La Tour de Nesle - Henri III et sa cour

La Tour de Nesle - Henri III et sa cour

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Français
304 pages

Description

Il n’est pas de règne sans scandales, semblent nous dire Henri III et sa cour et La Tour de Nesle, deux fleurons du théâtre romantique. Dans le premier, les favoris du roi Henri s’amusent autour du trône. Dans le second, la reine Marguerite de Bourgogne tue ses amants et les jette dans la Seine après des nuits de débauche dans la tour de Nesle. Prenant des libertés avec la vérité historique, Dumas manipule les dates, assombrit les décors, tire les passions vers des ténèbres sanglantes et renonce au vers pour proposer un théâtre moderne, couronné de succès à sa création. Dans ces deux drames enfin, il livre une réflexion politique sur les manifestations de la violence d’État.

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Date de parution 17 février 2016
Nombre de lectures 43
EAN13 9782081381452
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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Dumas
La Tour de Nesle
précédé de
Henri III et sa cour
GF Flammarion
© Flammarion, Paris, 2016. ISBN Epub : 9782081381452
ISBN PDF Web : 9782081381469
Le livre a été imprimé sous les références : ISBN : 9782081306233
Ouvrage composé et converti par Pixellence/Meta-sys tems (59100 Roubaix)
Présentation de l'éditeur Il n’est pas de règne sans scandales, semblent nous dire Henri III et sa cour et La Tour de Nesle, deux fleurons du théâtre romantique. Dans le premier, les favoris du roi Henri s’amusent autour du trône. Dans le second, la reine Marguerite de Bourgogne tue ses amants et les jette dans la Seine après des nuits de débauche dans la tour de Nesle. Prenant des libertés avec la vérité historique, Dum as manipule les dates, assombrit les décors, tire les passions vers des ténèbres san glantes et renonce au vers pour proposer un théâtre moderne, couronné de succès à s a création. Dans ces deux drames enfin, il livre une réflexion politique sur les manifestations de la violence d’État.
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précédé de
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Se à l'université de Rouen,ylvain Ledda est professeur de littérature français membre du CÉRÉdI. Il a consacré de nombreux travaux au romantisme f rançais, et a codirigéLe Théâtre français du XIXe siècle(L'Avant-scène théâtre, 2008). Auteur d'une biographie d'Alexandre Dumas (Gallimard, « Folio Bi ographies », 2014), il a notamment édité, dans la collection GF-Flammarion, le romanPauline.
PRÉSENTATION
Il faut du courage pour être romantique, car il fauthasarder. 1 Stendhal .
Le drame romantique est historique. Qu'il revête le pourpoint ou l'habit noir, qu'il fasse entendre le cliquetis des arquebuses ou le ca non des barricades, il discourt sur les inquiétudes politiques du temps. Le théâtre des années 1830 peint ainsi l'Histoire en crise, décrit une fragilité institutionnelle ou étatique, dessine des lignes de vies qui se brisent. DansHenri III et sa courcomme dans (1829) La Tour de Nesle (1832), l'instabilité générale engendre le chaos singulier. Une telle influence des destinées collectives sur le destin individuel constitue l'or iginalité même de Dumas, « qui se démarque du théâtre historique dominant dans la mes ure où il ne choisit pas de 1 montrer un grand moment fédérateur de l'histoire de France ». Le dramaturge exhume des personnages célèbres et des figures oubl iées, peint leur rencontre, décrit leur misère, leur splendeur et leur chute, pour met tre en scène le laminoir de l'Histoire. La chronique lui fournit les grandes lignes de l'ac tion et une galerie de portraits ; elle lui offre aussi un répertoire de noms et un florilège d e dates… Mais la vérité historique n'est qu'un point de départ – « un clou » pour accr ocher le tableau des fresques qu'il brosse. Pour élever le drame à son plus haut degré d'intérê t, Dumas ajoute des ingrédients personnels dans le creuset de Shakespeare et de Wal ter Scott : il agrémente la vérité historique de sa propre conception du drame et redi stribue les cartes. Il grave avec énergie des caractères au burin et des passions à l 'eau-forte ; il force les traits, manipule les dates, assombrit les décors, pousse l' ironie