//img.uscri.be/pth/39e663f0de370aa338edd3370e39b2e4d5e63f15
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 9,99 € Lire un extrait

Téléchargement

Format(s) : EPUB

sans DRM

Queue-d'âne

De

Queue-d'âne "C'est rare qu' j' désabuse. J' sus un homme d'appétit, moi Bérurier. Une bouteille m' donne soif, un lit sommeil, et une femme le tricotin. Aussi quand j' commence à m' poser des questions, à penser, quoi, disons-le, y a qué' qu' chose qui carbure mal."
Ça carbure si mal en effet pour ce pauvre Béru, menacé d'une mort imminente, qu'il entreprend, devant un magnétophone, une confession destinée à Marie-Marie.
En évoquant les picaresques souvenirs qui l'ont marqué, il aborde, avec son bon sens de brave homme, les sujets les plus divers. Tout y passe : la vie et la mort, Dieu et la religion, la politique et les politiciens, le France et les Français ... et la bouffe et la baise. Surtout la baise !
Mais pourquoi Queue-d'âne ? Devine...





Voir plus Voir moins

Vous aimerez aussi

couverture
SAN-ANTONIO

 

 

QUEUE-D’ÂNE
ou la vie sexuelle de Bérurier
Roman

 

 

 

FLEUVE NOIR

Je tiens à déclarer ceci :

Seuls, les imbéciles sont « choquables ». Riche de cette certitude, j’appelle un chat une chatte.

Et Bérurier « Queue-d’âne » !

San-Antonio

PREMIÈRE BOBINE
– FACE 1 –

Cinq, trois, deux, quatre, zéro… On va voir si ça fonctionne, ce fourbi. Je crois que c’est ce bitougno qui renroule. On va toujours ess…

 

Ben ça m’a l’air corrèque.

Allez : faut qu’j’usine…

 

Allô ! C’est tonton Béru qui t’cause, Marie-Marie. Juste avant de clamser. J’eusse pas trouvé ce mégalophone à portée qu’on se quittait sec, en silence, vu qu’écrire, en ce dont il me concerne, c’est pas mon fort. S’agit pas d’un manque d’instruction de ma part, note bien, c’serait malheureux, mais j’fatigue vite du poignet si tu te rappelles ? Des doigts, aussi. Ça m’a toujours gêné dans le rédigement de mes rapports ; et de ce fait nui à mon avancement. Moi, garder les salsifis serrés autour d’un manche de plume, en moins d’deux j’ai la pogne glacée et les idées qui coagulent, esplique comme tu pourras. Or, on vit une époque basée sur les grands mots. Personne n’lit plus, mais le monde continue d’appartiendre à ceux qui scribouillent et causent comme des livres chiants. La culture, ça s’appelle. Avec un « Q » majuscule. Moi, y a lulure que j’ai pigé ce qu’elle rime, leur culture, mouflette. La culture, vois-tu, c’est de connaître seulement cent mots de plus que les autres. Cent mots, et rien de mieux, parole !

 

J’te cause, en c’moment, pour deux raisons.

Primo, parce qu’on va me buter dans pas longtemps ; deuxio, parce que ça me ferait chier d’aller aux charançons sans t’avoir passé le flambeau. Je dis flambeau, faute de trouver mieux. Le flambeau de ma vie, somme toute, avant qu’y s’éteinde. Mettons que je te jacte une sorte d’espèce de testament. Oh, pas un testament espirituel, que non ! L’espirituel, c’est bon dans les banquets, quand t’as fait ton plein de super croque et que tu sais plus quoi branler en attendant de filtrer. Non, ce que je voudrais, c’est te parler honnêtement. Surtout t’hâte pas de me traiter de vieux nœud devant ce langage que j’t’ai pas habituée. Pour mézigue, être honnête, c’est pas av’c les autres, mais av’c soi-même personnellement. Car, si tu seras honnête visse à visse de toi, tomatiquement y aura des retombées sur les frometons qui nous entourent. De mon avis, honnêteté égale bon sens. Le drame des temps actuellement présents, c’est qu’les gens ont t’honte de leur bon sens et lui ferment la gueule d’autor. Ils ont décidé qu’y f’sait vieillot, comme si on mettrait une redingote de nos arrière-grands-vieux pour sortir en ville. Alors, ces pommes, ils essaient de faire sans. Et du coup, ils avancent à cloche-patte. À l’estrême rigoriste, on peut s’passer de la morale, assez chiante certains jours, je disconviens pas, mais on n’peut pas se passer de bon sens. Un julot sans son bon sens, c’est une boussole sans son nord, est-ce que j’me fais bien piger ?

