Les arcs-en-ciel de l'ombre

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Dominique Lenoire, venant de Saint-Étienne et Sofiane Issaoui, briviste, sont étudiants à Paris. Avec leur professeur Samuel Kilkeni, d’origine Lyonnaise, ils sont rapidement confrontés à des tragédies troublantes. Le monde bascule, la terre tremble, la politique s’affole, des hommes s’organisent, d’autres subissent. Le Colonel Simon Chandeleur, franco-américain, enquête sur ce bouleversement de l’humanité.


Des États-Unis à la France en passant par les Îles Canaries, le premier tome des Arcs-en-ciel de l’ombre est un thriller planétaire haletant. Ce roman à clefs donne un grand coup de pied aux idées reçues et à la bêtise humaine. Sans tabou, politiquement incorrect. Âmes sensibles s’abstenir...


***


Fée-Mémé est fière de ses racines et de la France. Elle nous contait, quand nous étions enfants, des histoires et des légendes tressant les deux cultures avec ses chouchous colorés : Aladin, le Roi Arthur, les princesses persanes, les écrivaines Françaises Olympe de Gouges, George Sand, Coletteet sa liberté de vivre sa vie de femme avec les droits des hommes.


Fée-Mémé aime la France. La diversité de son architecture, de ses paysages et sa cuisine. La liberté tricolore. Notre grand-mère nous transmet avec passion les traditions française, algérienne et orientale.Le mélange est une richesse qu’il nous faut préserver, mon petit Sofiane et ma petite Esméralda !nous répète-t-elle encore comme une vis sans fin.


Son parfum ! Un mélange de jasmin et de miel m’enivre à chacun de ses câlins. Pour elle, ses petits enfants ont et auront toujours cinq ans. Ses bisous sucrés sont intemporels.


Du haut de son mètre cinquante-cinq, Fée-Mémé est un roc de velours.

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EAN13 9791034804825
Langue Français

