La cité invisible
296 pages
Français

Description

Tout juste diplômée en journalisme, Rebekah Roberts, 22 ans, travaille comme reporter pour le tabloïd The New York Tribune. Elle couvre les chiens écrasés, pour le compte d’une feuille de chou, dont le fond de commerce consiste en faits divers, potins de vedettes et sport. Sous des dehors volontaires, Rebekah traîne un mal-être lié à ses origines : elle ignore ce qu’est devenue sa mère. Peu de temps après sa naissance, celle-ci l’a en effet abandonnée à son père, un goy, avec qui elle s’était enfuie de la communauté hassidique. Un matin de janvier, son chef de pupitre envoie Rebekah en reportage à Borough Park, dans le quartier des hassidim. Le cadavre d’une femme vient d’être découvert dans une décharge publique. La femme est nue, le crâne rasé, les chairs blanches. Une grue s’affaire à la retirer du tas d’immondices quand la jeune journaliste et son photographe arrivent sur les lieux avec la mission d’en savoir plus. Un meurtre chez les hassidim, ce n’est pas si courant. Que s’est-il passé ?
Paraît dans une nouvelle collection de romans, «Un autre monde», qui fait entrer dans des mondes réputés fermés, en l’occurrence celui des hassidim
Julia Dahl Née en Californie, diplômée de Yale University, a obtenu un double master en journalisme et en création littéraire, respectivement de The New School et de The American University. Vit aujourd’hui à New York, où elle a été reporter à The New York Post, avant de couvrir le monde du crime pour CBSnews.com. Invisible City a été finaliste au Mystery Writers of America’s Edgar Award dans la catégorie du meilleur premier roman, finaliste aux Edgar and Mary Higgins Clark Awards et fut choisi par le Boston Globe comme l’un des meilleurs romans parus en 2014.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 25 janvier 2018
Nombre de lectures 3
EAN13 9782897601324
Licence : Tous droits réservés
Langue Français
Poids de l'ouvrage 8 Mo

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Julia Dahl
La Cité invisible
Traduit de l’anglais (États-Cnis) par Ronald Lavallée
Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada Dahl, Julia, 1977- [Invisible City. Français]  La cité invisible  (Un autre monde)  Traduction de : Invisible City  Publié en formats imprimé(s) et électronique(s).  I. Lavallée, Ronald, 1954- . II. Titre. III. Titre : Invisible City. Français. PS3604.A34I5814 2017 813’.6 C2017-940776-7 C2017-940777-5
ISBN 978-2-89760-127-0 (papier) ISBN 978-2-89760-131-7 (epub) ISBN 978-2-89760-132-4 (PDF) Édition originale :Invisible City, Minotaur Books, New York, 2014 Copyright © 2014 by Julia Dahl. All rights reserved. Copyright © 2016 pour la traduction en langue française dans le monde entier : les Éditions Médiaspaul Illustration de la couverture : Andrew Aitchison / Alamy Stock Photo Maquette de la couverture : Gianni Caccia Mise en page : Gianni Caccia Direction éditoriale et révision : Marie-Andrée Lamontagne Correction d’épreuves : Martin Duclos Adaptation numérique :Studio C1C4 e Dépôt légal : 3 trimestre 2017 Bibliothèque et Archives nationales du Québec Bibliothèque et Archives Canada © 2017 Médiaspaul 3965, boul. Henri-Bourassa Est Montréal, QC, H1H 1L1 (Canada) www.mediaspaul.ca mediaspaul@mediaspaul.ca Médiaspaul 48, rue du Four 75006 Paris (France) distribution@mediaspaul.fr Tous droits réservés pour tous les pays.