 

J’te disais qu’on va me buter d’un instant l’autre.

C’est toute une histoire.

Te la raconter, j’me demande si ça serait pas une perte de temps dans ma situation, d’autant qu’tu la liras dans les baveux d’un d’ces jours. Seulement, dans les journaux, fillette, tu trouves de tout sauf la vraie vérité vraie. Leur vérité, aux canards, elle poisse toujours un peu les doigts, tout comme l’encre qu’ils sont imprimés. Ça provient, tu sais quoi ? De c’qu’on les achète, tout culment. Du fait qu’ils doivent être vendus, ils ne peuvent pas garder la liberté de leurs arbitres, les pauvres ! Y a toujours Pierre, Paul, Jacques qu’ils doivent penser, ménager, tenir compte. La chierie humaine, c’est qu’il te faut, à peine sorti de la coquille, songer à te rendre achetable. À ce compte-là, tu tournes pute, doucettement, que t’aies ou non la convocation pour l’être. Tu sais, Marie-Marie, le monde n’est qu’un grand bordel où naissent des enfants. La perspective que t’es au seuil de ce boxon, ma gentille, me cisaille le moral et risque, j’sens bien, de me gâcher ma mort. Et qu’est-ce y a de plus con qu’une mort gâchée pour un bon vivant tel que moi ?

 

La mort, parole de Bérurier, elle n’me file pas le traczir comme à d’aucuns-d’aucunes. Je l’en veux pas d’exister. C’est pas de sa faute, la mort, si p’pa n’a pas su éternuer dans son mouchoir. J’sus sur terre sans l’avoir voulu, j’me taille sans l’avoir voulu, c’est logique, non ? Harmonieux, comme dirait l’Antonio de mes chères deux qui se met toujours le cigare en torche pour esprimer avec des mots que, souvent, on se demande pourquoi. J’étais rien, j’redeviens rien, banco baronne, et bonne continuation ! Finir, selon moi, c’est rejoindre son début, revenir à l’heureux temps que je bringuebalais dans les burnes à mon dabe. On trouverait quoi t’est-ce d’effrayant dans tout ça ? La seule chose qui m’tarabuste, petite, pour t’en revenir, c’est d’me casser avant d’t’avoir terminé l’éducation ; de t’prendre congé sans t’avoir finie, quoi.

D’où c’te bobine de mégalophone qu’enroule mon amour de toi, comme un ruban d’adieu, fifille. Comme un ruban. Et je peux pas m’empêcher de penser à çui qu’tu t’filais dans les tifs, parfois : le bleu. Et ça me fait dans les yeux comme quand j’obstine à bouffer un piment rouge.

Merde !

 

Oui : merde ! Je m’en dédis pas. Du fait que je vais crever, j’entrevois les choses comme jamais encore : sérieusement. Si je m’aurais douté que j’pouvais devenir sérieux un jour ! Elle est raide, celle-là, non ? Tu le connais pourtant, Bon Dieu de bois, l’tonton Béru ? Lui, c’était la fiesta permanente, souviens-toi : rigolade, choucroute garnie, pinard surchoix, cuisses dodues. En somme, j’ai toujours comporté comme un homme, et j’en sus fier. Qu’est-ce j’eusse pu maquiller d’autre, de toi z’à moi ? J’avais des crocs pour jaffer, un gosier pour écluser, un zob pour fourrer (tu vois, je te cause sans tricher, comme si tu serais adulte, mais chez toi l’intelligence remplace l’adultère) et je m’ai donc servi de mes biens naturels. Brèfle : j’ai fonctionné. Juste ça : fonctionné. Le Bon Dieu attendait quoi de plus, sinon ? S’Il joue les guette-au-trou, d’là-haut, Il a pu qu’applaudir l’artiste ; je m’ai inscrit dans la logique des choses après tout. De ses choses à Lui et des miennes. J’ai pas peur de l’dire : je Lui ai fait honneur, parfaitement. A’v’c mon estomac, mes poings et mes couilles. Du moment qu’y m’les avait donnés…

Donc, ma jolie, l’idée de mourir me pousse au retour sur moi-même. Note qu’j’m’étais jamais trop éloigné de mécolle, en fait, Simplement j’ai passé plus de temps à vivre qu’à réfléchir. Et pourtant, des espèces de questions moisissent gentiment dans ma boîte à conneries.

