Le masque de Troie
350 pages
Français

Le masque de Troie

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Description


La rencontre explosive d'Indiana Jones et de Dan Brown !







1876. Mycènes, Grèce. Heinrich Schliemann, l'homme qui a découvert Troie, trouve le masque d'or d'Agamemnon et un autre artefact dont il ne parlera jamais. Il meurt en emportant son secret avec lui. Perdu, semble-t-il, à jamais...
1945. Allemagne. La libération d'un camp de concentration révèle des indices menant à des antiquités volées par les nazis, mais aussi à une arme bien plus terrifiante que tout ce que l'on a imaginé et conçu depuis...
De nos jours, en mer Egée, Jack Howard retrouve l'épave d'une galère de guerre qui aurait fait partie de la flotte d'Agamemnon et se lance dans une chasse au trésor de tous les dangers à travers toute l'Europe.
Mais de la Guerre de Troie à la Solution Finale, l'Histoire cache nombre de monstrueux secrets. Et à trop vouloir creuser, Jack va prendre le risque de perdre ce qu'il a de plus précieux... sa propre fille.




Presse :


" Qu'obtient-on en croisant Indiana Jones et Dan Brown ? Réponse : David Gibbins. "

Daily Mirror






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Informations

Publié par
Date de parution 30 juin 2011
Nombre de lectures 250
EAN13 9782754033305
Licence : Tous droits réservés
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

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couverture

DU MÊME AUTEUR AUX ÉDITIONS FIRST

Atlantis, 2005 ; Pocket, 2007

Le Chandelier d’or, 2006 ; Pocket, 2008

Le Dernier Évangile, 2008 ; Pocket, 2009

Tigres de guerre, 2009 ; Pocket, 2011

David Gibbins

LE MASQUE DE TROIE

Traduit de l’anglais
 par Paul Benita

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Carte de la Méditérranée
 orientale actuelle

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Je te donne une tablette de guerre ;

je te donne une tablette de paix.

 

Lettre du roi hittite Tudhaliya IV à un roi assyrien, à la fin du XIIIe siècle avant J.-C.



Et que tous les Grecs aiguisent leurs javelots,

Que tous apprêtent leurs boucliers,

Que tous nourrissent leurs féroces chevaux de guerre,

Que tous préparent leurs chars de combat.

En ce jour, ce jour terrible, que chacun lutte ;

Sans repos, ni répit, jusqu’à ce que vienne la nuit ;

Jusqu’à ce que l’obscurité, ou la mort, recouvre tout :

Que le sang coule, et que les puissants tombent.

HOMÈRE, Iliade, Livre II, lignes 382-394, VIIIe siècle avant J.-C.

Prologue

Mycènes, Grèce, 28 novembre 1876

L’homme quitta le dernier barreau de l’échelle posée au bord du puits, faisant craquer sous ses semelles des débris de poterie pelletés ces derniers jours par les ouvriers. Sous le clair de lune, la maçonnerie grossière luisait, comme si la grande citadelle de l’âge du bronze venait à peine de surgir de terre. Passant la main sur son crâne presque chauve avant de remonter son pince-nez1, il sortit sa montre de gousset de son gilet. 4 heures du matin. Sophia et lui travaillaient depuis près de trois heures, le soleil ne tarderait pas à se lever. « Avant l’aube aux doigts de rose, enfant du matin. » Il ferma les yeux, savourant la citation. Homère n’était jamais loin de ses pensées quand il se trouvait seul dans ces ruines drapées d’ombre.

Mycènes la bien bâtie, riche en or. Cela avait été son rêve depuis cinq ans, depuis qu’il avait mis Troie au jour, depuis que Sophia et lui avaient, en secret, fait la découverte qui allait stupéfier la terre entière. Oui, cela avait été son rêve de venir dans cet autre bastion de l’âge du bronze, dans cette forteresse du roi des rois, pour trouver la clé qui lui permettrait enfin de dévoiler la vérité. Alors, tous comprendraient que ce n’était pas la vénalité, la recherche d’un trésor qui l’avaient poussé à établir la réalité de la guerre de Troie, mais le salut de la race humaine. La clé qui sauverait le monde de l’Armageddon.