À mes grands-parents
CHAPITRE PREMIER
J’étais à Chinatown quand on m’a appelée au sujet du corps à Brooklyn. « Ils viennent de retirer une femme d’un tas de ferraille à Gowanus », me dit Mike, le chef des pigistes. — Charmant, que je réponds. Alors, pour l’école, je détèle ? Depuis deux jours, je faisais les cent pas devant un collège. Les flics venaient de vider un bordel à l’angle de la rue, à l’arrière d’un café internet, et je tentais de glaner des réactions publiables de la part de pré-ados ou de leurs parents. — Tu détèles, dit Mike. Les autres journalistes sont déjà sur place quand j’arrive à la station-service, en face du parc à ferraille. Pete Calloway, duLedger,voir des dents désalignées au fait commissaire adjoint des communications de la police de New York ou, comme l’appellent 1 les reporters, DCPI . DCPI fait quinze centimètres et trente kilos de plus que Pete. Le thermomètre donne moins six degrés, Pete porte le capuchon et rentre les épaules contre le froid, mais DCPI se passe de chapeau, foulard, gants et manteau. Le col de son uniforme est remonté, ce qui fait six centimètres de laine amidonnée contre un vent glacial. — Paraît qu’on l’a trouvée nue, dit Pete, vous pouvez confirmer ? DCPI fixe un point au-dessus de la tête de Pete et se frotte les mains. Derrière lui, dans la casse, le long du canal, deux grues sont figées contre le ciel ; leurs grappins se balancent doucement, des lambeaux de métal entre les dents. Pete dévisage le flic, qui fait mine de ne pas le voir. Les deux s’emploient à ne pas remarquer ma présence. J’ai rencontré Pete sur d’autres scènes de crime, mais on ne s’est jamais présentés l’un à l’autre. Mike et les autres rédacteurs tiennent Calloway pour une espèce de génie du reportage judiciaire. Mais pour l’avoir observé depuis quelques mois sur le terrain, je crois qu’il est surtout célibataire, tenace et fouineur. Je croise son regard et je lui fais un sourire qui peut passer pour une invite à la camaraderie, mais il ne réagit pas. Drew Meyers, de Channel 2, se pointe en manteau de cachemire tombant jusqu’à mi-jambe, gants de cuir et foulard bourgogne. DCPI l’adore. — Drew, fait-il en saisissant sa main comme à un vieux pote.
— Assez froid à ton goût ? demande Drew. Les oreilles de DCPI sont d’un écarlate absurde. Le nez, les joues et la nuque sont tout en roseur. — Alors, il se passe quoi ? DCPI baisse la voix. — Une femme. — Elle est toujours là-dedans ? demande Drew. Pete et moi approchons pour écouter. — J’ai pas cette information, dit DCPI. — Le fourgon du coroner n’est pas passé, dit Pete. Drew se tourne vers DCPI qui confirme par son silence. — Il y a eu un appel au 911 ? demande Pete. — Oui, répond DCPI. — Quelle heure ? Cette fois, c’est moi qui interroge. DCPI me toise de là-haut. — Je peux terminer, tu permets ? J’opine du bonnet. — Un appel est entré aux services d’urgence ce matin. Des employés chargeant une barge sur le canal disaient avoir découvert ce qu’ils croyaient être un corps de sexe féminin. Nous procédons à l’identification. — C’est une femme, c’est sûr ? demande Pete. DCPI confirme de la tête. Drew fronce les sourcils pour simuler de l’empathie. Il ferme son calepin, bien qu’il n’ait pas écrit un traître mot de ce qu’a dit DCPI, lui serre la main puis s’en retourne vers le car de Channel 2, les pans de son manteau voletant derrière lui. DCPI ne bouge pas d’un poil, et moi non plus. Il y a plusieurs DCPI sur les scènes de crime. J’en connais deux ou trois, un seul par son nom, mais celui-ci, je ne l’ai jamais vu. — Je peux avoir votre nom ? que je lui demande. Nouveau regard de haut. — Je peux voir ta carte de presse ? Je fourre mes doigts gelés dans mon manteau – je porte des gants sans doigts pour prendre des notes – et j’extrais à travers plusieurs pelures de vêtements mon badge du New York Tribuneen m’éraflant la main sur la fermeture Éclair au passage. — C’est pas une carte de presse. Il fait allusion à l’accréditation officielle que la police de New York, le NYPD, décerne aux reporters. Pour obtenir la carte, il faut soumettre six articles signés de son nom pour prouver qu’on couvre les faits divers et qu’on a souvent à traverser les cordons de scènes de crime. Notez que la carte ne vous permet pas vraiment de franchir les cordons, mais ça vous assure un minimum de considération de la part du DCPI qui est de garde. J’ai demandé cette carte avant la Thanksgiving. Je suis allée aux nouvelles après le Nouvel An et le policier qui a répondu aux Communications m’a dit de prendre mon mal en patience. — J’ai fait ma requête en novembre, dis-je au DCPI. J’attends toujours.
