Parfum de meurtre à Pontaillac

-

Livres
103 pages
Lire un extrait
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

J’étais devant une table généreusement garnie, entourée de parfumeurs, tous de bons amis. Ceux-ci dans un moment de douce folie se sont mis à délirer sur un crime imaginaire commis dans le cadre du Salon du Parfum de Royan-Pontaillac. Une boutade lancée par l’un d’eux, et le scénario du crime parfait s’est mis en place. Ce fut à qui en rajouterait, qui en rajouterait toujours plus. Cela dura plus d’une heure. De ces moments de sérieux intense (?) et de franche rigolade (!), me vint la pensée que cela méritait un livre. D’où cette idée de demander à notre ami David-Max, auteur de l’ouvrage que vous avez en main, cher Lecteur, de nous écrire un roman policier.
Les protagonistes de ce délire se reconnaîtront peut-être dans ce récit !!! La situation de certains n’y sera peut-être pas très enviable... J’ai laissé à David-Max toute latitude, lui indiquant seulement le nom et l’importance de chacun par rapport au salon. Je n’ai eu aucune connaissance du texte de ce roman. J’en aurai donc la surprise comme vous tous, surprise qui sera bien plus grande encore pour tous les amis concernés, qui, bien sûr, ne sont pas au courant de la sortie de ce livre... Il y a là encore une belle soirée en perspective...
Je tiens à remercier mon amie Marie-Claude Benaouda dont les talents d’artiste sont bien connus pour avoir fourni la photographie de la plage de Pontaillac reflétant si bien le charme de l’endroit et le mystère de l’histoire.
Merci à David-Max de nous avoir suivi dans notre folie, et bonne lecture à tous !
Chantal Emile
David Max Benoliel aime les bords de mer. Il passe souvent ses vacances dans des lieux ouverts sur le large : Noirmoutier, les Iles Anglo-Normandes, les Sorlingues, Avalon, la Sardaigne, souvent l’Algarve, et même une fois les Shetlands. Sa préférence va pour les rivages de l’Atlantique qui ont bercé sa jeunesse au Maroc. C’est ainsi qu’après avoir cessé son activité, il a choisi de rejoindre cet océan, et de s’installer près de Royan. Au bout de quelques jours, en prenant un café face à la Plage de Pontaillac il s’est dit : « Il faudra que j’en fasse la scène d’une histoire ».
C’est fait !

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 06 avril 2016
Nombre de visites sur la page 23
EAN13 9782359628241
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0030 €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Signaler un problème

cover.jpg

 

Résumé

 

J’étais devant une table généreusement garnie, entourée de parfumeurs, tous de bons amis. Ceux-ci dans un moment de douce folie se sont mis à délirer sur un crime imaginaire commis dans le cadre du Salon du Parfum de Royan-Pontaillac. Une boutade lancée par l’un d’eux, et le scénario du crime parfait s’est mis en place. Ce fut à qui en rajouterait, qui en rajouterait toujours plus. Cela dura plus d’une heure. De ces moments de sérieux intense (?) et de franche rigolade (!), me vint la pensée que cela méritait un livre. D’où cette idée de demander à notre ami David-Max, auteur de l’ouvrage que vous avez en main, cher Lecteur, de nous écrire un roman policier.

Les protagonistes de ce délire se reconnaîtront peut-être dans ce récit !!! La situation de certains n’y sera peut-être pas très enviable... J’ai laissé à David-Max toute latitude, lui indiquant seulement le nom et l’importance de chacun par rapport au salon. Je n’ai eu aucune connaissance du texte de ce roman. J’en aurai donc la surprise comme vous tous,  surprise qui sera bien plus grande encore pour tous les amis concernés, qui, bien sûr, ne sont pas au courant de la sortie de ce livre... Il y a là encore une belle soirée en perspective...

Je tiens à remercier mon amie Marie-Claude Benaouda dont les talents d’artiste sont bien connus pour avoir fourni la photographie de la plage de Pontaillac reflétant si bien le charme de l’endroit et le mystère de l’histoire.

Merci à David-Max de nous avoir suivi dans notre folie, et bonne lecture à tous !