Rangeant sa montre, il se rendit compte que son pantalon était couvert de boue. Sophia allait devoir le brosser avec soin pour effacer toute trace de leur venue ici. Il portait toujours son habit de soirée. Les fouilles reprendraient dans la matinée avant la fermeture du site pour la saison. Pour marquer la fin de la campagne, ils avaient invité l’inspecteur grec à un dîner, l’abreuvant de vins succulents et de cognac jusqu’à ce qu’il sombre, ivre mort, dans l’inconscience. Puis ils étaient remontés avec une pelle et une lampe à huile. L’occasion était trop belle. Sophia avait vu quelque chose dans le caveau royal, juste avant que n’éclate l’orage qui avait provoqué l’arrêt du chantier. Il avait veillé à ce que lui ou elle se trouvent toujours présents ici, pour diriger les travaux sous la citadelle, là où son instinct lui disait qu’ils allaient trouver ce qu’ils étaient venus chercher, l’ultime ingrédient de la révélation qui allait bientôt sidérer l’humanité.

Pour le moment, ils garderaient le secret. Le monde saurait seulement qu’après avoir découvert Troie, lui, Heinrich Schliemann, millionnaire excentrique, génie des langues, passionné de mythologie, était venu ici afin de mieux connaître le roi qui avait provoqué cette guerre dont la plupart pensaient qu’elle n’était qu’une légende. Il sourit, tout en regardant avec prudence autour de lui. Les blocs verticaux formant le cercle des tombes se dressaient devant lui, ceints par les immenses murs en ruine de la citadelle perchée au sommet d’une colline. Des murailles construites par des Cyclopes, ces monstres dotés d’un œil unique dont les habitants de Mycènes avaient fait leurs esclaves afin qu’ils bâtissent leur forteresse. Une autre légende à laquelle il avait presque envie de croire tant la taille colossale des pierres posées là depuis plus de trois mille ans l’émerveillait. Ce n’était pourtant pas l’œuvre de dieux ou de géants qu’il voulait trouver ici, mais celle d’hommes de chair et de sang : ce qu’ils avaient accompli, jusqu’où ils avaient pu se hisser, comment ils avaient chuté. Il ne s’agissait pas non plus de héros mythologiques, mais d’individus qui avaient façonné l’histoire.

— Heinrich ! Viens, viens tout de suite !

La voix de Sophia venait de jaillir des ténèbres. Le cœur battant, il se retourna pour se pencher au-dessus du puits. Avait-elle enfin trouvé ? Ils avaient déjà découvert d’innombrables trésors : diadèmes, bijoux, armes, et même un gobelet doré dont il avait soutenu qu’il s’agissait de la coupe de Nestor, celle décrite avec tant de précision par Homère. Mais peu leur importaient ces richesses à présent. Ils cherchaient à comprendre les actes d’un roi. Plissant les paupières, il aperçut une infime lueur dorée au pied de l’échelle, là où Sophia travaillait au cœur du caveau taillé dans la roche. Il essaya de contrôler son excitation.

— Pas si fort, murmura-t-il en allemand. Je veux être certain que nous sommes absolument seuls.

Il scruta la nuit autour de lui. Pendant une fraction de seconde, il crut discerner une ombre mais elle s’évanouit aussitôt, sans doute une illusion créée par le clair de lune. Il observa le sentier rocailleux qu’ils avaient gravi trois heures plus tôt, la porte qu’ils avaient franchie avec son faîte triangulaire représentant deux lionnes tenant un pilier. La Porte des Lionnes de Mycènes, forteresse d’Agamemnon, seigneur des hommes, régnant sur tous, noble fils d’Atrée. L’une des lionnes était décapitée à présent, mais elles offraient encore une formidable impression de puissance et les voir pour la première fois avait suffi à raffermir sa résolution. Cet endroit ne pouvait qu’être le décor d’un mythe. Il détourna les yeux de la porte pour contempler, comme le grand roi avait dû le faire, la plaine qui s’étalait au pied de sa citadelle vers la mer, jusqu’à l’endroit où, naguère, il s’était embarqué pour Troie. Troie… Ce simple mot le faisait encore frissonner. Trois ans auparavant, Sophia et lui y avaient trouvé le trésor de Priam. Et bien plus encore. Plus qu’il n’aurait jamais pu rêver. Plus qu’il n’avait révélé au monde.

