Paranoïa

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191 pages
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Le jour où la pluie commença !
Une immersion dans la folie humaine


« Paranoïa » n.f.
Délire interprétatif construit sur une perception faussée du réel. Croyances de persécution liées à une menace perçue comme provenant des individus.


Sarah, du haut de sa trentaine d’années, a une vie banale, triste, monotone, rassurante mais désespérément normale. Pourtant, de plus en plus de détails semblent perturber cette petite existence tranquille.


Pourquoi l'appelle-t-on Sophie ?


D'où viennent ses angoisses et ses cauchemars ?


Curieuse d'explorer sa propre personnalité dissolue et ses souvenirs oubliés, elle découvre que son passé lui réserve de nombreuses surprises aux frontières de la réalité et que les maigres repères auxquels elle s’accroche lui glissent entre les doigts. Son insouciance et sa tranquillité ne sont qu’illusion et voleront en éclats pour ne laisser que tragédie, haine et dégoût.

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EAN13 9791034808588
Langue Français

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Paranoïa
Emilie Courts Paranoïa Le jour où la pluie commença Couverture :Maïka Publié dans laCollection Clair-Obscur, Dirigée parJennifer Pereira
©Evidence Editions2018
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Toute ressemblance avec des situations réelles ou des personnes ayant réellement existé ne serait que fortuite.
Préambule Avril 2007 Philosophie, neuropsychologie, telles étaient les passions peu communes de Marie ces dix dernières années. Spécialisée en troubles cognitifs, Marie s’était juré de terminer avant le mois prochain la rédaction de son essai intitulé :L’inuence du Savoir d’hier sur la pensée d’aujourd’hui, à travers les rites païens et les superstitions de 1380 à 1610,ignorant encore que son ouvrage allait être totalement bouleversé par une rencontre particulièrement marquante, et qui, pour ainsi dire, n’avait rien à voir avec les rites païens. Elle imaginait déjà, à la suite de la publication de son livre au titre ron&ant, les chances de participer à des conférences internationales, les portes ouvertes pour des postes de chercheuse sur les pensées de nos ancêtres et celles des courants philosophiques et spirituels actuels… Ses travaux l’avaient, entre autres, amenée à se demander si nous étions conditionnés par notre vécu, de quelle manière, comment l’histoire de nos ancêtres ou l’inconscient collectif in&uait sur la pensée, quels étaient les mécanismes de certains « blancs » mémoriels, pouvant perturber totalement une personnalité, et quels stimuli ou quelles prédispositions transformaient les fantasmes, souvenirs et pensées en actes. C’était tout simplement passionnant. Les divagations de Marie glissèrent de manière impromptue vers ces centaines de gurines de jeu de rôle qui trônaient dans la petite étagère vitrine du couloir. Elle se remémora ses derniers gestes en quittant son domicile parisien et notamment cette statuette de résine, par terre, qui n’avait pas rejoint sa collection. Elle l’avait ramassée et remise à sa place, parmi les autres combattants de l’armée du Chaos. En refermant la vitre, elle avait soupiré. Son compagnon, Xavier, était un désordonné chronique malgré sa profession d’expert pour un cabinet automobile. Il avait dû s’absenter pour une semaine an d’assister à un meeting lillois avec un constructeur, pour la présentation d’un nouveau modèle de voiture, avec une formation sur les innovations, nécessaire à l’expertise de ce véhicule. Malgré ses allures d’homme important, c’était toujours un enfant espiègle et imprévisible. Cela amusait Marie, au début. Après presque six mois de vie commune, elle commençait pourtant à se lasser de le voir divaguer dans ces mondes féeriques avec ses gurines — cette attitude était bonne pour les enfants, qu’elle n’avait pas. Le couple avait initialement partagé un aspect de cette passion à travers le côté médiéval : Xavier