Rouge Vaise

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133 pages
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Deux hommes sont assassinés, le visage écrasé, rendus méconnaissables. Tous deux ont reçu un message similaire : « Vous étiez cinq ce soir-là, à présent il faut expier. » L’enquête est confiée au commissaire Séverac, chef du groupe criminel de la PJ lyonnaise. Il découvre que les deux défunts appartenaient à une bande de fêtards inséparables, tous originaires de Vaise, dissoute dix ans auparavant.



S’agit-il d’une vengeance ? Retrouver les survivants de la bande des « cinq gones de Vaise » devient la priorité de Séverac. Une véritable course contre la montre s’engage entre l’équipe de celui-ci et le tueur inconnu...

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EAN13 9782913897694
Langue Français

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Jacques Morize
ROUGE VAISE
Les enquêtes du commissaire Séverac (2)
ISBN EBOOK : 978-2-913897-69-4 ISBN PAPIER : 978-2-913897-50-2
ÉDITIONS AO
Abel Séverac, un personnage !
Du physique d’Abel Séverac, on en sait peu. Il est grand et baraqué, ses yeux sont bleus. Manifestement, ses cheveux ne voient pa s souvent la main du coiffeur, une mèche rebelle retombe obstinément sur son front . Il est dans la cinquantaine, marié à Isabelle, qu’il a connue à la fac de droit, et avec qui il a eu trois enfants, Julie, Céline et Paul. Ce n’est pas un « flic-costard », plutôt un flic de terrain, qui privilégie les fringues pratiques – baskets,docksides, pantalons de toile et blouson – souvent défraîchi es car l’homme n’aime pas fréquenter les boutiques. «vêtu comme l’as deComme à l’accoutumée, le commissaire Séverac était pique. Le cheveu en bataille, les joues mal rasées, une veste informe sur une chemise kaki froissée, ouverte sur un torse délicat ement poilu. Le pantalon de laine [ 1 ] grise faisait des poches aux genoux. Le pli n’était plus qu’un lointain souvenir . » Sur le plan humain, c’est un bourru sentimental, un macho qui aime les femmes avec une légère tendance au don-juanisme. Il parle des « bonnes femmes » et de leurs intuitions, de leur goût pour l’introspection : « Les bonnes femmes sont trop compliquées. Tout le problème est là ! » décrète-t- il volontiers. Mais lui-même fonctionne à l’intuition, au feeling, et s’introspe cte avec régularité. Son amour des femmes le conduit à être dans la sédu ction perpétuelle : «Quand cesserait-il de s’amouracher au moindre sourire ? À quoi correspondait ce perpétuel besoin de séduire, de conquérir ?» se demande-t-il dansLe Diable de Montchat. Il multiplie les aventures féminines, mais à force de considérer « que le cœur et le cul sont des organes distincts chez l’homme », il finit par prendre un carton rouge par sa femme, qui le fout à la porte et entame une procédu re de divorce. Comme souvent, ce malheureux événement survient au moment où sa vi e professionnelle subit un méchant revers : chef de groupe de la prestigieuse brigade criminelle du 36, quai des Orfèvres, il conteste la position prise par le parquet dans l’une de ses enquêtes et a des mots avec un substitut, un soir qu’il a un peu forcé sur la boisson. Il met un terme abrupt à l’entretien par une paire de baffes, après que le parquetier l’a traité de minable. Ses états de service étant ce qu’ils sont, et les p ropos du substitut étant ce qu’ils ont été, on lui épargne le « tourniquet », mais il doit accepter une mutation à la PJ de Lyon. Séverac s’installe donc à Lyon, la mort dans l’âme. Grâce à un héritage, il acquiert un appartement au dernier étage d’un immeuble ancie n, quai Saint-Antoine, sur les bords de Saône. Un duplex avec une mezzanine éclairée par une grande verrière qui donne sur la colline de Fourvière et sa basilique i lluminée. «deux fauteuils crapaudLa tanière était meublée d’un vaste lit ancien, de disposés autour d’une petite table, d’un bureau équ ipé d’unPCet d’étagères chargées de bouquins et deBD. Des kilims couvraient une partie du parquet, le plafond était lambrissé tout comme le seul mur libr e. Un lambris au vernis sombre qui donnait la sensation d’être dans une cabane de trappeur, sensation renforcée par l’odeur mêlée de tabac froid, de feu de bois (la ch eminée du bas qui devait [ 2 ] refouler…), de ménagerie et d’estomac surmené . »
