Le Meurtre de Joseph Le Roy

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Soazic Rosmadec, navigatrice hors pair, a beaucoup de chance.


À la loterie organisée par l’association de la Voile Bretonne, elle a gagné un voyage pour deux dans l’Ouest américain. Los Angeles, Las Vegas, la mythique route 66, le Grand Canyon, San Francisco, de quoi partager des moments idylliques et inoubliables avec Gwenn.



Des moments idylliques ? C’est sans compter sur l’incroyable talent de Gwenn pour attirer les cadavres...



Et de fait, le périple de nos enquêteurs bretons, qui auraient pu simplement se laisser porter de sites paradisiaques en paysages grandioses, va vite se métamorphoser en voyage de la mort...

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Nombre de lectures 32
EAN13 9782374533452
Langue Français

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Présentation
Soazic Rosmadec, navigatrice hors pair, a beaucoup de chance. À la loterie organisée par l’association de la Voile Bretonne, e lle a gagné un voyage pour deux dans l’Ouest américain. Los Angeles, Las Vegas, la mythique route 66, le Grand Canyon, San Francisco, de quoi partager des moments idylliques et inoubliables avec Gwenn. Des moments idylliques ? C’est sans compter sur l’i ncroyable talent de Gwenn pour attirer les cadavres… Et de fait, le périple de nos enquêteurs bretons, q ui auraient pu simplement se laisser porter de sites paradisiaques en paysages g randioses, va vite se métamorphoser en voyage de la mort…
***
Comme beaucoup de Bretons, Alex Nicol a longtemps é té un « expatrié ». La Bretagne, de ce fait, était un lieu magique, un fan tasme d’autant plus rêvé qu’elle était difficile à atteindre. Et lorsqu’à quarante-c inq ans il a enfin pu poser son ancre
sur la terre de ses ancêtres, il a mesuré à quel po int vivre sur cette terre était un grand bonheur. Après une carrière de chef d’établissements scolaires aux quatre coins du globe, il a envisagé de créer un cabinet d’écrivain public. P uis très rapidement l’idée d’écrire des romans s’est imposée. Il crée le personnage de Gwenn Rosmadec, Breton expatrié qui revient sur ses terres et va les céléb rer. Profondément épris de son pays, de sa culture et de ses traditions, Gwenn Ros madec, la quarantaine, roux, d’allure sportive, est Bigouden de cœur, et Quimpér ois de racines. Ancien journaliste, il aspire à la paix, et pose ses valis es à Sainte-Marine, petit port cornouaillais niché entre la forêt et l’Atlantique, en bordure de l’Odet. Il y développe une activité d’écrivain public... C'est ainsi que nait la série de romans policiersEnquêtes en Bretagne, dont voici le quatorzième opus. Alex Nicol a coutume de dire que le premier héros d e ses romans c’est la Bretagne. La Bretagne et sa grande beauté, qui acco mpagne chacune des enquêtes de Gwenn Rosmadec et emporte le lecteur dans un par cours vivifiant, au son des cornemuses et du bruit du ressac. Et le résultat final, c’est un chant d’amour de la Bretagne partagé par beaucoup de ses lecteurs.
Le meurtre de Joseph Le Roy
Alex Nicol
38, RUE DU POLAR
Pour Emmanuella Juliette Thomas Marie-Christine et Serge Alain et Pépé Et tous les autres Avec lesquels nous avons effectué ce superbe voyage à travers l’ouest des États-Unis.