Y n’m’reste pas chouchouille de temps pour y répondre.

Et après tout, oui : le plus simple est que j’te raconte c’qui m’a introduit à testamenter de la sorte.

 

Tout ça a commencé v’là trois jours, comme n’importe quelle enquête dont j’ai eu à procéder.

M’semble vous l’avoir dit, à tante Berthe et toi : le San-A. se trouve en vacances a’v’c maâme sa mozeur. Un bon bout de temps qu’il projetait de la driver dans les mimosas de la Côte, sa Félicie.

Pinuche étant malade, de suroît, je restais seulâbre à l’Agence pour espédier les affaires coulantes. Façon de causer. À part Claudette, not’ escrétaire, j’avais rien à foutre. Seulement, quoi, même une gerce très salope comme cette gonzière, tu peux pas loncher toute la sainte journée, tempérament ou pas.

Quand t’as procédé à la petite pipe du matin, qui éclaircit le cérébral, puis à la belle bouillave digestive du tantôt, ça débouche où, la tringlette ? Je parle de la frottaille sans amour, quand t’est-ce le cul n’est qu’une question de peau. Puisque j’sus t’obligé de d’t’causer maintenant comme je t’eusse causé plus tard, je dois te confier une chose familiale historique, môme : j’sus chibré comme pas grand monde d’autre. Rougis pas en m’entendant ces mots, tu comprendras un jour leur importance. Quand tu plongeras dans la paferie, tu sauras vite que la zézette est une baguette magique qui permet de baths réalisations sur l’plan humain. Tout jeune, dans la petite classe de Saint-Locdu-le-Vieux, je sortais ma queue en échange de rouleaux de réglisse. Y voulaient tous la voir, mes disciples à la con ; certains payaient plus cher pour la toucher, un peu comme s’ils y auraient pas cru. Et à présent encore, j’m’demande à quoi ça correspondait c’besoin qu’ils ressentaient de me visionner Coquette. Dans le fond, ça devait plutôt leur faire de la peine de me voir ainsi chibré féroce, avec un goumi de légionnaire, alors qu’y s’trimbalaient des virgules dans leurs petits bénouzes. Pourtant, y z’étaient fascinés comme qui dirait. Ils regardaient sans causer, en riant un peu de gêne, et y respiraient mal, comme quand l’inspecteur déboulait à l’improvisation dans not’ école et se mettait à nous poser des questions qu’on se demandait si c’était seulement en français tellement qu’on y entravait ballepeau. Franchement, ma poule, je voudrais pas m’vanter à l’heure de passer l’arme à gauche, mais si tu serais un jour d’aller à Saint-Locdu, en voyage de noces par exemple, cause un peu de la bite à tonton aux melons de ma dégénération, et tu t’sentiras remplie d’orgueil.

 

Bon, je m’écarte. Mais c’est tant mieux. Les zigs qu’ont un vif du sujet et qui restent à cheval dessus ne vont jamais bien loin. Moi j’me laisse aller devant c’te petite grille noire du mégalophone en regardant tourniquer le ruban. Dans le fond, lui il s’enroule, et c’est moi que je me déroule. On se transvase, quoi. Je te livre tout en vrac, t’auras le temps de trier ; moi j’l’ai pas.

 

Pour t’en revenir, le cul…

Eh ben le cul, c’est la grande messe de l’amour quand tu aimes. Sinon c’est juste un moment de plaisir. Entre une bouteille de juliénas et une pipe, tu la vois, la différence ? Sinon que la boutanche te fait plus de profit ? Pointer pour seulement régaler la viande, je vais te dire : c’est pas très malin. À preuve qu’ensuite d’après tu te sens tout pomme av’c ton panoche fané. Ainsi, pour ce qui est de ma part, gamine, sache que bouillaver Berthy ou bouillaver un aut’ brancard ça fait deux. Quand c’est ma Berthe que je passe à la casserole, y m’vient la sensation, en calçant, que j’fais des sortes d’éconocroques. Un peu comme j’gérerais ma fortune, tu saisis bien l’mordant d’la chose ? Je capitalise. Quoi ? Mystère et bullgum. Sont-ce des sentiments ? Probab’, parce que du foutre je verrais mal ce dont ça correspond ; à moins de monter une suc-cure-sale de la banque du sperme ; mais j’serais pas capab’ de la gestionner. Donc, applique-toi à toujours baiser av’c amour quand ton moment viendra. Paye-toi juste de menus estras temps à autre, manière de constater la différence, en t’gaffant de pas en prendre l’habitude.