jusqu'au cynisme et tire les passions vers des ténèbres sanglantes. En malmenant les bienséances et l'exactitude des faits, il affirme une vision toute personnelle de l'art dramatique. En 1829 et 1832, il renonce au vers pour une prose virile, abandonne le s « palais à volonté » pour des espaces expressifs, souvent volés au mélodrame ou a u roman gothique ; il utilise aussi les ressorts de la comédie, de la tragédie et même de la féerie pour combler son public. La portée idéologique de ses pièces histori ques ne réside donc pas dansl'idée du drame mais dansla manièrede l'exécuter. Car Dumas est un dramaturge pragmatique ; son théâtre est animé par le sens inn é du récit, par le don du dialogue incisif, par l'impression de vie que créent les mou vements qui animent la scène. Qu'importe si la morale et la vraisemblance restent au seuil des coulisses ! Les conventions génériques, il les entremêle ou les jux tapose, mettant ainsi sa culture hétéroclite au service d'un théâtre moderne qui pla ît aux foules, comme le prouvent les triomphes que connurent en leur temps les deux pièc es rassemblées dans ce volume.
Pour un théâtre historique moderne
Théâtre national en prose
Le succès de ces deux fleurons du drame romantique s'inscrit dans un ample mouvement de refonte de l'art dramatique, initié au début des années 1820. En 1823, dansRacine et Shakespeare, Stendhal appelle de ses vœux un vaste renouvellem ent
de la scène française. Las des tragédies néoclassiq ues languissantes, il invite les dramaturges à convoquer l'histoire de France. Avant lui, en 1820, le dramaturge néoclassique Jean Pons Guillaume Viennet louait déj à les vertus poétiques de la chronique nationale : L'histoire nationale fut dédaignée par ces deux maîtres de la scène française [Corneille et Racine], et le grand Corneille ne la montra qu'une fois en perspective dans sa tragédie d'Attila. Mais avant, comme après eux, nos poètes ont puisé à cette source, et nos drames 2 nationaux remontent même jusqu'aux mystères .
Stendhal va plus loin : il aspire à un « théâtre na tional en prose », qu'il oppose aux tragédies néoclassiques. Or son souhait se réalise sous la Restauration à travers deux voies distinctes. Lesscènes historiques d'une part, vouées à la lecture, ambitionnent de raconter avec exactitude la chronique sous une f orme dramatique – la trilogie des 3 BarricadesLudovic Vitet, par exemple, illustre ce mode si  de . Lengulier de narration drame historiquepart, destiné à la représentation, met en scène les moments d'autre décisifs de l'histoire de France ou d'Europe sans p our autant prétendre être d'une 4 parfaite fidélité aux événements . C'est dans cette seconde catégorie qu'Alexandre Dumas concourt avecHenri III et sa courle 10 février 1829, immense succès du drame historique que confirme celui deLa Tour de Nesle, le 29 mai 1832. Le théâtre historique de Dumas répond aux vœux de S tendhal et parachève également le processus de déstructuration des forme s canoniques de la tragédie et de la comédie, initié sous la Restauration. À la veill e de la première d'Henri III, la scène française n'est donc pas totalement sclérosée ni mê me enferrée dans des principes 5 obsolètes . Dumas attribue en partie cette évolution à l'accl imatation du théâtre anglais en France : Du mépris complet de la littérature anglaise, on était passé à une admiration enthousiaste. M. Guizot, qui ne savait pas un mot d'anglais, à cette époque – et qui l'a trop bien su 6 depuis ! –, avait retraduit Shakespeare à l'aide de Letourneur . Walter Scott, Cooper et Byron étaient dans toutes les mains. M. Lemercier avait fait une tragédie avec le Richard IIIM. Liadière en avait fait une autre avec la ; Jane Shore. On avait jouéLe Château de Kenilworthla Porte-Saint-Martin ; à Louis XI à PéronneThéâtre-Français ; au Macbethl'Opéra. On parlait de la à Juliette de Frédéric Soulié, de l'Othello d'Alfred de 7 Vigny. Décidément, le vent soufflait de l'ouest et annonçait la révolution littéraire .
