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Parfum de mort

De
395 pages
"C'est la plus grande menace terroriste jamais conçue...
L'anthrax BC peut détruire une métropole entière en quelques instants. Aucun antidote n'existe à ce jour.
Raza, grand maître du terrorisme, financé par un ayatollah, vient d'en acquérir un stock.
Le seul à pouvoir l'arrêter ? Son ennemi juré, Morton, agent spécial du Mossad.
FBI, CIA, DGSE, MI5, MI6. Tous les services secrets sont en alerte. Les pays occidentaux n'ont que 24 heures pour accéder aux demandes des terroristes.
Mais déjà, New York et Londres subissent de terribles explosions...
Attentats, chasse à l'homme, fausses pistes, rebondissements... Roman d'espionnage coup de poing, Parfum de mort livre une course-poursuite explosive et s'immisce dans le monde secret et fascinant des forces spéciales. "
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Parfum de mort
DU MÊME AUTEUR
Les Dernières Heures de Guernica, Paris, Nouveau Monde éditions, 2007
Mossad – Les Nouveaux défis, Nouveau Monde éditions, 2006Les Armes secrètes de la CIA, Paris, Nouveau Monde éditions, 2006Histoire secrète du Mossad – De 1951 à nos jours, Paris, Nouveau Monde éditions, 2006
Titre original : Deadly Perfume
© Gordon Thomas, 2007
© Nouveau Monde éditions, 2007 24, rue des Grands-A ugustins – 75006
ISBN:9782369421283
Dépôt légal : juin 2007
Parfum de mort
Gordon Thomas
1
Les Chinois eux-mêmes ignoraient que David Morton é tait entré dans leur pays. Il avait suivi un sentier vieux de milliers d’années. C’était une piste de contrebandiers datant de l’époque où le premier empereur, unifiant les six États en proie à la guerre, en avait fait une grande nation.
Six jours plus tard, il était là, en République pop ulaire, à s’enfoncer dans l’humidité de la forêt tropicale pour guetter ces quatre Arabe s, bien éloignés de leur base.
Les minuscules écouteurs installés dans les trous d ’aération de son casque de combat permettaient à Morton de suivre leur convers ation. Jusqu’à présent, il n’était question que du plaisir qu’ils auraient à retrouver leurs foyers.
Ils évoquaient pour lui les renards du désert, tend us et nerveux, au museau fouineur et aux yeux perçants. Mais ils ne s’étaient pas enc ore aperçus de la présence des enfants car l’écœurante humidité ambiante étouffait tout. Une fillette et un garçon, venus d’un village situé sur la piste à quelques ki lomètres de là, s’amusaient en effet à espionner eux aussi les Arabes.
Peu de temps auparavant, Morton les avait remarqués , se glissant à travers les feuillages à sa droite. Le garçon ne paraissait pas avoir plus de dix ans, la fillette semblait un peu plus jeune. Ces gamins jouaient à l a chasse à l’étranger. La version adulte de ce jeu lui était familière depuis bien lo ngtemps. Il en avait appris toutes les règles qui permettaient de survivre dans la jungle, la montagne, la neige et le désert. Elles avaient une sorte de simplicité qui faisait a ppel à l’essence même de son être, il fallait agir selon ses propres limites.
Même parmi ces arbres de plus de trente mètres de h aut, la grande taille de Morton surprenait. Sa tête aussi retenait l’attention, mas sive, coiffée d’une tignasse blonde qu’aucune trace de gris n’avait encore marquée. On s’étonnait de la façon dont il échappait aux stigmates les plus évidents du vieill issement. Sa peau était lisse et sans rides, sa vue parfaite, son corps maigre et svelte. Il n’avait pas l’air d’un homme à l’approche de la cinquantaine.
Hiver comme été, il portait une tenue de combat kak i facile à empaqueter. Il aurait pu porter des épaulettes de lieutenant-colonel, mais n e s’en souciait pas. Les personnes qui se trouvaient dans l’obligation de tenir compte des grades savaient qui il était.
Son menton proéminent était révélateur. Il semblait s’avancer au-devant des difficultés pour les affronter. Ses yeux gris observaient tout et n’exprimaient rien, de sorte que vous sentiez que vous n’étiez pas son pro blème, mais que vous en faisiez néanmoins partie. Ces yeux révélaient également un besoin obsessionnel de vérité, celle que l’on recherche et celle que l’on dit. Son visage était caché sous une couche de crème anti-insectes et de camouflage vert si bie n que, alors qu’il restait là, allongé dans une immobilité parfaite, on pouvait le prendre pour un tronc d’arbre.