 

Chantal Emile

 

 

David Max Benoliel aime les bords de mer. Il passe souvent ses vacances dans des lieux ouverts sur le large : Noirmoutier, les Iles Anglo-Normandes, les Sorlingues, Avalon, la Sardaigne, souvent  l’Algarve, et même une fois les Shetlands. Sa préférence va pour les rivages de l’Atlantique qui ont bercé sa jeunesse au Maroc. C’est ainsi qu’après avoir cessé son activité, il a choisi de rejoindre cet océan, et de s’installer près de Royan. Au bout de quelques jours, en prenant un café face à la Plage de Pontaillac il s’est dit : « Il faudra que j’en fasse la scène d’une histoire ».

C’est fait !

 

 

 

 

 

 

David Max Benoliel

 

Parfum de Meutre à Pontaillac

 

Policier

 

 

ISBN : 978-2-35962-824-1

 

Collection Rouge

ISSN : 2108-6273

 

 

Dépôt légal avril 2016

 

©Ex Aequo

©2016 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction intégrale ou partielle, réservés pour tous pays. Toute modification interdite.

 

 

Éditions Ex Aequo

6 rue des Sybilles

88370 Plombières les bains

 

www.editions-exaequo.fr

 

 

 

 

 

 

 

***

Liminaire

 

 

« Parfum de Meurtre à Pontaillac » n’est pas un livre « sérieux ». Cela ne signifie nullement qu’il n’a pas été conçu dans le plaisir, élaboré avec amour ni mis au monde dans la joie. Il est l’aboutissement d’un jeu d’humour auquel s’est livré un groupe d’amis qui a souhaité le voir se prolonger sous la forme d’un livre.

Je me suis très volontiers prêté à ce jeu. Tout en écrivant un roman résolument policier, j’ai voulu dans ces lignes essayer de retrouver à la fois le ton des comédies policières, plus particulièrement « Arsenic et vieille dentelle » et tenter de capter le parfum, c’est bien le cas de le dire, de « La fabrique de crimes » de Paul Féval. Enfin, il y a également dans ces lignes un hommage indirect à l’immortel chef-d’œuvre d’humour d’un maître incontesté : « De l’assassinat considéré comme l’un des Beaux-Arts » de Thomas de Quincey.

 

Il faut préciser que pour structurer le récit j’ai réuni des personnages issus de mon imaginaire à ceux de personnes existant dans la réalité, mais auxquelles il n’est jamais rien arrivé de semblable.

À ceux-ci je fais à la suite un clin d’œil d’amicale complicité :

 

 

Mesdames :

 

C. D…

C. E…

C. P...

M. C…

M. G…

 

Messieurs :

 

A. B…

— F.…

G. G…

O. H…

T. D…

 

 

 

 

 

 

Je tiens à souligner que ce récit n’est pas un roman à clé et qu’il n’y a pas de sens caché à y chercher.

Les libertés nombreuses que j’ai prises, notamment en rajoutant aux personnages extraits du réel, certains venus de mes livres antérieurs et d’autres créés spécialement pour cette histoire, confirment à mon sens sans ambiguïté que l’on est en présence d’une œuvre d’imagination pure.

 

De même, si la ville de Royan où il se déroule est bien réelle, je n’ai pas cherché à la représenter ni décrire de manière exacte : ce n’est pas un dépliant touristique que j’ai voulu faire.

J’espère que mes lecteurs auront autant de plaisir à lire ce livre que j’ai eu d’amusement en le composant.

 

 

 

 

***

?

 

 

Le bruit calme de la mer d’été arrivait jusque sous les frondaisons. L’ombre se déplaçait dans le jardin. Une ombre ne fait pas de bruit, mais elle perçoit tous ceux que le silence de la nuit laisse filtrer. Lorsqu’il s’agit de voix, elle s’immobilise et écoute. Deux voix qu’elle reconnaissait. L’une douce se voulant persuasive. L’autre glissant par moments dans un grave velouté.

— Voyons, depuis que nous nous connaissons nous nous sommes toujours fait confiance. Ne me dis pas que tu n’en as plus?

— Ce n’est pas une question de confiance. J’en veux seulement plus.

— Plus de quoi? D’argent, je suppose.

