R I P: les enquêtes de l'inspecteur Calderon

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 R.I.P, Rescquiescat In Pace, trois initiales terrifiantes à l’ordinaire, qui revêtent un caractère inacceptable lorsqu’elles noircissent une couronne mortuaire, posée sur les tombes de nouveau-nés assassinés. Dans cet opus, Alessandro Calderon, lieutenant de police à la Brigade Criminelle de Lille, est confronté au plus cruel des actes de barbarie, le meurtre d’enfants innocents. Flirtant avec les limites de la loi, luttant contre l’influence des puissants, le plus célèbre des flics siciliens fera tout, pour que justice soit faite. « L'idée est de créer un univers » celui de cet inspecteur à la brigade criminelle de la PJ de Lille. Un inspecteur (Calderon), qui mène son introspection. « Et contrairement à ce qu'on a l'habitude de lire ou de voir, il suit le chemin inverse d'un flic classique : il est dépressif et alcoolique, et après, ça s'arrange. »  • A.-S.P. La Voix Du Nord

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Date de parution 01 décembre 2012
Nombre de visites sur la page 26
EAN13 9782359623628
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,005 €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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Frédéric Coudron

RIP

Thriller

ISBN : 978-2-35962-362-8
Collection Rouge
ISSN : 2108-6273

Dépôt légal décembre 2012
Création epub : Lydie Itasse
©couverture Hubely
©2012 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction intégrale ou
partielle, réservés pour tous pays.

Corrections établies par Martine Allimant

Frédéric Coudron

RIP
Thriller
©Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction intégrale ou partielle,
réservés pour tous pays.
Éditions Ex Aequo
6 rue des Sybilles
88370 Plombières les bains
www.editions-exaequo.fr
www.exaequoblog.fr

Dans la même collection

L’enfance des tueurs – François Braud – 2010
Du sang sur les docks – Bernard Coat L. — 2010
Crimes à temps perdu – Christine Antheaume — 2010
Résurrection – Cyrille Richard — 2010
Le mouroir aux alouettes – Virginie Lauby – 2011
Le jeu des assassins – David Max Benoliel – 2011
La verticale du fou – Fabio M. Mitchelli — 2011
Le carré des anges – Alexis Blas – 2011
Tueurs au sommet – Fabio M. Mitchelli — 2011
Le pire endroit du monde – Aymeric Laloux – 2011
Le théorème de Roarchack – Johann Etienne – 2011
Enquête sur un crapaud de lune – Monique Debruxelles et Denis Soubieux 2011
Le roman noir d’Anaïs – Bernard Coat L. – 2011
À la verticale des enfers – Fabio M. Mitchelli – 2011
Crime au long Cours – Katy O’Connor – 2011
Remous en eaux troubles –Muriel Mérat/Alain Dedieu—2011
Thérapie en sourdine – Jean-François Thiery — 2011
Le rituel des minotaures – Arnaud Papin – 2011
PK9 - Psycho tueur au Père-Lachaise – Alain Audin- 2012
…et la lune saignait – Jean-Claude Grivel – 2012
La sève du mal – Jean-Marc Dubois - 2012
L’affaire Cirrus – Jean-François Thiery – 2012
Blood on the docks – Bernard Coat traduit par Allison Linde – 2012
La mort en héritage – David Max Benoliel – 2012
ACCENTS GRAVES – MARY PLAY-PARLANGE – 2012
7 morts sans ordonnance – Thierry Dufrenne – 2012
Stabat Mater – Frédéric Coudron –2012
Outrages – René Cyr –2012
Montevideo Hotel – Muriel Mourgue –2012
Séquences meurtres – Muriel Houri –2012
La mort à pleines dents - Mary Play-Parlange – 2012
Engrenages – René Cyr - 2012
Hyckz – Muriel combarnous - 2012
La verticale du mal – Fabio M. Mitchelli – 2012
Prophétie – Johann Etienne – 2012
Léonis Tenebrae – Jean-François Thiery – 2012
Hyckz – Muriel CVombarnous – 2012
IMC – Muriel Houri - 2012
Crocs – Patrice Woolley – 2012
RIP – Frédéric Coudron - 2012


