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Français

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L’affaire Flaubert

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Description

Adèle est morte dans un accident de voiture et Germain, son mari, est inconsolable. Il va bientôt se rendre compte qu’il n’est pas le seul à la pleurer tendrement et que le drame a été provoqué par un inconnu qui semble en vouloir beaucoup à sa femme !
Le voilà parti sur les routes de Normandie avec l’amant d’Adèle, pour une enquête insolite… Ils y rencontrent des personnages inattendus qui pourraient être de bons suspects, dans un road movie étrange, drôle et touchant.
Charlotte, sœur de Germain, vient les rejoindre, tandis que Gustave Flaubert les traque impitoyablement.
Que cachait Adèle ?
Et qui est vraiment Flaubert ? Un écrivain célèbre du XIXe siècle ou un tueur cynique du XXIe ?

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 04 janvier 2019
Nombre de lectures 162
EAN13 9782370116413
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0000€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.


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Marie-Noëlle Garric

© Éditions Hélène Jacob, 2018. CollectionMystère/Enquête. Tous droits réservés.
ISBN : 978-2-37011-642-0

I


« Accident. Toujours déplorable et fâcheux. (Comme si on devait jamais trouver un malheur
une chose réjouissante) »
Flaubert
Dictionnaire des idées reçues

3

26 octobre 2016, 19 h 37


²«/HV F°XUV GHV IHPPHV VRQW FRPPH FHV SHWLWV PHXEOHV j VHFUHW SOHLQV GH WLURLUV HPERvWpV
les uns dans les autres. On se donne du mal, on se casse les ongles, et on trouve au fond quelque
1
fleur desséchée, des brins de poussière ou le vide. »
² 9UDLPHQW )ODXEHUW YRXV Q¶rWHV SDV GU{OH GX WRXW 9RXV PH IDWLJXH] DYHF YRWUH PLVRJ\QLH j

deux balles !
² $GqOH« 3UHQH] GH OD KDXWHXU! Vous méritez mieux que cette minable vie étriquée et
laborieuse. Vivez, que diable !
La pluie fouette le pare-brise avec force. Les milliers de gouttes propulsées divisent les lueurs
GHV SKDUHV HQ IDFH /¶HVVXLH-glace est à la peine sous cette averse venteuse.


1
Flaubert,/¶Éducation sentimentale.

4

26 octobre 2016, 20 h 28


À nouveau, le téléphone sonne dDQV OH SHWLW KDELWDFOH (OOH QH YHXW SDV UpSRQGUH '¶XQ DXWUH
côté, elle se sent vaguement perdue sur cette route de campagne. Sans doute va-t-LO O¶DLGHU j VH
GLULJHU $X WUDYHUV GHV VLOORQV WUDFpV SDU OHV JRXWWHV IXULHXVHV O¶HVVXLH-glace glisse et restitue
quelques instants avec netteté les pointillés de la ligne médiane. Elle décroche.
² -H VXLV SOXV RX PRLQV SDXPpH DYHF YRWUH DEVXUGH LWLQpUDLUH j WUDYHUV FKDPSV«
²Pourquoi voulez-vous inviter votre imbécile de mari en Normandie ? Nous ne sommes pas
suffisamment en harmonie tous les deux ? Vous vous doutez bien, Adèle, comme le disait ou
2
SOXW{W O¶pFULYDLW QRWUH PDvWUH«4XDQG O¶DPEURLVLH GpIDLOOH OHV ,PPRUWHOV V¶HQ YRQW»
² -H VXLV SHUGXH YRXV P¶HQWHQGH]? Et je me contrefous de ce que vous essayez dH PH GLUH«
Et puis, zut ! Je suis au volant, et je sais que je ne devrais pas répondre !
²«0DLV LO QH IDXW MDPDLV SHQVHU DX ERQKHXU FHOD DWWLUH OH GLDEOH FDU F¶HVW OXL TXL D LQYHQWp
3
cette idée-là pour faire enrager les humains». Ilest pitoyable, votre futur week-end en
DPRXUHX[« 7HOOHPHQW SUpYLVLEOH WHOOHPHQW JQDQJQDQ $GqOH YRXV rWHV IDLWHV SRXU OHV JUDQGV
IULVVRQV OHV LQGLYLGXV G¶H[FHSWLRQ 3DV OHV SHWLWV SURIV PLQDEOHV $QQXOH]!
²Merde de merde. Foutez-moi la paix. Abruti 9RXV Q¶DYH] SDV O¶LPSUHVVLRQ G¶DEXVHU? Je
QH YHX[ SOXV DYRLU« 2K QRQ« QRQ«
Quelques secondes de vacarme : des freins qui hurlent, des cris de terreur ou de souffrance, de
la tôle qui plie,HW SXLV ULHQ '¶XQH SDUW MXVWH XQH PDLQ TXL IHUPH VRQ WpOpSKRQH (W GH O¶DXWUH XQe
WrWH FRXFKpH VXU XQ YRODQW DYHF OH VDQJ TXL V¶pFRXOH WURS YLWH WURS IRUW