— Oui, d’argent. Mais aussi de temps, de considération. Jouer un rôle plus important. Ne pas être en retrait. Pour l’instant, c’est toi qui a tout. N’oublie pas que…

La voix se fit chuchotante… Sifflante presque… Les oiseaux de la nuit ne l’auraient qu’à peine perçue. Mais l’ombre était douée d’une ouïe exceptionnelle et ce qu’elle perçut était un secret dont elle comprit aussitôt qu’il était d’une importance capitale pour les deux voix.

— C’est bien, dit la première. Tu as raison. C’est même juste. Dès demain je te ferai un chèque. Cinquante mille. Et je vais réfléchir à nos conditions futures. Cela te conviendra sûrement.

La deuxième voix émit un long murmure d’approbation, puis toutes deux s’éloignèrent d’un pas silencieux.

— C’est quand même extraordinaire, se dit l’ombre. Dans un jardin, la nuit, les gens parlent avec la tranquillité de ceux qui sont persuadés de ne pas être entendus. Mais la nuit, le silence, le calme, l’isolement ont presque toujours des oreilles.

Un souvenir de sa mère lui revint. Elle était femme de chambre et à plusieurs reprises elle avait bénéficié de services, d’avantages, d’argent même dont l’origine n’était pas énoncée.

« Tu dois savoir, disait-elle, qu’entendre peut être profitable. Et pour entendre tout ce qui se dit, il faut écouter. »

— Entendre. Écouter, se dit l’ombre. Aujourd’hui, je ne l’ai pas fait pour rien. Demain, je pourrai rattraper mieux que ce que j’ai perdu.

Puis, toujours sans aucun bruit, elle se glissa hors du jardin.

 

 

 

 

***

1
Beau

 

 

La beauté véritable n’est ni flamboiement ni tapage. Elle s’exprime avec un naturel qui relève de l’évidence. Vêtue, son élégance est dépourvue de toute ostentation. Nue, elle s’impose sans pudeur, avec un naturel totalement étranger à l’impudeur. Ces réflexions auraient pu venir à l’esprit de ceux, et plus particulièrement de celles, qui voyaient à ce moment Jean-Stéphane poser sur la première marche du plongeoir un pied digne de la statuaire romaine.

Un chroniqueur sportif avait un jour comparé ce jeune athlète au David de Michel-Ange que l’on peut admirer à Rome au Palais du Belvédère. Une journaliste, pourtant bien connue pour ses positions ultra féministes, tourna en dérision « cette ineptie »… « qui révélait que même en beauté masculine les mâles n’entendaient rien » et que si l’on pouvait comparer le plongeur à une statue « ce ne pouvait être qu’à l’Apoxyomène de l’Académie de Florence qui, mille huit cents ans avant le David, nettoyait sa peau de la sueur et du sable qui y avaient adhéré sur le stade, au moyen d’un racloir de métal ». Elle ajoutait « Comment confondre avec un bel adolescent, un athlète à la beauté puissante, puissance qui ne lui faisait rien perdre de son élégance. »

Jean-Stéphane continuait son ascension. La partie inférieure du plongeoir était dans l’ombre. Il l’avait dépassée et sa peau de bronze doré brillait au soleil, contrastant avec le tissu noir du maillot sobre qui moulait ses hanches, et se confondant presque avec la blondeur de sa chevelure abondante et coupée court. Ses mouvements étaient d’une souplesse qui les faisait paraître plus lents qu’ils ne l’étaient, et il progressait rapidement vers le sommet qui dominait de dix mètres l’eau de la piscine de Foncillon. À hauteur du deuxième niveau, l’escalier était poursuivi par une échelle verticale, qu’il gravit si légèrement que l’on aurait pu croire qu’il ne se servait pas de ses bras.

Parvenu sur la plateforme de dix mètres, il s’avança jusqu’au bord pour regarder vers le bas l’eau bleue striée de vaguelettes provoquées par une pompe, juste suffisantes pour lui permettre de visualiser la surface et de se concentrer. Il recula de quelques mètres, prit son élan effectua un saut périlleux avant, retomba sur ses pieds au bord de la plateforme, rebondit, enchaîna avec un second saut périlleux suivi d’une vrille et pénétra dans l’eau avec la grâce d’un dauphin. Lorsqu’il réapparut à la surface, des applaudissements éclatèrent.

