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René la frousse suivi de Ne pleure pas ma chérie et Murder included

De
10 pages

3 nouvelles policières :



René la frousse

"Il ne faut pas allumer la lumière, sinon, ils viennent vous prendre. Il ne faut pas faire de bruit non plus à cause de ceux d'à côté."



Ne pleure pas ma petite chérie

On découvre le quotidien difficile d'une famille à travers le regard du père.



Murder included

Atteint d'un cancer, un homme souhaite partir en beauté. Il emmène sa famille en vacances à l'île Maurice pour un séjour tout compris, Murder included.





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René la frousse
suivi de
Ne pleure pas ma chérie
et
Murder included

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René la frousse

Il ne faut pas allumer la lumière, sinon, ils viennent vous prendre. Il ne faut pas faire de bruit non plus à cause de ceux d’à côté. Ils ne savent pas que je suis ici, dans cette chambre. Je marche pieds nus, je fais bien attention de ne rien renverser, de ne rien faire tomber sur le carrelage de la salle de bains, je ne parle pas, je laisse couler l’eau doucement dans le lavabo, je ne tire jamais la chasse.

 

Souvent, je m’accroupis contre la porte et j’écoute les bruits qui viennent du couloir. J’entends des pas dans l’escalier, des voix de femmes et d’hommes. La porte est verrouillée. Je guette un pas plus feutré, puis le cliquetis de la serrure. Il va venir pour m’apporter du pain et de la soupe. Celui qui me nourrit vient tous les jours. Parfois, c’est un autre. Mais cela n’a guère d’importance. Je ne leur parle pas. Surtout, ne pas faire de bruit.

 

Je me souviens, un jour, il y a longtemps, ils sont venus nous chercher. Toute ma famille. Ils ont renversé des tables et brisé des objets pour nous faire sortir plus vite de l’appartement. Je m’étais glissé entre l’armoire et le mur de ma chambre. Ma mère a eu le temps de jeter sur moi une couverture. Elle m’a dit : « Ne fais pas de bruit, Simon. »

 

Ils n’ont pas regardé sous la couverture. J’ai entendu le bruit des pas précipités dans l’escalier, les cris, les détonations dans la rue.

Je me souviens que je suis resté là longtemps accroupi contre le mur, jusqu’à ce que j’aie faim.

 

Une nuit, comme il n’y avait plus rien à manger à la maison, j’ai ouvert la porte et je suis sorti dans l’escalier. J’ai frappé chez une voisine qui était gentille. Mais elle n’était pas là. L’immeuble était vide. Dans celui d’à côté, j’ai trouvé des gens pour me donner un morceau de pain, un peu de soupe. Puis, je suis retourné dans ma chambre, et je me suis recouché sous mon lit – ma cachette. Parfois, il fait si froid que mes doigts deviennent bleus et mes lèvres dures comme de la pierre.

Un jour, les voisins n’étaient plus là pour me donner à manger. Ils sont tous partis. La ville gronde sous les assauts des canons et retombe en poussière.

 

Je me souviens du silence après la pluie noire. Je me souviens avoir dû quitter ma cachette pour en trouver une autre parce que la fenêtre de ma chambre avait volé en éclats. Je me souviens du bruit timide d’un chariot dans la rue, et de voix claires, de cris de joie. Des gens sont rentrés chez eux, ils m’ont trouvé sous l’évier de leur cuisine. Je me souviens que je ne voulais pas sortir de ma cachette. Ils me parlaient doucement pour ne pas me faire peur. Je suis sorti parce que j’avais faim.

Parce qu’ils avaient eu l’idée de poser un gâteau sur une assiette, devant moi et que pour l’attraper, il fallait que je sorte mon bras. C’est comme ça qu’ils ont réussi à me prendre. Parce que j’avais faim.

 

Je me souviens. Je me souviens très bien… On m’enroule dans une couverture avant de m’allonger sur un lit en fer, à côté d’autres enfants, dans un grand bâtiment aux murs blancs. Je marche pieds nus, je fais bien attention de ne rien renverser, de ne rien faire tomber sur le carrelage, je ne parle à personne, je ne fais pas de bruit.