Le son du silence

Le son du silence

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Description

Quelques jours aux côtés d’un homme très tourmenté. Ses habitudes au bar du village jusque tard dans la nuit, l’arrêt à la boulangerie le matin pour voir la fille du boulanger, l’absence omniprésente des disparus.
Sa mère à elle, sa famille à lui.

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Date de parution 22 novembre 2017
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EAN13 9791026214151
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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Alexandre Carpillo
Le son du silence
© Alexandre Carpillo, 2017
ISBN numérique : 979-10-262-1415-1
Courriel : contact@librinova.com Internet :www.librinova.com
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Prologue
L’homme se tenait debout au bord de la falaise, rep ensant à tout ce qu’il s’était passé ces derniers jours. Il ne lui fallut pas long temps avant de laisser son désarroi l’envahir. Il chancela et regarda le ciel, respiran t fortement du fait de la panique qui l’envahissait.
Il pleurait de dégoût tout en contemplant le vide a vec effroi. Cela ne devait en aucun cas se passer autrement, il pouvait mettre fi n à ce calvaire d’une seconde à l’autre. Toujours la tête baissée, il hésitait, éta it-ce réellement la seule solution ? À vrai dire, il l’ignorait.
Chapitre 1 : Un nouveau départ
Lefisait presque pas àbar était si sombre que la bougie à sa table ne suf distinguer son visage. Tom était assis, seul, à l’u ne des nombreuses tables éparpillées depuis maintenant deux longues heures. Une atmosphè re cauchemaresque régnait dans cette salle lugubre et quasiment silencieuse, ce qui accentuait les regards douteux.
Cinq personnes étaient encore présentes malgré l’he ure tardive, cet établissement étant en effet l’un des seuls de la région à rester ouvert une grande partie de la nuit. Trois hommes totalement muets buvaient côte à côte, se contentant de le fixer de manière étrange. Il n’y prêtait toutefois guère att ention, continuant de vider tranquillement son pichet de bière, prenant soin de rebaisser la tête d’un air songeur après chaque déglutition. Le visage de Tom était encadré d’une longue barbe n oire très fournie, de sorte que seuls ses yeux étaient visibles distinctement, sa chevelure, elle aussi très longue, cachant une grande partie de son front. Le bleu vif de ses iris conférait un brin de douceur et de profondeur à son regard, à l’opposé d u reste de son corps robuste, noueux et très masculin. Le barman situé derrière le comptoir essuyait les v erres qu’il venait de laver à l’aide d’un torchon blanc. Par mégarde, il en laiss a choir un qui se brisa en mille morceaux. Le bruit résonna très fort, ce qui attira l’attention de toutes les personnes présentes dans le bar, à l’exception de celle de To m qui ne semblait pas le moins du monde troublé par ce qui avait gâché un silence de plomb.
Il finit sa bière d’un trait alors que tout le mond e était encore absorbé par l’incident et se leva en repoussant sa chaise en arrière avec ses jambes. La taille de l’homme était impressionnante, presque intimidante, si bien que sa barbe parût bien plus petite maintenant que l’on avait une vue d’ensemble de son corps. Le visage, qui se laissait à présent plus facilement distinguer, renvoyait l’ima ge d’un homme fatigué, que la vie n’avait pas toujours gâté. Il resta immobile quelques instants devant sa table avant de se diriger vers le comptoir où le barman, qui était aussi le gérant, é tait accroupi, ramassant les derniers bouts de verre qui jonchaient encore le sol. Concen tré sur sa tâche, ce dernier n’avait pas vu Tom patienter devant lui.
Dans un premier temps, il décida d’attendre que le barman finisse de nettoyer afin de ne pas le déranger. Le barbu arborait un air fie r et assuré, regardant droit devant lui, les mains liées. Cependant, après quelques minutes, il tapa d’un air impatient et sec sur le comptoir, ce qui fit de nouveau retourner le s buveurs silencieux, puisque les nombreux verres séchés et soigneusement disposés no n loin de lui avaient tremblé. Le gérant se leva alors, même s’il n’avait pas tout à fait fini ce qu’il était en train de faire. À présent face à face, les deux hommes restè rent impassibles, mais après quelques secondes et à la surprise des gens qui les entouraient, tous deux se mirent à sourire.
— Tu me dois comme d’habitude, annonça le barman.
Tom ouvrit sa grande veste et prit dans sa poche in térieure gauche son portefeuille. Il en sortit un billet qu’il avait pr is le soin de plier en quatre et le lui tendit. Le gérant l’attrapa comme tel, sans le déplier, et le plaça nonchalamment dans sa caisse.
