Un jour de ta vie

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161 pages
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Florent, gendarme mobile dans le nord de la France rencontre Alexandra dans un bar le 14 juin 1994. Immédiatement, il tombe amoureux fou de la jolie blonde à demi irlandaise. Ils vont s’aimer passionnément. Le 6 octobre 1995, au retour d’une mission en Corse, Florent prend sa voiture et quitte précipitamment la caserne sans autorisation après avoir été accusé de vol par son commandant d’escadron.


Huit jours plus tard, on le retrouve en Belgique, une balle dans la tête.


Bien que l’enquête judiciaire retienne la thèse du suicide, Alexandra n’y croit pas. Elle va entamer des recherches et diligenter sa propre enquête avec l’aide de la mère de Florent et d’une amie avocate.

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EAN13 9791034803828
Langue Français

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Véronique Rivat Un jour de ta vie Couverture: Néro Publié dans laCollection Clair-Obscur, Dirigée parJennifer Pereira.
©Evidence Editions2017
Bien qu’inspiré en partie de l’histoire de l’auteure, ceci est une œuvre de fiction. Tous les lieux, les noms, les personnages et les si tuations décrits dans ce roman sont purement imaginaires. Toute homonymie, toute ressemblance avec des personnes ou des évènements existants ou ayant existé ne sera ient que pure coïncidence et ne pourraient, en aucun cas, engager la responsabilité de l’auteur.
L’auteure a souhaité venir au soutien des gendarmes blessés, leurs veuves, veufs et orphelins par un don d’une partie de ses droits qui sera reversée par Évidence Éditions à la Fondation “Maison de la Gendarmerie”
Les plus belles rencontres sont celles de deux âmes qui se reconnaissent! Il y a plus de vingt ans aujourd’hui, le destin m’a permis de r encontrer ma flamme jumelle pour savourer avec elle un moment de pure passion, d’amo ur sans condition ni retenue. Inconsciemment, nous savions que, dans cette vie, l e temps nous était compté. C’est pourquoi un jour de notre vie nous aurait suf fi pour nous donner tout ce que nous avions à nous donner. Nous avons choisi le meilleur en espérant que le pire nous oublierait. Le « pire » nous a retrouvés et le dest in a décidé que la vie s’arrêtait pour l’un d’entre nous. Heureusement, je fais partie de ceux qui pensent que nous sommes une âme et qu’« on » nous donne un corps. Ma missio n sur terre était alors de rendre son honneur à celui avec qui je vibrais sans aucune fausse note. Cette histoire est un mélange d’une partie de ma vi e et d’une savante dose de fiction que ma main a écrite, guidée par nos deux esprits. En effet, je suis intimement convaincue que Florent est coauteur de « Un jour de ta vie ». Il m’a guidée en me donnant le tempo et l’inspiration lorsque je me sen tais perdue. «Les amants véritables ne se retrouvent pas par hasa rd, ils s’appartiennent depuis toujours» — Rumi —
1 Je suis mort
12 octobre 1995. Dix-neuf heures. Le soleil commenc e à disparaître. Je sors de l’armurerie pour me diriger du côté de la gare d’Am iens, en possession d’un fusil de chasse et de cartouches. Me protéger par ce moyen e st la seule solution. Quelques jours plus tôt, en quittant précipitamment la caser ne de mon lieu d’affectation dans le nord, je n’ai pas pu prendre mon arme de service. I ls avaient pensé à tout! Maintenant, leurs hommes de main sont à mes trousses pour me ré duire au silence. J’en sais trop. Si je lâche le morceau, ils sont cuits. Une fois da ns ma voiture, je démarre en trombe. Ma cavale dure depuis six jours. J’ai cherché déses pérément de l’aide. Mais à qui me confier et où aller? Dans deux semaines, j’aurai vingt-trois ans. Je me demande quels cadeaux mes parents ont pensé m’offrir. Ils sont certainement s oucieux de ma disparition. Je ne les ai pas appelés, craignant qu’ils