Le mort qui parle

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Français
50 pages
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Description

Le château de Montaigle est en émoi. Depuis quelques nuits, la douairière de Montaigle reçoit la visite de son mari. Seul bémol, celui-ci est décédé depuis un an. Devant l’incompréhension et la stupeur générée par cette apparition, le fils du défunt mandate le détective LAUTREC en comptant sur son esprit cartésien pour apporter une réponse rationnelle à un événement surnaturel. Mais le détective LAUTREC ira bien au-delà des espérances de la famille Montaigle...

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EAN13 9782373473223
Langue Français

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DÉTECTIVE LAUTREC
LE MORT QUI PARLE
Roman policier
Maurice BOUÉ
D'après la version publiée dans « L’ÉDITION POPULAIRE » De BRUXELLES (Belgique) en 1915.
*1*
APPARITION ET DISPARITION INEXPLICABLES
Minuit sonna…
Les douze coups de l'heure mystérieuse et fatidique résonnèrent lugubrement dans le silence du château.
La vicomtesse Suzanne de Montaigle s'éveilla en sur saut. Elle prêta un instant l'oreille aux bruits confus du dehors.
Non, il n'y avait pas de doute, elle ne s'était pas trompée : un cri étouffé venait d'être poussé dans la nuit. Et ce cri venait de la chambre voisine qu'occupait sa mère, la douairière de Montaigle.
Soudain, un bruit sourd, le bruit d'un meuble auque l on se heurte ou d'une chaise qui tombe sur un tapis, frappa à nouveau son oreille.
Peut-être était-ce un cambrioleur qui assassinait p our voler…
D'un bond, la jeune femme fut hors du lit. Elle s'h abilla à la hâte, et elle alla frapper à la porte de la chambre de son frère.
— Vite, Henri, viens vite !...
Une demi-minute après, la porte s'ouvrait et, sur l e seuil, apparaissait un grand jeune homme d'une trentaine d'années, au fron t intelligent, au regard franc et loyal : c'était le vicomte Henri de Montaigle.
— Qu'y a-t-il, ma sœur ? demanda-t-il.
— Je viens d'entendre un cri et du bruit dans la ch ambre de notre mère. Prends ton revolver et allons voir.
Le vicomte rentra dans sa chambre et en ressortit, un instant après, le poing armé. Les trois chambres à coucher des hôtes du châ teau communiquaient par des portes qu'on ne fermait jamais à clé ; seules, les portes ouvrant sur le corridor commun étaient hermétiquement closes. D'ap rès ce que nous avons dit plus haut, le lecteur a pu déduire déjà que la pièc e occupée par la jeune femme se trouvait au milieu des deux autres.
Depuis la mort de son père, le comte Bertrand de Mo ntaigle – mort survenue il y avait un an à peine – la vicomtesse avait, en effet, voulu s'installer près de sa mère, afin que, la nuit même, elle pût veiller s ur elle et l'aider, en cas de besoin. Cette mère – si douloureusement affectée en core par son veuvage récent – elle l'entourait des soins les plus assidu s et l'on peut dire qu'elle lui témoignait, non point un amour filial, mais un amou r maternel, tant les rôles ici semblaient intervertis.
Henri de Montaigle traversa la chambre de sa sœur e t, doucement, avec toutes les précautions nécessaires pour surprendre éventuellement le cambrioleur – si cambrioleur il y avait – il ouvrit la porte de la chambre à coucher de la douairière.
Son premier regard fut pour le lit qu'une veilleuse , déposée sur la table de nuit, éclairait de sa faible et vacillante clarté. Il poussa un soupir de soulagement en constatant que sa mère dormait paisiblement.
À première vue, rien dans la pièce ne semblait avoi r été déplacé. Si, pourtant... Là, dans la pénombre, on distinguait un e chaise renversée, cause probable du bruit entendu par la jeune femme.
Mais qui donc avait renversé ce siège ?... La comte sse s'était-elle levée, et s'était-elle heurtée par mégarde à un des meubles d ont la disposition pourtant lui était connue, pour se recoucher et se rendormir aussitôt ? C'était peu vraisemblable.
Henri de Montaigle fit signe à sa sœur de l'attendre sur le seuil et il fit un pas en avant, dans le but d'inspecter minutieusement la chambre.
Mais soudain, il s'arrêta, pétrifié d'effroi, les y eux agrandis par la stupeur.
Là, devant lui, dans l'ombre projetée par le baldaq uin du lit, une forme noire à face humaine se tenait immobile. Seul, le visage blafard sortait des ténèbres, frappé par une vague clarté ; mais deux yeux noirs fixaient sur le jeune homme un regard de feu, un regard insoutenable qui, comme une vrille, pénétrait au plus profond de lui-même.