Si le modèle canonique reste le théâtre classique, les pièces jouées à la Comédie-Française et à l'Odéon, deux scènes « institutionne lles », ressentent l'influence anglaise. Des entailles sont faites aux sacro-saint es bienséances, et la règle des trois 8 unités est chahutée. La vogue du théâtre étranger i nspire à Delavigne ou à Soumet des pièces mixtes, qui tentent de s'affranchir des règles anciennes. Mais même ces dramaturges de bonne volonté ne parviennent pas à r enouveler en profondeur la 9 tragédie historique : trop timorés dans la représentation du personna ge ou du fait historiques, ils condamnent leurs œuvres à rester e n deçà de la rupture esthétique qu'introduit la dramaturgie d'Alexandre Dumas.
Faire dialoguer les genres
Henri III et sa couretLa Tour de Neslesont deux pièces de rupture, génériquement
coales (mise en scène dumposites, qui convoquent plusieurs pratiques théâtr mélodrame, de l'opéra) et se nourrissent de plusieu rs genres littéraires : la tragédie (antique et classique), le roman (gothique et histo rique), le mélodrame (classique et 10 frénétique) . Moins assumé par Dumas comme modèle d'écriture, l e « mélo » est cependant prégnant dans les deux drames, en particu lier dansLa Tour de Nesle. Le souvenir de pièces adaptées de romans noirs, jouées au tournant du siècle, lui inspire des décors fuligineux, des espaces machinés et inqu iétants.Henri III et laTour présentent ainsi plusieurs décors aux irisations fa ntastiques, qu'il s'agisse de l'antre de Ruggieri ou des parois sombres de la tour de Nesle. Dumas accompagne ainsi la mutation du mélodrame romantique, qu'il pousse à so n paroxysme dansLa Tour de Nesleu de Ducange trahissent unaprès 1825 en effet, les pièces de Pixerécourt o  : pessimisme grandissant : la Providence ne vient plu s rassembler les familles et punir 11 les traîtres. L'heure est aux dénouements macabres . Dumas a su tirer la leçon des métamorphoses d'un genre spectaculaire en constante évolution. Condamnées par la critique littéraire élitiste car jugées immorales ou faciles, les émotions du mélodrame attirent un public friand de sensations fortes. Dumas tend ainsi une passerelle tout à fait significative entre les effets du mélodrame et la révolution théâtrale qu'introduit le théâtre anglais représent é en septembre 1827. Évoquant 12 Trente ans, ou la Vie d'un joueur, il rappelle l'importance considérable de ce mélodrame réaliste, qu'il a vu jouer « au milieu de cette fièvre des premières 13 représentations qui brûlait tout le monde, acteurs et spectateurs ». En 1827, cette pièce dans laquelle brillent Marie Dorval et Frédér ick Lemaître, futurs interprètes du théâtre de Dumas, prépare le terrain du drame et ac cueille un tragique moderne. Ainsi, selon le dramaturge, « les artistes anglais trouvèr ent… le public parisien tout chaud d'émotion, et demandant à grands cris, pour faire s uite aux émotions passées, des 14 émotions nouvelles ». DansMes Mémoires, il invite aussi son lecteur à ressaisir Henri IIIetLa Tour de Nesledans le sillage de Shakespeare ou de Schiller. La découverte des tragédies étrangères constitue un e prise de conscience pour les dramaturges de cette génération. Leur théâtre quest ionne en effet le rapport entre la page et les planches, entre la valeur purement litt éraire de l'œuvre et sa théâtralité. Pour Dumas, le génie de Shakespeare ne tient pas se ulement à la composition des pièces, au discours sur l'Histoire qu'elles véhicul ent, mais aussi au jeu expressif qu'elles nécessitent de la part des acteurs. Les re présentations de la troupe Penley à l'automne 1827 et la diffusion du théâtre de Schill er poussent Dumas vers un théâtre historique délesté des bienséances et des convenanc es. Un théâtre historique à jouer. Avec ces deux auteurs, il apprend à représenter les conflits entre microcosme et macrocosme, quitte à choquer le public.Henri III et sa cour etLa Tour de Nesle fourmillent d'emprunts à ces dramaturges étrangers, à la fois dans les détails mais surtout dans l'idée générale qui préside à une conc eption moderne du théâtre. Dumas alimente enfin son imaginaire de tout un ense mble d'œuvres historiques, romans et essais, qui fleurissent sous la Restaurat ion. DansGaule et France(1833), il dresse la généalogie du roman historique en France : comme Balzac, il considère que le véritable inventeur du genre est Walter Scott. S a conception de l'Histoire au théâtre est ainsi tributaire de la manière dont l'auteur éc ossais cultive l'intérêt romanesque à partir de données exactes :
aussi le roman historique fut-il chose complètement étrangère à notre littérature jusqu'au