Scrutant les lumières tremblotantes de leur campement à la lisière de la plaine, il chercha des ombres dans l’obscurité, des lampes remontant le sentier. Rien. Personne. Les autorités grecques connaissaient les rumeurs. Pour certains, Schliemann et son épouse ne valaient guère mieux que des pilleurs de tombeaux. Mais les Grecs étaient trop fiers de leur place dans l’histoire pour ne pas lui permettre d’effectuer ces fouilles. Et il leur en était reconnaissant. Si les académiciens avaient eu leur mot à dire, il n’y aurait jamais été autorisé. Ils s’étaient moqués de lui, un simple autodidacte qui n’en faisait qu’à sa tête et s’imaginait que l’argent remplaçait le bon sens. Pour eux, il n’était qu’un fantaisiste, absurde. Ils se trompaient.

Il n’était pas venu chercher un mythe.

Il était venu chercher la vérité.

Il était venu chercher les vrais héros.

Prenant une profonde inspiration, il se retourna vers le puits. La pluie avait nettoyé l’air mais les odeurs remontaient : thym, romarin et le doux éther qui flotte en permanence au-dessus de ces sites antiques, une émanation de l’histoire trop puissante pour être dissipée par un acte transitoire de la nature. Il respira la terre, sa richesse, le sol dans lequel ce site était enfoui depuis des millénaires. Il leva les yeux. Les nuages qu’éclairait la lune se déplaçaient rapidement et, pendant un instant, il crut voir les galères grecques voguant vers l’est, vers leur Némésis à Troie. Il enjamba l’échelle et, peu après, posa le pied au fond du puits, dans la chambre mortuaire aux murs carrés. La lampe brillait dans un coin. Tout autant souillée que lui, Sophia se tenait là, ses cheveux plus noirs que la nuit, ornés de bijoux copiés à partir de ceux qu’ils avaient découverts à Troie. Elle était sa reine mycénienne, penchée sur cette tombe, comme si elle s’apprêtait à rejoindre le souverain défunt dans l’au-delà.

— Heinrich, murmura-t-elle, le doigt tendu.

Il fixa le sol. Et s’arrêta de respirer. Ses genoux cédèrent. Il s’écroula. Ce n’était pas la lueur d’une lampe qu’il avait aperçue depuis la surface. C’était de l’or. Un masque d’or. Le cœur battant, il effleura le métal du bout des doigts. Froid, immaculé, et en parfait état. Les traits sculptés étaient fins, aristocratiques. Schliemann contempla la barbe, les pommettes hautes, les lèvres minces et dures. Et ces yeux, en forme d’amande sciés par une fente, à la fois ouverts et fermés. Un visage qui ressemblait à ceux qu’ils avaient vus sous Troie, la découverte que Sophia et lui n’avaient pas divulguée, une découverte trop précieuse, trop énorme pour la gaspiller dans le stérile débat des faits contre la légende. Il fixa le masque. Oui, ils l’avaient trouvé.

Le visage d’un roi. Le plus puissant de tous. Le roi des rois.

— Veux-tu que nous le remontions ? demanda Sophia.

Il secoua la tête.

— Non. Il faut penser à nos amis, à tous ceux qui nous soutiennent. Heinrich Schliemann va enfin prouver qu’il a toujours eu raison. Nous allons le réenterrer pour le découvrir officiellement demain devant les ouvriers. Cette image, ce masque resteront à jamais gravés dans l’histoire de l’archéologie. À jamais associés à mon nom et au tien.

— Que vas-tu leur dire ?

Il inséra délicatement ses doigts sous le masque.

— Je leur dirai que j’ai vu le visage d’Agamemnon. Mais regardons au moins ce qu’il y a dessous. Maintenant. (Il se tourna vers elle, les yeux soudain humides d’émotion.) Ce sera mon cadeau pour toi. Pour nos futurs enfants. Pour tous les enfants du monde.

Il reporta ses yeux sur le masque, les paupières mi-ouvertes, mi-closes. Il avait prévu cette trouvaille. Une Herrscherbild, l’image d’un seigneur parmi les hommes. Il retint son souffle, et pour la première fois, un léger doute s’empara de lui. Était-ce vraiment le visage d’un héros, un symbole qui ramènerait un âge d’or ? Ou bien était-ce la représentation d’un roi qui, dans sa folie guerrière, avait provoqué la destruction de la première grande civilisation ? Il repensa aux mythes. À la malédiction de la maison des Atrides. Il songea aux conflits qu’il avait lui-même connus, ceux de son époque, qui avaient ravagé l’Europe, l’Amérique et l’Orient. Les millions de morts, les pays entiers dévastés. Des carnages rendus possibles par des armes forgées dans les feux de l’enfer, où les héros n’avaient plus cours, et qui préfiguraient les guerres à venir. Des guerres totales, toujours plus destructrices. Avec leur cercle d’amis, des hommes puissants et de bonne volonté œuvrant en secret dans le monde entier, Sophia et lui rêvaient d’un monde où la malédiction de la guerre serait vaincue, où les héros régneraient de nouveau, des champions prêts à se sacrifier pour leurs peuples, pour la paix. Oui, voilà bien le credo auquel lui, Heinrich Schliemann, comptait redonner vie.