Il va occuper ses premiers week-ends à retaper l’ap part, aidé par quelques potes de passage. Au SRPJ, il prend en main une équipe disparate form ée de trois « bras cassés » qui attendent la retraite, Javelas dit Culbuto (en référence à son rapport taille/tour de taille), Blayeux et Pochet, deux êtres gris à la tr ogne rougie par l’abus de côte du Rhône, et deux jeunots, Annie Sensibon, la trentain e sexy, qui a fait ses armes à l’antiterrorisme, et Nicolas Lesteban, qui débute s a carrière. Ils seront renforcés plus tard par Philippe Corot et Marc Lavenel, des quadra s plutôt insignifiants. Abel va prendre cette équipe comme elle est, et il entreprend de la fédérer. C’est un chef d’équipe exigeant, parfois féroce dans ses jugements, mais qui sait encourager et féliciter. Il développe rapidement un e sorte de tendresse bourrue pour chacun de ses équipiers, avec cependant, une préfér ence pour les deux « jeunots ». Petit à petit, la mayonnaise prend, donnant un grou pe où chacun joue sa partition au bénéfice de la communauté, malgré l’opposition des générations. Pour ce faire, Abel a mis en place quelques rites : la cafetière et les viennoiseries pour les réunions du matin, les repas d’équipe pour fêter les victoires ; repas pris dans un « bouchon », spécificité lyonnaise, où les menus sont très éloig nés des canons actuels de la diététique : cochonnaille, plats en sauce, fromages coulants, le tout arrosé de produits du terroir : saint-jo, mâcon, poire et marc… Car Séverac est un épicurien, il aime le plaisir et la bonne chère. Adepte des « 3 B », en quelque sorte. Avec lui, on visite les tabl es lyonnaises – pas les grandes, il n’en a pas les moyens ni, probablement, l’envie, ma is les tables où il fait bon déguster saladier de museau et gratin d’andouillett e à la crème, pied de porc et tablier de sapeur, saint-marcellin crémeux et cerve lle de Canut. Quoiqu’il fasse des exceptions, lorsqu’il invite son amie, la jeune jug e Malardin, ou qu’il dîne avec l’une de ses conquêtes (mais qui a conquis l’autre ?). Abel a donc rapidement fait son trou à Lyon, intron isé « chevalier de la confrérie des amateurs de beaujolais de la Guillotière ». Cer taines de ses affaires l’amenant à mettre en cause des membres du gratin lyonnais, il noue des liens avec la presse locale. C’est ainsi qu’après des débuts difficiles, il est devenu très ami avec Élodie Pirelli, qui exerce son talent dans un mensuel lyon nais,Lyon Actu, magazine poil-à-gratter. Élodie est une très belle blonde d’une tre ntaine d’années, au caractère affirmé. Elle a des goûts éclectiques et prétend qu e l’homme idéal n’existe pas. Aussi a-t-elle autant d’amants que de qualités rech erchées chez un mâle. Après s’être payée sa tronche dans les grandes largeurs, elle a mis Abel dans son lit, qui ressort de chacune de leurs étreintes « essoré comp let ». Mais pour lui, « Élodie a cette merveilleuse qualité de le faire redevenir un jeune homme ». Au fil de ses enquêtes, il lui refile des tuyaux et elle concocte des articles « dynamite » qui empêchent la hiérarchie judiciaire d’enterrer certa ins dossiers sulfureux. Plus tard, et dans un autre genre, il deviendra pote avec un journaliste duProgrès. Dans le réseau d’Abel, il y a deux autres femmes, q ui l’aident, chacune à leur façon, dans ses enquêtes. Il y a d’abord la juge d’ instruction Justine Malardin, une très jolie jeune femme aux yeux gris, lilloise d’or igine. C’est elle qui instruit les affaires du Diable de Montchat et du Fantôme des Te rreaux. Abel et elle vont devenir une paire d’amis et, même lorsqu’ils ne sont pas as sociés sur un dossier, le commissaire échange avec Justine dont il apprécie l a finesse et la justesse