dans les jeux de rôles, Marie dans l’étude de la pensée de cette époque, particulièrement concernant les sorcières, les envoûtements et les croyances. Malgré leur vie conjugale sans histoire, le couple commençait à ronronner et Marie, femme d’expérience, savait très bien qu’elle désirait autre chose. Francis, un collègue de travail, esquissait des yeux doux et elle avait soif de changement. À son âge, il ne fallait plus perdre de temps en tergiversations… C’était d’un pas décidé qu’elle avait claqué la porte du trois-pièces parisien, il y a quelques jours de cela, laissant un morceau de papier à l’attention de Xavier, sur lequel on pouvait lire : « Xavier, merci pour ces moments passés ensemble, mais j’aspire à autre chose dans ma vie. Je pars à Montpellier pour quelques jours de repos. À mon retour, j’aimerais que tes a9aires ne soient plus là. Je pense que tu as senti, toi aussi, que notre relation ne menait nulle part, mais si tu le souhaites, nous pourrons rester amis. »
En guise de réponse, lorsqu’elle reviendrait quelques jours plus tard, elle trouverait un trousseau de clés sur la table… Elle n’eut plus jamais de nouvelles. Sortant de son petit hôtel, Marie respira l’air précocement printanier de Montpellier, son lieu de repos favori. Comparé à celui de Paris, le temps était si clément qu’il était déjà agréable de se promener à l’extérieur. Elle avait d’ailleurs longtemps hésité à emménager dénitivement dans cette ville ni trop grande, ni trop petite, à la douceur de vivre incomparable, mais ses responsabilités professionnelles et son poste passionnant l’avaient retenue dans la capitale. Elle s’assit à la terrasse d’un café, place de la Comédie, et commanda un Monaco, son breuvage favori, avant de se mettre au travail. Elle avait apporté une montagne de documents empruntés à la bibliothèque. Fixant du regard l’immense esplanade d’arbres ponctuée de fontaines, bercée par le rire des enfants qui jouaient un peu plus loin entre les jets d’eau des Trois Grâces déjà en fonctionnement, elle se remémorait mentalement le plan de son essai. Le coup de vent, qui faillit faire valser toutes ses feuilles qu’elle rattrapa de justesse, la ramena à la réalité : il fallait qu’elle démarre sérieusement l’écumage de toute cette paperasse. Le soleil était si lumineux que des lunettes lui furent nécessaires an de ne pas être éblouie par le papier glacé des magazines scientiques. Entre quelques gorgées de cocktail, elle s’imprégnait du contenu de chaque page traitant, de près ou de loin, de la pensée d’hier et d’aujourd’hui, elle ré&échissait à la pertinence de chaque mot, de chaque paragraphe, en prenant des notes sur la manière de l’intégrer ou bien de s’en inspirer pour son ouvrage. Son esprit fut retenu par un paragraphe, perdu au milieu d’un &ot d’informations sur les manuscrits anciens : on y parlait d’un livre rare, tellement rare qu’on ne savait pas où il était, ni vraiment ce qu’il contenait, ni qui l’avait écrit ni quand il avait été conçu. Ce manuscrit serait « la genèse de la genèse, la bible de la bible, le chaînon manquant à la compréhension de l’Homme et de l’univers, la réponse aux questions sur nos origines, notre devenir et ce que nous sommes… un savoir des origines, à l’aube de la magie des magies, l’essence véritable et ses secrets transmis à travers les âges et enn rédigé par une prêtresse inconnue, qui devait se trouver en dehors du temps et de l’espace et qui devait être guidée par une influence divine. » Ce paragraphe piqua la curiosité de Marie. Il y avait beaucoup trop d’inconnues dans ce texte pour le considérer scientique : « on ne sait pas qui ? », « on ne sait pas quand », « on ne sait pas où », ni « comment », il traite d’« on ne sait pas quoi »… mais résoudre des inconnues, surtout en matière de Connaissance, c’était obligatoirement un dé que le hasard lui avait adressé. Comme une prophétie, ce texte annonçait le début d’un événement inouï ; quelque chose d’important allait se produire. Quelque chose de tellement révolutionnaire, que ça transgurerait