Trois des Arabes avaient le visage maigre et insign ifiant. Le quatrième était trapu, musclé et complètement chauve. Puissant comme un ta ureau, il tenait serré contre lui un attaché-case flambant neuf. C’était le porte-valise entouré de son escorte.
La première averse de l’après-midi les avait laissé s tout ruisselants. De nouveau la
lumière quitta le ciel alors qu’une nouvelle tornad e balayait tout pour s’arrêter un instant plus tard, laissant l’air semblable à une éponge ch aude gorgée d’humidité.
Les micros captaient le léger bruissement des enfan ts se glissant parmi la folle végétation. Dans les oreilles de Morton il y eut un chuchotement. La fillette voulait s’en retourner.
« Pas encore. Approchons-nous un peu plus près, ins ista le garçon.
— Bon, mais pas trop près », accorda la fillette à regret.
Ils parlaient un dialecte cantonais, grêle et aigu. Morton ne pouvait les éloigner. Cela aurait alerté les Arabes et il ne le fallait en auc un cas.
Les micros paraboliques qu’il avait fait installer dans le Sud-Liban avaient attiré son attention sur ces Arabes. Puis, l’énorme somme d’argent qu’ils avaient offerte au cours de mystérieux appels téléphoniques à Bangkok avait ancré Morton dans ses soupçons. Deux millions de dollars US, sans marchandage. Il fallait absolument savoir à quoi une telle somme correspondait et mettre un terme à tout cela.
Patiemment, il avait suivi les Arabes depuis Beyrou th. Ils ne l’avaient pas remarqué. Personne ne l’avait remarqué.
Ils passèrent une journée à goûter les divertisseme nts sexuels que l’on pouvait trouver à Pattani, aller d’un bordel à l’autre, cho isir de jeunes garçons ou des fillettes selon l’inspiration du moment. C’est là que l’homme avait acheté sa mallette et Morton avait alors compris qu’il ne perdait pas son temps.
À Bangkok, les Arabes se rendirent dans une succurs ale de la Banque royale de Thaïlande. Puis, le soir, ils allèrent en train jus qu’à Udon, dans le Nord. Morton avait pris un compartiment près du leur et quitta le train avant eux. D’Udon un guide thaï les emmena par la route sur les collines de la ville de Muang Chiang Rai, plaque tournante des gangs de trafiquants de drogue en Asie, beaucou p plus ancienne et aussi puissante dans ce domaine que le cartel colombien d e Medellín. Morton les suivit, certain, maintenant, de savoir où ils allaient.
À Muang Chiang Rai, le Thaï confia les Arabes à un Chinois, petit, à la peau claire, membre de la tribu de Yao, l’une des minorités de Chine depuis longtemps réputée pour ses contrebandiers. L’homme emmena les Arabes dans la République populaire. Le petit groupe voyageait avec peu de bagages, ne s ’arrêtant que pour manger et prendre du repos dans des villages où le guide étai t connu. Les gens du coin ne considéraient plus comme objets de curiosité les étrangers en quête d’héroïne ou de cocaïne.
Morton les suivait, mais il ne se montrait jamais, restant dissimulé dans la jungle, se nourrissant de rations à forte teneur en protéines tout spécialement préparées à Tel-Aviv. Il avait de quoi vivre pendant deux semaines. Ensuite il se contenterait de ce qu’il trouverait sur le terrain. Aussi, cela ne serait pa s nécessaire, il le savait maintenant, car le guide, lorsqu’il avait amené les Arabes dans la clairière, leur avait dit qu’ils étaient arrivés à destination.
Une heure plus tard, ils étaient toujours là, accro upis sur le sol, les Arabes vêtus de costumes à bon marché achetés dans les bazars liban ais et le guide portant le large pantalon et la chemise à col montant des gens de so n pays. De temps en temps, il jetait un regard furtif sur l’attaché-case. Celui q ui le portait gardait une main posée sur sa poignée. Comme les autres, il fumait cigarette s ur cigarette. Morton le vit regarder le
guide et les micros grésillèrent lorsqu’il se racla la gorge.
« Encore combien de temps ? demanda-t-il en anglais .
— Plus longtemps maintenant, promit le guide, ils v iennent de loin. »
L’homme à l’attaché-case grommela et alluma une nou velle cigarette. L’un des tueurs sortit son pistolet et le vérifia avec osten tation avant de le remettre à sa ceinture.