À ce propos, y a un truc que j’insiste énergétiquement, ma loute : sèche tes cours d’éducance sexuelle. J’sus pas bachelier, ni même brevetier, en tout cas, sur la tête de la mémoire à ma mère – et j’plaisante jamais sur ce sujet – je peux te dire que rien de l’amour n’saurait s’apprendre ailleurs que sur l’tas. Personne, aussi viceloque soye-t-il, n’a jamais biché son panard au tableau noir, en f’sant des graffitis.

Enseigner l’amour aux mômes est une pure dégueulasserie. Le moment de tremper v’nu, il leur reste quoi, aux jeunes gens et filles ? Y z’ont l’impression de faire une composition.

Plus loin, j’te raconterai mes espériences privées personnelles ; en admettant que j’eusse le temps d’aller plus loin.

 

Cette dérive juste parce que j’te disais que j’restais seul à l’agence av’c la Claudette et qu’après y avoir pratiqué les bonnes manières zusuelles je me tartais comme un croûton de pain derrière une malle.

Un matin, v’là le biniou qui carillonne. Je décroche : c’était le Vieux. Tu m’as souvent entendu au sujet de son propos à ce catafalque ambulant. Je vous l’ai dit répété cent mille fois et mieux l’à quel point il est grincheux, rouscailleur et pédant, ce sale corbaque déplumé. Jamais content, toujours à te reprendre pour ceci-cela et autre. L’œil comme un cube de glace en train de fondre dans un vouisky, la voix à te guérir l’hoquet le plus tenace, et des rebufferies à n’en pas finir. Le nombre de fois qu’il a failli m’faire étrangler en me surprenant en plein casse-graine dans mon burlingue lorsqu’il me surgissait à l’improvisation sur le paletot ! Charogne, va ! Tu vois : c’t’une des personnes que j’regretterai le moins en dessoudant. M’a trop humilié, des années durant. « Bérurier, ça vous ennuierait de changer de cravate, la vôtre n’est qu’une cascade de jaune d’œuf. » Ou bien : « Je sais que vous affectionnez les liaisons, Bérurier, hélas, les vôtres sont par trop dangereuses. » Et tout à lavement av’c ce Clemenceau de poulailler. Un accidenté d’la culture, quoi ! Les mecs qui font leur vie avec la grammaire et les belles manières sont tous des sales cons, la vie m’a appris. J’ai jamais compris qu’l’Antonio aye un faible pour lui dans l’intérieur de son fort ; qu’y s’laisse impressionner par le théâtre de ce vieux guignol mal luné. Depuis qu’on a monté c’te combine d’Agence faussement privée, note qu’on était à peu près peinards. Y s’contentait de surviser de loin, le teigneux ; de nous bafouer par téléphone, or faut si peu de chose pour couper une communication.

Et v’là sa voix façon pôle nord qui me dégouline dans la trompette d’Eustache.

Et ça fournit à peu près ceci :

– Quoi de nouveau, Bérurier ?

– Heu… pas grand-chose pour le moment, m’sieur le directeur.

– Effectivement, vous avez le ton d’un oisif, mon cher. C’est mauvais pour la forme. Un policier doit sans cesse faire des gammes, tout comme un pianiste. J’ai présentement sur les bras une affaire très grave et très préoccupante sur laquelle mes bonshommes piétinent ; j’aimerais que vous vous en occupiez officieusement, vous qui êtes un marginal.

Un marginal !

C’est quoi, au juste, un marginal, Marie-Marie ? Ça me plairait que tu mates sur le dico. À ce propos je te signale que, depuis qu’t’as abandonné le piano, j’ai prêté le gros Larousse que tu t’assoyais dessus à Mme Frusque, notre voisine de palier, qui s’est lancée dans l’mot croisé conséquemment à son veuvage.

 

Non, marginal, j’vois pas, mais tel qu’il me l’a balancé, j’ai pigé qu’ça n’devait pas être spécialement gentil. Je passe l’outre n’voulant pas faire des vagues inutiles.

