Le Roi du crime - Grand roman de mœurs contemporaines

Le Roi du crime - Grand roman de mœurs contemporaines

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Français
243 pages

Description

Collection XIX - "Le 4 mars 186..., un promeneur qui se serait aventuré sur le quai de la Fosse aurait été vite obligé de renoncer à son excursion. Il faisait un temps épouvantable ; des tourbillons de pluie et de vent balayaient le pavé, fouettant les murs et pénétrant par bouffées dans les allées entr’ouvertes. Nantes est sujet à ces rafales ; les vents de mer remontent la Loire et fondent, chargés d’humidité, sur la grande cité de l’Ouest. Ce jour-là, vers trois heures, le quai de la Fosse était particulièrement inabordable."

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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Date de parution 01 octobre 2018
Nombre de lectures 0
EAN13 9782346138852
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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Couverture : copyright BnF-Partenariats 2018
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...et de nombreux autres ouvrages chez votre marcha nd d'ebooks préféré.
À propos deCollection XIX
Collection XIXliothèque nationaleéditée par BnF-Partenariats, filiale de la Bib  est de France. Fruit d’une sélection réalisée au sein des prestigi eux fonds de la BnF, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes clas siques et moins classiques de la littérature, mais aussi des livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou livres pour la jeunesse…
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Camille Bonheur
Le Roi du crime
Grand roman de mœurs contemporaines
PROLOGUE
LE POST-SCRIPTUM DU CRIME
CHAPITRE PREMIER
ie Luro, Véloce et C
Un brouillard blanc et lumineux flottait sur la Loi re et sur les quais ; il était sept heures du matin ; à la façon dont le soleil désagré geait la brume, il était permis de prévoir une belle journée. La matinée avait ce je n e sais quoi de frais et de gai qui stimule, donne des désirs d’action, de marche, et renouvelle la vie. Le quai de la Fosse, véritable port de Nantes, étai t encombré de bâtiments ; les mâts, les cordages se profilaient vaguement dans le s dessous dorés des vapeurs répandues dans l’air ; on pouvait surprendre les fr émissements des pavillons sans en distinguer la couleur ; sur la surface grise du fle uve, pareille à une lame de plomb, les coques des navires formaient des masses sombres et confuses. Une certaine animation régnait sur le quai. Les portes des innom brables cabarets s’ouvraient et se fermaient, laissant échapper un murmure de conversa tions où sonnaient des mots étranges pour une oreille française, des bruits de rires, un cliquetis de verres. Un homme à la figure ouverte et joviale, coiffé d’u ne casquette de loutre, vêtu d’une vareuse épaisse, arrivant de la berge même, heurta sur le trottoir un passant. Celui-ci se retourna ; l’autre poussa un cri de surprise. — Monsieur Philippe Tournigois dehors à cette heure-ci ! Le passant, qui venait d’être interpellé ainsi, s’a rrêta. — Ma foi ! capitaine, vous voyez un homme bien con trarié, dit-il.  — Bah ! qu’est-ce donc ? Qu’est-ce qui peut contra rier le chef de la maison Tournigois et Compagnie ?  — Un événement absurde. Figurez-vous que mon frère a découvert qu’un de nos commis nous volait et escomptait des traites qu’il fabriquait en imitant notre signature. Le misérable loge dans la maison même ; on doit ven ir l’arrêter ce matin. Il ne se doute de rien, car il ne se sait pas découvert. Je n’ai pas voulu assister à cette arrestation.  — Voilà tout ? murmura le marin, car le personnage que M. Philippe Tournigois avait appelé capitaine, évidemment, appartenait à l a marine marchande. — Voilà tout ! répéta son interlocuteur. — Vous êtes bien bonde vous émouvoir pour une cana ille, s’écria le marin. Ce dernier commandait sur un navire appartenant à P hilippe Tournigois, un des riches armateurs de la place de Nantes. Les deux ho mmes se mirent à marcher tout en parlant de leurs affaires. Ils se promenèrent ai nsi de long en large pendant une demi-heure. Le brouillard se dissipait peu à peu ; on pouvait reconnaître les gens à une certaine distance. Tout à coup, au coin de la r ue Jean-Jacques-Rousseau, Philippe Tournigois arrêta son compagnon et dit d’u n air contrarié :