« Ce sont des bandits, chuchota la voix de la fille tte dans les micros. Maintenant nous partons.
— Non, tu peux partir, moi je reste », s’obstina le garçon.
Les enfants devaient se trouver à une faible distan ce devant lui, pensait Morton. Les tireurs conversaient tranquillement entre eux en arabe, ne tenant aucun compte du guide.
« Nous pourrons le tuer quand nous aurons repassé l a frontière, dit l’un d’eux.
— Il a peut-être des amis qui l’attendent, objecta le second. Tuons-le maintenant, personne ne saura.
— Nous avons besoin de lui pour nous sortir d’ici » , affirma le troisième.
Même à cette distance, Morton perçut la fureur soud aine dans la voix de l’homme à la mallette.
« Il n’y aura aucun mort avant que je ne le dise. »
Les tireurs s’enfermèrent dans un silence plein de rancune.
Plutôt que de bouger, Morton laissa une colonne de fourmis se livrer à l’ascension de ses mains. Plus d’un million d’entre elles défilaie nt devant son visage enfoui dans l’humus. Il ferma bien les yeux et serra les lèvres lorsque soudain les fourmis changèrent de direction. Malgré la crème, elles gri mpaient, en colonne, d’un côté de sa tête pour redescendre de l’autre, empêchées de péné trer à l’intérieur par les tampons placés dans ses narines. Lorsque les fourmis furent passées, il rouvrit les yeux.
« Partons. » La nouvelle prière de la fillette réso nna faiblement dans les micros de Morton.
« Non ! » dit le garçon d’un ton ferme.
Le soupir de la fillette fut suivi par le bruisseme nt des enfants se glissant pour se rapprocher de la clairière. Ils utilisaient avec ad resse les ombres et les bruits de la jungle pour couvrir leur mouvement d’approche. Soud ain le garçon sursauta et leur progression s’arrêta.
Morton, les Arabes, leur guide et les enfants viren t deux hommes surgir en même temps à l’autre bout de la clairière.
Le guide se releva précipitamment avec un sourire d e soulagement. Les Arabes se placèrent en formation, l’un à côté du porteur de m allette, les deux autres en position pour un feu croisé. Les nouveaux venus firent mine de ne pas remarquer ces déplacements.
Morton les étudia à travers la mire de sa mitraille tte : des Han à la peau sombre, vêtus de blouses et de pantalons de coolie, montagn ards habitués à déblayer le terrain. En plus des M 16 qu’ils portaient, des couteaux éta ient fixés à leurs ceintures, longues lames dentelées, rendues mates pour éviter qu’elles n’étincellent. À chaque ceinture
était accroché un tranchoir pareillement dépoli. Pa s un Han ne se déplaçait sans en être équipé. Les hommes restèrent là un moment, deb out, puis retournèrent dans la jungle, avançant avec difficulté et utilisant leurs fusils pour s’ouvrir un chemin.
Ils revinrent avec un troisième homme. Celui-ci éta it d’un certain âge et respirait en haletant, comme s’il venait de faire une longue marche. Il était vêtu d’un costume à bon marché et tenait à la main un attaché-case identiqu e à celui de l’Arabe.
Il était grand pour un Chinois, presque un mètre qu atre-vingts, mais bien bâti. Il n’avait pas l’air chétif ou sous-alimenté et devait avoir les moyens de s’offrir une ration supplémentaire de riz et de viande. Les mains qui tenaient la mallette n’avaient jamais fait de dur travail manuel. Son visage était pâle c omme de l’ivoire. Voilà un homme dont les activités devaient se pratiquer à l’intérieur.
Il plissa les yeux et aperçut les Arabes. Sa respiration se calma alors et il s’avança dans la clairière. Il tenait l’attaché-case des deu x mains, donnant à penser qu’il était lourd.
Au moment où il commençait à parler au guide, il y eut un grésillement dans les écouteurs de Morton. La tornade qui l’avait laissé aussi ruisselant que s’il avait pris un bain tout habillé devait être la cause de ce court-circuit.
Il observa le guide qui se tournait vers le porteur et montrait l’attaché-case du doigt.
« Ouvrez, s’il vous plaît… »
Morton vit de la haine dans les yeux du porteur.
« L’argent est… » Les paroles du porteur se perdire nt dans un nouveau grésillement des micros.