Atterré, Henri de Montaigle eut un recul involontai re : dans l'Ombre mystérieuse qui se dressait devant lui,il venait de reconnaître son père, mort depuis un an !
Au même instant, un cri de terreur déchira le silen ce de la nuit. Comme son frère, la vicomtesse Suzanne, venait d'apercevoir l 'Ombre et de reconnaître son père.
Ce cri réveilla, en sursaut, la douairière qui se d ressa sur son séant, contemplant cette scène avec des yeux affolés, lourds encore de sommeil.
— Que se passe-t-il donc, mes enfants ? demanda-t-e lle, gagnée par l'affolement qu'elle lisait sur les traits des jeun es gens dont les visages, comme des miroirs tragiques, semblaient refléter une scèn e horrifiante.
Voyant l'anxiété croissante de sa mère, le vicomte se ressaisit par une brusque virevolte de sa volonté !
— Calmez-vous, ma mère, dit-il.
— Qu'y a-t-il donc ?...
Mais la vicomtesse Suzanne n'était pas revenue de s on émotion et, comme dans une ivresse délirante, elle étendit la main, e n balbutiant :
— Là... là... notre père !...
La douairière porta son regard dans la direction in diquée par sa fille :
— Je ne vois rien, dit-elle.
Presque inconsciemment, Henri de Montaigle se retou rna vers l'endroit où se tenait le fantôme. De nouveau, il sembla frappé de stupeur : l'Ombre mystérieuse n'était plus là.
Où était-elle ?
Le jeune homme étendit la main vers un candélabre q ui se trouvait sur la table.
À ce moment, un grincement sourd lui parvint. D'une main ferme, il alluma les bougies. La lumière envahit la chambre. Le vico mte brandit le chandelier et, sans que le moindre tremblement ne décelât plus cet te fois son émotion, il fit le tour de la chambre, pourchassant les ombres mouvant es qui se réfugiaient dans les coins et s'insinuaient sous les meubles.
Ce fut une inspection méthodique et... vaine. Le fa ntôme avait disparu.
Déjà, un doute avait germé dans l'esprit du jeune h omme.
— Certes, se dit-il mentalement, je n'ai pas été vi ctime d'une hallucination, puisque ma sœur a vu, comme moi, une ombre humaine ; mais rien ne prouve que je n'aie pas été abusé par une ressemblance fra ppante. Un cambrioleur dont le visage évoquait celui de mon père aura péné tré ici, puis, se voyant découvert, il aura fui subrepticement, profitant du moment d'émoi causé par le réveil de ma mère. C'est la seule explication possi ble et la porte ouverte ou crochetée par le voleur va me donner le mot de l'én igme.
Il se dirigea vers la porte ouvrant sur le corridor et il l'examina. Un nouvel étonnement l'attendait encore :la porte était fermée à clé et la serrure ne portait aucune trace d'effraction.
Il se tourna vers la douairière :
— Ma mère, avez-vous la clé de cette porte ? demand a-t-il, anxieux.
Madame de Montaigle se retourna à demi et retira la clé de dessous l'oreiller où elle avait coutume de la cacher avant de se couc her.
— La voici, dit-elle.
Le vicomte en fut stupéfait. En proie à une extrême surexcitation, il examina les fenêtres et, voulant pousser ses investigations jusqu'à leurs extrêmes limites, il inspecta entièrement sa chambre et cell e de sa sœur, dont les portes
ouvrant sur l'extérieur étaient fermées à clé. Quoi que le fait fût irréalisable, il voulait s'assurer que le fantôme, profitant de leur désarroi, ne s'était pas glissé dans une pièce adjacente ou n'avait pas fui par une fenêtre. Mais toutes ses recherches furent vaines. Il secoua la tête avec dé couragement :
— Cette fois, murmura-t-il, je n'y comprends plus r ien. Seuls, des phénom ènessurnaturelsexpliquer logiquement cette apparition et peuvent cette disparition contraires à toutes les lois natu relles.
***
Le jour qui suivit n'apporta aucun éclaircissement, aucune explication. Deux jours après, Henri de Montaigle constata que des pa piers de famille avaient disparu ; mais fallait-il voir dans cette dispariti on et l'apparition du fantôme une corrélation secrète ? Au surplus, ces papiers avaie nt-ils été enlevés avant ou après l'étrange « manifestation d'outre-tombe » ou étaient-ils seulement égarés ? N'avaient-ils pu aussi être enlevés par un membre de la domesticité ? C'étaient là autant de points à élucider.
Toutefois, les pièces en question avaient, pour la famille des Montaigle, une telle importance qu'il était indispensable qu'on le s retrouvât coûte que coûte.
Henri de Montaigle était allé trouver le commissaire de police.
Des recherches, des enquêtes, des perquisitions fur ent faites qui ne donnèrent aucun résultat.
En désespoir de cause, le commissaire déclara :
— Il n'y a, à ma connaissance, qu'un homme capable de faire la lumière sur cette mystérieuse affaire : c'est le détective...