La police est en alerte
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Description


LA POLICE EST EN ALERTE


Le commissaire DOUCETTE profite calmement de sa retraite quand, un jour, le brigadier POINTILLON vient le solliciter pour reprendre son poste afin d’aider la police à résoudre une série de meurtres énigmatiques.


Le pensionné refuse la proposition, mais une lettre du tueur le sommant de se mêler de ses affaires le pousse à changer d’avis.


Lancés sur la piste du mystérieux V., un assassin qui signe d’un « V » sanglant ses victimes à la pointe de son poignard, les deux hommes sont ridiculisés par le psychopathe qui ressemble étrangement à Serge VORGAN, l’ancien agent qui avait remplacé DOUCETTE à son départ et qui, dans le dos de celui-ci, fréquente sa fille.







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Publié par
Nombre de lectures 5
EAN13 9782373471465
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0011€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

couve

SERGE VORGAN

LA POLICE EST EN ALERTE

Roman policier

 

par Gustave GAILHARD

 

D'après la version publiée sous le titre « Les yeux fauves » dans la collection « Les Romans Policiers » aux éditions « Baudinière » en 1936.

*1*

 

Hé ! Monsieur Doucette !... L'omelette est sur la table !

Dans le coquet jardin ruisselant du vif soleil de midi et plein de parfums et de bourdonnements, celui qu'on appelait, un petit bonhomme accroupi au milieu d'un carré de fraisiers, se redressa, un bol de fraises à la main.

Il avait tout l'aspect classique du petit bourgeois retiré, paisible, heureux et tranquille. Sous l'ombre de son vaste chapeau de paille, il tourna un visage rosé et des prunelles d'un candide bleu pervenche vers la servante qui, depuis le perron de la maison, venait de lui lancer cet appel.

Mais son regard, en virant vers elle, rencontra, sur la route poudreuse et blanche qui longeait le jardin et qu'on apercevait à travers la grille, un passant sur lequel il s'arrêta machinalement, puis se fixa avec une soudaine attention.

À la vue du quidam, M. Doucette eut un léger haussement de sourcils et, dans ses yeux bleus, une petite lueur de surprise, qui se fondit dans un sourire joyeux.

— Eh bien, Mélanie, cria-t-il gaiement, puisque le déjeuner est prêt, mets un couvert de plus.

— Un couvert de plus ? fit la servante effarée.

— Eh ! Oui.

— Ah ! Ça !... Mais on prévient au moins les gens ! Vous attendiez un convive ?

— Ma foi, non, je ne l'attendais pas, mais il nous vient tout de même quelqu'un.

Le quelqu'un dont parlait M. Doucette et qu'il regardait venir était un homme de quelque quarante à quarante-cinq ans, amplement et solidement charpenté, dont l'énergique figure osseuse était barrée par une moustache de tambour-major.

Il paraissait explorer la rue, cherchant autour de lui. Il finit par ralentir le pas et, arrêtant sur la petite villa de M. Doucette un regard qui semblait à peu près fixé sur ce qu'il paraissait chercher, il s'était approché de la porte de la grille et allongeait sa grosse main vers la poignée de la sonnette.

— Entre, Pointillon ! Entre ! lança depuis l'allée M. Doucette au visiteur... Oui, c'est ici !... Tu ne te trompes pas !

— Ah ! fit le nouveau venu en reconnaissant son homme sous le grand chapeau de paille.

— Seulement, reprit M. Doucette, dépêche-toi. L'omelette nous attend sur la table.

— Comment ?... fit le visiteur interloqué. Vous m'attendiez donc, monsieur Doucette ?

— Non pas, certes ! Mais je t'ai reconnu de loin. Et comme dans ce pays retiré, tu ne dois guère connaître que moi, j'ai conclu – ce qui n'est pas malin – que c'est moi que tu venais voir.

— C'est vrai, monsieur Doucette. Le raisonnement est juste.