« Ouvrez, s’il vous plaît…, répéta le vieux Chinois … Za A dit… »
Morton se raidit, il retint son souffle, maudissant silencieusement l’électricité statique. Cependant, ni la mauvaise transmission ni la façon imparfaite dont le Chinois maîtrisait l’anglais ne laissaient de doute : aucune erreur po ssible, il avait dit… Za.
Pour Morton un seul nom essentiel se terminait ains i : RAZA.
Pendant la première guerre du Golfe, Raza avait été le rival d’Abou Nidal, cherchant à devenir le grand maître du terrorisme mondial. Pu is, au cours d’un événement tragique et inoubliable, il s’était assuré la réputation de l’homme le plus malfaisant du monde. Une fois de plus le souvenir de ce qui s’éta it passé déchira l’esprit de Morton.
C’était Raza qui avait personnellement installé dan s une maternité juive, à Jérusalem, le Semtex qui massacra soixante-trois no uveau-nés et leurs mères, en même temps que les trente et un infirmières et docteurs qui veillaient sur eux.
L’une d’entre elles était Ruth, la sœur de Morton.
Elle était le rappel vivant de ce qui restait de le ur famille, décimée au cours des sombres années staliniennes, alors que les pogroms soviétiques rivalisaient avec les atrocités nazies. Ruth et lui avaient été parmi les premiers juifs libérés par le Kremlin désireux de montrer qu’il avait changé. Arrivés en Israël, ils avaient été adoptés par les Vaughan. Steve était un spécialiste du Talmud et Do lly une typique maman juive.
Pendant des années Morton n’avait pu comprendre pou rquoi Steve avait changé son nom et celui de Ruth. Maintenant, il savait qu’en p ortant le nom de Morton ils avaient moins de chances d’être persécutés.
Ils étaient bons et généreux et avaient admis son b esoin de protéger Ruth. C’était lui qui l’avait soutenue pendant toutes ses années de l ycée et de faculté. Il avait survolé la moitié du monde pour être présent le jour de sa rem ise de diplôme. Il avait tenu à visiter l’hôpital le jour où elle avait pris son service po ur la première fois, rôdant dans les couloirs et demandant à tous les membres du personn el où il pouvait trouver le DOCTEUR Ruth Morton. Six mois plus tard, il était là lorsque Ruth avait amené à la maison son Benjy, un beau jeune sabra, lui aussi do cteur à l’hôpital. Ruth avait dit qu’ils comptaient se marier et Steve avait ouvert une bouteille de vin en l’honneur du jeune couple. Le lendemain Raza avait frappé et c’est sou s des tonnes de gravats dans la salle de travail qu’on avait trouvé Ruth et Benjy.
À l’annonce de la mort de Ruth, Morton avait eu la même réaction que le jour où Steve l’avait emmené au musée de l’Holocauste. Là n on plus il n’avait rien pu manifester et jamais il n’y était retourné. Il n’av ait jamais assisté à aucune manifestation en souvenir des six millions de marty rs. Ce n’est pas la façon dont il voulait reconnaître son passé.
Le jour où il avait enterré Ruth, le terrain était glissant car il avait plu. Il vit que, dans leur angoisse, les autres porteurs qui soutenaient le cercueil s’agrippaient de leurs mains les uns aux autres. Ils étaient des amis de R uth à l’hôpital et Morton avait été frappé par leur jeunesse et par la façon dont ils p ouvaient donner libre cours à leurs sentiments. C’étaient des hommes adultes qui pleura ient.
Quand il s’avança pour réciter la prière au bord de la tombe, sa voix était froide et claire, elle n’exprimait ni chagrin ni colère. Cepe ndant, lorsque la terre eut recouvert le cercueil, il eut conscience qu’il resterait en lui un vide que rien ne pourrait jamais combler. En ensevelissant Ruth il avait mené le deu il dans son propre cœur.
Tandis que Steve et Dolly s’éloignaient avec les au tres, il resta à contempler le monticule fraîchement entassé, son lourd châle sur les épaules et le livre de prières refermé dans sa main. À son esprit revint alors le seul passage dont il se souvînt encore, réminiscence de ces soirées du vendredi où Steve leur lisait les Écritures. Les paroles étaient celles du prophète Ezéchiel :Et l’ennemi saura que je suis l’Éternel quand j’exercerai sur lui ma vengeance.
Il se les récita en silence comme une promesse faite à Ruth. Puis il enleva son châle de prière et s’éloigna rapidement sans tenir compte des murmures scandalisés et accusateurs. Dans son univers froid et lointain il n’y avait plus de temps pour les pleurs.