Jean-Stéphane ne donnait pas à proprement parler une représentation, mais il avait été vite connu de tous qu’il venait chaque jour plonger pour se maintenir en forme, mais aussi pour son plaisir. Ses admiratrices s’efforçaient de ne pas manquer le spectacle. Deux ou trois admirateurs aussi. À présent, il revenait vers sa chaise longue en lissant d’une main négligente sa chevelure.

— Ouahou! s’exclamait une jolie rouquine. Quelle classe! Quels muscles!

— Tu ne crois quand même pas, rétorquait sa brune jeune voisine, que l’on peut être deuxième ex æquo au Championnat de France si on n’a pas ce niveau?

— Bien sûr, le sport. Moi je pensais au mec : je coucherais avec lui, rien que pour pouvoir caresser ses pectoraux.

Les deux amies éclatèrent d’un rire enfantin qui contrastait avec la salacité du propos. Non loin d’elles, une belle quadragénaire aux longues boucles brunes, les yeux dissimulés derrière d’immenses lunettes de soleil à la monture d’or tressé, les regardait et les écoutait. En elle-même, elle formait des paroles adressées aux jeunes filles :

— Je les ai caressés, moi. Et pas que les pectoraux. Attention, les gamines! Pas touche! Il est à Sacha!

Sacha était le petit nom que ses amis avaient donné à Sarah-Charlotte de Lacaze. Elle éclata d’un rire silencieux, se leva avec souplesse et s’éloigna, drapant un paréo orange, sur un minuscule maillot de style brésilien acheté chez « Zuleika ». En passant elle lança un sourire à son amie Héléna, étendue non loin d’elle dans un maillot de la même provenance. Héléna lui rendit son sourire, mais en elle-même elle se disait le vers de Britannicus que Racine met dans la bouche de Néron s’adressant à Burrhus : « J’embrasse mon rival, mais c’est pour l’étouffer. »

 

 

 

 

***

2
Gerda

 

 

Elle adorait rouler de nuit. Peu d’heures auparavant elle avait quitté sa petite maison de Vlamingstraat à Delft, au bord du canal, juste avant le petit pont près duquel un chêne des marais avait été planté pour remplacer un vieil arbre mort l’hiver précédent. Vers une heure, elle approchait d’Orléans et eut envie de faire une petite pause.

Elle leva le pied et sa Porsche 911 S de 1967 redescendit de cent soixante-dix à cent-vingt. Un peu plus loin un panneau sur le bord de l’autoroute annonçait une aire avec cafétéria ouverte toute la nuit et elle décida de s’y arrêter. Effectivement, il y avait plusieurs voitures devant un café intégré aux locaux d’une station-service. Elle s’arrêta entre une fourgonnette et une berline de luxe. Avant de descendre elle se pencha vers la boîte à gant d’où elle tira un revolver, un impressionnant Colt Anaconda. 44 magnum, dont elle clipa la gaine sur la ceinture de son pantalon, sous le revers gauche de sa veste en peau de daim. Une fois dehors, après avoir claqué la portière elle referma son col et se dirigea vers la porte du café qu’elle repoussa vigoureusement, mais sans faire aucun bruit.

Les quelques personnes attablées remarquèrent l’entrée de cette grande femme blonde aux épaules de sportive qui avançait vers le comptoir d’un pas long et souple en balayant la salle de gauche et de droite, de son regard bleu céruléum. Elle s’installa sur un tabouret haut et lança au barman avec un sourire imperceptible :

— Un café crème. Un grand. S’il vous plaît.

Elle parlait un français excellent avec un arrière petit accent qu’aux environs d’Orléans personne ne reconnut pour néerlandais. Le barman se sentait un peu stressé par sa présence et il se hâta de la servir. Elle déchira méticuleusement trois petits sachets de sucre qu’elle versa dans la grande tasse et but une longue gorgée. Puis elle tira de la poche de poitrine de sa veste une boîte de dix cigarillos Schimmelpenninck, en prit un et le plaça entre ses lèvres. Le barman allait formuler une remarque. Comme si elle l’avait pressenti, elle lui lança un regard oblique et il garda le silence.

