Toutes les peurs

Toutes les peurs

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Livres
420 pages

Description

Contre toute attente – les médecins jugeaient la possibilité plus qu’improbable –, Lee et Maria Colson ont réussi à concevoir un enfant, qu’ils ont prénommé Dylan. Mais le bonheur de la nouvelle famille tourne au cauchemar quand, au matin d’une journée qui s’annonçait sans histoire, leur petit trésor est kidnappé. Et pour ajouter au malheur de Lee, Maria, gravement blessée pendant la fuite des ravisseurs, a sombré dans un coma profond.
Devenu journaliste permanent au Seattle Mirror, Jason Wade est dépêché sur les lieux de l’enlèvement où il constate que Grace Garner, l’inspectrice chargée de l’affaire, dispose d’un seul indice pour lancer son enquête : l’image floue, captée par la caméra de sécurité d’un commerce voisin, de l’arrière d’une fourgonnette sur lequel on distingue un décalque représentant un palmier.
Or, quand le père de Jason, détective privé, apprend à son fils que cette fourgonnette a été impliquée le même jour dans un accident de la route avec délit de fuite et qu’il en connaît le numéro de plaque, Jason comprend qu’il possède une longueur d’avance sur la compétition – et la police ! Avec l’aide de son père, il décide aussitôt de se lancer à la poursuite des ravisseurs.

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Ajouté le 22 septembre 2016
Nombre de lectures 7
EAN13 9782896152438
Licence : Tous droits réservés
Langue Français
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Les Éditions Alire inc. 120, côte du Passage, Lévis (Qc) Canada G6V 5S9 Tél. : 418-835-4441 Fax : 418-838-4443 Courriel : info@alire.com Internet : www.alire.com Les Éditions Alire inc. bénéficient des programmes d’aide à l’édition du Conseil des arts du Canada (CAC), du Fonds du Livre du Canada (F LC) pour leurs activités d’édition, et du Programme national de traduction pour l’édition du livre, une initiative de laFeuille de route pour les langues officielles du Canada 2013-2018:éducation, immigration, communautés, pour nos activités de traduction. Les Éditions Alire inc. bénéficient aussi de l’aide de la Société de développement des entreprises culturelles du Québec (SODEC) et du Gouvernement du Québec – Programme de crédit d’impôt pour l’édition de livres – Gestion Sodec. Tous droits de traduction, de reproduction et d’adaptation réservés Every Fear© 2006 Rick Mofina Traduction : Pascale Raud e Dépôt légal : 3 trimestre 2016 Bibliothèque et Archives nationale du Québec Bibliothèque et Archives du Canada Illustration de couverture : Bernard Duchesne Format epub
EAN 978-2-89615-243-8 © 2016 Les Éditions Alire inc. pour la traduction française
Page Copyright Jour 1 1. 2. 3. 4. 5. 6. 7. 8. 9. 10. 11. 12. 13. 14. 15. 16. 17. Jour 2 18. 19. 20. 21. Jour 3 22. 23. 24. 25. 26. 27. 28. 29. 30. 31. 32. 33. 34. 35. Jour 4 36. 37. 38. 39. 40. 41. 42. 43. 44. 45. 46. 47. 48. Jour 5 49.
50. 51. 52. 53. 54. 55. 56. 57. 58. 59. 60. 61. 62. 63. 64. 65. 66. 67. 68. 69. Jour 6 70. Biographie
Ce roman est pour Stephen, Mary, Teresa et Amanda
« Et le roi dit : Coupez en deux l’enfant qui vit, et donnez-en la moitié à l’une et la moitié à l’autre. Alors la femme dont le fils était vivant sentit ses entrailles s’émouvoir pour son fils, et elle dit au roi : Ah ! mon seigneur, donnez-lui l’enfant qui vit, et ne le faites point mourir. Mais l’autre dit : Il ne sera ni à moi ni à toi ; coupez-le ! » Rois 1, 3. 25-26
Jour 1
1.
