Bain de lune

Bain de lune

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Livres
280 pages

Description

Après trois jours de tempête, un pêcheur découvre, échouée sur la grève, une jeune fille qui semble avoir réchappé à une grande violence. La voix de la naufragée s’élève, qui en appelle à tous les dieux du vaudou et à ses ancêtres, pour tenter de comprendre comment et pourquoi elle s’est retrouvée là. Cette voix expirante viendra scander l’ample roman familial que déploie Yanick Lahens, convoquant les trois générations qui ont précédé la jeune femme afin d’élucider le double mystère de son agression et de son identité.
Les Lafleur ont toujours vécu à Anse Bleue, un village d’Haïti où la terre et les eaux se confondent. Entre eux et les Mésidor, devenus les seigneurs des lieux, les liens sont anciens, et le ressentiment aussi. Il date du temps où les Mésidor ont fait main basse sur toutes les bonnes terres de la région.
Quand, au marché, Tertulien Mésidor s’arrête comme foudroyé devant l’étal d’Olmène (une Lafleur), l’attirance est réciproque. L’histoire de ces deux-là va s’écrire à rebours des idées reçues sur les femmes soumises et les hommes prédateurs.
Mais, dans cette île également balayée par les ouragans politiques, des rumeurs de terreur et de mort ne tardent pas à s’élever. Un voile sombre s’abat pour longtemps sur Anse Bleue.
Pour dire le monde nouveau, celui des fratries déchirées, des déprédations, de l’opportunisme politique, Yanick Lahens s’en remet au chœur immémorial des paysans : eux ne sont pas dupes, qui se fient aux seules puissances souterraines.
Leurs mots puissants, magiques, donnent à ce roman magistral une violente beauté.
Yanick Lahens vit en Haïti. Depuis la parution de La Couleur de l’aube (2008 ; prix RFO 2009), elle porte en elle le grand roman de la terre haïtienne qu’est Bain de lune. Failles (2010) et Guillaume et Nathalie (2013) ont également paru chez Sabine Wespieser éditeur.

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Informations

Publié par
Date de parution 11 septembre 2014
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EAN13 9782848051291
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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B A I N D E L U N E
D U M Ê M E A U T E U R
L’EXIL, ENTRE L’ANCRAGE ET LA FUITE : L’ÉCRIVAIN HAÏTIEN essai, Éditions Henri Deschamps, PortauPrince, 1990
TANTE RÉSIA ET LES DIEUX nouvelles, L’Harmattan, Paris, 1994
LA PETITE CORRUPTION nouvelles, Éditions Mémoire, PortauPrince, 1999 ; Mémoire d’encrier, Montréal, 2003
DANS LA MAISON DU PÈRE roman, Le Serpent à plumes, Paris, 2000
LA FOLIE ÉTAIT VENUE AVEC LA PLUIE nouvelles, Presses nationales d’Haïti, PortauPrince, 2006
LA COULEUR DE L’AUBE roman, Sabine Wespieser éditeur, 2008 Prix RFO 2009
FAILLES récit, Sabine Wespieser éditeur, 2010
GUILLAUME ET NATHALIE roman, Sabine Wespieser éditeur, 2013
YANI CK
B A I N
LAHENS
D E
roman
L U N E
SABIN E W ESPIESER ÉD ITEU R 13, RUE SÉGUIER, PARIS VI 2014
Le lecteur trouvera en fin d’ouvrage un arbre généalogique ainsi qu’un glossaire donnant la définition des mots suivis d’un astérisque à la première occurence.
©Sabine Wespieser éditeur, 2014
Je suis AtibonLegba Mon chapeau vient de la Guinée De même que ma canne de bambou De même que ma vieille douleur De même que mes vieux os [...] Je suis LegbaBois LegbaCayes Je suis LegbaSignangnon [...] Je veux pour ma faim des ignames Des malangas et des giraumonts Des bananes et des patates douces RD Un arcenciel pour l’Occident chrétien
[...] il a détruit cette beauté qui m’exposait aux rechutes sur les lits du désir [...] ; je ressemble à la Mort, cette vieille maîtresse de Dieu. MY Feux
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APRÈS UNE FOLLE ÉQUIPÉEde trois jours, me voilà étendue là, aux pieds d’un homme que je ne connais pas. Le visage à deux doigts de ses chaussures boueuses et usées. Le nez pris dans une puanteur qui me révulse presque. Au point de me faire oublier cet étau de douleur autour du cou, et la meurtrissure entre les cuisses. Difficile de me retourner. De remonter les jambes. De poser un pied par terre avant que l’autre suive. Pour franchir la distance qui me sépare d’Anse Bleue. Si seulement je pouvais prendre mes jambes à mon cou. Si seulement je pouvais m’enfuir jusqu’à Anse Bleue. Pas une fois je ne me retournerais. Pas une seule fois. Mais je ne le peux pas. Je ne le peux plus... Quelque chose s’est passé dans le crépuscule du premier jour de l’ouragan. Quelque chose que je ne m’explique pas encore. Quelque chose qui m’a rompue. Malgré mes yeux figés et ma joue gauche posée à même le sable mouillé, j’arrive quand même, et j’en suis quelque peu soulagée, à balayer du regard ce village bâti comme Anse Bleue. Les mêmes cases étroites. Toutes portes et toutes fenêtres closes. Les mêmes murs lépreux. Des deux côtés d’une même voie boueuse menant à la mer. J’ai envie de faire monter un cri de mon ventre à ma gorge et de le faire gicler de ma bouche. Fort et haut. Très haut et très fort jusqu’à
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déchirer ces gros nuages sombres audessus de ma tête. Crier pour * * appeler le Grand Maître , Lasirenn et tous les saints. Que j’aime rais que Lasirenn m’emmène loin, très loin, sur sa longue et soyeuse chevelure, reposer mes muscles endoloris, mes plaies béantes, ma peau toute ridée par tant d’eau et de sel. Mais avant qu’elle n’en tende mes appels, je ne peux que meubler le temps. Et rien d’autre... De tout ce que je vois. De tout ce que j’entends. De tout ce que mes narines hument. De chaque pensée, fugace, ample, entêtante. En attendant de comprendre ce qui m’est arrivé. L’inconnu a sorti son téléphone portable de sa poche droite : un Nokia bas de gamme comme on en voit de plus en plus au All Stars Supermarket à Baudelet. Mais il n’a pas pu s’en servir. Il tremblait de tous ses membres. Tant et si bien que le téléphone lui a échappé des mains et est tombé tout contre ma tempe gauche. Encore un peu et le Nokia aurait achevé de m’enfoncer l’œil... L’homme a reculé d’un mouvement brusque, le regard épouvanté. Puis, prenant son courage à deux mains, a plié lentement le torse et allongé le bras. D’un geste rapide, il a attrapé le téléphone en pre nant un soin inouï à ne pas me toucher. Je l’ai entendu répéter tout bas, trois fois de suite, d’une voix étouffée par l’émotion : « Grâce la Miséricorde, grâce la Miséricorde, grâce la Miséricorde. » J’entends encore sa voix... Elle se confond avec la mer qui s’agite en gerbes folles dans mon dos.
Dans ma tête des images se bousculent. S’entrechoquent. Ma mémoire est pareille à ces guirlandes d’algues détachées de tout et qui dansent, affolées sur l’écume des vagues. Je voudrais pouvoir recoller