— Et j'ai dit que l'on mette, pardi, ton couvert, attendu qu'il est midi, que le train que tu as dû prendre part de Paris à dix heures vingt, que tu ne peux donc avoir déjeuné et, conséquemment, que tu dois avoir faim... Cet autre raisonnement est-il juste aussi ? ajouta M. Doucette avec un bon rire cordial.

— Ma foi, je ne dis pas non !

— Tu vois !... Eh bien, tu arrives juste, l'omelette sur la table, le vin est rafraîchi et tu me trouves les fraises à la main. Que veux-tu de mieux, hé ?

Les deux hommes se serrèrent la main avec une affectueuse vigueur.

— Ah ! Je suis bien heureux de vous retrouver, monsieur Doucette !... Depuis bientôt deux ans qu'on ne s'était vus !... Vous n'avez pas changé, vous savez !

— Très bien. Tu me diras tout ça en déjeunant.

— Et votre santé, monsieur Doucette ? Toujours bonne ?

— Je te ferai voir ça devant mon assiette.

— À la bonne heure !

— Seulement, dépêchons-nous. Mélanie se mettrait de mauvaise humeur. Et quand on a le sens de la vie, il faut, vois-tu, ne jamais agiter les cuisinières et les vieilles bouteilles. Ça ne donne rien de bon.

— Et Mlle Valentine, monsieur Doucette ?... Je ne vous ai pas encore demandé de ses nouvelles.

— Écoute-la, tiens ! Elle vient t'en apporter elle-même.

Dans l'escalier se faisait entendre, en effet, un pas bondissant, dévalant les marches quatre à quatre.

Presque aussitôt fit irruption sur le perron une jeune fille de quelque dix-huit à vingt ans, blonde comme les blés mûrs, aux jolis traits nettement dessinés et dont les beaux yeux clairs et vifs dardaient leurs regards comme des flèches bleues. Elle avait la grâce souple et nerveuse et l'allure décidée d'une jeune amazone.

— Bonjour, le papa aux fraises !... Tiens ! M. Pointillon ! fit-elle, surprise, en tendant cordialement la main au visiteur.

— Votre serviteur, mademoiselle Valentine ! Et votre admirateur ! Toujours, je le vois, aussi jolie et aussi fraîche !

— Un bouton de rose, avec un petit nuage de poudre de riz ! dit-elle avec un joli rire clair.

— Et toujours aussi gaie, je le constate avec plaisir ! À la bonne heure !...

La salle à manger, où M. Doucette après avoir confié son bol de fraises à la servante poussa, avec de petits tapotements sur l'épaule, son hôte inattendu, était une pièce fraîche, aux volets soigneusement entrebâillés sur le grand soleil du dehors et noyée d'une clarté bleutée où tranchaient l'attrayante blancheur de la nappe et des couverts et les joyeux tons vifs du bouquet qui parait la table.

Cependant, dans cette pièce tout aimablement familiale, où semblait habiter la douceur de vivre, on tombait sur une décoration murale des plus imprévues, et qui ne laissait pas d'écarquiller les yeux à qui pénétrait pour la première fois, et qui n'était pas fixée au préalable, dans cet intérieur d'aspect si doucettement bourgeois.

On y voyait, en effet, comme des pièces variées de quelque étrange musée du crime, une collection assez inattendue de menottes, de pinces, de coup-de-poing américains, de cabriolets, de matraques, et autres objets du même saisissant acabit.

Le nouveau venu ne parut pas le moins du monde saisi de cet assez curieux spectacle et promena au contraire en souriant son regard sur ces divers objets.

— Votre collection de souvenirs, patron ?... fit-il, admiratif... Tout ça, hein ? C'est de l'histoire !

— Et surtout du passé, n'en parlons donc plus... Et parlons un peu de toi ! invita affectueusement M. Doucette en s'occupant de l'assiette et du verre de son hôte. Toujours dans la police, j'espère ?

— Toujours, monsieur Doucette.

— Et toujours brigadier ?

