L'assassin avait des béquilles

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Une femme est assassinée dans son appartement, dans le but de lui dérober ses bijoux. Un voisin et la concierge de l’immeuble affirment avoir aperçu un homme avec des béquilles se rendre chez la victime.


Le commissaire Odilon QUENTIN, chargé de l’affaire, véritable encyclopédie du crime, reconnaît le « modus operandi ». Par le passé, deux autres meurtres ont été perpétrés de la même façon, par un type portant des béquilles.


Le policier décide donc de convoquer toutes les personnes concernées par les trois assassinats afin d’effectuer des recoupements et des croisements d’informations dans l’espoir de dénicher le coupable...


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EAN13 9782373473841
Langue Français

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Odilon QUENTIN
* 37 *
L’ASSASSIN AVAIT DES BÉQUILLES
Roman policier
par Charles RICHEBOURG
CHAPITRE PREMIER
Ils étaient quatre à attendre dans une antichambre de la P. J., au Quai des Orfèvres ; trois hommes et une femme qui ne se conn aissaient pas ; pourtant, ils répondaient à des convocations, en tous points iden tiques.
En dépit de l'en-tête sinistre de la « Brigade Crim inelle », chacun de ces imprimés portait la même mention rassurante : « pou r renseignements » ; et tous provenaient d'un unique expéditeur : le commis saire Odilon Quentin, dont la lourde signature s'écrasait au bas des quatre feuil lets, soulignée d'un paraphe rageur.
Il ne fallait pas être psychologue professionnel po ur constater que les membres de ce quatuor disparate appartenaient à des milieux différents ; ainsi, la femme sortait du peuple, bien qu'elle ait cru de voir s'endimancher pour se présenter dans les locaux de l'Administration ; ave c un A majuscule, comme il se doit !
Il y avait également « l'industriel chauve et disti ngué » ; celui-là consultait sa montre-bracelet toutes les cinq minutes, comme s'il craignait de manquer un rendez-vous important ; et en face de lui, le « gig olo » étouffait des bâillements discrets derrière l'écran d'une pochette de soie ; mais sa désinvolture n'était qu'apparente, car un tremblement imperceptible agit ait ses mains aux ongles trop soignés.
Enfin, le dernier personnage s'intégrait avec tant de naturel dans le cadre bêtement officiel de la salle d'attente qu'on l'ima ginait difficilement ailleurs. En lui, le fonctionnaire avait tué l'homme ; son visag e impénétrable ne reflétait aucune personnalité ; rien que la satisfaction béat e d'être le rouage infime d'une machine gigantesque.
Dans le couloir, cette atmosphère d'ennui et d'apat hie silencieuse disparaissait pour faire place à des activités mult iples : deux gardes du Palais débarrassaient de ses menottes un individu à museau de fouine, avant de l'introduire chez Cornuché, du Service des Stupéfia nts ; des huissiers se hâtaient paresseusement, portant des piles d'envelo ppes jaunes sous le bras ; les portes capitonnées parvenaient difficilement à étouffer le crépitement des machines à écrire, et les brigadiers Dubosc et Char ron arpentaient le plancher en répétant une invariable ritournelle :
— Donc, tu te charges du petit crevé !
— Pendant que toi, tu sers d'ange gardien à l'homme d'affaires.
Tel était en effet le thème général de leurs missio ns respectives ; mais avant d'emboîter le pas à leur gibier, ils devaient laiss er au patron le temps d'interroger
les intéressés. Or, le moins que l'on puisse dire, c'est que Quentin ne se pressait pas. Et pour cause ; car il était plongé jusqu'au c ou dans un océan de paperasses.
Deux dossiers volumineux, divisés en sous-fardes ; en tout, trois ou quatre kilos de rapports de procès-verbaux d'expertises, d 'auditions de témoins, de notes, d'apostilles, de transmis... de quoi faire b aver d'admiration le père Soupe, de courtelinesque mémoire !
Et cet invraisemblable micmac n'était que le prolog ue (les rétroactes, comme on dit dans le jargon des bureaux) d'une affa ire nouvelle concrétisée par une chemise chamois, sur laquelle s'étalait un titr e calligraphié en ronde : « Ministère Public contre Inconnu – Meurtre de la f emme Carbonnel, Julie, dite Yasmine de Miranda. »
La farde était vide, et c'est précisément pour la r emplir que Quentin avait convoqué tant de monde à la fois.
— Introduis l'agent 4.212 ! beugla le gros policier à l'usage du garçon de bureau qui venait de répondre à son appel.
Le fonctionnaire intégral de l'antichambre se prése nta trois minutes plus tard, impressionné malgré tout par la réputation de celui qui lui faisait face ; déçu également, car le redoutable Quentin offrait l'aspe ct débonnaire d'un homme exagérément corpulent, du genre charcutier de provi nce ; il paraissait même plus bête que nature, mal ficelé dans un complet de confection fatigué aux entournures.
— Bonjour vieux ; assieds-toi ! Tu te souviens enco re de la« Soménof »?
Si le ton paraissait bourru, l'invitation était néa nmoins cordiale ; en tous cas, le modeste flic n'en crut pas ses oreilles ; c'est donc au sujet de cette vieille histoire qu'on voulait l'interroger. Pourtant, il p ensait l'affaire enterrée depuis longtemps !
Mais serait-il capable de répéter mot par mot ses a nciennes dépositions ? Là se trouvait le nœud du problème, et soudain le m alheureux se sentit le trac d'un potache qui redoute une absence de mémoire ; c 'est pourquoi il répondit en rougissant jusqu'aux oreilles :
— La« Soménof », c'est la Société des Métaux non ferreux, dont le siège social était autrefois à Pantin. Je supposais qu'on avait classé le dossier !
— On n'abandonne jamais une affaire à la P. J. !
— Les locaux de la firme ont été le théâtre d'un drame sanglant ; en... en...
— En février 1951.
— Oui, c'est ça ! Le 17 février, un inconnu a assas siné le veilleur de nuit afin de forcer le coffre-fort qui se trouvait dans la sa lle du Conseil d'Administration ;
le meuble blindé contenait plus de 25 millions.
— Tu te rappelles le nom de la victime ?
— Attendez : c'était un Juif... un nommé Salomon... Salomon Mayer ! On l'a étranglé au moyen d'un cordonnet de soie.
— La mémoire t'est fidèle ; malheureusement, on n'a jamais arrêté le coupable.
— Et dire que je l'ai vu ! soupira l'agent 4.212 ; je lui ai même parlé !
— Bravo ! Veux-tu me raconter dans quelles circonstances ?
— C'est que... j'ai acté mes déclarations immédiate ment après les événements ; j'ai peur de ne pas en retrouver les termes exacts !
— Aucune espèce d'importance ; je te demande des...