2
Flaubert,La Tentation de saint Antoine.
3
Flaubert,/¶Éducation sentimentale.

5

1± $GqOH HVW PRUWH«


«(W F¶HVW j WRL TXH MH P¶DGUHVVH $GqOH TXL QRXV D TXLWWpV VL W{W HW VL EUXWDOHPHQW 4XH WRQ
enthousiasme, ton rire et ta générosité nous éclairent encoUH ORQJWHPSV« WRL TXL«»
-H UrYH RX FHW H[DOWp HVW HQ WUDLQ GH OD WUDQVIRUPHU HQ V°XU (PPDQXHOOH " (OOH P¶DYDLW WRXMRXUV
dit que son frère était excessif, mais, là, ilO¶HQVHYHOLW GHX[ IRLV /D YUDLH $GqOH FHOOH TXH M¶DL
connue, était plus nuancée, plus mystérieuse et beaucoup plus intéressante. Comme la semaine
dernière, quand elle avait décidé de se rendre en Normandie. Seule. Et que je lui ai demandé si
elle avait un petit amiGDQV O¶aiguille creuse. Elle avait eu un drôle de hennissement, ce que
O¶H[FLWp QpFURORJLTXH DSSHOOH VRQ ULUH HW HOOH P¶DYDLW UpSRQGX:
² *HU« 2Q V¶HVW WRXMRXUVpromisTX¶RQ Q¶pWDLW SDV REOLJps de tout se raconter.
(W M¶DYDLV IDLW OH PDOLQ OH GpWDFKp DORUV TXH MHmouraisGH WURXLOOH '¶DERUG SDUFH TX¶HOOH HW
les limitations de vitesse, ça faisait deux, et puis,SDUFH TX¶j IRUFH GHplaisanter sur son amant
SRWHQWLHO M¶DYDLV ILQL SDU \ FURLUH XQ SHX (W SRXUWDQW HOOH DYDLW OH GRQ SRXU PH UDVVXUHU TXDQG
HOOH PH SDVVDLW OD PDLQ GDQV OHV FKHYHX[ HW TX¶HOOH PHrépétait si sérieusemeQW TX¶HOOH P¶adorait.
0HUGH F¶HVW DX SDVVp TX¶LO PH IDXW HQ SDUOHU« -¶DL PDO $GqOHraconte-PRL TXH F¶HVW XQH EODJXH

TXH WX Q¶HV SDV HQ FRPSRWH GDQV FHWWH ERvWH SHQGDQW TX¶Édouard pérore devant une assemblée
muette et reniflante. Dis-moi que tu vas bouJHU WD JUDLVVH FRPPH WX DLPDLV W¶H[SULPHU HQ SDOSDQW
WHV ERXUUHOHWV LPDJLQDLUHV«
« Germain, je me tourne à présent vers toi, son compagnon, son mari. Nous partageons ta
souffrance tout autant que nous la comprenons, nous sa famille, ses amis, tous ceux quL O¶RQW
FRQQXH«»
Pitié Édouard 7¶es pas obligé de verser dans le cliché et le rythme ternaire 4X¶HVW-ce que tu
entends à ma peine, empaffé ?
-H GHYLHQV PDXYDLV M¶DL HQYLH GH OH PRUGUH ,O Q¶HQ PpULWH SDV WDQW ,O HVW MXVWH FRQ
La main de Vincent se crispe sur mon épaule. Je sensTX¶LOsaisit ce qui se passe. Georges me
tend un mouchoir. Il faut croire que je pleure, comme Charlotte, à côté de moi, qui soupire en me
SpWULVVDQW OH EUDV -¶HQWHQGV GHV VDQJORWV pQRUPHV H[SORVHU j PD JDXFKH 4XL HVW-ce qui se fond
ainsi en larmes et en cris ?
Un rondouillard est écrasé de chagrinj F{Wp G¶XQ F\SUqV ,O SRUWH XQ GXIIOH-coat verdâtre. Des
OXQHWWHV TX¶LO HQOqYH SRXU V¶HVVX\HU OHV \HX[ DYHF XQH PDQFKH GH VRQ WUXF HQ IRUPH GH PDQWHDX