Une heure avant le lever du soleil, un merle percuta la fenêtre de la chambre de Maria Colson et la réveilla en sursaut. Le merle, paniqué, battit des ailes contre la vitre avant de disparaître. Maria se tourna dans le lit vers le côté de Lee. Il n’était pas là. Il avait reçu un appel vers minuit : un semi-remorque sur la I-5, près de Jackson Park. La barbe de Lee lui avait chatouillé la peau lorsqu’il l’avait embrassée avant de partir. Maria songea à l’oiseau. Elle était folle de s’inquiéter.Tout va bien, se rassura-t-elle en se lovant au creux du lit. Dans la lueur mourante de la lune, elle pouvait voir le berceau de Dylan de l’autre côté du couloir. Elle devrait peut-être aller vérif ier. Un oiseau qui heurte une maison était un mauvais présage que sa grand-mère avait toujours craint. Mais Maria était si fatiguée. Elle s’était levée toutes les heures pour Dylan et elle avait veillé toute la nuit précédente. Elle était trop épuisée pour être superstitieuse. L’inquiétude l’aiguillonna jusqu’à ce qu’elle entende Dylan remuer : elle soupira, soulagée. Tout allait bien, c’était seulement un stupide oiseau et une fable absurde de vieille bonne femme. Maria replongea dans le sommeil, mais il fut troublé. Ses rêves furent hantés par l’angoisse que Lee et elle avaient endurée ces dernières années : des flashs grotesques de cette période tourmentée et de ses peurs irrationnelles du mal tapi dans l’ombre. Arrête. Plus jamais. S’il te plaît. Dieu merci, son subconscient la guida vers son sanctuaire : une plage des Caraïbes. L’eau chaude azurée lui caressait les pieds, les palmiers se balançaient dans la brise. Le son d’un bébé qui pleure. Un bébé?Dylan la ramenait à la réalité. Elle se réveilla en grognant. — Oh, mon cœur. Encore quelques minutes. Les pleurs s’intensifièrent. — D’accord, mon ange. J’arrive. Engourdie de sommeil, elle se traîna tout d’abord dans la salle de bains, puis dans la cuisine au rez-de-chaussée et de nouveau à l’étage dans la chambre de Dylan. Elle le prit dans ses bras. Il était mouillé. Elle le changea, s’installa dans la chaise berçante et le nourrit. Elle embrassa ses petits doigts et sa tête. Dylan était son petit miracle. Parce qu’elle s’était blessée au bassin à l’adolescence, les médecins avaient déclaré qu’elle ne pourrait jamais avoir d’enfant. Mais elle avait refusé de les croire. Elle avait refusé de perdre espo ir. Elle avait supplié Dieu de la laisser avoir un bébé ; elle avait plaidé que si le ciel le lui accordait, elle ne demanderait plus jamais rien d’autre. Et cela s’était produit. Après des années de tentatives. Tout le monde avait été surpris. Tout le monde, sauf Maria. Elle sourit à Dylan et le berça doucement. Son cœur brûlait d’amour pour lui, pour Lee, pour leur vie ensemble. Ce n’était pas parfait. La période so mbre avait mis leur mariage à rude épreuve. Les temps difficiles avaient grevé leur compte en banque. Mais les choses allaient mieux désormais. Lee gagnait un peu plus au boulot. Ça avait été un vrai combat, mais grâce à toutes ses heures supplémentaires et à ses bonus, ils avaient réussi à maintenir leur revenu à un niveau acceptable, afin qu’elle puisse rester à la maison pour s’occuper de Dylan. Au fond d’elle-même, Maria savait qu’aussi longtemps qu’ils seraient là l’un pour l’autre, tout irait bien. Le soleil s’était levé. Dylan rendormi, Maria le remit dans son berceau, pr it une douche, passa une paire de jeans délavés, un chandail des Mariners et des chaussures de sport. À cause de la journée précédente très mouvementée avec Dylan, la cuisine était sens dessu s dessous. Lee avait fait de son mieux pour nettoyer. Elle s’en occuperait plus tard, pensa-t-elle en se servant un jus d’orange et un muffin aux bananes. Elle sortit chercher le journal du matin. Elle déplia leSeattle Mirroret en eut le souffle coupé. En première page, une immense photographie montrait une boule de feu provoquée par une série d’explosions en chaîne après qu’un camion-citerne avait fait des tonneaux sur la I-5 au nord de la ville. La dépanneuse de Lee se trouvait dans ce chaos.