Dans la salle la dizaine de personnes présentes la regardait, se demandant si vraiment elle allait l’allumer. Elle sortit négligemment d’une petite poche latérale de son revers droit un briquet Cartier en or rose et le fit jouer, allumant une petite flamme bleue qu’elle porta vers son cigarillo et aspira pour l’allumer. Le briquet se referma avec un petit bruit clair et réintégra la poche. La femme écarta le cigare de sa bouche en le prenant délicatement entre le bout de l’index et du pouce, et demanda négligemment au barman :

— Combien de kilomètres jusqu’à Royan?

— Environ quatre cents, Madame.

— Bien. Alors, je n’ai pas besoin de me presser. Un autre café crème, s’il vous plaît.

 

 

 

 

 

***

3
Sacha

 

 

Il était une heure trente et Stéphie, comme elle appelait Jean-Stéphane, n’était pas rentré. Sacha se leva une fois de plus du canapé où elle se donnait une contenance en regardant sans le voir un jeu stupide dont la très médiocre qualité expliquait qu’on ne le diffusait pas à une heure de grande écoute. Elle traversa le salon vers la commode faisant bar sur laquelle un plateau d’argent damasquiné supportait plusieurs bouteilles d’alcools de prix. Elle hésita entre le cognac et le whisky et se décida pour de la Vodka Stolichnaya 100 Carte d’or. Elle en remplit la moitié d’un verre à orangeade qu’elle vida d’un trait. Ce n’était pas le premier. Elle allait s’en verser un autre, lorsque dans un mouvement de rage elle lança son verre à travers la pièce. Il se fracassa contre un miroir antique en acier poli.

Sacha se rua vers la porte d’entrée de son appartement, se saisit des clés de sa voiture et se précipita vers l’ascenseur sans même se rendre compte qu’elle ne refermait pas derrière elle. Lorsque son coupé jaillit du parking souterrain, elle se rendit compte qu’elle n’était pas vraiment en état de conduire.

— Je m’en fous! hurla-t-elle. P… de s…! Je sais où tu peux te trouver. Au Pavillon Bleu ou à l’Oasis. À la Maison Blanche?

Elle enfonça l’accélérateur. Les pneus hurlèrent.

C’est devant l’Oasis, garée de travers sur le trottoir, qu’elle aperçut la petite berline pas trop bien entretenue de Jean-Stéphane. Elle laissa sa voiture en face, sur la chaussée. Une seconde, elle pensa qu’on pouvait l’emmener en fourrière.

— Je m’en fous, marmonna-t-elle. P… de c… de s… tu vas voir.

Elle se dirigea vers l’entrée, marchant avec quelque difficulté par l’effet combiné des talons aiguilles et de la Stolichnaya. C’est alors qu’elle aperçut son amant sortant de la discothèque, le bras autour de la taille d’une jeune femme qu’elle reconnut aussitôt : la jolie admiratrice rouquine qui s’extasiait près du plongeoir. Elle voulut s’élancer, mais elle se tordit la cheville et la douleur l’immobilisa.

— Stéphie! Stéééé Phiiiie! hurla-t-elle.

Il se tourna vers elle, la regarda comme pour la défier. À ce moment, une autre jeune femme rattrapa le couple : Sacha reconnut la jolie brune qui était avec la rouquine à la piscine. Jean-Stéphane la prit également par la taille, emmena ses deux conquêtes à sa voiture, les fit monter et démarra.

— S…, s…, s…, hurla-t-elle jusqu’à ce que la voiture disparaisse.

Plusieurs personnes remarquèrent cette belle femme quasi ivre qui criait. Ils l’entendirent ajouter, toujours à tue-tête :

— Tu vas voir! Tu vas voir ce qui va t’arriver…

 

 

 

 

***

4
??

 

 

À trois heures du matin, la voix de Sting chantant Sinchronicity II résonna. Il s’éveilla en sursaut et mit quelques secondes à comprendre que c’était l’air qui servait de sonnerie à son téléphone portable. Le temps de se redresser, le saisir, le connecter, la porte de la chambre s’ouvrait et une silhouette s’y découpa.