d’analyse. La juge est surchargée de travail, ne co mpte pas ses heures. Aussi l’invite-t-il à déjeuner ou à dîner aussi souvent q u’il peut, pour lui changer les idées. Il lui fait une cour discrète mais sans espoir : el le sait le tenir à distance avec une fermeté teinté d’amusement. «rN’en parlons plus, Abel. Je reste avec mon ingénieu baladeur et vous restez mon ami, c’est dans ce rôle que je vous préfère. Vous êtes bien trop volage pour moi», lui dit-elle dansLe Fantôme des Terreaux. La seconde femme est commissaire, patronne de la po lice technique et scientifique. Elle est décrite d’une manière défini tive dans le Diable de Montchat : «rgique, qui approchait laLe Commissaire Corchristi était une femme brune éne quarantaine avec aisance. Pas vraiment belle, mais un certain charme. Rien cependant qui soit en mesure de déclencher la fring ale et l’envie subite de la culbuter sur un coin de bureau.» Abel et elle s’estiment, et elle l’aide aussi so uvent qu’elle le peut. Une dernière femme doit être évoquée, qui apparaît dansRouge Vaisedevient et la maîtresse de Séverac. Il s’agit de Catherine Lim preur. Cet extrait duFantôme résume bien le personnage : «Divorcée, mère de deux filles dont elle avait la ga rde alternée, elle avait franchit le cap de la quarantaine sans en avoir à rougir, be lle femme brune au caractère ardent. C’est elle qui avait mis Séverac dans son l it, profitant honteusement d’un moment de faiblesse de sa part. Depuis, ils se voya ient irrégulièrement, toujours à sa demande à elle, se fit-il la réflexion. Ce qui n e le dérangeait pas, n’ayant pas l’envie d’engager une relation suivie.» Voilà pour sa vie lyonnaise. Malgré son exil qui le fait vivre loin de sa famille, celle-ci n’en reste pas moins un élément important pour lui. Il récupère son fiston pendant les vacances scolaires, chargé par l’épouse de le recadrer et le faire bosser. A partir duFantôme des Terreaux, le gamin, un grand adolescent qui approche du bac, est placé en internat dans un établissement ca tholique de Lyon et il passe tous ses week-ends chez son père. Ils partagent des mome nts de complicité, notamment autour de bons petits plats concoctés par Abel, éch angent sur tout et, parfois, se frictionnent. Peu de choses sur les filles d’Abel, plus âgées que Paulo, si ce n’est qu’elles adorent leur père qui le leur rend bien. E nfin, il y a Isabelle, l’épouse. Caractère bien affirmé, comme on peut s’en apercevo ir lorsqu’elle l’invite à passer Noël en famille, à la fin duDiable« : Et qui veux-tu que ce soit ! J’espère que tu es encore capable de faire des efforts pour tes enfant s ? J’en fais bien, moi, en acceptant de t’accueillir.» Après avoir envisagé le divorce, elle y renonce, en partie pour les enfants, aussi sans doute parce qu’elle l’ aime toujours et qu’elle sait que lui l’aime, malgré ses incartades. Mais elle refuse de s’installer à Lyon, trouve un boulot de juriste dans une ONG. Un certain équilibre s’ins talle ainsi, Abel remontant à Paris pour les évènements familiaux, anniversaires, fêtes de fin d’année… Par ailleurs, ils passent une partie des vacances scolaires ensemble, avec leurs enfants, moments de partage et de complicité. Enfin, ils se retrouve nt autour de leur sujet de préoccupation grandissant, le fiston, déconneur, do nt les études ont pris un tour cahotique. Il reste à évoquer la passion d’Abel pour la moto, enfin, pour une moto, une Ducati 750 rouge datant des années 80, qu’il a fait retape r par un fondu de la marque. C’est à son guidon qu’il va découvrir, mollo sur la poign ée (enfin, pas toujours !), les
charmes de Lyon et de sa région…
[ 1 ] Le Diable de Monchat. [ 2 ] Le Diable de Monchat.
Avertissement
Les enquêtes du commissaire Séverac sont bien entendu de pures fictions. Elles s’ancrent cependant dans le paysage lyonnais, au point que non seulement des lieux, mais aussi des institutions de toutes sortes y jouent un rôle : police, justice, médias, culture… Il est néanmoins évident que les personnalités et événements qui interagissent dans ce contexte sont, eux, de pure invention. Toute ressemblance avec des personnes réelles ne pourrait donc être que le fruit du hasard.