Chapitre 1
— Paré à virer ? — Paré ! — Envoyez ! Gracieusement, le Pogo 12.50 pivota sur son étrave sous la conduite avisée de Soazic Rosmadec tandis que Gwenn, son grand rouquin de mari, s’assurait du passage du foc sur bâbord. La brise d’automne s’eng ouffra dans la grand-voile et gonfla le triangle de toile que Gwenn souqua d’un c oup sec. La marée descendait et le courant de l’Odet filait vers le large. Pourtant , tirant des bords et profitant habilement du vent de sud-ouest, Soazic manœuvra so n vaisseau jusqu’à son point d’attache sur les pontons du petit port de Sainte M arine. Gwenn sauta à terre et amarra leur voilier tandis q ue Soazic affalait les voiles. Puis il remonta à bord pour lui donner un coup de m ain. Lorsque le bateau fut rangé, Gwenn prit son épouse par la main et tous deux fixè rent l’horizon vers le large, vers les Glénan où ils venaient de passer la journée. Un lien indéfectible, invisible, plus puissant que n’importe quelle aussière reliait leur s cœurs. Soazic se serra contre le corps athlétique de son époux et lui susurra : — Mon minou, je t’aime ! Gwenn ne répondit pas, mais n’en pensait pas moins. Après avoir baroudé comme grand reporter sur tous les fronts de la terre où l es hommes ont la mauvaise idée de s’entre-tuer, il avait fini par poser son sac dans cet adorable petit coin de Bretagne où la mer et la forêt jouaient un incessant jeu de cache-cache. Il y avait ouvert un cabinet d’écrivain public et couchait sur le papier l’histoire des familles qui le lui demandaient. Sa réputation avait vite grandi et les clients s’étaient rapidement présentés à sa porte. À l’ouest, l’astre du jour avait entamé sa descente , noyant de rouge les quelques nuages qui batifolaient encore avec des mouettes et des cormorans. Une odeur de goémon parfumait doucement l’atmosphère. Ils étaien t simplement heureux ; heureux de sentir le balancement du courant sous le ur Pogo, heureux de humer l’air du large et son parfum d’aventures et de sel, heure ux d’être ensemble. Et ils avaient le sentiment de prendre part à ce tableau vivant qu e Gauguin aurait certainement aimé réaliser. Une mélodie de trois notes les ramena à la réalité. Soazic exprima une grimace d’excuse en empoignant son smartphone accroché dans un sac étanche. — Allo ? Le ton était plutôt sec. On ne perturbe pas impuném ent un tel moment de bien-être et le correspondant avait intérêt à être série ux. Gwenn, indifférent, continuait à admirer l’environnement. Pourtant, le ton de son ép ouse attira vite son attention. Il passa du « oui ? » interrogatif au « non… ? » de su rprise et se conclut par un vibrant « Merci ! Merci beaucoup ! Ça me fait vraiment très plaisir ! » Gwenn la regarda en souriant : — Alors ? Tu as gagné au loto ? — Mieux que ça ! fit-elle en remettant son téléphon e à l’abri. Tu te souviens de
cette loterie organisée par l’association de la Voi le Bretonne ? — Vaguement, fit Gwenn. Et tu as gagné un porte-clé s ? — Ne sois pas bête mon minou. Nous faisons partie d e ceux qui ont été sélectionnés pour un voyage de dix jours dans l’Oue st américain. Le visage de l’écrivain public s’éclaira : — Ah ! Ça, c’est une très bonne nouvelle. Depuis le temps que j’avais envie de revoir San Francisco ! Soazic reprit avec entrain : — Pas seulement ! Mon correspondant m’a dit qu’il a llait m’envoyer un mail de confirmation avec le détail du voyage. — Eh bien, fit Gwenn pragmatique, je crois qu’il co nvient dignement de fêter cela. Justement la distillerie de Plomelin m’a envoyé une bouteille de Eddu Diamant, sa dernière production de whisky au blé noir ! C’est l’occasion ou jamais ! — D’accord, fit Soazic, rayonnante. Whisky pour toi et champagne pour moi. — En route ! *** Le secrétaire de l’association de la Voile Bretonne avait été efficace. Un courriel les attendait pour les féliciter et, en pièce joint e, un document agrémenté de photos reprenait date par date les étapes de leur prochain périple. Soazic le parcourut rapidement des yeux et son bonheur en disait long s ur ce qu’elle venait de lire. — Alors, jeune voyageuse, qu’est-ce que tu nous rés erves ? — Un projet magnifique Gwenn. On arrive à Los Angel es, puis on traverse le désert de Mojave. On parcourt un bout de la fameuse route 66 pour rejoindre le Grand Canyon du Colorado ; ensuite on va survoler le lac Powell… — Ah oui, fit Gwenn