soient déjà survei llés. En quittant le centre-ville, je crois reconnaître un véhicule de gendarmerie derrière moi . Un kilomètre, trois kilomètres, je tourne à droite. Lui aussi. J’ai l’impression qu’il me colle. Je distingue deux hommes à l’intérieur. Suis-je poursuivi par mes propres coll ègues? Je continue à rouler. Je crois que je les ai semés. Je prends un chemin de forêt e t je coupe le moteur et les phares. Je ne sais pas combien de temps j’attends là, sans bouger, à l’affût du moindre bruit. J’ai peur. Il fait jour. J’ai dû m’endormir. Je reviens sur me s pas. Mon contact doit m’attendre. Je ne l’ai pas appelé pour le prévenir que je ne vi endrais pas. Inutile de lui faire courir des risques à lui aussi. Si je vois que ça tourne a u vinaigre, je quitte la France. Ils vont essayer de me faire taire. Soit les uns, soit les a utres. Je ne sais plus quoi faire. Dix-huit heures, le 13 octobre, la nuit commence à tomber. Je roule sur une route de campagne, je suis incapable de me concentrer sur ce qui m’entoure. Ma seule obsession est de sauver ma peau. Un véhicule bleu m e double, me fait une queue de poisson et me bloque la route. Ça y est, je suis pe rdu… Ils m’ont piégé! Je saisis mon fusil de chasse à double canon que j’ai pris soin d e charger et je sors. Comme une bête traquée, mon instinct m’oblige à tourner le dos pou r fuir cette arme que l’autre vient de m’arracher sauvagement des mains et qu’il pointe su r moi… Un pas, deux pas, je cours de toutes mes forces pour survivre! Une douleur vive et chaude dans la nuque me cloue s ur place. Mes jambes se dérobent. Je ne vois plus rien. Mon cœur m’abandonn e. Je tente de crier, mais rien ne sort de ma bouche. Je voudrais l’appeler : «Alex, je t’aime!Tout bascule autour de » moi.
Que m’arrive-t-il? Je me relève. Quel est cet homme allongé, inerte sur le sol, devant moi? On dirait qu’il me ressemble! Mais c’est moi! C’est vrai, alors? Il y a quelque chose « après »? Moi qui me moquais gentiment d’elle lorsqu’il lui arrivait de m’en parler… Elle me reprenait : « Tu verras, un jour, tu le reconnaîtras. » On avait parié que si l’âme survivait au corps, le premier de nous deu x qui mourrait viendrait le révéler à l’autre. On avait ri. Enfin… surtout moi qui crois qu’après la vie, c’est le néant… je dirais plutôt qui croyais… parce qu’apparemment, je ne sui s plus dans mon corps et, pourtant, je continue à penser. C’est donc moi qui meurs le premier. Je vois tout, j’entends tout. J’ai besoin d’aller vers elle. Je p ense à elle. Il me faut la rejoindre et honorer notre promesse : «Alex, tu avais raison, je suis là pour te le confirmer. » À cet instant même, je me retrouve à son domicile. Elle est assise sur le rebord de la fenêtre de la salle à manger, grande ouverte sur le jardin. Elle a le teint pâle et ses yeux sont gonflés. La table est joliment dressée et une rose fanée est posée au centre. M’attendrait-elle encore? Après une mission de six semaines à Bastia, je suis revenu, avec une partie de mon escadron, au quartier le 6 octobre, à onze heures. Les deux jours de garde suivants m’auraient permis de savourer davantage mes vacance s auprès d’Alex à partir du 8 octobre. S’inquiète-t-elle de mon absence et de mon silence? Je ne l’ai pas appelée, elle non plus. J’avais peur de la mettre en difficu lté. — Alex! Instinctivement, je veux la prendre dans mes bras. Mais je ne peux plus la toucher! Ah oui, je suis mortavait raison, que je! Alors, je tente de lui parler. Je lui dis qu’elle suis là, que je l’aime. Je la supplie d’arrêter de pleurer devant cette fenêtre. Elle semble avoir froid et je me demande bien ce qu’elle attend encore en sanglotant comme ça en plein milieu de la nuit. Elle ne me regarde pas et demeure figée devant cette fenêtre. Impossible d’attirer son attention… Comment faire? Tout à coup, elle crie : — Florent! Reviens! Loulou, je t’en prie, reviens! Ce