6

-¶DL OD UDJH. Il fait un concours de celui qui sera le plus effondré ? Je regarde à nouveau la boîte.
$GqOH« 4XL HVW FH FUpWLQ TXL SOHXUH j WRQ HQWHUUHPHQW " &¶HVW SDV WRQ PDUL SXLVTXH WRQ PDUL
F¶HVW PRL &¶HVW SDV XQ W\SH GH WD IDPLOOH LOV VRQW WRXV VXU OH PrPH PRXOH FDFKHPLUH, chemises et
pompes très chères.
7¶DV XQ IUqUH LQFRQQX? Un garsTXL YLHQGUDLW G¶XQH TXHOFRQTXH LQILGpOLWp GH -HDQ-Maurice ? Il
aurait fricoté de près avec une hippie ? Parce que, il faut reconnaître que sa gueule trempée ne
ressemble pas à celle des ChapHORW« (W HQFRUH PRLQV j %pQpGLFWH VXUDQQpH FODVVLHXVH HW
chichiteuse, comme une publicité pour Cyrillus.
Putain, Adèle ! Et ne me répète pas une fois de plus avec ton air à ne pas y toucher que je suis
JURVVLHU (W G¶DLOOHXUV WX VRUWDLV GHV ERUGpHV GH Murons à faire rougir un bataillon de légionnaires.
&¶pWDLW WD PDQLqUH j WRL G¶DIILUPHU TX¶XQH H[LVWHQFHsemblait possible en dehors des Chapelot, du
UHSDV GRPLQLFDO GH OD PHVVH j %D]RFKHV GHV SRORV G¶Édouard, des parcours de golf et du pool
house. Tu te rappelles, Adèle,TXDQG WX P¶HVTXLVVDLV XQ GRLJW G¶KRQQHXU VRXV OD QDSSH SRXU
ponctuer les discours en guimauve bien pensante de ta mère ?
«2Q GLUD FH TX¶RQ YRXGUD GH OD FRQVRPPDWLRQ j RXWUDQFH«mais se procurer un produit de
bonne marque est essentiel. PDU H[HPSOH PRL -¶DL WRXMRXUVacquis mes serviettes de bain chez
%RXUJLQ j 0RQWIRUW (K ELHQ MH P¶\ UHWURXYH VXU WRXW /D TXDOLWp Q¶D SDV ERXJp HW MH QH VXLV SDV
REOLJpH G¶HQ UDFKHWHU WRXV OHV GX PRLV! »
'¶DLOOHXUV VL ODpuissance de mon souvenir est correcte HW MH FURLV TX¶HOOH O¶HVW F¶HVW
-HDQMaurice qui avait répondu :
«(Q VRPPH %pQpGLFWH«tX QRXV GLV TX¶LO IDXW rWUH ULFKH SRXU pFRQRPLVHU! » Et tous les
Chapelot de rire devant la saillie paternelle, pas si fausse que ça par certains côtés, tandis
TX¶$GqOH PH VHUUDLW OHV GRLJWV DYHF IRUFH SRXU PH IDLUH RXEOLHU OHV SpURUDLVRQV IDPLOLDOHV
«*HU« 7¶HV SOXV TX¶LPSRUWDQW SRXU PRL 0DLV MH QH YHX[ SDV GH EDUUHDXx, je ne veux pas de
SULQFLSHV -H YHX[ W¶DLPHU PDLV MH YHX[ UHVWHU OLEUH &¶HVW SRVVLble, ça, non ? Entre deux êtres
GRXpV GH ERQQH YRORQWp HW G¶LPDJLQDWLRQ 2Q GRLW SRXYRLU VH FUpHU XQH YLH TXL QRXV
UHVVHPEOH« ª -¶DYDLV VHFRXp OD WrWH RQ DYDLW GLVFXWp GHV KHXUHV (W RQ DYDLWdéveloppé un code
de conduite commun, entre des ébats joyeux ou graves,PDLV VL VRXYHQW GpOLFLHX[«
$GqOH QH PH GLV SDV TXH WRXW oD HVW ILQL« -H VHQV TXH &KDUORWWH PH SDUOH 9LQFHQW HW *HRUJHV
DXVVL -H Q¶HQWHQGV SDV -XVWH XQ EURXKDKD 2Q VH GpSODFH /HV &KDSHORW YLHQQHQW P¶HPEUDVVHU.
Bénédicte est digne, mais son ne] HVW URXJH 2Q VH UHJDUGH -H Q¶DL SDV GHmot, simplement un
pWDX TXL PH EURLH OD SRLWULQH PH VHUUH OD JRUJH P¶REVFXUFLW
Il fait si beau, mon amour 8Q SHWLW YHQW IUDLV G¶DXWRPQH FDUHVVH OD WRPEH HW OD OXPLqUH
G¶RFWREUH GpFRXSH DYHF QHWWHWp OHV YROXPHV OHV F\SUqV OHV IOHXUV /¶RGHXU GHV JHUEHV GH URVHV PH

7

poursuivra longtemps.
Plus tard, il y aura un repas. Des gens qui me prendront dans leur bras et que je ne connaîtrai
pas. Ou pas plus que ça. Ou dont je me contrefous. Je cherche le duffle-coat verdâtre. Le frère
LQGLJQH ,O D GLVSDUX HQWUH OH FLPHWLqUH HW LFL 1¶HPSrFKH TXH, pour pleurer ainsi comme un veau,
LO IDOODLW TX¶LO WHpratique sérieusement, Adèle &¶HVW SDV MXVWH OD SLpWp IUDWHUQHOOH TXL VHPEODLW
O¶DQLPHU
3XWDLQ« $GqOH 1H PH GLV SDV TXH WX W¶HV WDSp FH W\SH?