Prologue
Il n’y avait que trois passagers dans le car SNCF q ui, en fin de soirée, remplaçait les autorails de la ligne TER. Au fond du bus, deux jeunes encapuchonnés cuvaient leur chichon, les écouteurs de MP3 vissés dans les oreilles. Proche de la porte, un homme, la quarantaine passée, tentait de lire un ma gazine automobile. Le visage poupin sous un chapeau marron, il était engoncé dan s un pardessus de laine noir, une écharpe bleue nouée autour de son cou. Il regar dait fréquemment à l’extérieur, tentant d’apercevoir le paysage fondu dans l’obscurité, puis il consultait sa montre. Il se leva alors que le car passait un rond-point. Il demanda l’arrêt et s’avança jusqu’à la porte. L’environnement avait changé. À p résent, la nationale était bordée de maisons. Les lampadaires éclairaient les façades d’une lueur blafarde un peu nauséeuse. L’autocar s’arrêta sans à-coups le long du trottoir . La porte s’ouvrit dans un gros soupir d’air décomprimé. L’homme hésita une fractio n de seconde, puis s’élança en avant comme on se jette à l’eau. Dehors, il faisait étonnamment doux pour un mois de février. Un vent tiède assez fort balayait la ro ute, venant du sud. Après avoir observé les environs, l’homme s’en fut vers le nord d’un pas évasif, comme s’il était peu pressé d’atteindre son but. So udain, il porta vivement sa main à son flanc, déboutonna son pardessus. Son portable vibrait. — Ouais ? grogna-t-il. Je viens d’arriver. Je serai là dans dix minutes… Non, inutile. Marcher me fera du bien… À tout à l’heure… Ah ! Tu dormiras ? Il repartit d’un pas plus énergique. Il quitta le b ord de la nationale pour emprunter le souterrain qui passait sous la route et rejoigna it un lotissement pavillonnaire. Dans ce tube bétonné, son pas résonnait comme s’il avait été seul au monde. Arrivé au milieu du tunnel, il lui sembla qu’un éch o répondait au martèlement de ses semelles. Soudain inquiet, il se retourna. Quelqu’u n s’était engagé à sa suite dans le boyau et marchait à grandes enjambées. Tétanisé, il resta figé tandis que la silhouette se rapprochait rapidement. — C’est toi ? grommela-t-il lorsqu’il distingua le visage de l’arrivant. Mais qu’est-ce que tu fous là ?
Chapitre premier
— Le corps a été découvert ce matin vers 6 heures p ar un type qui allait à la gare. Pas joli, hein ? L’homme gisait sur le dos dans une flaque de sang n oirci. Son visage n’existait plus. Il avait été comme écrasé, broyé par on ne sa vait quel instrument. — Des papiers ? grommela Séverac en détournant le regard. Car le spectacle était difficilement soutenable, mê me pour un flic habitué aux meurtres les plus sordides. — On lui a certainement fait les poches. Elles sont vides. Pas de portable non plus. Séverac se tourna vers Javelas, un type court sur p attes au ventre hydropique. — Culbuto, ratisse le secteur avec tes deux acolyte s. On ne sait jamais, l’assassin a peut-être balancé son arme, ou même le portefeuil le après l’avoir vidé. — Moi, je dis que c’est les manouches qu’ont fait l e coup. Quand ils se sont installés sur le parking du gymnase, j’ai tout de s uite dit au maire que ça nous vaudrait que des ennuis. Le policier municipal avait la conviction des simpl es d’esprit. Campé les jambes écartées, les bras dans le dos, boudiné dans un uni forme de nylon bleu sombre, il portait tout un attirail de « robocop » à la ceintu re. Ne lui manquait que le flingue, et cette absence devait lui être d’une grande frustration. L’équipe de la Scientifique achevait de prendre des clichés. Le légiste ôtait ses gants, son premier examen terminé. Le substitut éch angeait quelques mots avec le maire du patelin, un petit homme nerveux d’une quar antaine d’années. Le tunnel était éclairé par des projecteurs portables qui jet aient une lumière crue sur ces lieux sans âme, gris et sales. Séverac renifla un coup, dégoûté. Ça puait la pisse . — Vous avez une cigarette ? demanda le toubib. Abel tira un paquet de Rothmans bleu de sa poche, l e lui tendit, en prit une à son tour. — Merci, dit le légiste en se penchant sur la flamm e du briquet. J’espère que l’on ne considère pas ce souterrain comme un lieu public … Figurez-vous que l’autre jour, je me suis fait agresser sur le quai de la Part-Die u parce que je fumais en attendant mon train ! Vous verrez qu’un jour, nous les fumeur s, on se retrouvera en cabane pour mise en danger de la vie d’autrui ! Séverac hocha la tête sans répondre. Couché tard ap rès une soirée de libations avec des potes de passage, il était d’humeur bougon ne. Il avait la gueule de bois à fleur de peau et rêvait d’un double express accompa gné d’un verre d’eau glacée. Il songea que ce patelin devait abriter au moins un tr oquet en son centre et qu’il irait y poursuivre l’enquête dès que les huiles seraient pa rties et le cadavre embarqué. — Vos premières conclusions ? demanda-t-il au toubi b qui tirait sur son clope comme un rescapé d’asphyxie pompe l’oxygène du masq ue. — La mort remonte à une huitaine d’heures. Soit, cl assiquement me direz-vous, à minuit, heure habituelle de tout crime normalement constitué. Je le saurai plus précisément à l’autopsie, surtout si vous parvenez à me préciser l’heure de son