— Toujours, répéta Pointillon avec un soupir. J'étais sous vos ordres avec ce grade et, depuis, ça n'a pas changé... Dame ! C'est un métier où on piétine. On y demeure tout de même. On y demeure, bêtement attaché... On se tue à la peine, on y gagne chaque jour, et surtout chaque nuit, un peu plus la crève, et on reste là, malgré la vie maigre et les risques. Ce n'est pas comme vous, patron ! Vous n'avez pas hésité, vous, à lui dire carrément bonsoir !

— Oui, dit laconiquement le petit bonhomme, avec, dans ses doux yeux pervenche, un fugace reflet d'acier bleuté assez inattendu en de pareilles prunelles placides.

— À la suite d'une divergence de vues, je crois, avec ces messieurs des hauts bureaux ?

— Oui, une divergence de vue, comme tu dis.

— C'est regrettable, émit le brigadier avec un petit toussotement... oui... c'est très regrettable, monsieur Doucette !

Un peu étonné, M. Doucette l'observait, d'un œil toujours cordialement souriant, où perçait cependant une petite lueur aiguë. Sa perspicacité matoise auscultait curieusement ce petit toussotement qui semblait un embarras du gosier, moins encore qu'un embarras proprement dit... Où diable Pointillon voulait-il en venir ?... Pour M. Doucette, qui connaissait de longue main son homme, il devenait évident, certain même que le vieux brigadier n'était pas venu ici pour rien.

Le mieux était de ne rien paraître remarquer, et de le laisser doucettement venir.

Contemplant pensivement son verre, Pointillon reprit :

— Un homme comme vous, patron !... Ça fait du vide, croyez-le !... C'est dommage... pour tous !

— Tu exagères.

— Oh ! Que non !

— On le remplace aisément, va... Mais, pour avoir quitté le métier, je ne m'en désintéresse pas, tu sais ! Parle-moi un peu de toi, de ta brigade...

— Ma brigade ?... Pas mauvaise, patron. Vous la connaissez. Des hommes ! Et pas des treize à la douzaine ! Des hommes, quoi !

— Fichtre, oui... Je me souviens notamment d'un, qui nous arrivait de la Légion... et qui n'est pas resté d'ailleurs longtemps avec nous...

— Vorgan ?... Un qui promettait, cependant !

— Vorgan, oui... Tu te souviens peut-être aussi de lui, Valentine ?

La jeune fille réprima un léger tressaillement.

— Vorgan ?... fit-elle, paraissant chercher dans ses souvenirs... Ah ! Oui... oui... je me souviens... Un garçon blond, n'est-ce pas ?

— Oui.

— Avec d'étranges yeux pâles ?

— C'est cela, précisa Pointillon. Des yeux qui faisaient un étrange effet quand ils fixaient quelqu'un. On aurait dit, quand quelque chose l'intriguait, qu'une lampe s'allumait derrière ses prunelles d'opale, qui, dit-on, faisaient un peu rêver les femmes.

— Oui... oui... je me souviens.

— Dommage qu'il soit parti, celui-là ! Un homme de flair et d'attaque, qui voyait droit et ne tremblait devant rien !... Dommage ! Il serait devenu un fameux, celui-là ! Et qui avait le métier dans le sang !... C'est même assez drôle qu'il l'ait ainsi quitté de but en blanc... Faut croire qu'il aura trouvé plus avantageux... C'est encore un vide !

— Bah ! fit M. Doucette en souriant, il ne faut pas te plaindre. La brigade est encore bonne. J'ai suivi quelques affaires... dans les journaux, bien entendu. Ce n'est pas du tout mal, petit.

Flatté, le brigadier coula sous ses gros sourcils un coup d'œil vers son ancien chef.

— Ça vous intéresse donc toujours, patron ?... fit-il en scrutant le visage de son hôte.

— Oh ! En spectateur, voilà tout... Maintenant, je suis les affaires de mon fauteuil, comme une concierge qui lit les faits divers... mais avec d'autres yeux, peut-être.

