À l’époque, il avait fait la une de tous les journaux. Il était soupçonné de proxénétisme et de trafic de drogue. Il a été jugé puis relaxé faute de preuve… Il marqua une pause. Il faut que l’on retrouve très vite cette femme avant que ce Bertrand Boegard lui mette la main dessus. Il pourrait sans prendre directement à elle. Viens, on va interroger les voisins.

– À 7h du mat ?

– Et pourquoi pas. C’est un quartier de vieux, et les vieux ça se lèvent tôt.

La maison des Boegard faisait partie d’un groupe de maisons toutes plus belles les unes que les autres. À cette heure matinale, il n’y avait pas âme qui vive. Ils s’engagèrent dans la rue en direction de la maison voisine lorsque Noémie lui demanda de s’arrêter en lui barrant la route avec le bras.

– Marc, regarde. Elle pointa du doigt une caméra de surveillance fixée sur un poteau électrique. Le quartier est sous surveillance vidéo.

– Ça, c’est plutôt cool. Viens, il faut que l’on trouve le local technique. Tu prends à droite, je prends à gauche. Le premier qui trouve quelque chose appelle l’autre.

Ils se séparèrent et commencèrent à inspecter le quartier résidentiel. Marc marchait d’un pas soutenu inspectant chacune des maisons qu’il croisait, mais pas le moindre indice de la présence d’un local de surveillance. Il commençait à se décourager lorsqu’il vit au loin un homme qui promenait son chien. Marc se mit à courir dans leur direction. Arrivé au niveau du vieux monsieur, le labrador grogna. Marc s’arrêta immédiatement. Le vieil homme attrapa son chien par le collier et lui demanda de s’asseoir.

– Il n’est pas méchant, vous savez. Il a dût être surpris de vous voir, tout comme moi.

– Excusez-moi. Je suis inspecteur de police. Marc montra son insigne. Je cherche à comprendre certains événements qui se sont produits cette nuit. Il pointa du doigt l’une des nombreuses caméras du quartier.

Le vieux monsieur leva la tête.

– Les caméras. Oui bien sûr, il y en a partout. Pour ma part, j’étais totalement contre ce projet. On ne peut plus se promener librement dans les rues. C’est de l’atteinte à la vie…

– Monsieur, je comprends, mais j’ai vraiment besoin de visionner les enregistrements. C’est très important.

Le vieux monsieur se tut et fixa Marc.

– Vous n’avez aucune…

– Monsieur ! dit Marc en haussant le ton.

– Oui… Oui… Le vieux monsieur, déstabilisé, répondit. Vous continuez encore sur une centaine de mètres, c’est une petite maison à étage, sur votre droite. Vous ne pouvez pas la manquer, il y a un énorme logo de la société de surveillance sur le portail, un cercle vert avec une caméra au centre.

Marc le remercia puis caressa la tête du labrador qui remuait maintenant la queue.

Ils étaient trois, dans un minuscule local tapissé d’écrans d’ordinateur. L’espace était confiné et il y régnait une odeur désagréable de transpiration qui incommodait Noémie. Elle recula de quelques pas et vint s’adosser au mur opposé. L’attitude de Noémie amusa Marc qui ne pût s’empêcher de la taquiner.

– Viens, Noémie. Assieds-toi à côté de monsieur. Tu verras bien mieux les écrans. Il tira la chaise en bois et invita Noémie à s’asseoir. Elle lui fit les gros yeux puis contrainte et forcée, s’assit à côté de l’agent de sécurité qui semblait ravi de cette prise d’initiative.

L’agent de sécurité leur expliqua qu’il y avait une trentaine de caméras positionnées à différents endroits stratégiques du quartier ainsi qu’une dizaine qui filmaient l’entrée de certaines maisons, avec bien sûr l’accord des propriétaires. Les vidéos étaient stockées sur un serveur et chacune d’elles était classée par zone et par date. Il n’eut aucun mal à retrouver la vidéo où l’on voyait Éric Boegard se garer avec difficulté devant sa maison avant de descendre de sa voiture.

– Regarde, il est complètement bourré. Ça confirme les dires du chauffeur de taxi. L’homme qui a assassiné la prostituée était ivre mort et ce pourrait bien être lui. En plus on a son agenda.

