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Terreur à Tucha

De
84 pages

Tucha, petit village du midi est en proie à une grande effervescence. Un tueur anonyme y fait régner la terreur parmi la gent féline. Les "mamans" des minets défunts s'organisent. Le maire déclare qu'il a "d'autres chats à fouetter". L'adjudant Dinot mène -mollement - l'enquête. La peur du gendarme alarme un temps les consciences que le curé se charge de soulager. Des épisodes tragi-comiques cocasses, vécus par des personnages hauts en couleur animent la vie au village. Mais, l'assassin sera-t-il démasqué ? Et, si oui, par qui ?


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Cet ouvrage a été composé par Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-64378-0

 

© Edilivre, 2013

1

– Encore un chat crevé ! Le cinquième cette semaine ! s’exclama jacques en découvrant derrière chez lui, au pied du genévrier, le cadavre d’un chat apparemment jeune qu’il avait tout d’abord cru endormi tant son attitude semblait paisible.

– Pas crevé, Monsieur ! Mort, tout simplement, humainement mort. Un pneu, un abcès, ça crève, d’accord mais les chats et les chiens, les vaches et les dromadaires, les coccinelles et les scorpions, les roses et les pissenlits, c’est comme vous et moi, ça meurt, Monsieur.

Sans avoir à se retourner, Jacques sut qui était l’auteur de la diatribe : la vieille Marie-Josèphe surnommée La Bardon à cause de son agressivité contre le genre humain en son entier, contrebalancée par son affection immodérée pour la gent animale et généreusement étendue au règne végétal lui aussi victime de la cruauté de l’homme. La bonne dame avait donc ouvert son cœur et sa porte à tout ce que le village avait d’animaux domestiques. Lesquels s’étaient si bien rendus maîtres des lieux qu’ils n’y supportaient de présence humaine que celle de leur bienfaitrice. Il est vrai que, en dehors de ses amies, il ne serait venu à l’idée de personne de mettre les pieds – et encore moins le nez – dans cet antre où tout n’était que touffes de tous poils, déjections liquides et solides de toutes formes, couleurs et parfums, miaulements sonores du plus grave au suraigu, courses, poursuites et bagarres rarement maîtrisées par l’autorité chancelante de celle qui s’était donné pour mission de recueillir, surtout pas de châtier – terme dont elle ne réalisait pas l’humour s’agissant de ses protégés à griffes.

– Mort, si vous voulez, mais pas forcément de mort naturelle. Au fait, c’est peut-être un de vos pensionnaires, dit Jacques en s’écartant pour laisser Marie-Josèphe examiner de plus près la dépouille. Ce qu’elle fit avant d’éclater en sanglots, serrant de ses bras secs contre son sternum aride le corps encore souple du chaton.

– Mon pauvre Néron ! Mon petit dernier ! Le fils de Domitius et d’Agrippine. Le plus intelligent, le plus beau, le plus câlin aussi, le plus ronronneur mais toujours prêt à sortir les griffes. Lumière de mes vieux jours ! Je le jure ici devant témoin, ta mort sera vengée ! Portée, comme grandie par sa colère, elle s’éloigna à grands pas, autant que le lui permettaient ses jambes maigres. Ses talons sonnaient comme un glas sur les pavés inégaux de la ruelle en pente. Jacques, la regardant disparaître derrière la fontaine, se demandait s’il devait en rire ou en pleurer.