Du même auteur
Dans la même collection

Stabat mater – 2012
Requiems - 2012S o m m a i r e


1

Nouveau-nés


Par un beau dimanche de novembre, nous avions décidé d’annoncer la grossesse
de Mallory chez « Karine et Pin », un bar-restaurant de Saint-André-Lez-Lille. L’enfant
qu’elle portait devait être le symbole de l’amour qui nous unissait depuis deux ans. Il
n’était pas évident tous les jours de travailler ensemble, mais nous parvenions plutôt bien
à séparer notre vie de couple de nos prérogatives d’inspecteurs à la PJ. Elle avait réussi
à faire de moi un homme que je commençais à apprécier. Moi, Alessandro Calderon,
éternel célibataire aux nombreuses addictions passées, j’allais devenir père. Pour
l’occasion, la patronne avait fermé l’établissement qui nous était donc entièrement
réservé. Tous nos amis et collègues étaient présents. Même mon père, ancien
commissaire à la criminelle, récemment marié à Viviane, avait fait la route depuis la
Somme pour se joindre à nous. Alors que nous nous installions à table, je reçus un texto
sur mon téléphone portable :
« Découverte de plusieurs cadavres dans le canal de Roubaix au droit du Lieu-dit
Grimonpont. Présence de toutes les équipes d’astreinte exigée. »
Notre petite fête allait devoir attendre. Avec les collègues présents, nous nous
mîmes en route vers la scène de crime. Dans la voiture nous y amenant, l’ambiance était
toujours légère, exaltée par les reliquats de l’alcool consommé au bar. Ma future
paternité faisait l’objet de plaisanteries convenues de mes collègues, surtout des plus
anciens, témoins de mon immaturité passée. Nous ignorions ce qui nous attendait.


***


À deux pas de « la Guinguette » de Leers-France, un pont franchissait le canal de
Roubaix. Vers 21heures, un homme qui y promenait son chien avait repéré dans l’eau
des emballages plastifiés, coincés dans un embâcle formé par des branches d’arbres et
desquelles il avait vu une petite main dépasser. À notre arrivée, les gendarmes avaient
déjà sorti ces sacs de l’eau et, munis de gants et du matériel stérile adéquat, les avaient
ouverts pour y découvrir huit cadavres de nouveau-nés, dans un état de décomposition
avancée et une quinzaine de carcasses de lapin. Certains enfants avaient été
partiellement dévorés par les rats ou les poissons, d’autres n’avaient même plus d’yeux.
Les orbites laissées vides amenaient un côté diabolique et terrifiant aux visages des
petites victimes. De mémoire de flic je ne me souvenais pas d’avoir été le témoin d’un
spectacle aussi perturbant. Même Milou, mon collègue et vieil ami, qui possédait
pourtant une grande expérience des scènes de crimes, était pris de nausées. Personne
ne parlait, chacun de nous était profondément choqué par ce qu’il voyait. Je m’allumai
une cigarette pour m’évader un instant et atténuer ainsi le sentiment de dégoût qui
m’avait envahi, en vain. La fumée, complice nocive de ma tristesse, m’arracha une larme
des yeux. Par chance, j’avais demandé à Mallory de rester dans la voiture. Elle était
enceinte, mieux valait lui épargner ce type de vision macabre. L’odeur était réellementpestilentielle. Paul, notre scientifique du laboratoire, allait devoir se charger des
autopsies et cette perspective ne le réjouissait guère.
— Il faut les emmener le plus vite possible, Aless. Leur état de décomposition est tel
que chaque minute compte pour espérer trouver des indices sur les corps.
Étant le plus gradé sur le site, j’avais ordonné que les cadavres fussent emmenés
sur le champ au laboratoire central, dans un fourgon, que nous suivîmes en cortège.
Mallory qui m’accompagnait dans notre voiture de service était très perturbée, même si
elle n’avait rien vu de la scène. Elle portait la vie en elle et le fait d’imaginer des bébés
morts devait donc avoir une résonnance toute particulière en elle.
— Qu’avez-vous vu exactement, Aless ?
Je n’osai pas entrer dans les détails, de peur de la choquer davantage.
— Huit cadavres de nouveau-nés. Cela n’était pas beau à voir.
— Quel âge avaient-ils approximativement ?
— Vu leur taille, je pense qu’ils avaient un mois tout au plus.
— Était-ce des garçons ou des filles ?
— Uniquement des garçons…
Par une question très simple, Mallory venait de mettre en évidence un élément
important qui avait échappé à tout le monde, les huit bébés étaient des garçons, ce qui
n’était probablement pas un hasard.
— De quelle race ?
— Tous des blancs, mais l’état de décomposition des corps peut nous induire en
erreur sur ce point…
— Portaient-ils des vêtements ?
— Non, ils étaient complètement nus…
— Pas de bracelet autour du poignet ?
— Non.
— Cette histoire est vraiment bizarre.
Une fois notre courte conversation terminée, un silence pesant s’installa dans la
voiture.


