Requins d'eau douce

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209 pages
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Description

Un corps flotte dans une piscine au vingt-huitième étage d'un immeuble viennois: déchiqueté et unijambiste. Une minuscule prothèse auditive gît au fond du bassin. Aucune piste sérieuse en vue. L'homme aurait été tué par un requin, ce qui ressemble plutôt à une mauvaise plaisanterie. Richard Lukastik, de la police de Vienne, prend les choses en mains. A 47 ans, l'inspecteur passe pour antipathique mais irréprochable, retors et fou. Il se déplace en Ford Mustang or mat, n'écrase jamais ses cigarettes, dîne chaque soir d'une soupe chez ses parents, n'utilise pas de gants au sens propre comme au figuré, admire le philosophe Ludwig Wittgenstein dont il a toujours un livre en poche qu'il ouvre à l'occasion à n'importe quelle page pour trouver un sens à sa journée. L'enquête est à l'image de celui qui la mène : mordante et dubitative. Traduit de l'allemand (Autriche) par Corinna Gepner.

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Date de parution 05 janvier 2013
Nombre de visites sur la page 238
EAN13 9782355360473
Langue Français

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Extrait de la publication
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Requins d’eau douce
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Heinrich Steinfest
Requins deau douce
Traduit de l’allemand (Autriche) par Corinna Gepner
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Titre original Nervöse Fische © Piper Verlag GmbH, 2004, Munich
© Carnets Nord, 2011 pour la traduction française 12, villa CœurdeVey, 75014 Paris www.carnetsnord.fr ISBN : 9782355361012
Dabord Vienne
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Lhomme quiétait le chef leva les yeux vers le ciel. Pen dant trente secondes et plus, il contempla les lourds nuages gris, leur pourtour changeant, l’étirement de petits bras et de tentacules qui s’évanouissaient aussitôt ou se détachaient pour mener, lespace dun instant, une exis tence autonome. Avec les nuagesétait venu un vent frais qui soulageait la ville après quinze jours de chaleurcomme un inhalateur doxygène soulage celui quiétouffe. Ce matinlà, c’était une armée de ressuscités qui se rendait au travail. Une ardeur incroyable, unélan puissant allait marquer tous les faits et gestes du jour. Jour qui diviserait ce mois de juil let torride en un avant et un après. Le lendemain, en effet, allait débuter une nouvelle période de canicule, qui replongerait tout le monde dans unétat dabrutissement, mouvements au ralenti, penséesàmoitiépensées. Mais en ce jour qui avait vu le soleil se lever voilàtrois heures, une fraîcheur claire et vivifiante pénétrait les cer veaux. La plupart des gens enétaient conduitsàcompa rer leurs cogitationsàune chaussureàlacet, laquelle ne montre son utilitéquune fois lacée. Lacer une chaussure : un geste qui peutêtre facile ou pas.
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Complexe laçage : voilàqui résumait sans doute la situation oùse trouvait la bonne douzaine de personnes réunies sur le toit dune tour dhabitation. La plateforme du vingthuitièmeétageétait occupée par lincurvation dun bassin rempli deau,àla longueur délimitée par une balustrade en verre tandis que les côtésétaient abrités par des saillies de façades couleur café. Bassin est un mot trop inoffensif. En réalité, il sagissait dune véritable piscine située sur des hauteurs doùlon avait vue sur presque toute la ville. Mais ce n’était pasàla ville que sintéressait lhomme quiétait le chef. Ni au centre urbain, que semblait bénir la lumière de quelques rayons perçant les nuages, ni aux contreforts visiblesàlouest, qui venaient buter contre des collines boisées. La tête rejetée en arrière, il regardaitàla verticale. Il savourait lair frais comme sil nexistait rien de plus beau ni de meilleur en ce monde. Et du reste,àce momentlà, il ne pouvait rien imaginer de mieux. Les autres, quantàeux, pensaient que Richard Lukas tikétait juste en train de réfléchir. Que son attitudeétait lexpression dune intense rumination. Toutefois, comme une foule de gens attendaient de se mettre au travail, ladjoint de Lukastik approcha son chef par le flanc, humecta ses lèvres dune langue chargée et demanda dune voix assourdie : Que faiton ? Cette tonalitésourde trahissait la dérision. Sans une cer taine dose de dérision, il naurait jamais supportéses nom breuses années de travail avec Lukastik. Il méprisait son supérieur. Sans doute en partie parce quil n’était pas son juvénile collaborateurou du moins un collaborateur plus jeune. Il avait le mêmeâge que Lukastik, quarantesept ans. Ils ne savaient ni lun ni lautre quiétait le plusâgé.
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