Fixant les yeux insondables du masque, il pensa à ceux qui détenaient le pouvoir dans son propre monde. À ceux qui risquaient de s’en emparer. Un Kaiser. Un Führer.

Il pensa à ce qu’il risquait de déchaîner.

Sophia se blottit contre lui.

— Tu dois le faire, Heinrich. Tu le dois. L’aube arrive.

Il inspira et sentit remonter l’odeur métallique qui imprégnait la terre. Le souffle de l’histoire. L’odeur du sang.

Il souleva le masque.

1- En français dans le texte (N.D.T.).

PREMIÈRE PARTIE
 
 
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1

Au large de l’île de Ténédos, mer Égée, de nos jours

Le plongeur contemplait le fond de la mer avec stupeur. De toute sa vie, il n’avait jamais vu un tel trésor. Il tendit la main, puis referma ses doigts sur la garde pour extraire l’épée du sable. Elle était magnifique, l’arme d’un roi parfaitement préservée, comme si elle avait été perdue la veille et non quelques milliers d’années plus tôt, à l’époque des légendes. Il la fixait, ébloui par les joyaux enchâssés dans le pommeau, par le bronze luisant de la lame incrustée d’or et de nielle rouge sur lequel étaient reproduites des images de guerriers armés de lances et de boucliers en forme de huit, chassant un grand lion bondissant. La levant vers le soleil qui filtrait depuis la surface, il imagina un instant qu’il la tendait à ce grand roi en personne, naviguant vers Troie, à la proue de sa galère voguant sur les flots. Mais, au moment où le métal rencontra la lumière, le reflet l’aveugla… et quand il rouvrit les yeux, l’épée se désintégrait en sable ruisselant le long de son bras pour retomber sur le lit de la mer. Désespéré, il se mit à creuser la vase avec frénésie. Ses doigts s’enfoncèrent. Qu’allait-il dire aux autres ? Comment leur avouer qu’il avait trouvé le trésor qu’ils étaient tous venus chercher ici et qu’il l’avait perdu ?

 

Jack Howard se réveilla en sursaut tandis que le F-16 de l’armée de l’air turque hurlait au-dessus de sa tête, le rugissement se muant rapidement en un grondement sourd tandis que le jet fonçait vers l’est en direction de la côte. Il se frotta les yeux, essayant de reprendre son souffle. C’était un rêve récurrent et il se terminait toujours de la même façon. Mais, aujourd’hui, la réalité prendrait peut-être le dessus. Il consulta sa montre de plongée, se protégeant les yeux du soleil éclatant. La réunion était prévue dans trois quarts d’heure. Vingt minutes plus tard, il aurait enfilé son équipement et serait prêt à plonger vers l’épave gisant sous leur bâtiment. Se relevant d’un bond, il roula son tapis de sol pour le ranger à son emplacement habituel près du bastingage sur le pont avant. Son coin préféré pour faire une petite sieste : il s’y sentait proche des éléments. L’intense ciel égéen, la rumeur et l’odeur de la mer… tout en restant à portée de voix en cas de besoin.

Il jeta un coup d’œil vers les vitres du poste de pilotage, saluant l’officier de garde d’un signe de la main, avant de contempler les lignes effilées du navire. Le Seaquest II avait bénéficié d’une remise en état à peine deux semaines auparavant, et la peinture blanche de sa superstructure resplendissait. Derrière l’hélicoptère Lynx à la proue, il apercevait le fanion de l’International Maritime University, arborant l’ancre du blason de sa propre famille, surmonté du drapeau rouge avec un croissant de lune et une étoile, leur pavillon de complaisance dans les eaux turques. La main en visière sur le front, il fouilla l’horizon, calculant mentalement leur position. Au sud-ouest, se trouvait l’île de Bozcaada, anciennement Ténédos, à moins de deux milles marins à bâbord. Au nord-est, il discernait à peine les collines de Gallipoli, la longue et étroite péninsule sur l’autre rive du détroit des Dardanelles qui sépare l’Europe de l’Asie. Un coup d’œil au récepteur GPS qu’il avait laissé par terre lui confirma qu’il ne se trompait pas. Son pouls s’accéléra. Le capitaine Macalister revenait vers le contact sonar qu’ils avaient établi juste avant midi. La houle était plus forte maintenant mais il était clair que la décision avait été prise. L’excitation le gagna. Il repensa à l’extraordinaire objet qu’il avait repéré au fond de la mer ce matin. La plongée aurait lieu.