***

Planté devant mon ordinateur, j’essayai de n’oublier aucun détail. Par expérience, je
savais que, parfois, ce qui pouvait paraître anodin était en fait capital. Je notifiai
minutieusement l’heure de la découverte des corps, le type de sacs-poubelle dans
lesquels ils étaient emballés et même la race du chien du promeneur qui avait fait
l’horrible découverte. Rien ne devait être oublié. Je m’aidai des photos que nous avions
prises sur le site et des annotations que j’avais écrites dans mon petit carnet à spirales.
Mon rapport était presque terminé et le jour commençait à poindre lorsque Philippe, un
collègue, entra dans mon bureau.
— Salut Aless !
— Bonjour Phil, comment vas-tu ?
— Cela pourrait aller mieux. Je n’arrive pas à y voir clair dans mon enquête sur les
jeunes filles disparues. Et toi ?
— Je n’ai pas dormi de la nuit. Nous avons retrouvé des cadavres de nouveau-nés
dans le canal de Roubaix.
— Des nouveau-nés ?
— Oui, la scène était insoutenable.
— Veux-tu un café ?
— Pas de refus. Combien de filles sont portées disparues, déjà ?
— Six.
— As-tu une piste ?
— Pas grand-chose. Nous avons juste pu établir un profil commun des victimes.
Elles appartiennent à des milieux défavorisés. Certaines d’entre elles sont Françaises et
Rmistes, les autres étrangères, russes ou roumaines et installées dans la région depuis
très peu de temps. Elles sont toutes très belles, blondes et très jeunes, la plus âgée
ayant vingt et un ans.
— Cela sent le réseau de prostitution, non ?
— Oui, c’est de ce côté que nous enquêtons, mais cela n’a rien donné pour le
moment.
— J’ai un ami à la Mondaine à Paris, tu devrais peut-être l’appeler. Il connaît le
milieu parfaitement et pourrait t’être de bon conseil.
— Pourquoi pas, as-tu ses coordonnées ?
— Je dois les avoir dans un de mes tiroirs de bureau… Tiens. Appelle-le de ma part.
Je tombais de fatigue après cette nuit blanche et je rêvais d’aller dormir lorsque le
commissaire Valembois fit son entrée dans les bureaux. Fraîchement arrivé à la tête de
nos équipes, en remplacement de Joseph Prato qui avait fait valoir ses droits à la
retraite, il voulait marquer le changement. C’était donc une période difficile à vivre pour
nous, pauvres petits subordonnés.
— Calderon, j’ai appris pour les nouveau-nés ! Pourquoi ne m’avez-vous pas
prévenu immédiatement ?
— Désolé, j’ai cru bon de ne pas vous réveiller. Votre prédécesseur détestait cela.
Je viens de terminer la rédaction de mon rapport et j’allais vous le soumettre, dès votre
arrivée.
— Vous avez mal cru ! C’est inadmissible ! En pareil cas, je dois être informé
séance tenante ! Est-ce bien clair ? Donnez-moi votre torchon pour que je le lise !
— Tenez.
— C’est trop succinct. Je veux un point plus complet sur ce dossier, en début
d’après-midi !
— C'est-à-dire que je n’ai pas dormi de la nuit, je pensais…
— Une nouvelle fois, vous pensez mal !Il quitta mon bureau en claquant la porte d’un air rageur.