Il hoche la tête. Je lui demande : — Elle est toujours… là-dedans ? — T’auras des renseignements quand j’en aurai, dit-il, l’air de s’embêter. Je le plante là. Une rubalise barre l’entrée gravillonnée du parc à ferraille, noué d’un côté à une haute clôture de fer et de l’autre à la proue d’une longue barge. Une roulotte semble servir de bureau. Des policiers à l’allure relax gardent le périmètre. Des hommes portant des casques de chantier, des employés de la casse apparemment, tendent le doigt pour des hommes en complet que je suppose être des détectives. Ils leur désignent quelque chose entre la grue au-dessus de leurs têtes et la montagne de ferraille qui s’élève d’une quinzaine de mètres. Je regarde dans la direction indiquée par leurs doigts et je vois une jambe. J’appelle la rédaction et demande Mike. Je lui refile l’information que m’a donnée DCPI. — Elle est encore là. On voit sa jambe dans le grappin. — Sa jambe ? Je l’entends taper au clavier. Vois-tu autre chose ? Attends, Bruce… Il crie au directeur de la photo. — Bruce, qui est sur place pour toi ? Rebekah, qui est là pour la photo ? — Je n’ai vu personne. — Reste en ligne. Il me met en attente. J’essaie vraiment de communiquer avec Mike. Tous les jours, c’est la même chose : il me dit où me rendre, je lui dis ce que j’ai trouvé. En six mois, je l’ai rencontré deux fois. Il affiche vingt kilos de trop, comme la plupart des hommes de la rédaction, mais contrairement aux autres, il est poli et parle bas. Quand je suis allée au bureau et me suis présentée à lui après quelques semaines d’échanges quotidiens au téléphone, il m’a dit salut, a fui mon regard et s’est tourné vers son ordi. Je me balance sur les talons. J’ai beau me mettre au soleil et avoir enfilé des chaussons de feutre sur des chaussettes, sur des collants, je ne sens plus mes orteils. Mike reprend le combiné. — Johnny te rejoint. — Johnny, de Staten Island ? 2 — Ouais. Larry cuisine ses contacts au 1PP . Larry Dunn est le chef de longue date des informations policières auTrib. — Parle à quelqu’un de la casse. Paraît que c’est un employé qui a lancé l’alerte. Est-ce que Calloway est là ? — Ouais. — Ne le perds pas de vue. — Bien reçu. — La conférence de la rédac’ va commencer. J’apporte ton histoire de femme à la ferraille. Il nous faut son identité. — Je m’en occupe. Les autres équipes télé arrivent dans leurs cars de reportage. Les journalistes d’antenne s’assoient toujours à la place du passager. Les techniciens s’accroupissent à
l’arrière avec l’équipement. Gretchen Fiorello, de la station locale de Fox News, met pied à terre, micro sans fil au poing. Elle est maquillée au grand complet, rimmel et fard à paupières, rouge à lèvres fraîchement appliqué ; sa blonde chevelure est si parfaitement coiffée qu’elle se soulève au vent d’un seul tenant. Pour le reste, bas nylon, mules à talons, avec écharpe et moufles assorties. DCPI n’a rien de neuf à nous offrir et les hommes de la ferraille contemplent toujours le corps dans le poing d’acier, alors j’entre au magasin de la station-service pour me réchauffer. Faire de la planque ou suivre une scène active dans le froid vous siffle une quantité fâcheuse d’énergie. Le café ou le thé réchauffent de l’intérieur, c’est l’idéal, mais quand on berce une tasse, on ne peut pas prendre des notes. Et plus on boit, plus fort est le risque de devoir se mettre à la recherche de toilettes, ce qui n’est pas toujours évident. Je jette un peu de crème en poudre dans un gobelet de papier blanc et me sers un café à partir d’une carafe presque vide sur un réchaud. Je règle l’achat et me poste devant la vitrine pour siroter. D’où je suis, je vois la casse presque en entier. Mon portable sonne. C’est ma coloc, Iris. — T’es où ? qu’elle demande. Iris et moi sommes toutes les deux diplômées en journalisme de l’université de la e Floride centrale, mais elle bosse dans un cubicule, sur la 57 Rue, alors que je ne reste jamais au même endroit plus de deux heures. — Je ne suis pas loin de la maison, que je lui réponds. Nous partageons un appartement qui est à quelques coins de rue. C’est la première fois que je couvre une histoire à Gowanus. — Sur le canal. — Doux Jésus, fait Iris, t’es pas en hypothermie ? — Ça vient. — Tu seras là, ce soir ? Nous devons rencontrer un groupe d’anciens diplômés de la Floride. — Je crois, oui. Mon service prend fin à dix-sept heures. — Est-ce que Tony sera là ? demande Iris. Tony est un type que je vois. Pas du tout le genre d’Iris, mais moi, je l’aime bien. Iris penche pour les métrosexuels. Le mec qu’elle fréquente plus ou moins en ce moment a les cheveux méchés et des maxillaires de statue romaine. Tony est tout le contraire. Tout juste trente ans et une calvitie naissante, mais il se rase la tête. Je ne dirais pas qu’il est obèse, mais c’est un gros garçon. Je l’ai rencontré le soir de la Saint-Sylvestre au bar où il travaille comme gérant. Il se trouve que c’est le bar où les anciens de l’université se rencontrent pour trinquer et où Iris et moi avons abouti après une soirée tordue dans un loft de Chelsea. Sur le coup de minuit, il s’est penché au-dessus du comptoir et m’a embrassée, puis on n’a pas arrêté pendant deux heures. Il embrasse à merveille. Même si son extérieur manque de fini, Iris semble l’apprécier. Iris est adjointe à la rubrique beauté dans un magazine pour femmes. Depuis qu’elle a commencé là, l’été dernier, on n’a rien