Le téléphone sonna. Son cœur manqua un battement. À l’étage, Dylan se mit à pleurer. Elle fixa la photo du journal, puis le téléphone qui continuait de sonner. Le camion rougeoyait. Elle n’arrivait pas à distinguer Lee. Oh non. Son esprit s’emballa. Elle se força à répondre au téléphone. — Salut bébé, c’est moi. Son mari lui parlait au travers du chaos des compresseurs et du bruit de l’acier frappant contre l’acier. — Lee ! Dieu merci, tu vas bien ! — Pourquoi ça n’irait pas ? — Je viens de voir la photo dans leMirror. — Ah, ça ? C’est fou, hein ? Je venais juste de le remorquer. Le chauffeur pensait que sa remorque était vide, mais il y avait un genre de bouchon de vapeur. Personne n’a été blessé. — Je suis tellement soulagée ! — Ouais, mon camion n’a même pas une égratignure. J e suis revenu au garage quand on a terminé là-bas. Comment ça se passe à la maison ? — La nuit a été bizarre. Un oiseau a percuté la fenêtre de la chambre. — Quoi ? Il a brisé la vitre ? — Non. C’était juste étrange. — Et Dylan ? — Il est grognon. Il a pleuré toute la nuit et il pleure encore. On n’a plus de lait ni de pain. Je vais à l’épicerie avec lui. — Écoute. Lou m’a dit ce matin qu’il était sérieux : il veut vraiment vendre la compagnie de remorquage. Quand tu travailleras de nouveau à plein temps au supermarché, on pourra peut-être se permettre un petit emprunt. C’est notre chance. Qu’est-ce que tu en penses ? Quelques secondes de silence. — Maria ? — On devrait en reparler plus tard. Je dois m’occuper de Dylan. — Bien sûr. Embrasse-le pour moi. Je t’aime. — Moi aussi je t’aime. Sois prudent. Maria habilla Dylan et déclara : — Allez, mon petit cœur, on part en tournée. Quelques minutes plus tard, Dylan gazouillait doucement dans sa poussette. Leur petite maison à charpente de bois de deux étag es se trouvait à Ballard, un quartier vieillissant et tranquille du nord-ouest de Seattle, situé près de Salmon Bay et des écluses de Ballard. Son histoire remontait à la fin des années 1800, alors que c’était une communauté de constructeurs navals, pour la plupart originaires de Scandinavie. C’était un quartier sûr. Maria aimait la tranquillité, le chant des oiseaux et la brise qui soufflait à travers les érables, les sycomores et les saules, et balayait le détroit de Puget. Deux maisons plus bas, le drapeau étoilé flottait à un mât sur le porche d’un colonel à la r etraite. Son jardin était si joli, pensa Maria, admirative devant les boîtes à fleurs luxuriantes. Il n’arrivait jamais rien dans cette partie tranquille de Ballard, à part au bout de la rue sur Lincoln Place : les héritiers d’une immense maison colonial e avaient fait entreprendre des rénovations majeures sur la propriété, ce qui entraînait un aff lux d’inconnus. Beaucoup de camions de contracteurs allaient et venaient. Ils effectuaient un beau travail. Arrivée au coin, Maria traversa la rue. Elle songea à quel point c’était bizarre : l’oiseau, Lee près de l’épave, la photo dans leMirror. Lee la taquinerait sur sesnoirs augures. Ensuite il voudrait parler de son projet d’achat de la compagnie de Lou. Qu’allait-elle lui répondre ? Il rêvait de posséder sa propre entreprise de remorquage, alors qu’elle rêvait de rester à la maison et d’essayer d’avoir un autre bébé. Ils devraient en discuter. « Il faut évaluer notre situation », lui dirait Lee. Maria regarda Dylan : le mouvement de la poussette le faisait somnoler. Plusieurs pâtés de maisons plus loin, quand ils arrivèrent au Kim’s Corner Store, Dylan s’était endormi.Merveilleux.