— Je m'en doute ! dit le brigadier en riant... Eh bien alors, patron, reprit-il en redevenant soudain grave, si vous suivez ce qui se passe, vous devez connaître l'affaire des marqués, aussi bien que nous, bien sûr !

— Aussi bien, non... Dame ! Je ne sais, moi, que ce que racontent les quotidiens sur cette sinistre histoire.

— Eh bien, patron, déclara Pointillon avec une piteuse grimace, nous qui suons sang et eau sur cette diabolique affaire, nous n'en savons pas plus !...

— Ah ! Bah ?

— ... Sauf, peut-être, ajouta le brigadier en haussant négligemment une épaule, quelques détails... qui ne mènent pas à grand-chose.

— Ah ! Ah !... fit M. Doucette, l'oreille tendue, voyons un peu les « quelques détails »... si toutefois, bien entendu, tu peux me les dire.

— Bien sûr !... Eh bien, patron, vous savez, n'est-ce pas, la récente affaire de l'avenue de Villiers ?... Cette jeune veuve, qui a été trouvée, avant-hier, dans son coquet studio, poignardée d'une façon assez particulière...

— Oui... L'assassin toujours inconnu a, encore une fois, tracé de la pointe de son arme, sur la peau de cette nouvelle victime, au-dessous de la fine et mortelle blessure, un V en guise de signature...

— Comme sur ce riche Américain du Majestic, poignardé dans l'ascenseur... Comme sur cet automobiliste trouvé gisant sur les coussins de sa voiture, une nuit, près du pont de Suresnes... frappés tous deux dans la même semaine, et par la même arme, une mince lame triangulaire, rudement acérée, puisqu'elle a perforé le plastron glacé de l'Américain comme à l'emporte-pièce... Et comme aussi, il y a un mois, cette vieille marquise, dont le corps était étendu derrière un massif d'hortensias, à la dernière exposition d'horticulture... Et encore cette jeune et jolie star de cinéma, dont le cadavre fut trouvé dans le lavabo d'un dancing... Toutes ces victimes frappées mystérieusement de la même arme, et marquées de la même façon...

— Oui... je sais... dit songeusement M. Doucette. J'ai tous ces détails précis dans la mémoire, avec les dates et les circonstances de ces événements singuliers... Ce bandit sadique, qui signe cyniquement ses crimes, semble jeter son orgueil et sa haine en défi à l'humanité... Et, aucune trace ? Aucune piste ? Aucun indice ? Aucun soupçon ?

— Rien, patron ! Rien !

— Oui, fit M. Doucette en hochant pensivement la tête, c'est de la dure besogne, ça, Pointillon !... Ces demi-fous, dont les actes déconcertent et déroutent, qui rompent en visière logique et bon sens, c'est le plus égarant des gibiers !... Je comprends ! Vous devez être sur les dents !...

Les coudes sur la table et le menton sur ses mains, Valentine Doucette avait écouté en silence, dardant sur le visage renfrogné du brigadier les deux flèches bleues de son regard.

— Pas facile, en effet ! émit-elle en abaissant ses cils sur la fugace lueur imperceptiblement narquoise de ses prunelles. Je comprends aussi, mon cher monsieur Pointillon, que vous soyez sur les dents.

— Ah ! Vous pouvez le dire, mademoiselle !... L'opinion publique s'émeut d'une façon qui provoque une certaine fièvre en haut lieu. Il est question de certains gros déplacements... Enfin, comme vous dites, on est sur les dents.

— Mais, ramena M. Doucette, ces « quelques détails », dont tu parlais ?

Les paupières de Valentine se relevèrent à demi. Les deux flèches bleues dardèrent, plus aiguës, vers le visage du policier.

— Oh ! dit celui-ci en plissant ses grosses moustaches, moins que rien ! Des choses qui ne deviendraient bonnes, bien sûr, que si on avait une piste !... Un cheveu, et une assez vague empreinte...