cri d’amour et de désespoir me ramène soudain su r les lieux où repose mon enveloppe charnelle. Je les vois distinctement. Un homme plutôt jeune, l ’autre moins. C’est étrange, ils ne sont pas en tenue. Le premier panique, blanc comme un linge. J’irai jusqu’à ironiser en disant qu’il est presque mort! — Chef! Qu’est-ce que vous avez fait? Il est mort? Vous l’avez tué? — Va chercher la bâche! Dépêche-toi! L’autre s’exécute. Il vacille et je remarque que se s jambes se dérobent. C’est curieux, j’ai l’impression de distinguer jusqu’au m oindre détail, comme la goutte de sueur qui perle au milieu de son front. Comme moi, il est à la merci de sa hiérarchie. Il me semble que je le connais, celui-là. Tout était p lanifié! L’objectif était défini dès le début puisque la bâche attendait dans leur fourgonn ette! J’en suis sûr, maintenant, il fallait me supprimer. Ils chargent mon cadavre. C’e st lourd, un corps inerte d’un mètre quatre-vingt-six et de quatre-vingts kilos. Que du muscle, soit dit en passant, car je suis un gendarme mobile qui s’entretient. Course à pied, badminton, tennis, tir. Ils
s’éreintent, mes assassins! J’aurais bien voulu faire carrière et continuer à servir mon pays dans cette institution huit fois séculaire. Qu el con d’avoir été naïf à ce point! Je n’aurais jamais imaginé qu’on puisse en arriver à u n drame pareil. Je suis mort et c’est irréversible! Quelles sont leurs intentions maintenant? — Vas-y! Roule! Roule! s’énerve le chef. Je me suis installé sur la banquette arrière du véh icule. L’avantage pour moi, c’est qu’il est inutile de me cacher. J’esquisse un souri re. Je pense à Alex et à ma famille, mais stop! Ce n’est pas le moment de voler vers eux. Il est impératif que je sache ce que ces deux-là mijotent. Après, j’irai le dire à A lexandra, elle est mon seul lien, car je trouverai un moyen d’entrer en contact avec elle. On verra plus tard. Le véhicule s’enfonce sur la nationale 356, directi on « Tourcoing – Gand – Roubaix ». Où vont-ils avec mon cadavre? Ce qui est sûr, c’est que le véhicule avance à l’opposé de la route de retour pour l’escadron. On prend maintenant l’A22 en direction de la Belgique. Ils ne vont quand même pas passer l a frontière! C’est quoi, ce plan? Un silence de mort règne dans le véhicule. Mon assa ssin affiche un calme olympien. Son complice est plus fragile. Ses mains tremblent sur le volant et j’observe qu’il transpire à grosses gouttes. Vingt minutes s’écoule nt. La France est maintenant derrière nous. La Belgique serait-elle l’étape fina le? Si c’est le cas, mes proches vont avoir plus de mal à connaître la vérité. Ils passent la frontière, ça y est, on est en Belgi que. À quelques kilomètres de Bruges. — Tourne à droite et prends ce chemin, ordonne le c hef. L’autre s’exécute, puis bafouille : — Et sa voiture qui est restée là-bas! Qu’est-ce qu’on fait de sa Ford? J’ai peur! Pourquoi vous l’avez flingué? — Ferme-la! Je sais ce que j’ai à faire! On nous amène sa voiture! Arrête de poser des questions si tu ne veux pas subir le même sort! Je commence à comprendre… Les salauds! Il fait nuit maintenant. L’écran du poste radio ind ique vingt heures trente le 13 octobre. Ils se sont enfoncés sur le chemin. Sortan t du véhicule, le chef scrute l’horizon. J’aperçois les phares d’une berline. C’e st ma voiture! Le conducteur est lui aussi habillé en civil. Je ne le reconnais pas. Il nous dépasse, s’arrête et sort de ma voiture. Sans un mot, les trois protagonistes s’équ ipent de gants. Le troisième homme recule le siège conducteur de mon véhicule et le ba scule en position semi-couchette pendant que les deux premiers ouvrent l’arrière de leur Peugeot 205 fourgonnette. Ils sortent la bâche et la placent à terre. — Dépêchez-vous avant que les rigidités cadavérique s n’apparaissent! On ne pourra plus le plier! dit l’homme qui conduisait ma voiture. Ils soulèvent ma dépouille et la portent tant bien que mal sur le siège de ma Ford. Le chef se saisit de la boîte de dix cartouches dans l e coffre de ma voiture, prend mon fusil, retire celle avec laquelle il m’a tué et en engage une autre. Il met l’arme entre mes jambes. Ils essayent de positionner mes mains. L’un d’eux s’affole. — L’habitacle est trop petit et le volant gêne, on ne pourra pas tirer! Mettez les