– De quoi s’agite-t-il, m’sieur le directeur ?

– L’affaire Martin Martin…

– Le député assassiné ?

– Exaguete, Bérurier. Il a été abattu en sortant du théâtre, un soir de la semaine dernière. Quatre balles dans le dos au moment où il s’apprêtait à monter en voiture, vous avez dû lire la chose dans votre journal.

Son ton, en médisant « vôôôtre » journal. On sentait bien qu’on n’lisait pas le même, moi et lui.

– J’l’ai pas lu, mais j’en ai entendu causer à la tévé, m’sieur le directeur.

– Alors, étudiez-moi ce dossier.

– Où que j’dois le prendre ?

– Quoi donc, Bérurier ?

– L’dossier ?

– Nulle part, c’est une image. Vous démarrez à zéro ; tout neuf, comprenez-vous ? Et discrètement. Je vous veux occulte.

S’il m’veut occulte, y m’aurait !

 

J’envoye la Claudette acheter les torchifs où qu’ça racontait en détails le meurtre du député, et j’m’ sers un wouisky pour mieux davantage m’recueillir, bien préalabler avant de plonger sur cet os.

J’sus pas fana du wouisky, t’auras observé, gosse. Pour moi, c’est quasiment un remède. Juste c’que j’lu reconnais, c’est d’éclaircir les idées, le wouisky. J’comprendrais qu’on le vendasse sur ordonnance et qu’y soye remboursé par la Sécurité. La seule vraie boisson, cherche pas, c’est le picrate. Le vin, Marie-Marie, le cher vin. Voilà pourquoi j’ai du respect pour tous les pays qu’en produisent.

La flotte, c’est fait pour naviguer et s’laver le fion, deux points, c’est tout ! Alors, j’te recommande : bois du rouquin, ma chérie, et t’apercevras qu’y a pas meilleure façon de faire sa prière.

 

Ainsi donc, la Claudette revient av’c les baveux dont il me fallait pour capituler l’affaire. Ce Martin Martin, il n’eusse point été scrafé qu’on n’aurait causé de lui qu’dans le Vermot à la liste des députés. Député de Paris, pour comble. Un anonyme, comme qui dirait. Ancien radical relégué à la Majorité. Y fut trois heures ministre de la Marine Marchande sous la Quatrième. Il a un grand fils marié, et médecin. Une fillette d’un second mariage av’c sa escrétaire, car tu peux pas savoir l’à quel point que ça s’épouse en secondes noces, une escrétaire. Si t’aurais le vouloir de marier un riche chmol, mets-toi escrétaire, ma mignonne ; loque-toi de feurst couality et joue les bêcheuses pudiques. T’restera plus que d’attendre que ça biche. La présence continuelle d’un jupon, à moins qu’il s’agirait de la pire tarderie, je défie un mironton d’résister longtemps. Ça lui énerve le sensoriel, tu comprends ? Au début, il essaie de s’permett’ des primautés, des charres, des gaudrioles, c’est le moment que la moukère doit chiquer à la fille-sérieuse-qui-crèche-chez-sa-vieille-et qu’a -un -n’idéal -trop -élevé -pour -s’laisser -calcer -sur -un -burlingue. Pour lors, le patron grimpe en mayonnaise. Il décarre dans les cadeaux princiers, les invitations chez Maxim’s, les bisous au bout des jolis doigts fuselages. T’reste plus qu’à le ferrer des miches, un soir d’après champ’, de première, sans chialer ta peine. T’y vas à l’envapage, mômaque. L’abandon de l’instant, biscot les violons et les vaperies de l’alcool. Sors-lui le grand jeu aux brèmes biseautées. Tu te le gloutonnes dans le style égarement de mes sens qui font relâche de trop d’excitation. Le grand don de mon corps z’en folie ! La lyre, le big soleil ! Feu au cul à volonté ! Que ça lui court-jute le mental et la glandaille, pareillement. File-le sur les rotules, vides-y les rognons, démantibule-z’y la fougue plumardière. Que ça devinsse une carpette, t’entends, fifille ? Un vrai paillasson mouillé. Et alors, dès l’lendemain, tu t’reprends, comme disent les bouquins de grand-mères. La démission, très sèche : « Vous, z’un homme marié, m’embraser la cressonnière pour ensuite profiter de ma faiblesse ! Adieu, j’me retire de c’monde de perdisance, je m’engage nonne au Caramel, je vais en Alaska soigner les lépreux, fourbir les paturons aux vieillards dans les hostos d’Afrique, tout ça… » Si tu sais bien piloter ton kroumir, j’lu laisse pas six mois qu’il introduise une insistance en divorce pour te driver, tout chaud tout bouillant, à la mairie de son arrondissement. Plus ils sont riches, plus ils sont faibles du palpitant, ces loquedus, ma grande. Un gonzier qui se croit fort est toujours faible. Sa force ne lui vient que de sa prémonition sociable, c’est dire qu’elle équivale à zéro virgule zéro. Basée sur le bazar habituel des truqueries à la bouffe-moi-le-zob. L’homme qui se promeut s’en va de la vie véridique. Suffit de tortiller un peu des meules devant lui pour que pète son disjoncteur et qu’il surchauffe.