8

2±Étienne était-il un cubitus"«


Ça fait trois mois que je survis. Peut-être même plus, je ne sais pas trop. Parfois, je me dirige
YHUV OH FDOHQGULHU GH OD 3RVWH HW MH UHJDUGH OD GDWH TXH M¶DL EDUUpH HQ URXJH: 26 octobre. La
SaintDimitri. Celui-Oj« &¶HVW TXL G¶DERUG? IlQ¶pWDLWpas censé te protéger" -H UDGRWH MH GLV Q¶LPSRUWH
TXRL /D VRXIIUDQFH PH UHQG FRQ VXSHUVWLWLHX[ IUDJLOH -¶DLPHUDLV PH UDFFURFKHU j Q¶LPSRUWH
quelle branche, mais elles se brisent toutes et je sens la douleur cascader, ricocher à longueur de
journée. Ce sont les multiples objets que tu avais choisis et dont je ne sais plus que faire. Les
casser" -H O¶DL IDLW KLHU DYHF O¶DWURFH VWDWXHWWH TX¶RQ DYDLW DFquise à Belle-Île et qui te faisait
« mourir de rire et de mauvais goût ». Deux personnages enlacés en coquillages, « peints à la
main », qui se regardaient,O¶DLU QLDLV 7X DYDLV KHQQL GHYDQW OD ERXWLTXH GH VRXYHQLUV HQ GLVDQW
TXH WX YRXODLV DEVROXPHQW W¶DFKHWHU QRXV DFKHWHU FHchef-G¶°XYUHqui aurait fait « planer ton père
et ta mère et tous tes ancêtres pétris de bon goûtª -H O¶DL IUDFDVVp KLHU OHV FRTXLOODJHV VRQW SDUWLV
HQ YULOOH HW M¶DL EDOD\p $XFXQ VRXODJHPHQW GDQV FH KDSSHQLQJ PRUELGH 'H WRXWH IDoRQ MH QH VXLV
bon à rien, maintenant.
JeQ¶DL SDV HQFRUH SX GLVWULEXHU RX MHWHU WHV KDELWV -¶DL MXVWHcédé à Charlotte ton écharpe verte.
Tu vois laquelle" &HOOH TXH WX PHWWDLV ORUVTX¶RQ IDLVDLW GX YpOR« &HOOH GRQW WX GLVDLV TX¶HOOH WH
GRQQDLW XQ DLU GH EDURXGHXU G¶RSpUHWWH
Je ne sais pas si je deviens fou,PDLV M¶DL O¶LPSUHVVLRQ TXH WRQ RGHXU IORWWH SDUIRLV GDQV OD VDOOH
de bains 8Q PpODQJH OpJHU G¶pSLFHV GRXFHV HW GH IOHXUV -H UHQLIOH O¶DUPRLUH OD FRPPRGH -H
traqueO¶LOOXVLRQ OH UrYH OH IDQWDVPH -H YRXGUDLV RXEOLHU XQ LQVWDQW 7Xcomprends $GqOH« &H
VRQW OHV PDWLQV TXL VRQW GLIILFLOHV 3HQGDQW TXHOTXHV VHFRQGHV MXVWH DYDQW G¶RXYULU OHV \HX[ MH
IDLV FRPPH G¶KDELWXGH -H WkWH OH OLW HW MH FKHUFKH WRQ FRUSV (W G¶XQ FRXS OD GRXOHXU DUULYH
Brutale et aiguë -¶DWWHUULV HQ SOHLQ GHGDQV &¶HVW oD PD UpDOLWp,PDLQWHQDQW &¶HVW DYHF HOOH TXH MH
GRLV FRPSRVHU -H QH VDLV SDV VL M¶\adhère encore. Si je ne guette pas parfois ton pas dans
O¶HVFDOLHU 6L MH QH FURLV SDV GDQV FHWWH HVSqFH GH IDLEOHVVH JpQpUDOLVpH GDQV ODTXHOOH MH P¶HQOLVH
que tX YDV P¶DSSDUDvWUH (W TXH WRXW YD UHcommencer comme avant. Comme dans les livres dont
QRXV QRXV PRTXLRQV WRXV OHV GHX[ R O¶DPRXU HVW SOXV IRUW TXH OD PRUW
)RXWDLVHV 7X Q¶HV SOXV Oj (W MH GHYLHQV GLQJXH
-¶DL UHSULV OH ERXORW
Les gosses ont été sympaV« 'LVFUHWV /H GpOpJXp GHV 3UHPLqUHs S est venu gravement me