jambes à l’extérieur! Ils les sortent et m’assoient. Ils replacent l’arme entre mes jambes et posent mon menton sur le canon. Ma main gauche est posée afin de tenir le haut du canon et la droite sur la première gâchette. — Reculez-vous, je m’en occupe, ordonne le chef. Il met sa main sur la mienne et tire. En un éclair, je vois la balle qui passe par mon menton, s’enfonce dans ma tête, sort de mon crâne e n le faisant exploser et finit sa trajectoire en traversant le plafond de ma voiture. — Quelle horreur! Mon Dieu, aidez-moi! ai-je envie de hurler… Ils m’ont tué deux fois! Les trois hommes s’emparent de mes papiers d’identi té, civils et militaires. Ils fouillent ma voiture, prennent la photo d’Alex dans mon portefeuille et, dans la boîte à gants, les lettres qu’elle m’avait envoyées. Ils so rtent les sept cartouches restantes. Ils mettent l’une d’entre elles dans la poche de mon je an et disposent les six autres sur le tableau de bord de ma Ford. Ils repartent dans leur véhicule et je perçois la sérigraphie « gendarmerie » éclairée par un rayon de lune.
2 La rencontre avec Alex
« Qu’as-tu fait de ta vie? » Une des meilleures choses qui me soient arrivée s pendant mes vingt-trois ans de vie sur terre, c’est Alexandra. Je revois notre histoire se dérouler dans tous ses détails. Je me retrouve propulsé dans le passé. Je bois un v erre avec un ami, Nicolas, au Bouchon, un bar de la ville. C’est le 14 juin 1994, en soirée. On plaisante lorsque j’aperçois deux jeunes femmes qui entrent. Tout de suite, mon attention se porte sur la plus grande, aux longs cheveux blonds qui tombent j usqu’au bas de son dos. Je suis hypnotisé par son regard vert qui pétille. Elle me subjugue! Un raz-de-marée. Si c’était aujourd’hui, je dirais un tsunami. Je viens de renc ontrer ma muse. Tandis que je réfléchis à une stratégie d’approche, les deux femm es s’arrêtent près de nous et nous font la bise. Nicolas leur propose de se joindre à nous, mais elles déclinent gentiment son invitation et s’installent à la table juste derrière la nôtre. La jolie blonde me tourne le dos. Je m’empresse de demander à Nicolas : — Qui est cette fille? Tu la connais? C’est là que j’entends son prénom pour la première fois : — Oui, c’est Alexandra! Elle aussi est fonctionnaire, vous avez déjà un p oint en commun! En plus, son père était officier dans l’armée de l’air, il est mort lors de la guerre du Golfe, il y a quatre ans, je crois. Au bout d’une quinzaine de minutes, les deux filles règlent leurs consommations et se lèvent. En voulant prendre sa veste, Alexandra f ait malencontreusement tomber la chaise sur laquelle elle l’avait adossée. Elle se b aisse pour la relever. À cette seconde qui a duré une éternité, la jolie blonde se trouve à quelques centimètres de moi. Je tends la main pour l’aider. Je saisis alors son poi gnet et je demande machinalement : Tu vas où? Elle lève doucement ses yeux verts, les plonge dans les miens. — Je rentre, pourquoi? — Parce que je te veux. Mais qu’est-ce qu’il me prend de lui répondre ça? Je suis devenu complètement timbré! Elle me sourit. Elle se relève tout en laissant s es yeux dans les miens. Sa main se dégage doucement de la mienne. Arrivée à la port e du bar, elle se retourne. «Viensne d’un film au ralenti.», semble-t-elle me murmurer. On aurait dit la scè Aussitôt les jeunes femmes sorties, je presse Nicol as : — Tu sais où elle habite ? Viens, on les suit. Avant qu’il ait eu le temps de me répondre, nous no us trouvons dans ma voiture.