2

La coïncidence


Je n’avais pas dormi depuis 24 heures et je commençais à en ressentir les effets.
Le café de Philippe n’avait pas suffi à me sortir de ma torpeur et j’aurais eu besoin d’une
bonne douche. Les paupières lourdes, nerveusement à plat, pris de douloureuses
extrasystoles, je peinais à réfléchir. Mallory, qui venait d’arriver au bureau, avait passé
une mauvaise nuit également, hantée par de terribles cauchemars inspirés par notre
macabre découverte. Nous rejoignîmes Paul et David, nos légistes, au laboratoire. Ils
avaient commencé les autopsies des nourrissons, en compagnie de Milou.
— Avez-vous du nouveau ?
— Oui. Sur les huit bébés, quatre étaient vraisemblablement atteints de déficiences
mentales assez graves. Nous allons pratiquer des analyses qui devraient nous en
apprendre plus sur ce point. J’ai également prévu des tests ADN. Nous avons une seule
certitude, pour le moment : les décès remontent à trois semaines environ, d’où l’état de
décomposition avancée des corps.
— Et de ton côté, Milou ?
— J’ai passé toute la nuit sur les bases de données informatiques françaises et
européennes et je n’ai absolument rien trouvé, aucune disparition de bébé n’a été
signalée.
— C’est bizarre. Pour moi, cela écarte la piste d’un enlèvement ou même d’un
pédophile, sauf si les bébés avaient été abandonnés. L’impression que ça me donne,
c’est qu’on s’est débarrassé de ces nouveau-nés comme de vulgaires ordures, sans
aucun sentiment, à la va-vite.
— Ces enfants pourraient être nés à l’extérieur des frontières européennes et ne
pas avoir été enregistrés dans les fichiers des disparitions.
— Je n’y crois pas trop, David. Pourquoi prendre le risque de franchir les frontières
avec des nouveau-nés pour ensuite s’en débarrasser dans un canal ?
— Nous nous trouvons peut-être face à une filière d’adoption illégale, Aless. Un
voyage qui se serait mal passé aurait pu provoquer la mort des petits.
— Peut-être. Creuse cette piste, Milou.
— OK.
De mon côté j’avais décidé de retourner sur la scène de crime avec Mallory. Les
sacs-poubelle étaient bloqués dans le sens du courant, juste avant le pont de la
Guinguette. Ils avaient donc été lancés à l’eau en amont, depuis la berge ou depuis un
autre pont. J’imaginais mal celui qui les avait jetés le faire d’un endroit à la vue du public.
À sa place, j’aurais choisi un lieu désert à l’abri des regards et d’où j’aurais pu mettre les
corps à l’eau et redémarrer immédiatement avec ma voiture. Une rapide consultation
d’une vieille carte IGN que je gardais toujours dans ma boîte à gants me permit de
m’apercevoir que la seule voie circulable, en amont de la rue de Leers où les nourrissons
avaient été repêchés, était l’Allée des Pêcheurs. Il s’agissait d’une petite ruelle en
impasse et bordée de maisons, ce qui n’offrait pas une discrétion suffisante. Je constatai
ensuite, en remontant visuellement le plan vers la Belgique que les chemins de halage
étaient uniquement dédiés aux piétons et aux cyclistes, ce qui ne les rendait pas