9

VHUUHU OD PDLQ HW P¶DVVXUHU GH OHXU VRXWLHQ -¶DL IDLW OHcostaud 0DLV MH Q¶HQ PHQDLV SDV ODUJH
TXDQG MH PH VXLV DVVLV DX EXUHDX GHYDQW WRXWHV FHV SDLUHV G¶\HX[ TXL PH GpYLVDJHDLHQW 0HV
collègXHV P¶RQW HPEUDVVp SpWUL OH EUDV RX OHV GRLJWV P¶RQW RIIHUW WHPSV DVVLVWDQFH pFRXWH
Je suis dédoublé. Une partie de moi répond aux phrases convenues par des phrases convenues.
8QH DXWUH KXUOH HQ VLOHQFH TX¶RQ OXL IRXWH OD SDL[ TX¶RQ OH ODLVVH VH URXOer en boule et pleurer.
$GqOH« -¶DLPHUDLV P¶HQGRUPLU HW PH UpYHLOOHU JXpUL GH WRQ DEVHQFH HW GH FHWWH GRXOHXU TXL PH
EUOH 7X FURLV TXH MH YDLV P¶HQ VRUWLU?
Et en plus«tX PH FRQQDLV« -H PH WURXYH WHOOHPHQW FUpWLQ HW SOHXUQLFKDUG TXH M¶DL HQYLH GH
me batWUH 7X Q¶HV PrPH SDV Oj SRXU PH GLUH:
² *HU« 6RLV LQGXOJHQW DYHF WRL-même. Relâche-toi 7¶DV OH GURLW G¶rWUH HQ FROqUH RX IDWLJXp
ou triste.
7X P¶DV ELHQ ODLVVp WRPEHU (W G¶DERUG TX¶HVW-FH TXH W¶DOODLV IULFRWHU TXHOTXH SDUW HQ
Normandie" 7¶DYDLV XQamant qui te faisait grimper aux rideaux ? Plus intensément que moi ?
$GqOH« -H GHYLHQV IRX 7X PH UHQGV IRX 7X P¶H[DVSqUHV PRQtrésor 7X P¶DV SODQWp Oj FRPPH
XQ FRQ W¶DV ULHQ WURXYp GH PLHX[ TXH GH W¶HQURXOHU DXWRXU G¶XQ DUEUH j OD VRUWLH G¶XQ WRXUQDnt que
WX DXUDV SULV FRPPH XQH LGLRWH HQFRUH«soit à farfouiller dans la boîte à gants, soit à te rouler une
cigarette, et, le tout, si possible à plus de 110kLORPqWUHV j O¶KHXUH VXU XQH GpSDUWHPHQWDOH
VLQXHXVH 7X O¶DV IDLW H[SUqV RX TXRL? Tu te croyais invincible ? À 42 ans, ça aurait dû te passer.
<¶D XQ PRPHQW TXH OHV JHQV QRUPDX[ RQW FRPSULV TX¶LOV Q¶pWDLHQW SDV pWHUQHOV TXH OD SUXGHQFH
DX YRODQW F¶HVW MXVWH QpFHVVDLUH HW SDV UpVHUYp DX[ WLPRUpV -¶HQUDJH -¶DXUDLV G W¶LQWHUGLUH GH
partir là-bas. Quoi ? Quoi" -¶RXEOLH QRV FRQYHQWLRQV? Je fais le macho minable ? Pire ! Celui qui
veut réglementerWD YLH HW HQUpJLPHQWHU WHV UrYHV &¶HVW j SHX SUqV oD TXH WX P¶DYDLV EDODQFp
TXDQG MH Q¶DYDLV SDV SDUX HQWKRXVLDVPp SDU WD YLUpH QRUPDQGH
Bon. Je suis enWUDLQ GH GHYHQLU IRX -H YDLV PH IDLUH XQ FDIp /H WpOpSKRQH VRQQH -¶KpVLWH j
répondre $OOH] *HUPDLQ« 5HYLHQV GDQV Oe monde réel, celui où un collègue va sûrement te
SURSRVHU GH O¶DFFRPSDJQHU HQ VRUWLH R &KDUORWWH W¶LQYLWH j PDQJHU GLPDQFKH R WX FRrriges et tu
prépares des cours.
-H GpFURFKH (W Oj $GqOH MH Q¶DL SDV UHFRQQXni le timbre ni le ton. La voix me dit :
²Bonjour ! Vous ne me connaissez sans doute pas -H PH SUpVHQWH MH P¶DSSHOOHÉtienne
Malet-Brias.
²Oui ? dis-je avec autant de chaleXU TX¶XQ WRUUHQW SDUFRXUDQW XQH WRXQGUD JODFpH
²Vous êtes bien Germain Hérelier ?
²Il paraît.
&H Q¶HVW SDV SRXU rWUH VSLULWXHO TXH MH UpSRQGV DLQVL F¶HVW SDUFH TXH OD UDJH P¶LQRQGH HW TXH MH

10

ne sais plus qui je suis vraiment.
²Il paraît" 9RXV Q¶rWHVpas sûr ?
L¶LQWRQDWLRQest un brin inquiète.
² $GPHWWRQV«
ÀF{Wp GX WRQ GH PD YRL[ MH FURLV TX¶XQ DERLHPHQW GH PRORVVH HVW DXVVL GRX[ TX¶XQ VROR GH
KDUSH -H VHQV TXH PRQ LQWHUORFXWHXU YD P¶DSSRUWHU XQ WDV G¶HPPHUGHPHQWV (W G¶DLOOHXUV MH QH OH
sens pas, j¶HQ VXLV FHUWDLQ. Mais ça ne faitULHQ -H QH UDFFURFKH SDV -¶DL HQYLH GH PH WRUWXUHU GH
foncer dans les ennuis pour me distraire.
7RL WX VDLV TXL LO HVW $GqOH PRL MH YDLV O¶DSSUHQGUH
² -¶DLPHUDLV YRXV UHQFRQWUHU -¶DL XQ WDV GH FKRVHV j YRXV GLUH. Il faut vraiment que je vous en
parle en tête à tête.
² (W PRL M¶DL HQYLH GH PRUGUH, et surtout pas de discourir avec des inconnus.
-H P¶HQWHQGV DER\HU MH Q¶DL PrPH SDV KRQWH -¶DL WRXW SHUGX < FRPSULV O¶pGXFDWLRQ
1pDQPRLQV MH Q¶RXEOLH SDV TXH MH FKerche les ennuis et je poursuis.
²Lâchez ce que vous avez àP¶DSSUHQGUH« $X SRLQW R M¶HQ VXLV YRXV SRXYH] P¶annoncer
que je ne suisSDV OH ILOV GH PHV SDUHQWV HW TX¶RQ QRXV D pFKDQJpsj OD QDLVVDQFH MH P¶HQ
contrefous.
²Je préférerais monter à votre appartement.
²Bon Dieu, vous êtes où ?
Je croasse tout en me dirigeant vers la fenêtre de la rue.
(W Oj M¶DSHUoRLV OH URQGRXLOODUG HQ GXIIOH-FRDW O¶pSORUp OD IRQWDLQH TXL VH UpSDQGDLW j
O¶HQWHUUHPHQW G¶$GqOH ,O PH IDLW XQ VLJQH WLPLGH GH OD PDLQ
-¶DSSXLH VXU O¶RXYHUWXUH GH OD SRUWH MH EUDLOOH WURLVLqPH JDXFKH HW M¶DWWHQGV VXU OH SDOLHU ,O
grimpe -H VHQV OHV HPPHUGHPHQWV DUULYHU 8QH IRUPH G¶H[FLWDWLRQ PDOVDLQH PH YULOOH OH SOH[XV
solaire. De près, il ressemble à un vieux bébé monté en graine. Ses lunettes sont sales. Il me tend
OD PDLQ DYHF XQH VRUWH G¶LQJpQXLWp FRPPH VL QRXV pWLRQV GHX[ SRWHV TXL QH VH VHUDLHQW SDV YXV
depuis une éternité.
² *HUPDLQ M¶DL ELHQ FRQQX $GqOH HW M¶DL GHV UpYpODWLRQV j YRXV IDLUH
-H OH IDLV HQWUHU ,O V¶DVVRLW VXU OH FDQDSp FRPPH V¶LO pWDLW pSXLVp -H SUHQGV SODFH VXU XQ
IDXWHXLO HQ IDFH GH OXL -¶DL SHXU -H VXLV PrPH WpWDQLVp SDU OD SpWRFKH 1pDQPRLQV MH OXL IDLV
VLJQH G¶DFFRXFKHU $GqOH WX QH P¶DXUDV ULHQ pSDUJQp 5LHQ
²Je ne sais pas par où commencer, énonce-t-LO -¶DL UHQFRQWUp $GqOH j XQH VRLUpH FKH] OHV
0DUWLQH] 9RXV Q¶DYLH] SDV SX YHQLU 7URS GH FRSLHV j FRUULJHU 0RL GDQV OH WHPSV M¶DL JDUGp OHV
gosses de la tante Martinez, et on a tissé des liens.