Une voix retentit dans son oreille, rauque et métallique. En y repensant un peu plus tard, il se dirait qu’elle était déformée par un de ces petits appareils qui permettent aux enfants passionnés de Star Wars de se donner la voix de Dark Vador. Il fit signe à l’arrivant d’écouter et cliqua sur la touche du haut-parleur. Ils entendirent :

— Vous ne me connaissez pas, mais je sais qui vous êtes. Je sais aussi que votre succès et votre réputation reposent sur une mystification. Je peux la faire éclater au grand jour, vous allez être la risée de tous, le flot de cash va se tarir. Mais vous pouvez faire ce que vous voulez tant que j’en ai ma part. Il faudra étudier nos conditions. Pour l’instant, il me faut un acompte pour manifester votre bonne volonté. Disons cent milles. Je rappellerai bientôt pour fixer les modalités de paiement.

La communication fut brusquement coupée.

— Qu’est-ce que tu en penses? demanda-t-il à la silhouette à présent adossée à la porte.

— Rien. Sauf qu’il faut le trouver, lui donner une leçon, et si ce n’est pas suffisant…

La silhouette fit de la main le geste d’un hachoir qui s’abat. Son interlocuteur fit une moue contrariée :

— Cent milles, ce n’est pas rien, mais ce n’est pas démesuré par rapport à nos perspectives…

— S’il s’en contente… Mais quand vous aurez payé cent milles, il exigera deux-cents milles… après deux cents milles…

— J’ai compris. Comment faire pour le retrouver?

— Sûrement un concurrent. Il n’y en a pas des masses. Vous y réfléchissez. Moi aussi. Quand nous l’aurons trouvé, je m’en charge.

— Nous avons quelques jours, c’est peu.

— Le monde a été créé en six, et je ne vais pas attendre le septième en me reposant.

 

 

 

 

***

5
Café

 

 

Le Salon « Parfums d’ici et d’ailleurs » était né de l’imagination fertile de sa fondatrice Emilia Rabutin-Chantal. La Marquise de Sévigné était née Marie de Rabutin-Chantal. Les quelques recherches faites par un érudit, M. Pol-François Boutillier, firent apparaître qu’elle pouvait descendre d’Isidore Rabutin-Chantal, fils adultérin de Celse Rabutin, père de la Marquise. Celui-ci aurait réussi à le légitimer (grâce, semblait-il à l’appui d’un sien cousin évêque de son état), mais sans transmettre à Isidore la noblesse lui permettant de revendiquer le titre de Baron de Chantal. Ceci eut lieu peu avant que Celse ne se fasse tuer au cours d’un affrontement avec les Anglais dans l’île de Ré, en 1727.

Tout cela amusait Emilia mais ne lui montait pas à la tête. Par contre elle s’intéressait fort à ses différentes créations : le salon des Bibliophiles de l’Atlantique, le Polo sur le Sable (où venaient les meilleurs joueurs d’Europe), le Quatuor à Cordes de la Conche dont les invités étaient souvent parmi les plus grands concertistes. Bref, elle donnait beaucoup de son temps, de son énergie et de son imagination à ses entreprises.

Ce jour-là, elle était la première sur le site où devait se dérouler le salon pour sa mise en place. Il avait lieu sur un élargissement de l’esplanade de Pontaillac entre l’espace de jardins bordant le casino et la plage. Au centre, un pavillon décoré de tentures serait réservé aux organisateurs, les personnalités et les invités. Autour, des pavillons plus petits constitueraient les stands des exposants, auxquels l’on donnerait l’allure de vastes tentes, pour évoquer en bordure de l’Atlantique, le charme d’une oasis des Mille et une Nuits.

Pour l’instant, Emilia était seule. Les exposants n’arriveraient que dans une heure, mais Sacha aurait dû être là. Sacha avait toujours été sa collaboratrice, une femme solide, organisée, imaginative. Le fait qu’elle puisse ne pas venir, voire même être en retard, était à classer dans les impossibilités. Le front d’Emilia se contracta. Lorsque ceux qui travaillaient avec elle remarquaient ce froncement, ils se disaient : « La lionne va rugir! » La lionne était le surnom qu’elle avait acquis en raison de son casque de boucles blondes et l’énergie calculée qu’elle manifestait en toute chose.