L’étroite devanture du Kim’s était dans le style maison de pionnier, avec de grandes fenêtres et une petite entrée. Il fallait monter deux marches pour y accéder. Shannon, la commis d’épicerie, balayait le trottoir : l’adolescente portait un anneau avec une perle dans son sourcil percé. De la musique s’échappait des écouteurs de son lecteur mp3. Elle se pencha vers Dylan en roucoulant : — Awwwwww. C’est un vrai petit ange. — Il a surtout été un vrai petit démon toute la nuit. J’ai à peine réussi à dormir. Maria commença à manœuvrer la poussette pour passer dans l’embrasure de la porte. Dylan se mit à pleurer. — OK. OK. Elle s’arrêta, gara la poussette sur le trottoir près de la fenêtre du magasin et prit Dylan dans ses bras. Il pleura plus fort et protesta en se tortill ant jusqu’à ce qu’elle le repose. L’abattement la submergea. Elle capitula : Dylan voulait dormir. — Tu me tues, mon cœur. Maria soupira. Shannon enleva ses écouteurs : — Vous pourriez le laisser dehors avec moi. Comme ça, il pourra dormir. — Tu es si gentille. Ça ne te dérange pas ? — Aucun problème. — J’ai seulement besoin de deux ou trois choses. Merci beaucoup. Maria balaya la rue du regard. Dylan serait très bien dehors avec Shannon, comme chaque fois qu’elle le laissait avec elle. Maria était si fatiguée. Il avait été si demandant ces derniers jours. Elle savourerait ces quelques moments de paix. Le carillon de l’entrée retentit lorsqu’elle entra. Derrière le comptoir, le nez surmonté de ses lunettes à double foyer, madame Kim leva la tête et lui sourit. Ses doigts ridés mais solides ne ratèrent pas pour autant un seul point de sa broderie. — Bonjour, Maria. — Bonjour, madame Kim. Le vieux plancher de bois grinça sous ses pas. Elle se dirigea vers le frigo du fond. Au loin, un cellulaire sonna. Sûrement Shannon, car il n’y avait aucun autre client dans le magasin. Maria choisit une pinte de lait, la plus fraîche, puis un pain. Elle regarda vers la vitrine qu’elle pouvait apercevoir à travers les allées dont les rayonnages montaient à hauteur d’épaule. Elle vit le haut de la poussette et Shannon en train de parler au téléphone. Elle semblait fâchée. Maria revint au comptoir pour payer ses achats. Ell e posa le lait et le pain, ouvrit son porte-monnaie et jeta un œil vers le trottoir. — Le bébé dort ? demanda madame Kim avec sympathie. — Oui. Depuis deux jours, c’est un vrai paquet de nerfs. Le carillon retentit. Shannon marchait à grandes enjambées vers l’arrière-boutique, le téléphone pressé sur l’oreille, plongée dans sa conversation : « C’estpas vrai du tout. Sa lettre est dans mon sac. Je vais la chercher… » Maria vérifia la poussette. Elle était si proche, de l’autre côté de la vitre, qu’elle aurait presque pu la toucher. Dylan allait bien et de toute façon elle aurait fini dans quelques secondes. Tandis que la caisse enregistreuse cliquetait, Maria aperçut le présentoir rotatif des nouveaux romans de poche près du comptoir, inconsciente de l ’ombre grandissante qui flottait dehors. Elle voulait un nouveau roman à lire. Un thriller. Elle irait peut-être au parc avec Dylan. Le présentoir grinça tandis qu’elle le tournait et déchiffrait le s titres. Soudain, elle surprit un mouvement en périphérie. Elle leva les yeux vers madame Kim, qui regardait dehors. L’expression de la vieille femme indiquait que quelque chose n’allait pas : sa bouche formait des mots muets. Maria suivit son regard. Son cœur explosa dans sa poitrine. La poussette de Dylan avait disparu. Un spasme parcourut son corps et un vrombissement assourdissant emplit ses oreilles. Elle réagit au quart de tour. L’adrénaline la propulsa vers la rue. Tous ses sens s’aiguisèrent à un degré surhumain : la poussette de Dylan roulait et bascula sur le trottoir ; elle vit la couverture douce en coton ; entendit le claquement sourd de la portière d’une fourgonnette inconnue, le grondement de son moteur ; elle sentit le métal sous sa main, agrippa une poignée, un rétroviseur. La fourgonnette s’éloignait. Elle se jeta sur le capot du véhicule en marche et martela le pare-brise de ses poings. Elle vit des