11

3RXU O¶LQVWDQW MH WURXYH TXH OH W\SH QH PDQTXH SDV G¶DLU RQ GLUDLW TX¶LO HQ FRQQDvW XQ ERXW VXU
PRL -¶DWWHQGV OD VXLWH OHV QHUIV WHQGXV FRPPH GHV FRUGHV GH YLRORQ
² 9RLOj« $YHF $GqOH RQ D V\PSDWKLVp -¶DL WRXW GH VXLWH DLPp VRQ VW\OH VRQ KXPRXU VRQ
rire.
²On a déjà ça en commun, dis-je, partagé entre le désespoir et le cynisme qui va avec chez
moi.
²Elle a vraiment appréciéOH IDLW TXH MH VRLV QRXQRX j GRPLFLOH«
²Moi, ça me laisse froid.
-H FRPPHQWH DYHF DFFDEOHPHQW -H VHQV YHQLU OH FRXS GH SRLJQDUG TXL YD P¶DFKHYHU
² 2Q V¶HVW HPEUDVVps (OOH P¶D GLW TX¶HOOH pWDLW PDULpH DYHF YRXV TX¶HOOH YRXV DGRUDLW, mais
TXH YRXV pWLH] OLEUHV GH UHQFRQWUHU G¶DXWUHV SDUWHQDLUHV«
-H KDLV OH URQGRXLOODUG ,O P¶DSSUHQG TX¶LO D pWp O¶DPDQW GH PD IHPPH HW, en plus, il me raconte
oD FRPPH V¶LO PH OLVDLW XQ OLYUH GH Gpveloppement personnel.
² $ORUV RQ V¶HVW UHYXs plusieurs fois, chez moi. On a même passé un délicieux week-end
ensemble. On est allé visiter la maison de Monet à Giverny. Vous connaissez ?
²Je neFRQQDLV SDV VDORSDUG« 0DLV FH TXH MH YDLV WH GRQQHUça, tu vas le connaître.
-H PH OqYH /H URQGRXLOODUG VH WDVVH VXU OH FDQDSp FRPPH V¶LO V¶\ DWWHQGDLW -H OXL EDODQFH
TXHOTXH FKRVH HQWUH O¶XSSHUFXW HW OD JLIOH ,O V¶pFURXOH HQWUH OHV FRXVVLQV OH QH] HQ VDQJ
² 4XL W¶D SHUPLV GH EDLVHU PD IHPPH KHLQ? Je ne sens pas bien tout ce que ma question peut
avoir de rhétorique./D UDJH P¶DYHXJOH.
² (OOH«
Il se relève péniblement, sort un vieux mouchoir en papier du duffle-coat verdâtre et
maintenant taché de sang. Il hoquette, il suffoque.