Elle haussa les épaules, il y avait encore le temps. Elle décida de s’accorder un café et se dirigea vers, comme elle le disait toujours avec un sourire, « son point d’eau préféré » : La Lavallière. Elle en poussa la porte, traversa la salle pour rejoindre le bar, s’y installa, héla le barman :

— Germain, un café très serré.

Le barman arriva à sa hauteur. Il avait l’air contrarié.

— Que vous arrive-t-il, Germain? dit Emilia.

Il leva les yeux au ciel et fit mine de renifler. Elle en fit autant. Une odeur à la fois douce, puissante, âcre et un peu sucrée emplit ses fosses nasales : du tabac. Emilia crispa son visage en une mimique interrogative. Le barman d’un petit geste de la tête et des yeux, indiqua une table qui était non loin d’eux. Emilia regarda. Une grande femme blonde y était installée devant une grande tasse de café d’où s’élevait une petite vapeur. Café, oui, mais d’une couleur proche du marron clair : un café crème. La femme blonde tenait entre ses lèvres un long cigarillo émettant une fumée d’un bleu délicat dont l’odeur peu à peu se répandait dans la salle. Emilia se retourna vers le barman :

— Germain, vous savez-bien que c’est interdit. Allez le lui dire.

— Madame Rabutin, j’ai essayé. Pas mèche. C’était comme si j’avais été peint sur le mur à la peinture transparente. Je vais pas appeler les flics, quand même…

Emilia se leva, parcourut calmement les trois mètres qui la séparaient de l’inconnue, s’arrêta devant elle, l’interpella :

— Madame, il est interdit de fumer dans les établissements ouverts au public. Voudriez-vous éteindre votre cigare, je vous prie?

L’inconnue leva les yeux vers elle à travers les volutes odorantes qui l’entouraient, jaugeant l’arrivante qui devait faire douze centimètres et trente kilos de moins qu’elle. Sans retirer le cigarillo de ses lèvres, elle demanda d’une voix douce :

— Est-ce que je vous connais?

— Je ne crois pas. Je suis Madame Rabutin-Chantal.

— Comme la Marquise?

— Comme la Marquise, en effet.

Son interlocutrice la regarda par en dessous, sourit, prit son cigare entre deux doigts, l’éteignit sur la soucoupe, tendit la main à Emilia :

— Je m’appelle Gerda Verkampft. Voudriez-vous vous asseoir? Permettez-moi de vous offrir un café, ou autre chose si vous le désirez.

Emilia la regarda avec intérêt, remarquant à présent la stature de son interlocutrice et réalisant le petit accent aux sonorités germanisantes.

— Bien volontiers, dit-elle. Vous êtes en vacances?

Elle prit place fit un signe de la main à Germain qui s’empressa.

— Je suis en vacances, effectivement, poursuivit Mme Verkampft.

Germain arriva la mine souriante, déposa le café devant Emilia.

— S’il vous plaît! lui dit Gerda en désignant la tasse qui venait d’être apportée.

Emilia compris que c’était une expression d’invite, d’ailleurs fréquente dans le Nord et les pays de langue flamande. Elle sourit, remercia du regard, et prit une gorgée.

— Vous avez une belle coiffure, reprit Gerda en désignant du regard l’enchevêtrement de boucles de « la lionne ».

— Merci du compliment.

— Accepteriez-vous de me dire quel est votre coiffeur?

Emilia sourit. À travers la paroi vitrée du restaurant, elle désigna une devanture de l’autre côté de l’esplanade :

— Zuleika, dit-elle. Le magasin de mode. On y trouve tout ce que l’on veut, du manteau de soirée au maillot de bain brésilien. Le salon de coiffure et l’institut de beauté à côté en dépendent. Allez-y de ma part, elles soignent toujours mes amies.

Les deux femmes se sourirent. À ce moment, Emilia remarqua une jeune femme arrivant sur l’espace réservé au salon. Elle se leva en hâte :

— Je vois ma collaboratrice, dit-elle. Il faut que je me dépêche. À très bientôt, j’espère.

 

 

 

 

 

***

6
M’Gouni