son ouvrage. Seulement, cela n’aurait aucun rapport avec ces parchemins médiévaux. Sa concentration fut soudainement interrompue par des sons de guitare. Un musicien, installé non loin d’un comédien qui mimait un oiseau depuis une demi-heure déjà, commençait à gratter quelques accords. Il fut rejoint par une drôle de lle habillée en princesse d’un autre âge, avec quelques fantaisies gothiques. Marie ne voyait pas son visage, mais sa très longue chevelure blonde ondulée scintillant sous le soleil l’impressionnait. Entre deux passages de tramway, elle put entendre cette jeune lle chanter d’une voix féerique terriblement triste… « Il changeait de passion Tous les mois environ Malgré ça
Je l’aimais « Il refusait de lire Ce que j’aimais écrire Malgré ça Je l’aimais « J’étais comme un décor Qu’on oublie, qu’on ignore Malgré ça Je l’aimais « Des milliers de piquants Que je taisais avant Mais je l’aime… Toujours « Je ne peux pas oublier Comme je m’étais liée. Ton sourire, mes remords… Notre amour est-il mort ? « Y a-t-il un espoir Avant ledit au revoir ? N’oublie pas comme nous deux, Nous étions amoureux ! « Fais de moi ta princesse Pour que jamais je ne cesse De t’aimer… Encore. Ces artistes de rue auraient mérité tous les applaudissements du monde, pourtant personne ne leur prêta plus d’attention qu’au train touristique qui passait par là. Aussi fantomatiquement qu’elle était apparue, la chanteuse s’évapora dans la foule ; le guitariste se leva, plia sa chaise et s’en alla également. La mélodie et l’enchaînement des accords du guitariste, soulignés par ces paroles et ce timbre de voix avaient arraché à Marie quelques larmes sans qu’elle s’en aperçoive. Elle se rappela toutes ses espérances de vivre un grand amour. Une sonnerie stridente émanant de son sac à main la t sursauter. Saisissant l’appareil, elle remarqua que le numéro affiché était celui de l’établissement où elle travaillait. — Allô ? prononça-t-elle en pensant :quoi encore ?— Vous n’avez pas l’air dans votre assiette, Madame Dumas… Marie tressaillit. Qui donc pouvait-il bien s’adresser à elle de la sorte ? En même temps, un frisson lui parcourut l’échine, comme si quelqu’un se trouvait dans son dos. Elle pivota sur sa chaise et leva les yeux. Éblouie par le soleil, elle plaça sa main sur son front pour scruter la place de la Comédie, derrière elle. Aucun individu ne l’avait observée pendant qu’elle s’était laissée emporter par l’émotion. — Alors, à peine en vacances, tu ne me reconnais déjà plus ? Marie sourit et mit enn un visage et un corps sur cette voix téléphonique. L’homme devait mesurer dans les 1 m 85, il n’était pas large comme une armoire à glace, mais bien bâti : des pectoraux réconfortants, des
épaules puissantes, des bras épais comme les cuisses de Marie et une toute petite bedaine. Sa chevelure décoiffée lui donnait l’air d’un ours recruté pour une publicité, ses petits yeux bleus brillaient de sympathie, sa barbe et sa moustache un peu négligées cachaient la plupart du temps un agréable sourire. — Francis ! — Lui-même ! S’il avait été physiquement à ses côtés, Marie aurait bien voulu se précipiter à son cou, oubliant totalement Xavier, avec une telle spontanéité que la chaise aurait pu se renverser. Cependant, le ton de Francis lui redonna toute sa contenance. — Je ne t’appelle pas pour te souhaiter de bonnes vacances, mais pour te demander de revenir à Paris. Pas assez joueuse pour lancer un « je te manque déjà au travail ? », Marie écouta son collègue. — On a du nouveau, du très lourd, et on va avoir sérieusement besoin de toi… — Du « très lourd » ? répéta-t-elle. 1 2 — Un cas un peu particulier, qui nous fait sa version deShutter Island, avec un peu deIrréversible 3 saupoudré de l’Écume des jours; je pense que tu vas aimer décortiquer tout ça. — Ha ha, Francis, répondit Marie avec une voix suave, tu me mets l’eau à la bouche avec ta petite énigme ; 4 il manquerait plus qu’un ou deux extraits deRequiem for a dreamle cas serait parfaitement… et hallucinant ! — Tu ne crois pas si bien dire…