 

Pour ce Martin Martin, ç’a été ça : l’escrétaire zélée, ensorceleuse, à jupe fendue sur le côté. La collaborateuse indispensable que t’installes d’autor dans tes meubles. Une fois devenue maâme Martin, changement de décor. Bagouze au doigt, la v’là patronne ! C’est elle qui fait chier le cheptel, pour lors. Y a pas pire engeance que les troufions promotionnés générals. Et comme, au surplus, cette vache à pédale connaît tous les p’tits secrets du gus : ses anciennes gerces, ses pots-de-vins, ses chetouilles, ses mauvaises r’lations, il est coincé définitif, le malheureux. Peut plus remuer un poil sans qu’elle monte à l’essai, la gourgande ; te le drive d’une main ferme. N’a seulement plus besoin de loncher avec. Lui pond un chiare pour se postuler la dynastrie, juste. Qu’alors, cette crèpe Martin adulée du peuple se refuge entre d’aut’ cuissots compatissants. Dans l’eau-cul-rance celles d’une actrice un peu tapée, la Betty Rosier, que tu lis son blaze en province perdue, sur les affiches des tournées Dupaf pour qui elle interprêtre « Poil de Betterave », de Jules Corbeau, ou « La Biche en Voyage », de Monsieur Perrichon. Y achète fourrures, bagnoles, robes et bijoux, payés par la caisse du parti à son fourreau d’s’cours. Bonne guerre. Toujours été et sera toujours, tant que le monde sera con, donc monde. La vie…

 

Curieux que j’t’esplique Martin Martin en ce moment. Attends. y m’semb’ qu’on vient…

 

Non, c’était le vent.

J’ai z’eu chaud de ne pas pouvoir finir.

Mais en fait, finir quoi-ce ? Et à quel quoi bon-ce ? Est-ce que tu seras-t-il plus avancée une fois que j’t’aurai bien vidé mon cœur à la louche, et ratissé le fond de mes âmes pour crépir la tienne, mon enfant ? J’voudrais tant et tellement ! À cette minute, tu sais, ma Musaraigne bleue, je revois tes petites taches de rousseur qui brillent au soleil, autour de ton nez, et je me sens tout chaviré, ma gosse, tout chaviré par ce bonheur qu’on a z’eu et que j’te laisse finir seule av’c ta tante Berthe. J’le vivais sans savoir, comme si ce serait été naturel qu’on s’aimasse et qu’tu fusses gentille. C’est à présent que j’comprends. Alors, la seule chose que je peuve faire, c’est de bien t’esprimer, escrupuleusement tout ce qui me passe par la tronche. Tout, comme ça se présente. D’ailleurs, j’ai jamais eu d’ordre.

 

Et puis, Martin Martin, bon. Son bigntz de député. Ses présidences. Ses r’lations publiques et privées. Les banquets, la chasse, le golf pour les journaleux. C’est huppé, comme sport, le golf. Le mironton qui quinquage, fissa il s’inscrit à Saint-Nom-la-Breloque, s’harnache pied et cape et se met à n’causer que de trous comme les fabricants de gruyère. Faut une panoplie pour tous les âges. Il accumuloncelle les cartes de membre, les décorations, les résidences s’condaires ou tertiaires. La fin des fins, c’t’un vieux château branlé au fond des campagnes que tu fais rafistoler par les Beaux-z’Arts de l’Hôtel de Ville comme monument hystérique, avec moquette, chauffage au mazout, serrurerie de Bricard. À la santé du contribuable !