Points communs

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Paris, en quelques jours, est le témoin d’une série de cambriolages audacieux.


Le commissaire Odilon QUENTIN, chargé de l’affaire, subit la pression de ses supérieurs et les quolibets de ses collègues face à son incapacité à faire avancer l’enquête...


Quand l’appartement d’un proche du Procureur est mis à sac, le magistrat passe un savon au policier. Ce dernier, excédé, décide d’utiliser tous les moyens pour parvenir à ses fins, même les plus irrationnels, quitte à déterrer les morts au risque de creuser sa propre tombe...


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EAN13 9782373472349
Langue Français

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Odilon QUENTIN
* 25 *
POINTS COMMUNS
Roman policier
par Charles RICHEBOURG
CHAPITRE PREMIER
L'énorme portail de chêne bardé de ferrures noires resta immobile, mais le portillon découpé dans la moitié inférieure de ce m onument de menuiserie s'entrouvrit. Un plombier qui passait en ce moment, son sac à outils suspendu à l'épaule par une courroie usée, entendit distinctem ent une voix impersonnelle qui souhaitait : « Bonne chance, Courtois. »
L'ouvrier sourit ; il connaissait le quartier, et ce n'était pas la première fois qu'il assistait à une cérémonie de ce genre.
— Encore un libéré ! murmura-t-il à mi-voix. Combien de temps aura-t-il passé là-dedans ?...
Poussé par un instinct obscur de discrétion, il évita de se retourner, fit glisser la bretelle de son barda pour l'assujettir à l'autre bras, puis il poursuivit sa route d'un pas pressé, vers sa femme et vers la soupe, car il avait faim.
Derrière lui la porte se referma, laissant immobile au milieu du trottoir un fantôme gris qui semblait hésiter. L'homme était maigre et voûté ; prématurément peut-être. Sa silhouette imprécise accusait en tous cas une quarantaine largement dépassée.
Il huma le brouillard longuement avec délices, comm e si de l'autre côté des murs épais de la prison l'air avait eu une autre saveur. Ses vêtements étaient trop larges ; un simple coup d'œil les révélait démodés, mais ils venaient d'être soigneusement repassés. Le vestiaire de l'établisse ment pénitentiaire était bien tenu !
Le libéré avait fait son choix ; il prit à droite et arriva bientôt dans des rues plus fréquentées. Il contempla les étalages illuminés de s magasins, les enseignes au néon des brasseries, étonné que de telles splendeurs multicolores pussent exister, ébloui comme lorsque l'on passe brusquement de l'ob scurité totale à la lumière aveuglante du soleil.
Il tira de sa poche un petit agenda de cuir noir, d ont la reliure fatiguée laissait voir le carton ; après un long sommeil, on éprouve parfois le besoin de se rafraîchir la mémoire... Rassuré par la lecture d'une adresse hâtivement griffonnée sur la feuille de garde, l'homme se décida brusquement, co mme s'il venait tout à coup d'assigner à sa vie un but précis, et il demanda l'heure à une femme qu'il rencontra au coin de la rue.
Il se redressait progressivement, à mesure que la confiance renaissait en son cœur ; sa silhouette paraissait plus jeune, plus virile aussi ; tandis que ses lèvres minces, crispées en une moue narquoise, exprimaient une satisfaction ironique.
Alors, pour chasser l'odeur de la prison qui lui remplissait encore les narines, il pénétra délibérément dans la boutique d'un coiffeur : une lotion violemment parfumée mettrait définitivement en fuite le relent des désinfectants administratifs !
Ainsi, la parenthèse serait définitivement close ; une longue parenthèse de six années de vie végétative, passée suivant le rythme d'un horaire immuable excluant systématiquement toute velléité de fantaisie.
Cependant, confiné entre les quatre murs de sa cellule, André Courtois n'avait pas perdu son temps ; il avait fait le point sans e ssayer de se dorer la pilule, en toute objectivité. Soixante-douze mois de congé payé lui avaient permis de réviser son échelle des valeurs tout en perfectionnant ses procédés.
L'État offre ainsi des vacances périodiques aux délinquants dans le but de les inciter à se replier sur eux-mêmes. Le récent libéré s'était conformé à la tradition, mais pas un seul instant l'idée saugrenue de deveni r un honnête homme ne lui avait effleuré l'esprit : il s'était contenté d'ana lyser ses erreurs, s'efforçant de trouver remède à chacune de ses faiblesses professionnelles.
Lorsque l'on a une réputation à soutenir et que l'o n porte dans le milieu le sobriquet glorieux de « Dédé l'Escamoteur », pas question de changer de métier : noblesse oblige !
En quittant le salon du Figaro, le cambrioleur répandait un parfum agressif, qui laissait flotter derrière lui des traînées d'ambre musqué, évocatrices de voluptés orientales et de moukères dansant au son des derbou kas. Rien d'étonnant, d'ailleurs, puisque l'étiquette du flacon portait ce mot magique : « Harem… ».
Pour beaucoup de détenus, la libération pose d'épineux problèmes : il convient de se créer des relations utiles, trouver un gîte, s'assurer des moyens d'existence réguliers, destinés à servir de paravent à d'autres activités moins reluisantes ; en un mot, il faut s'adapter à une situation nouvelle, avec tous les soucis qu'elle comporte.
Les étoiles de première grandeur au firmament de la pègre évitent généralement les écueils de ce genre ; or, Dédé app artenait à cette élite. Il connaissait les ficelles du métier, et en dépit de sa claustration temporaire, il avait entretenu une correspondance suivie avec l'extérieu r, grâce à de ténébreuses complicités, largement rémunérées du reste.
Afin de reprendre contact avec le vaste monde, il c ommença par donner un coup de téléphone à Lily ; avec tout le tact désira ble bien entendu, car sa correspondante était femme de chambre chez la baron ne de Thouars. Puis il s'accorda quelques instants de détente et il se ren dit dans le quartier des Halles, au Bar du Pélican, dans l'intention de serrer la ma in de son vieil ami Nestor, persuadé que, là aussi, il apprendrait de réconfortantes nouvelles.
L'accueil fut éminemment chaleureux : claques dans le dos, bouteille de vieux
marc, cigares belges. Et après les félicitations d' usage, le tenancier du bistrot délégua ses pouvoirs à Madame son épouse, entraînan t son copain à la cuisine afin de discuter affaires dans le calme et le recueillement.
— Tu n'éprouveras aucune difficulté à te remettre d ans le mouvement ! déclara-t-il en désignant à son hôte un fauteuil garni de coussins de cretonne. Tu as du pain sur la planche, mon gars : la grosse gal ette t'attend si tu ne t'es pas rouillé dans la grande maison ! Lily t'a préparé un boulot du tonnerre !
— Cette petite est une véritable mine d'or ! Je vie ns de lui téléphoner, et elle m'a donné rendez-vous ce soir, chez Tonio.
— Tant mieux ; elle a fait huit ou dix places penda nt ton absence ; toujours chez des rupins. Certificats épatants, naturellement ; je n'ai pas besoin...