Assassinat d'un gentilhomme

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Description


Un clochard est assassiné d’une balle dans la tête, au sortir d’un troquet qu’il fréquentait assidûment.


Le Commissaire Odilon QUENTIN, chargé de l’enquête, remarque des contradictions entre le statut de « gueux » du mort et certains indices corporels qui semblent démontrer que l’homme n’était pas si pauvre qu’il le laissait paraître.


Persuadé que la victime menait une double vie, Odilon QUENTIN va rapidement se rendre compte qu’il était loin de la vérité...


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EAN13 9782373471113
Langue Français

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Odilon QUENTIN
* 7 *
ASSASSINAT D’UN GENTILHOMME
Roman policier
par Charles RICHEBOURG
CHAPITRE PREMIER
L'affaire se passa avec une écœurante banalité.
Une traction avant, grise et crottée, stationnait au coin de la rue ; une rue anonyme de la banlieue parisienne, sombre et silencieuse. Seule, la lumière d'un bistrot dessinait un faisceau jaunâtre sur les pavés humides du trottoir, chaque fois que l'on entrouvrait la porte.
Le brouillard était si dense que la lueur des réverbères se bornait à créer des halos blafards, trop haut pour être de quelque utilité aux passants attardés qui se hâtaient, la tête enfouie dans un cache-nez.
Il faisait encore terriblement froid en ces derniers jours de février, en dépit de la clémence dont la température avait fait preuve au cours des deux semaines précédentes ; aussi tous les journaux parlaient-ils à longueur de colonnes et en s'appuyant sur des statistiques, de ce « retour offensif » d'un hiver que tout le monde croyait définitivement enterré.
Tous phares éteints, la bagnole était là ; elle attendait comme une grosse bête malfaisante, les petits yeux sournois de ses feux de position explorant les ténèbres.
— Onze heures vingt... murmura une voix à l'intérieur de la voiture. Tu es bien sûre que c'est lui qui est entré ?... Surtout, ne commets pas d'erreur... Pour l'amour du ciel...
— Pauvre chéri... Comment pourrais-je me tromper ?...
Une femme cette fois donnait la réplique à celui qui venait de la questionner avec tant d'appréhension. L'ombre environnante empêchait de distinguer ses traits, mais elle devait être jeune encore si l'on s'en tenait à son élégante silhouette.
C'est elle qui tenait le volant ; son compagnon était assis sur le siège avant, à côté d'elle, contre la bordure du trottoir.
— Attention... La porte s'ouvre... C'est lui ! Baisse déjà la glace !
Une ombre titubante sortit de chez le bougnat, puis elle s'éloigna d'un pas hésitant, bientôt happée par la nuit.
L'inconnue avait mis en marche, silencieusement, et l'auto ne mit pas une minute à rattraper le client attardé du mastroquet.
— Eh... Monsieur... lui cria-t-on de la voiture.
Il s'approcha sans méfiance ; c'était une espèce de clochard, d'un âge difficilement appréciable... soixante ans peut-être... au visage mangé par une barbe hirsute.
— Qu'est-ce qu'il y a ? demanda-t-il d'une voix pâteuse.
La conductrice fit jouer le déclic du commutateur, et probablement ébloui par la lumière subite qui éclairait le véhicule, le vagabond poussa un cri, une sorte d'exclamation, que l'on pouvait aussi bien attribuer à la surprise qu'à la terreur.
— C'est lui... fit la femme en faisant tourner le moteur à pleins gaz, mais au point mort.
Le bruit couvrit le claquement sec d'une détonation ; le noctambule s'écroula dans la rigole, la tempe trouée, et l'auto démarra aussitôt, tandis que le compagnon de la dame soufflait dans le canon de son revolver.
— Ça a bien marché... constata-t-il. Tu connais le chemin, chérie ?
Elle ne répondit même pas, se contentant de hausser les épaules, tant la question lui paraissait stupide, et la traction s'enfuit dans le brouillard, où la trace sanglante de son feu arrière ne tarda pas à disparaître.
À minuit dix, Totoche, dit « le Roi de l'escalade » revenait de son travail en sifflotant ; il était content de lui, car, cette fois, il avait accompli de la bonne besogne, il venait en effet de cambrioler avec succès l'appartement d'un conseiller d'Ambassade, et il en rapportait, à titre de souvenir, une double rangée de perlouzes et quelques diams respectables. En outre, il avait mis la main sur une liasse de vignettes émises à l'initiative de la Banque de France, dont il n'avait pas encore pris le temps d'établir l'inventaire complet.
C'était à tout prendre, la partie la plus intéressante du butin, car, pour l'écouler, point n'était besoin de l'intervention d'un fourgue. Les receleurs sont de braves gens, mais ils ont la fâcheuse manie de s'approprier la part du lion dans les bénéfices de toutes les opérations illicites dans lesquelles ils fourrent leur nez crochu.
Totoche était donc un homme parfaitement heureux lorsqu'il s'étala de tout son long, en étouffant difficilement un juron bien senti ; il venait de heurter une espèce de sac au moment où il se disposait à traverser la rue.
Aussitôt relevé, il considéra avec respect le corps étendu à ses pieds :
— Qu'est-ce qu'il a pris comme cuite, le frère... murmura-t-il, béat d'admiration. Il ne bouge même pas !
L'immobilité persistante du soi-disant poivrot lui inspira une idée soudaine : celle de lui explorer les poches. Totoche était un consciencieux !
Cette opération prit à peine quelques secondes, et le détrousseur occasionnel se redressa, tenant dans sa main, tremblante de joyeuse surprise, un portefeuille littéralement bourré de billets de 1 000 et de 10 000 francs.
C'était tellement imprévu qu'il eut la curiosité de regarder la tête de ce client providentiel sur lequel le destin l'avait fait trébucher. Mais en une seconde, son visage se couvrit de cendres : le corps inanimé n'était plus qu'un cadavre. Un sillon de sang coagulé zigzaguait sur la joue gauche pour se perdre dans les poils grisonnants d'une barbe mal peignée, et ce ruisselet immobile partait d'un petit trou rond, qui n'avait pu être causé que par une balle de revolver de faible calibre, juste à mi-chemin entre l'œil et l'oreille.
Le cambrioleur bien entendu négligea de propriétaire...
restituer le porte-billets à son