— Il était écrit que je devais le voir. Le voici.
Le marin regarda dans la direction indiquée par l’a rmateur. Un groupe de trois personnes s’avançait sur la chau ssée ; deux gendarmes et, entre eux, un jeune homme de vingt-huit à trente ans, con venablement vêtu. Il marchait en baissant la tête ; mais il devait feindre la honte plutôt que l’éprouver. Bien que faux, ses regards étaient singulièrement hardis. Sa physi onomie exprimait la ruse et la volonté ; il y avait du cynisme et quelque chose d’ implacable dans le dessin de sa bouche plus assombrie qu’éclairée par une crispatio n qu’il voulait sans doute faire passer pour un sourire. Philippe Tournigois et le marin s’étaient arrêtés a uprès d’un groupe d’hommes du peuple qui avaient l’apparence de portefaix.  — C’est stupide, murmura l’armateur, mais la vue d e ce malheureux m’émeut malgré moi. — En effet, vous êtes pâle, dit le capitaine. En ce moment même, le jeune homme aperçut Philippe Tournigois, ses yeux lancèrent une lueur de colère ; son sourire devint une grimace de haine ; on put deviner au jeu de sa physionomie qu’il cherchait qu elque outrage, quelque parole cruelle, à jeter à l’homme qui venait de le faire a rrêter. Enfin, il trouva, car il sourit d’un air triomphant.
Le jeune homme lançait son cheval au galop sur la roule de Saint-Nazaire.
— Monsieur Tournigois, cria-t-il, vous direz bonjo ur de ma part à Rosalie. L’armateur, de pâle qu’il était devint rouge. — Gueux ! murmura-t-il. Le prisonnier passa en éclatant de rire.  — C’est égal, voilà un crâne garçon ! s’écria un d es portefaix arrêtés à côté de l’armateur et du marin. Philippe Tournigois le regarda avec colère, mais la carrure, l’expression du visage de cet individu arrêtèrent sur ses lèvres les parol es imprudentes qu’il s’apprêtait à prononcer. Le portefaix était un homme de trente an s à peine, d’une taille qui dépassait la moyenne, bâti comme un chêne, musculeu x et souple ; sa physionomie énergique, régulière, était étrangement dure ; ses yeux avaient un éclat provoquant ; sa bouche, tombant aux deux coins, rappelait le mufle des fauves. Il dévisagea l’armateur qui tourna le dos et partit. — Laisse donc, Luro, dit un autre portefaix. C’est son patron. — Alors c’est lui qui l’a fait arrêter ? demanda l’homme qu’on venait d’appeler Luro. — Lui ou son frère que voilà, reprit l’interlocute ur en désignant un homme petit, qui, le dos un peu courbé, la tête dans les épaules, se hâtait pour rattraper Philippe Tournigois. — Le frère n’a pas l’air bon. Et cette Rosalie, do nt l’autre a parlé ? demanda Luro.
— On dit que c’est la bonne amie de Philippe Tourn igois. Les deux portefaix se mirent à rire. — Le pauvre diable, fit Luro, en tâtait sans doute aussi. Il me plaît ; il a une tête qui promet. Est-ce que tu le connaissais ?  — De vue. C’est un commis des Tournigois qui avait affaire souvent avec les marins et les interprètes. On lui avait donné le so briquet de Véloce à cause de son activité. — LeVéloce,c’est un nom de bateau.  — Oui, c’est celui d’un navire de la maison Estali é, de Bahia. Il doit être en ce moment en rade à Saint-Nazaire. — Eh bien ! le Véloce plaît à Luro. Soudain, le compagnon de Luro lui poussa le coude e t dit à demi-voix en riant : — Et Luro paraît plaire à Rosalie. Une jeune fille habillée avec une certaine recherch e, dont toutefois il était difficile de définir la situation, sous prétexte d’examiner un m agasin, venait de s’arrêter pour regarder Luro. L’athlète devina l’intention de la j eune fille et se carra en lui souriant. Elle rougit et reprit sa course ; mais ses yeux ava ient parlé pour elle. — C’est la Rosalie du Tournigois, dit le compagnon de Luro. — Une assez belle brune ! déclara celui-ci en la s uivant du regard. Tiens ! reprit-il, elle vient de faire une rencontre. Une femme, en effet, venait d’accoster la jeune fil le et elles s’en allaient toutes les deux. — C’est la Charmin, surnommée la Bécasse, dit l’am i de Luro, une marchande à la toilette... précieuse.  — Je vois qu’on ne m’a pas trompé là-bas et que le sPères ont raison ; il y a quelque chose à faire à Nantes, murmura Luro à l’or eille de son compagnon. Ce Véloce, qui doit connaître la place, nous sera util e un jour ou l’autre. Pendant que cette conversation avait lieu, la jeune fille disait à la femme qui venait de l’arrêter : — J’allais chez vous, madame Charmin. — Bien heureuse alors de vous avoir rencontrée, ma demoiselle Rosalie. Et qu’est-ce que vous voulez me demander, ma chérie ? La jeune fille baissa la voix.  — Il veut me payer des diamants. En avez-vous des beaux... et des pas trop chers ?  — Mais toujours, mon enfant... Dites donc, reprit la femme en baissant la voix, il traite bien ses bonnes, M. Tournigois. — Taisez-vous donc, fit Rosalie en se mettant à rire.  — Après tout, il est garçon... et vous êtes libre ; il finira peut-être bien par vous épouser. Le visage de la fille se rembrunit. — Ah ! ça ! non, dit-elle... Il n’y aura pas moyen . On vient de voir passer des personnages divers, san s relations entre eux, sortes d’éléments faits pour concourir à une même action, si un événement peut-être entièrement étranger à leurs intérêts pouvait, en s e produisant, déterminer une série
d’autres événements qui devaient les rapprocher, le s heurter, enchevêtrer leurs passions. Or, ce même jour, cet événement, qui va former le p rologue de notre drame, s’accomplissait, et la destinée nouait le premier f il auquel devaient se rattacher tant d’illusions, tant de douleurs et tant de crimes.
* * *
CHAPITRE II
La Chaise de Poste
Cette même après-midi d’automne de l’an 186..., une chaise de poste stationnait devant l’hôtel de France, à Nantes. Le temps était beau et doux ; quelques consommateur s, attablés devant le café, causaient. Ils devisaient sur la qualité des chevaux qui piaff aient et secouaient leurs traits, pendant que le postillon, debout auprès d’eux, les apaisait de la voix et du geste. Au reste, c’étaient là des propos indifférents, et aucun d’eux ne s’inquiétait du nom des voyageurs et de la destination de la chaise de poste. A travers les vitres du café, un jeune homme, assis seul à une table, regardait aussi la voiture de voyage. Son visage exprimait un intér êt poignant. Ses yeux brillaient ; il se mordait les lèvres et ses mains froissaient avec impatience le journal qu’il avait demandé pour se donner une contenance. Ce jeune homme était mis avec élégance ; il y avait dans ses moindres mouvements une distinction qui dénotait l’habitude du monde. Son teint, presque olivâtre, annonçait une origine étrangère. Il était remarquablement beau. Ses traits offraient une rare pureté de lignes ; ses grands ye ux noirs lançaient des éclairs. Il paraissait avoir vingt-cinq ans. Un combat intérieur se livrait sans doute dans son esprit. A deux reprises, il se retourna comme pour appeler ; enfin, il prit son pa rti et frappa légèrement la table de son verre. Un garçon de café accourut. — Allez demander, je vous prie, dit le jeune homme , à qui cette chaise de poste est destinée. Le garçon sortit aussitôt. Le curieux le vit s’arrêter auprès du postillon. Il suivit aisément la pantomime de la courte conversation engagée entre les deux hommes. Le garçon fit sa question, mais, probablement, le postillon ne connaissait pas le no m des personnes qu’il allait conduire, car il remua négativement la tête en haus sant légèrement les épaules. Le garçon entra aussitôt dans l’hôtel. Le jeune homme attendait avec des marques d’une viv e impatience ; il regardait toujours dehors. Enfin, il s’entendit appeler : — Monsieur, Monsieur ! dit à deux reprises une voi x derrière lui. Il se retourna. C’était le garçon de café qui était rentré par une autre porte.  — Monsieur, dit cet homme, cette voiture est desti née à M. et Mme Estalié, qui se rendent à Saint-Nazaire.