²Elle, reprend-LO TXL P¶D DVVXUp TXH YRXV DYLH] XQH VRUWH GH FRQWUDW HQWUH YRXV GHX[ 4X¶HOOH
était libre, même si, en aucun cas, elle ne se serait séparée de vous! Vous étiez sa colonne
YHUWpEUDOH P¶D-t-elle dit.
² (W WRL W¶pWDLV TXRL? Son cubitus ?
Je hurle. Je suis un radiateur de haine chaude et explosive.
² -¶pWDLV VRQ MDUGLQ VHFUHW
,O PH EDODQFH oD DYHF OH PrPH QDWXUHO TX¶LO D PLV j PH VDOXHU '¶XQ FRXS MH VXLV VDQV IRUFH -H
YLHQV G¶DYDOHU XQ ERD HW MH PDQTXH G¶R[\JqQH -H UHJDUGH OH URQGRXLOODUG SDUOHU, mais je ne
O¶HQWHQGV SOXV -H OH YRLV VH OHYHU XQ PRXFKRLU URXJH GHYDQW OH QH] ,O P¶pYHQWH DYHF XQ YLHX[
PDJD]LQH ,O PH WDSRWH OHV MRXHV -H O¶DSHUoRLV GDQV XQ EURXLOODUG MDXQkWUH SDUWLU HW UHYHQLU DYHF XQ
YHUUH G¶HDX TX¶LO PH IDLW ERLUH DYHF XQH VROOLFLWXGH PDWHUQHOOe.

12

Quelques minutes passent, en silence. Le monde se colore à nouveau autour de moi. Le
rondouillard est en technicolor et je suis anéanti.
² 1RWUH UHODWLRQ D GXUp MXVTX¶j« O¶DFFLGHQWAvec ce soudain et grand silenceG¶HOOH SHQGDQW
SOXVLHXUV KHXUHV M¶DL FUX GHYHQLU IRX -H QH VDYDLV SDV j TXL P¶DGUHVVHU 3XLV M¶DL WpOpSKRQp j OD
WDQWH 0DUWLQH] (W M¶DL GHPDQGp GHV QRXYHOOHV G¶$GqOH (OOH pWDLW ERXOHYHUVpH HOOH YHQDLW
G¶DSSUHQGUH TX¶HOOH« HQILQ« TX¶HOOH pWDLW GpFpGpH GDQV XQ WHUULEOH DFFLGHQW GH YRLWXUHquelque
SDUW VXU XQH URXWH GH 1RUPDQGLH -¶DL PLV WRXWH PRQ pQHUJLH j QH SDV FULHU« -¶HQ pWDLV IRX YRXV
savez ?
² 1RQ«
²Excusez-PRL« &H Q¶HVW SDV FH TXH MH YRXODLV GLUH 9RWUH IHPPH pWDLW IRUPLGDEOH
²Je suis au courant«
²Je suis maladroit. Mais mettez-YRXV j PD SODFH FH Q¶HVW SDV pYLGHQW G¶DYRXHU FH TXH MH
YLHQV GH GLUH«
²Non, je ne peux pas me mettre à votre place. (-¶DYDLV UHSULV OH YRXYRLHPHQW HQ PrPH WHPSV
que mes esprits)-¶pWDLV VRQ PDUL -H Q¶DL SDV OD FDSDFLWp GH PH PHWWUH j OD SODFH GH O¶DPant de ma
femme.
²Oui ! Je comprends.
6RQ QH] URXJLW /¶KpPRUUDJLH VHPEOH V¶rWUH DUUrWpH ,O PH YLHQW XQ VRXSoRQ GH KRQWH GHYDQW
PHV DJLVVHPHQWV GH IXULHX[ 4XHOOH LPSRUWDQFH DXMRXUG¶KXL? Adèle" 7X P¶HQWHQGV " $GqOH« -H
me sens tellement misérable. DépoVVpGp 5DFOp MXVTX¶j O¶RV 'pFDSp
² *HUPDLQ« -H QH YRXV DXUDLsSDV DYRXp WRXW oD V¶LO Q¶\ DYDLW SDV DXWUH FKRVH«
²Pitié, Étienne« &¶HVW ELHQ oDÉtienne ? (Le rondouillard opine)1¶DOOH] SDV HQFRUH UDMRXWHU
TX¶HOOH DWWHQGDLW XQ HQIDQW GH YRXV RX TXH YRXs alliez faire le tour du monde en amoureux.
² -¶DXUDLVtant voulu« 0DLV HOOH GLVDLW TX¶HOOH QHsouhaitaitSDV G¶HQIDQW TXH F¶pWDLW WURS WDUG
et que, si elle en avait eu un, ç¶DXUDLW pWp DYHF YRXV«et pour le tour du monde, ça aussi, ç¶DXUDLW
été avec vouV M¶HQ DL SHXU(Étienne a les larmes aux yeux. Il me toucherait presque,
O¶DQLPDO!)1RQ M¶pWDLV GDQV YRWUH RPEUH -¶pWDLV XQ SHWLW SDV GH F{Wp &H TXH M¶DL j YRXV GLUH
HQFRUH QH FRQFHUQH SDV $GqOH HW PRL QL $GqOH HW YRXV« 9RLOj (OOH DYDLW ODLVVp FKH]moi une
YHVWH URXJH ,O \ D GHX[ MRXUV M¶DL GpFLGp GH OD SRUWHU j QHWWR\HU -H O¶DYDLV DIILFKpH DX-dessus de
PRQ OLW SDUFH TX¶LO PH VHPEODLW TX¶HOOH FRQWHQDLWtoujoursOD SUpVHQFH G¶$GqOH 0DLV MH QH YRXODLV
SDV TX¶HOOH VH WHUQLVVH RX V¶HPSRXVVLqUH 0DFKinalement,M¶DL UHWRXUQp OHV SRFKHV
² (W«
Je retiens mon souffle. Tout en moi est en éveil.
² (W M¶DL WURXYp FHbillet. Froissé. En boule même. Tenez !