– Ouais, répondit Marc concentré sur l’écran central.

Après plusieurs minutes de visionnage stérile, Marc demanda à accélérer la vidéo. Maintenant, on le voyait à l’écran en compagnie de Noémie sur le pas de la porte. Là encore rien de bien intéressant. Déçu, il décida de quitter la pièce lorsque Noémie demanda à mettre la vidéo sur pause.

– Là, regarde. Elle montra du doigt la fenêtre de la cuisine où l’on pouvait apercevoir une silhouette… Il y a une personne devant la fenêtre de la cuisine, on dirait une femme. Elle nous a vus et elle n’a pas ouvert. Elle avait sans doute déjà tué son mari.

Ils continuèrent à visionner la vidéo jusqu’a 6h12, heure de la perquisition. Personne n’avait quitté la maison entre 22h10 et 6h12.

– Si elles ne sont pas sur cette vidéo alors comment ont-elles pu quitter la maison ?

L’agent de sécurité prit la parole.

– Elles peuvent sortir par le jardin, en longeant la rivière.

Marc bougea la tête et soupira. Comment avait-il pu passer à côté d’une telle évidence ?

– Y a-t-il des caméras de ce côté ? demanda Marc, agacé.

– Oui bien sûr, répondit fièrement l’agent de sécurité qui bascula sa chaise pour se saisir d’un disque dur posé sur la table.

Ceci eut pour effet de brasser un peu d’air qui titilla une nouvelle fois les narines de Noémie. L’agent de sécurité brancha ensuite le minuscule disque dur sur l’un des nombreux ports USB disponibles. Après diverses manipulations, il trouva enfin la caméra correspondante.

Sur l’écran de droite, ils virent Marjorie et Julie fuirent aussi vite que possible en longeant la rivière. Ils les perdirent quelques instants, le temps de basculer sur une autre caméra. L’agent de sécurité répéta l’opération à deux reprises puis arrêta la vidéo.

– Regardez. Elles pénètrent dans le jardin d’une autre maison.

– À qui appartient cette maison ? interrogea Marc.

– C’est la maison de Madame Trimont. Une vieille dame qui habite à l’entrée du village, à environ sept cents mètres d’ici.

Marc se frotta les mains en signe de satisfaction.

– Noémie, tu restes avec monsieur et tu continues à visionner les vidéos. Je vais aller rendre une petite visite à cette Madame Trimont.

Il quitta le local et fit un signe du pouce à sa coéquipière pour l’encourager à poursuivre ses recherches, et aussi pour se moquer d’elle et de son hypersensibilité olfactive.

5

L’alarme de détection de mouvement se mit à retentir. Gisèle se précipita vers l’écran de contrôle. Elle aperçut en fond d’écran, une voiture de police stationnée devant le portique de sa maison. Au premier plan, un homme marchait dans sa direction.

– Mince ! Un policier.

Elle se dirigea vers la porte d’entrée afin de se préparer à l’accueillir. Au même instant Marjorie sortit de la chambre d’ami drapée dans une serviette de bain. Gisèle porta un doigt à ses lèvres pour lui indiquer de ne pas faire de bruit. Marjorie comprit immédiatement et se précipita dans la chambre d’ami. Elle fermait la porte derrière elle au moment où la sonnette de la porte d’entrée retentit. Gisèle attendit la seconde sonnerie puis ouvrit la porte en esquissant un large sourire.

– Bonjour Monsieur.

Marc passa sa main droite dans ses cheveux grisonnants puis de l’autre main, présenta son insigne.

– Bonjour, Madame, je suis inspecteur de police et je souhaiterai m’entretenir avec vous.

Malgré son âge avancé, Gisèle se mit à rougir. Elle semblait mal à l’aise. Marc le remarqua immédiatement.

– Je vous en prie.

Elle l’invita à entrer et s’asseoir sur le canapé en cuir situé près d’une grande cheminée en brique rouge.

– Merci, madame, mais je préfère rester debout. Je n’en ai que pour quelques minutes.

– Très bien. Alors qu’est-ce qui vous amène ici ?