Steve le suivit et lui demanda ce qu’il allait faire. Il plongea son regard dans le visage du vieil homme et lui dit doucement qu’il allait tu er ceux qui avaient tué Ruth.
Depuis lors, il avait à peine revu le vieux couple, prétextant du travail, prétextant n’importe quoi. Il ne voulait pas croiser le regard de ceux dont la réponse était de tendre l’autre joue.
Il avait continué à pourchasser Raza et ses hommes, les débusquant d’une bonne douzaine de repaires. Quand il avait lu dans un jou rnal de Beyrouth que Raza avait offert une prime de cent mille dollars US pour sa tête à lui, Morton, mort ou vif, il avait fait savoir que le prix qu’il offrirait pour Raza n ’était que d’un seul shekel israélien, celui d’une balle de fusil en Israël.
Environ un an auparavant, Raza avait disparu après deux échecs spectaculaires. Il avait projeté de lancer un missile sur la Chambre d es communes britannique depuis un entrepôt situé sur l’autre rive de la Tamise et, au même moment, une bombe devait exploser à Berlin dans le Reichstag récemment resta uré. Les deux tentatives s’étaient terminées par des affrontements armés avec les forc es antiterroristes qui avaient tué ou capturé ses hommes. La crédibilité de Raza parmi ses supporters arabes avait baissé en flèche. Le consensus général était que Ra za était allé rejoindre dans un obscur oubli ses célèbres prédécesseurs, Carlos le Chacal et Abou Nidal. Cependant, l’opinion de Morton était qu’il fallait attendre et voir venir. Il le dit et ses pairs ironisèrent alors, disant que c’était bien là du Morton.
Maintenant le spectre de Raza surgissait, menaçant, dans l’obscurité de la clairière. Et les enfants continuaient à discuter.
Comme Morton tentait de donner un coup sec aux micros, il sentit une odeur de brûlé. Un orage miniature traversa les micros, puis ce fut le silence et l’odeur âcre devint plus forte. Morton ôta son casque. Une mince volute de fumée sortait des écouteurs. Il ramassa une poignée de boue et les en couvrit pour étouffer la fumée.
Dans la clairière le porteur de valise ouvrit son a ttaché-case et, surveillé par ses gardes du corps, le Chinois en tira des liasses de dollars qu’il feuilleta avec dextérité. Satisfait de n’avoir pas été roulé, il tendit son p ropre attaché-case fermé. Le porteur de valise le prit et le soupesa.
Il devait peser à peu près le même poids que les de ux millions de dollars, estima Morton. Il déplaça doucement la crosse de son arme sur son épaule, cherchant à ajuster son tir pour contrebalancer le poids du gro s silencieux. Il avait trouvé cette arme à l’endroit où la division d’Asie avait dit qu’elle serait, enveloppée dans des couches de papier paraffiné et enterrée près de l’un des villa ges palanqués devant lesquels il était passé.
Le jour baissait. Où donc étaient les gamins ? Puis plus rien ne compta car les groupes se séparaient. L’homme âgé, tenant serrée la sacoche, se retirait vers l’extrémité de la clairière tandis que ses deux gardes du corps s’en allaient à reculons, prêts à parer à toute tentative de coup de feu dans le dos. Les Arabes et leur guide traversèrent rapidement la clairière en diagonale, rendant difficile l’évaluation des distances.
Morton enclencha la mise à feu automatique : six se condes pour vider le magasin de ses vingt cartouches rondes de 7,67 mm, trois secon des pour recharger.
C’est alors qu’il vit les enfants. Le garçon avait émergé du sol et s’en allait en trottant vers les Arabes, riant et montrant l’attaché-case d u doigt. La fillette courait, les mains tendues pour tenter de le retenir, et à travers la mire de son arme Morton vit la peur envahir soudain ses yeux.
Il vit le garçon atteindre l’homme qui portait l’attaché-case et celui-ci s’en servir pour fracasser la tête de l’enfant. Il entendit le craqu ement des os qui se brisaient, et vit le garçon tomber, matraqué. Il sentit la rage lui monter dans la gorge.
La fillette hurlait, la bouche ouverte, découvrant ses dents, étonnamment blanches. Puis, alors qu’elle se retournait pour s’enfuir, Mo rton vit l’un des Arabes l’abattre. Un instant l’enfant resta debout, en équilibre au milieu d’une enjambée. Puis, alors que la tache rouge s’élargissait sur le devant de sa blous e, elle s’effondra contre un autre des tireurs. Celui-ci repoussa avec violence loin de lu i cette forme molle et inerte.