13

ÉtiennePH WHQG XQH SDJH GH FDUQHW GpFKLUpH TX¶LO D G GpSOLHU HW OLVVHU WDQW ELHQ TXH PDO
Dessus, avec un stylo rouge quelques mots sont tracés: «ESPÈCE DE SALOPE, TU VAS
PAYER DE TA VIE. UN ACCIDENT EST VITE ARRIVÉ ».
Les lettres sont petites, malhabiles, on dirait que la personne apFULW DYHF VD PDLQ JDXFKH ,O Q¶\
a pas de fautes. Étienne me regarde FRPPH V¶LO DWWHQGDLW TXH MH UpVROYH XQH pQLJPH 8QH QDXVpH
PH VXEPHUJH -¶DL IURLG -H IHUPH OHV \HX[ TXHOTXHV PLQXWHV 4XDQG MH OHV URXYUH LO HVW HQFRUH Oj
&H Q¶HVW SDV XQ FDXFKHPDU -H WLHQV XQ PRW TXL PHrévèleTX¶$GqOH D SHXW-rWUH pWp DVVDVVLQpH«

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3±Il y a un temps pour pleurer, un temps pour râler et un
temps pour agir


ÉtienneHVW UHSDUWL -H VXLV UHVWp VHXO 'LUH TXH M¶pWDLV GpVHPSDUp F¶HVW XQH OLWRWH &¶HVW FRPPH
expliquerj TXHOTX¶XQ TXL YLHQW GH SHUGUH SqUH HW PqUH GDQV XQ DFFLGHQW TXH ILQalement, au bout
du compte, il a eu de la chance de ne pas être dans la voiture avec eux. Je suis en miettes. Je
Q¶DUULYH SDV j UDLVRQQHU XQ WDQW VRLW SHX MXVWH HW GURLW -H GRLV YpULILHU WRXV OHV JHVWHV PDFKLQDX[
TXH MH IDLV G¶KDELWXGHpour savoir si jeQ¶DL SDV PLV PD EURVVH j GHQWV DX IULJR -H IDLV OH PDULROH
le cynique, pour tenir cette histoire à bout de bras, le plus loin possible de mon corps. Adèle avait
un amant, une espèce de nounours mal fini, et elle avait reçu des menaces qui laissent à penser
TXH VRQ DFFLGHQW Q¶HVW SDV QDWXUHO« *HQUH FULPH RX PrPH DVVDVVLQDW
Adèle, merde! Je sais que tX Q¶DYDLV SDV WRXMRXUV ERQ JRW« 0DLV O¶DXWUH Oj OLPLWH
cradingue, en tout cas pas vraiment net, avec ses binocles ronds, ses cheveux frisottés coupés au
bol, et son duffle-FRDW YHUGkWUH« 7X DV IDLW IRUW (W G¶DSSUHQGUH oD DSUqV WD PRUW oD IDLW GH PRL
un cocu posthume ?
-H VHQV TXH MH YULOOH -¶DL HQYLH GHcrever. De lâcher. Le typeP¶D DFKHYp $YHF VHV DLUV
ingénus, sa bouille de vieux bébé et son billetIURLVVp $GqOH LO \ DXUDLW TXHOTX¶XQ VXU FHWWH WHUUH
qui te déteste au point de chercher à te tuer" &¶HVW LPSHQVDEOH 5HPDUTXH TXH WX WH WDSHV FHW
KXUOXEHUOX DXVVL F¶HVW LPSHQVDEOH (W SRXUWDQW« -H VHQV TXeWRXW XQ SDQ GH WD YLH P¶D pFKDSSp
Ce n¶HVW SDV XQ MDUGLQ VHFUHW TXH W¶DYDLV F¶HVW XQ SDUF« -H VDLV TXH WXvoulais être libre, et
retenue seulement à moi par un contrat tacite et renouvelable. Je sais que tu ne tenais pas à tout
PH UDFRQWHU« 0DLV G¶DXWUHV V¶HQ FKDUJHQW DXMRXUG¶KXL PRQ DPRXU -H W¶DYDLV GLW TXH WRXW ILQLW
par s¶DSSUHQGUH. Que le monde est minuscule, que les cercles de relations se coupent et se
UHFRXSHQW 7X ULDLV HW WX DMRXWDLV TXH WX Q¶DYDLV ULHQ GH JUDYH j FDFKHU MXVWH GHV EURXWLOOHV 7X
SDUOHV GH EURXWLOOHV«
Je suis là comme un con, à soliloquer avec ta photo. Tu sais? Celle où tu prends un air
mystérieux, en plaçant une mèche de tes cheveux contre ta joue. Tes yeux brun doré regardent
O¶REMHFWLI DYHF WHQGUHVVH 7X P¶DYDLV GLW TXH WX WH OD IDLVDLV *UHWD *DUER 7X DYDLV XQ SHWLt haut à
UD\XUHV HW XQ VKRUW EODQF 7X DGRUDLV SDURGLHU OHV VWDUV 7X DGRUHV« -H KDLV O¶LPSDUIDLW SRXU SDUOHU
de toi. On raconte au présent, et paf 7RXW V¶DUUrWH HW WX SORQJHV GDQV OH SDVVp DORUV TXH, moi, je
continue à naviguer vers un futur merdique.

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