0.1% suivi de Homo beatus et Régulation
14 pages
Français

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Description


Les petits polars : une collection de nouvelles policières pleines de suspense et d'humour noir, à télécharger où et quand vous le souhaitez.
5 à 15 minutes de lecture.


3 nouvelles policières :

0.1%
Homo beatus
Régulation








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Informations

Publié par
Date de parution 30 mai 2013
Nombre de lectures 17
EAN13 9782823808216
Licence : Tous droits réservés
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

couverture
Sophie Loubière

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Homo beatus
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Régulation

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La journée s’était bien passée, sans accroc particulier. Martine n’avait pas connu de ces instants chagrins où l’amertume des nouvelles directives concernant le traitement des comptes particuliers pesait sur la convivialité de ses rapports avec la clientèle, la contraignant à refuser le remboursement de frais abusivement prélevés par la banque au moindre frémissement d’un découvert. Au contraire, Martine avait aidé Mme Préau à remplir sa déclaration fiscale et obtenu un prêt personnel à M. Spatz, pharmacien, pour l’achat d’une voiture sans permis. Quoi de plus gratifiant pour une conseillère de la Société Générale en poste depuis vingt-cinq ans. Elle était ensuite rentrée chez elle en autobus, passant à la supérette afin d’y acheter une soupe bio, un crottin de Chavignol, deux pommes et du pain. Son mari s’étant absenté pour un déplacement de trois jours à Vittel, elle prépara seule le dîner, jetant des regards attendris sur les jouets de son petit-fils Germain. Depuis la veille, chevaliers en armure, agents secrets et policiers Playmobil s’affrontaient sur la moquette et elle ne s’était pas encore décidée à ranger perdants et gagnants. Martine se plaisait à contempler autour d’elle ces objets qui semblaient lui adresser d’imperceptibles sourires, raviver des images blanchies par les années. Lorsque le téléphone sonna, la pendule électronique du four à micro-ondes dans la cuisine indiquait 18 h 55. Elle essuya ses lèvres du coin de sa serviette et décrocha le combiné dans le salon.

– Madame Dulac ?

– Oui ?

– Vous êtes bien Madame Martine Dulac demeurant 22 allée des Jonquilles à Marly-Le-Seuil ?

– C’est moi, oui. Qui est à l’appareil ?

Les intonations masculines veloutées ne lui étaient pas familières.

– Bonsoir Madame Dulac. Gérard Herse, du Cabinet Ending & More.

Martine soupira. Il s’agissait certainement d’un appel commercial concernant une assurance vie contractée par son mari.

– Je vous écoute, dit-elle, une pointe de lassitude dans la voix.

– Madame Dulac, j’ai bien peur de devoir vous annoncer une bien triste nouvelle.

Le visage de son époux lui apparut aussitôt, la mâchoire repliée contre le menton et les paupières closes.

– Il est arrivé quelque chose à Philippe ? murmura-t-elle.

L’homme au téléphone s’empressa de la rassurer : son appel ne concernait pas M. Dulac.

– Bien que ce que j’ai à vous annoncer soit d’une gravité certaine, il ne faudrait pas que vous preniez la chose trop à cœur, précisa-t-il, affable.

Martine retint son souffle.

– De quoi s’agit-il ?

Un silence précéda la réponse.

– Il s’agit de vous, Madame Dulac.

– De moi ?

– Oui. Je suis au regret de vous annoncer que vous allez mourir.

Le salon s’emplit d’un air glacial, transformant Martine en statue de sel.

L’homme avait passé au crible les données du dossier de Mme Dulac et la conclusion était sans appel : selon les statistiques, son cœur allait très rapidement cesser de battre. Martine tâtonna dans le vide derrière elle, ses doigts rencontrèrent le dossier d’une chaise, elle s’assit.

– Mais enfin, bredouilla-t-elle, c’est impossible, il doit y avoir une erreur.

– Notre cabinet ne commet jamais d’erreur, Madame. Nos statistiques sont fiables à 99, 9 %.

La réputation de ces nouveaux courtiers en assurance vie était malheureusement à la hauteur des services proposés : leurs calculs, d’une précision redoutable, leur permettaient de prévoir à quelques jours près le décès d’un client. Prenant en compte dans leurs statistiques les profils génétiques sur plusieurs générations, les facteurs environnementaux, comportementaux et le climat psychologique d’un individu, ils affinaient à vue le montant des cotisations, proposaient des options de dernières minutes en faveur des bénéficiaires ‒ ce que s’empressa de faire l’homme au téléphone.

– Étant donné l’imminence de votre décès, Madame, nous ne saurions que trop vous conseiller de procéder au transfert du capital de votre assurance vie en souscrivant une option dite de sauvegarde qui permettrait au bénéficiaire désigné ‒ en l’occurrence votre petit-fils Germain Lamotte ‒ de percevoir annuellement 9 % des dividendes de la somme de 295 000 euros, nets d’impôts.