songeur, le territoire des Nava jos… — C’est exactement ça, répondit Soazic. Et attends la suite ! Las Vegas, mon cher. Tu vas pouvoir flamber tes dollars ! — On verra bien, répondit son homme de cœur. Soazic ne se laissa pas démonter davantage. Elle co ntinua sa présentation : — Après on traverse la vallée de la mort avant de r ejoindre le Sequoia National Park et on finit à San Francisco. Soazic prit le temps de relire tranquillement, le s ourire aux lèvres. Elle était aux anges. Autant elle adorait son petit coin de Bretag ne, autant le sang de navigatrice qui coulait dans ses veines lui rappelait son bonhe ur de voyager. — Tu te rends compte, mon minou ? Non seulement nou s serons dans un autocar spécialement réservé pour le groupe, mais les hôtel s sont réservés. Et ce sont des trois étoiles au minimum ! Fidèle à son besoin d’indépendance, Gwenn répliqua : — J’espère que nous aurons des temps de liberté. Le style de voyage où un guide vous dit « Regardez à gauche… Regardez à droite… ph oto !... Remontez dans le car… », ce n’est pas du tout mon truc. — Rassure-toi. Il y aura des moments d’autonomie. T u vas pouvoir m’inviter au restaurant, et pas pour manger des hamburgers ! Gwenn s’était servi un verre de Eddu dans un Glainc airn, ces verres tulipe
destinés à sublimer les saveurs de l’eau bénite des anciens Celtes. Il le leva et lança en riant : — À notre voyage ! — Amérique, nous voilà !
Chapitre2
Lue et survolait à présent le’énorme A380 d’Air France avait traversé l’Atlantiq territoire américain. Les hublots étaient clos et t out le monde dormait ou faisait semblant. Le ronronnement des quatre réacteurs tiss ait une toile sonore dans le silence douillet de la cabine. Gwenn, en cinéphile enthousiaste, dévorait film après film sur l’écran incrusté dans le dossier du siège qui lui faisait face. Emmitouflée dans la couverture de la compagnie, la tête posée c ontre la cloison, Soazic dormait d’un sommeil troublé. Le jingle caractéristique d’une annonce imminente s ortit l’écrivain public de son cinéma. Il jeta un regard rapide à sa montre : — Curieux, nous ne sommes pas encore arrivés à destination… Sans lui laisser le temps de réfléchir davantage, l a voix d’une hôtesse, impersonnelle, déclara en français et en anglais : « Mesdames et messieurs, nous avons une urgence. Y aurait-il un médecin à bord ? » L’ensemble des passagers ne bougea pas. Soudain, su r l’autre corridor, une jeune femme se leva. Petite, les cheveux roux à la garçon ne, la mâchoire carrée, la démarche souple et athlétique, elle se dirigea vers le coin des personnels embarqués et disparut derrière un rideau. — Ils ont trouvé, songea Gwenn qui se replongea ave c délices dans les palpitantes aventures du dernier opus deLa guerre des étoiles. Soazic avait levé un œil qu’elle avait bien vite re fermé. Ce n’est que beaucoup plus tard que les lumières s’ allumèrent, tandis qu’un solide petit-déjeuner leur était servi. Il était huit heur es du matin, heure française, dix-sept heures à Los Angeles. *** L’aéroport de Los Angeles, capitale économique du s ud de la Californie, vrombissait comme une ruche en folie. Les équipages et les uniformes de tous pays se croisaient et s’entrecroisaient, tout comme les tenues vestimentaires aussi variées que l’imagination des hommes pouvait créer aux quatre coins de la planète. Gwenn et Soazic avaient débarqué et longeaient un l ong couloir vitré qui donnait sur une étonnante construction en forme de soucoupe vol ante, la tour de contrôle. Avisant un panneau, Gwenn s’y dirigea résolument et bientôt, orientés par quelques responsables locaux, ils s’engagèrent dans la longu e ligne d’attente qui serpentait devant les officiers de la police des frontières. O n ne rentrait plus chez l’oncle Sam comme dans un moulin. Il fallait montrer patte blan che. Au bout d’une demi-heure de patience, les deux Bretons se présentèrent à leur t our devant le bureau où le policier inspecta scrupuleusement leurs passeports, les prit en photo, releva leurs empreintes, s’assura que ces données n’étaient pas celles de dangereux criminels puis les laissa poursuivre leur chemin. Encore un c ouloir vitré puis une immense salle, un hangar plutôt, où une succession de tapis roulants vomissait les bagages des derniers avions arrivés. Soazic récupéra un cha riot et Gwenn eut tôt fait d’y déposer leurs valises.