2

Ah ! ha ! ha ! Antoine l’ex policier à la retraite avait pris quant à lui le parti d’en pleurer de rire en apprenant la mort suspecte du chaton. Un de moins à venir traîner dans la rue la nuit pour venir feuler sous mes fenêtres. Elle doit faire une de ces gueules La Bardon ! Ça fait le troisième qui clamse en quelques jours. Si ça continue elle sera obligée d’agrandir son jardin ou d’acheter une concession au boulevard des allongés. Vous l’avez vu son jardin ? C’est son cimetière à matous. C’est là qu’elle enterre tous ses chéris après les avoir mis en bière. Parce qu’elle fait ça comme il faut la vieille guenon ! Elle a plein de petits cercueils chez elle. Des caissettes en bois qui contenaient des bouteilles de vin. Elle les récupère à la poubelle, elle leur donne un coup de peinture, elle colle dessus une petite croix, elle y installe son minou avec les papattes de devant croisées sur le poitrail. Non, c’est pas des blagues, c’est comme ça que ça se passe, je l’ai vu de mes yeux. Avec sa bêche elle creuse un petit trou bien propre, bien aligné sur les autres. Après elle plante bien verticale une plaque de schiste avec dessus le nom du défunt, la date de sa naissance et de sa mort et même une épistache (sic) genre : REGRETS ETERNELS ou A MON MATOU CHERI SA MAMIE INCONSOLABLE. Elle est même allée chercher le curé pour qu’il vienne bénir la tombe. Mais, tu parles, l’abbé il a dit non à sa grenouille de bénitier. Dame, le bon dieu, il est pas fait pour les chats, pas vrai ? Même qu’il lui a fait la leçon à la mémé : ce n’est pas très catholique de préférer les animaux à votre prochain, Madame Bardet. Elle lui a répondu que ses toutous ont l’âme bien plus propre que pas mal de paroissiens. L’âme, peut-être, mais le reste…

La saleté n’effrayait pas Antoine. Il la fréquentait chez lui. Par contre il avait horreur du bruit. En fait, comme bon nombre de ses semblables, il ne supportait que celui dont il était l’auteur. Collectionneur plus ou moins éclairé de motos plus ou moins anciennes, il se faisait un devoir – pour qu’elles prennent l’air de temps en temps affirmait-il – de les emmener parader et pétarader aussi bien dans les ruelles étroites du bourg que sur les tortueuses routes avoisinantes. D’après lui, ça lui donnait un air viril. Mais, disait-on dans les chaumières, s’il lui arrivait parfois de culbuter des femmes, c’était dans les fossés à la suite d’accidents répétés. Inutile de dire que les passagères, échaudées, se gardaient bien de renouveler l’expérience. Sa propre femme, une belle plante – pas assez arrosée sans doute, murmuraient, lascives, les mauvaises langues masculines – avait préféré la rassurante chaleur bourgeoise de la Jaguar du notaire du canton. Cela n’empêchait pas notre homme, la soixantaine passée, de se prendre pour un don juan à vocation largement régionale.

– Vous allez pas me dire que ça vous chagrine qu’on débarrasse le patelin de toute cette ménagerie, reprit Antoine, surpris par la désapprobation qui se lisait dans le regard de Jacques. Moi, en tous cas, si je connaissais le tueur de chats, je lui donnerais une médaille, dit-il en s’éloignant pour couper court aux arguments que ne manquerait pas de lui opposer son interlocuteur.

3

– Un tueur de chats dans notre village, vous plaisantez, feignit de s’étonner le maire pourtant mis au courant depuis le premier jour.

– Soyons sérieux, Monsieur le Maire répliqua Adèle l’institutrice. Ne nous jouez pas la grande scène du III. La salle de réunion du conseil municipal n’est pas un théâtre et nous ne sommes pas votre public. Si vous ignorez ce que tout le monde sait, il vous faudra réformer votre service de renseignements qui pourtant ne manque pas de zèle – elle jeta un coup d’œil circulaire à la recherche de certains regards qui aussitôt se dérobèrent.

– Je sens qu’ils vont encore nous faire des discours ces deux-là, grommela Justin le menuisier, conseiller municipal contre son gré. Qu’est-ce que j’en ai à foutre de cette histoire de chats ! Mais elle, toujours pareil, dès qu’elle peut asticoter le maire, elle saute sur l’occasion. En plus elle est bien un peu comme la Bardon, elle ramasse toutes les bêtes qui traînent. Si elle mettait autant d’énergie à garder ses élèves on ne parlerait pas de fermer l’école.

– Et d’ailleurs qu’est-ce qui vous permet d’affirmer que ces sympathiques félins ont été, comment dirais-je, éliminés ? poursuivit le maire, ignorant les allusions perfides de celle qui avait eu l’outrecuidance de se présenter à la tête d’une liste d’opposition municipale aux dernières élections.

– Qu’est-ce qu’il vous faudrait pour vous convaincre ? Une...