Il agrippa la rambarde. Son rêve l’avait rendu nerveux. Mais il était venu ici dans un but précis et non pour dormir. Il ramassa la cible sommaire, faite de trois bouts de planche cloués de façon à former un triangle, et la jeta par-dessus bord, nouant la ligne à laquelle elle était reliée au bastingage. Il adressa un nouveau signe au poste de pilotage et, quelques secondes plus tard, la triple sirène annonçant un exercice de tir retentit. Il enfila le casque antibruit avant de sortir le lourd revolver d’ordonnance de son étui. Glissant le cordon autour de son cou, il actionna le mécanisme permettant de l’ouvrir pour le charger de six balles de calibre 455. Puis, il visa, le bras droit tendu devant lui, la main gauche en soutien. Il releva le chien avec son pouce gauche, son index droit s’enroulant autour de la détente. La cible se trouvait à trente, trente-cinq mètres, déjà difficile à atteindre en temps normal et d’autant plus maintenant sur le pont instable du navire. Le revolver sauta en arrière, la détonation se perdant presque dans le bruit du vent. Il tira de nouveau et vit une gerbe s’élever. Trop court. Il fit la moue. La charge de poudre était bonne mais les balles un peu lourdes. Il vida le chargeur, faisant feu à quatre reprises dès la fin du recul, visant plus haut. Le dernier projectile toucha la cible, la faisant tournoyer follement dans les vagues. Il baissa son arme et la rouvrit, pour éjecter les cartouches vides dans un seau posé à ses pieds. Il enleva son casque, le laissant pendre autour de son cou, et adressa un nouveau geste vers la cabine. La sirène signala la fin de l’exercice. Il se tourna vers le sud et la portion de mer située entre l’île et la côte turque.

Il s’arc-bouta tant bien que mal, car le bateau tanguait violemment, et déglutit avec peine. Même s’il détestait l’admettre, la houle le rendait toujours malade. Le capitaine Macalister avait désactivé les stabilisateurs du Seaquest II pour regagner leur position sur site. La mer avait été calme ce matin, mais le vent s’était levé, hérissant les vagues de moutons blancs et projetant des paquets d’embruns. Jack se concentra sur la zone vers laquelle le F-16 avait disparu. Pendant un moment, il regretta de ne pas se trouver avec l’autre équipe sur la terre ferme, en train de fouiller le site archéologique le plus célèbre au monde, les ruines d’une ancienne citadelle dont on avait longtemps cru qu’elle n’existait que dans l’imagination d’un poète aveugle. Puis il repensa à ce qu’il avait aperçu ce matin, par cent mètres de fond, une forme à peine visible dans les ténèbres, ne sachant toujours pas si cela avait été une hallucination suscitée par un rêve qui l’obsédait, et avait déjà attiré tant d’autres ici même. Il pensa à Heinrich Schliemann. Près d’un siècle et demi auparavant, lui aussi était venu, à la poursuite d’un rêve. Et il avait découvert Troie.

Au-dessus de la côte, le ciel était pareil à un linceul gris. Jack le contempla un moment avant de baisser les yeux vers la surface opaque de l’eau. Il avait plongé sur de nombreux sites de naufrages fabuleux au cours de sa carrière, mais celui-ci risquait de s’avérer le plus extraordinaire de tous. Une plongée, c’était le cas de le dire, vers une époque où les hommes n’avaient pas encore appris à rejeter le joug qui les soumettait au jugement versatile des dieux. Ce qu’ils découvriraient aujourd’hui pouvait rallumer la passion qui avait animé Schliemann et apporter un élément décisif sur la réalité historique de la guerre de Troie. Comme pour mieux s’en persuader, il murmura les mots : « Une épave de l’ère des héros. Une épave de la guerre de Troie. »

— Jack ! Ne tire pas ! Je me rends !