— Allez ! fit Gwenn. Dernière étape : on sort et on cherche notre contact. Un dernier effort pour remonter un passage en pente les amena dans le hall des arrivées où se situaient les sorties, les bus, les voitures de location, les bureaux de change… — Là ! dit Soazic, désignant de la tête un personna ge muni d’une pancarte en carton sur laquelle avait été rédigé au marqueur no ir « association Voile Bretonne ». L’homme, avenant, devait avoir atteint la quarantai ne. Il portait un tee-shirt vert pâle, des jeans beiges et une casquette de base-bal l de l’équipe de Las Vegas. Comprenant qu’il avait affaire à deux de ses client s, il leur sourit et indiqua un point de rendez-vous à quelques mètres où d’autres voyage urs attendaient déjà. — Bonjour, je suis Alan, votre guide. Allez vous me ttre là-bas en attendant que j’aie récupéré tout le monde. Soazic opina du bonnet en répondant aussi par un so urire. Elle était heureuse d’être enfin arrivée et le soleil filtrant par les larges baies vitrées lui insufflait ce bien-être que même une séance de bronzage n’aurait pu lu i procurer. Se tournant vers Gwenn, elle lui lança : — Il parle bien notre langue cet Alan ! — Et il a même un accent de titi parisien prononcé. À mon avis, nous avons affaire à un Français. — On verra bien. Poussant toujours leur chariot, ils parvinrent au p oint indiqué et se mêlèrent au groupe qui s’était formé. La Bigoudène, courtoise e t sociable, lança à la cantonade : — Bonjour tout le monde ! Je suis Soazic Rosmadec e t voici mon mari Gwenn. Vous êtes aussi les gagnants de la tombola ? Gwenn se rendit compte que la jeune rouquine qui s’ était levée à bord de l’appareil était parmi eux. Elle découvrit une soli de rangée de dents blanches : — Bonjour, je suis Julie Dubois, de Brest, enfin de Lille, mais en poste à Brest. — Vous êtes docteur ? demanda Gwenn. Je vous ai vu répondre à l’appel de l’hôtesse. — Non, infirmière. Je suis allé voir si je pouvais faire quelque chose. — Et vous avez sauvé notre compagnon d’infortune, répondit Gwenn moqueur. Un autre personnage réagit derrière lui. De taille moyenne, il arborait des lunettes cerclées d’acier, une chemise à rayures bleues et b lanches de luxe et un pantalon cintré. Gwenn devina qu’il portait une perruque, ca r celle-ci était légèrement de travers sur le sommet de son crâne. L’homme grommela : — L’infortuné c’est moi. Je m’appelle Joseph Le Roy et j’aurais aimé que vous soyez à ma place ! — Que vous est-il arrivé ? demanda Soazic, concilia nte. — Il m’est arrivé que je n’arrivais plus à pisser ! Alors, évitez-moi vos remarques désobligeantes, surtout si je dois vous supporter p endant tout ce voyage ! Gwenn allait répondre vertement au malotru, mais d’ un coup de coude, Soazic le retint. Au même moment, une autre passagère se joig nait au groupe. Ses cheveux blonds, qui lui tombaient sur les épaules, avaient dû subir les assauts d’un décolorant. L’épaisseur de ses lèvres, couvertes de rouge vif, évoquait immanquablement le botox. Plusieurs rangées de coll iers d’or cernaient son cou,