Le barbu le regarda faire et une fois la caisse ref ermée, ils finirent par se serrer la main. Tom se dirigea vers la sortie, mais alors qu’ il s’apprêtait à l’ouvrir, la main sur la poignée, le barman le stoppa dans son élan en lui l ançant : — À demain ! Il ne répondit pas, se contentant de hocher la tête sans se retourner. Tom ouvrit finalement la porte. Un courant d’air frais sifflan t aux extrémités de ses oreilles, pourtant recouvertes par sa chevelure, s’engouffra dans le b ar, ce qui ne l’empêcha pas de la laisser grande ouverte et de prendre tout son temps pour sortir.
Une fois dehors, l’homme inspira une immense bouffé e d’air tout en observant le ciel. Les étoiles scintillaient et se reflétaient s ur la neige tombée un peu plus tôt dans la nuit et ayant recouvert la totalité de la rue qui s emblait ainsi s’étendre jusqu’à l’infini, la rendant bien plus belle que d’habitude. Il bifurqua vers la droite, marchant doucement et e ssayant de ne pas glisser avec ses quelques verres de trop, ce qui ne lui facilita it pas la tâche. Tom avançait encore et encore, dans le silence envoûtant d’une nuit d’hive r ordinaire. C’était à se demander s’il avait une destination précise ou s’il ne faisait qu e se promener, profitant du paysage féérique. Lorsque le barbu regarda sa montre, elle indiquait six heures cinq du matin. Il avait marché pas moins de vingt-cinq minutes dans l a poudreuse qui lui glaçait les pieds, ceux-ci n’étant pas protégés par des chaussu res adéquates. C’est en arrivant devant la boulangerie éclairée qu’il aperçut le pre mier signe de vie du village depuis qu’il avait quitté le bar. Il s’arrêta devant afin de contempler l’intérieur depuis l’immense baie vitrée qui offrait une vue totale du magasin. Diverses viennoiseries étaient soigneusement disposées dans les vitrines, leurs co uleurs dorées mises en valeur par la lumière tamisée de la boulangerie, ce qui attisa it l’appétit de l’homme.
Il sortit une nouvelle fois son portefeuille et l’i nspecta de façon très minutieuse, cherchant une pièce qui aurait pu lui permettre d’a ssouvir sa faim grandissante. C’est en cherchant bien qu’il finit par en trouver une. Il la tint entre ses deux doigts, la regardant admirativement comme si sa vie , à cet instant, dépendait de ce simple bout de métal. Tom entra finalement dans la boulangerie. Malgré la délicatesse extrême avec laquelle il avait poussé la porte d’entrée, la sonn ette qui se trouvait au-dessus de lui et qui avait retenti rendit son effort de discrétion totalement inutile. L’homme s’approcha donc du comptoir, sachant pertin emment que quelqu’un avait dû l’entendre. Il jeta un léger coup d’œil au x pains en face de lui, sortant visiblement du four et prêts à la vente. La délicie use odeur qui en émanait torturait son
estomac qui criait désormais famine. La porte située derrière le comptoir et qui donnait très certainement accès aux fourneaux s’ouvrit. Quelqu’un était donc prêt à le servir malgré l’heure si matinale. Une jeune fille apparut et s’avança jusqu’à lui. Elle é tait magnifique, son visage, d’un teint de peau très clair, étant encadré de cheveux bouclé s, blond platine. Célia, la fille du boulanger, aidait son père à tenir la boutique depu is la mort de sa mère dans un tragique accident alors qu’elle n’était encore qu’u ne enfant. Ses yeux, d’un marron très clair, transperçaient le regard de Tom qui ne put s’empêcher de détourner les siens comme s’il était gêné, pris d’un excès de timidité.
La réaction de l’homme l’avait grandement surprise, cette dernière étant bien plus en mesure d’être intimidée que lui à ce moment. Il finit par relever la tête en direction de la jeune fille qui n’avait pas cessé de le fixer d’ un air interrogatif. L’homme n’ouvrit pas la bouche pour autant, pointant distinctement une v iennoiserie du doigt qui se situait au niveau de la vitrine. Célia esquissa un léger souri re qui illumina son magnifique visage et partit prendre le gâteau que Tom lui avait désig né. Une fois de retour en face de lui, elle l’emballa d élicatement dans un papier rose pâle. Ils se fixaient sans parvenir à se quitter du regard. Beaucoup de personnes, en voyant cette scène, auraient pu croire à un coup de foudre, ce qui paraissait ridicule puisqu’il venait tout juste de fêter ses cinquante ans et qu’elle ne dépassait pas la vingtaine. Il ne se faisait aucune illusion, sachan t pertinemment qu’elle ne pouvait être en aucun cas attirée par lui. Il ne l’était pas par elle non plus quoi qu’il en soit. De toute façon, qui le serait par un homme alcoolique se lai ssant dépérir depuis qu’il avait perdu sa femme et ses enfants ?