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Christine SOUCHON Les Arcs-en ciel de l’ombre Couverture : Néro Publié dans la Collection Clair-Obscur, Dirigée par Jennifer Pereira.
© Evidence Editions 2017
L’écrivain est la voix rebelle du monde. François Busnel
Première partie : L’incandescente ascension
Professeur Śamuel Kilkeni En silence, d’un pas lent, nous remontons l’allée d e cyprès majestueux. Les feuilles, en forme d’écailles, se courbent au passage du corb illard. Leur couleur verte s’assombrit et leur essence s’évanouit en hommage à notre deuil. Le ciel bas enveloppe notre douleur. Aujourd’hui, vendredi 29 mai 2026, dans un village proche de Lyon, mon frère jumeau, notre entourage et moi accompagnons maman p our son ultime voyage. Notre mère… Cette femme exceptionnelle, généreuse e t aimante, qui a vécu deux grands drames dans sa vie, a décidé de rendre les a rmes. Il y a vingt-cinq ans, elle avait surmonté la mort prématurée de notre père. La perte de son amie d’enfance, de son deuxième pilier, a été le coup de grâce. Le 15 mai dernier, Monica Lincton, la présidente des États-Unis, a été assassinée. Mes jambes raides me portent difficilement. La frag ilité de mon frère jumeau est palpable. Le prêtre à ma droite me sourit avec comp assion. Sans ces deux hommes, je m’écroule. Maman détestait la couleur noire. Un costume bleu c iel habille mon frère, un bleu marine pour moi. Une aube blanche, surmontée d’une étole violette, couvre la charpente élancée du prêtre. Avec, au poignet gauch e, son bracelet multicolore, le père scintille comme une écharpe d’Iris. Arrivés devant le tombeau familial, nous formons un arc de cercle autour du corbillard et de la tombe de papa. Le véhicule s’él oigne. Le cercueil de maman posé sur les graviers blancs, le prêtre écarte les mains et d’un signe de croix bénit papa et maman. Le trou béant, la future maison de maman, me glace. Crispé des pieds jusqu’au crâne, je suis incapable de faire le moind re mouvement. Mes yeux n’osent délivrer le chagrin. La main de mon frère dans la m ienne dissout, un peu, ma peur, ma tristesse, notre peur, notre tristesse. Les nuages gris clair libèrent un crachin tiède sur le cimetière. Les dames sortent leur parapluie, les hommes relèvent le col de leur veste. Le père ouvre les bras, nous sourit et s’adresse à l’assemblée d’une voix grave et posée : — Mes enfants, nous pleurons aujourd’hui la mort d’ Amélie, une âme pure. Sa foi dans les hommes et en Dieu était sans faille. Mes e nfants, restons sereins face à sa mort. Dieu nous envoie cette épreuve, mais il garan tit à Amélie une place éternelle à ses côtés. Toi, Amélie, maintenant esprit céleste, veilles sur nous et sur tes deux fils ! Ses paroles me réconfortent. Son allure de grand sa ge – cheveux et barbe poivre et sel, soignésmme d’Église. Le père; regard profond et direct – souligne son aura d’ho fait un signe aux quatre hommes en noir. Avec des g estes lents et précis, ils descendent le cercueil de maman dans le tombeau. La main de mon frère sur mon
épaule anesthésie la violence de la scène. Les nuages gris clair ne pleurent plus, ils s’en vo nt. Le père, avec une légère vibration dans la voix, propose : — Mes enfants, prions ensemble. Parapluies refermés, têtes baissées, nous nous recu eillons. Les sommets des cyprès semblent s’incliner légèrement. La prière te rminée, nous observons le silence. Les feuilles en écailles, vert clair, se mêlent aux graviers blancs. Leur essence m’embaume et détend chacun de mes muscles fatigués. Un rayon de soleil danse sur le tombeau. Un signe du Divin ? J’accepte enfin ton départ, maman. Le père, toujours en retenue, lève les bras. Son bracelet multicolore traverse le rayon de lumière. Le sommet des cyprès se redresse. Les t ourterelles et les coucous chantent en symbiose. Les abeilles butinent les fle urs de l’enterrement. Un arc-en-ciel protège le cimetière. Même dans les instants de pei ne, la nature dévoile sa beauté. Je souris à mon jumeau.
Sofiane Issaoui Sans bruit, je me lève avant papa et Esméralda et v ais préparer le petit-déjeuner. Je savoure mes dernières heures de vacances à la campa gne dans la maison familiale. Papa n’a jamais voulu quitter ce lieu idyllique. Br ive-la-Gaillarde, ville aux portes du soleil, est un écrin de douceur. Pour leur mariage, papa avait offert à maman cette vaste demeure en pierre dorée, typique du Limousin avec son toit en ardoises de Tr avassac, ses parquets vernis qui craquent sous nos pas et ses cheminées en marbre bl anc, délicieuses l’hiver avec un bon bouquin. Ses larges fenêtres à petits carreaux illuminent les vastes pièces du rez-de-chaussée et du premier étage. Tout petit encore, après avoir englouti une glace a u chocolat, je prenais un malin plaisir à laisser mes empreintes sur les vitres. J’ entends encore la voix claire de maman faussement en colère : — Sofiane ! Maman va se fâcher ! Ses yeux ébène et ses gestes – réserve infinie de t endresse et d’amour – me manquent tellement… Papa nous a éduqués dans le respect de nos différen ces. Sa volonté de construire un monde de tolérance coule dans nos veines. Malgré son immense chagrin – la perte de son Inès, l’amour de sa vie –, il s’est toujours montré très digne. Maman est morte en donn ant naissance à Esméralda, ma petite sœur. Elle souffrait d’une malformation card iaque. Son dernier sourire a été pour sa princesse posée sur sa poitrine. Les médecins au raient pu la sauver, mais les terribles séquelles l’auraient transformée en légum e. Elle s’était battue toute sa vie pour sa liberté et celle des autres femmes musulmanes. L ’amour que papa lui portait lui a fait prendre une décision terrible, mais juste pour maman, la laisser partir en paix. Chaque jour, son absence n’est que souffrance, mais chaque jour, papa nous aime pour deux, Esméralda et moi. Il surmonte les obstac les quotidiens la tête haute grâce à sa famille et à sa belle-mère, Fée-Mémé. Après la m ort de maman, Fée-Mémé est descendue de Paris pour vivre chez nous. Il y a cinquante ans, quand sa fille, Inès, est ven ue au monde, le fiancé de Fée-Mémé a fui ses responsabilités. Elle ne l’a jamais remplacé. Entre l’éducation de sa fille, notre mère, et la gestion de sa boutique en plein cœur de Paris, elle n’avait pas pris le temps de retrouver un homme et selon elle « même pour l’hygiène ! » Ses délicieuses pâtisseries orientales la rendaient si célèbre que même les anorexiques ne tardaient pas à se convertir. Fée-Mémé est fière de ses racines et de la France. Elle nous contait, quand nous étions enfants, des histoires et des légendes tress ant les deux cultures avec ses
chouchous colorés : Aladin, le Roi Arthur, les prin cesses persanes, les écrivaines françaises – Olympe de Gouges, George Sand, Colette – et sa liberté de vivre sa vie de femme avec les droits des hommes. Fée-Mémé aime la France. La diversité de son archit ecture, de ses paysages et sa cuisine. La liberté tricolore. Notre grand-mère nou s transmet avec passion les traditions française, algérienne et orientale. « Le mélange es t une richesse qu’il nous faut préserver, mon petit Sofiane et ma petite Esméralda ! » nous répète-t-elle comme une vis sans fin. Son parfum ! Un mélange de jasmin et de miel m’eniv re à chacun de ses câlins. Pour elle, ses petits-enfants ont et auront toujours cin q ans. Ses bisous sucrés sont intemporels. Du haut de son mètre cinquante-cinq, Fée-Mémé est u n roc de velours. Papa, secondé par Fée-Mémé, nous inculque une éduca tion riche et spirituelle avec des droits et surtout des devoirs. Il est né ici et a grandi dans les prairies, les rivières et les forêts limousines. Doué pour le monde de la fin ance et des affaires, il est sorti major de la prestigieuse École de Sciences politiques de Paris où il a connu maman. Après leurs études, ils ont créé ensemble leur société; une banque privée pour les grandes fortunes du Limousin « Patrimoine, Pierre et Placem ents » communément appelée les « Trois P ». Ils ont dû affronter le racisme, les p réjugés, les menaces – la connerie humaine ! Dix ans après sa création, l’entreprise f amiliale comptait une trentaine de salariés. Reconnue sur le territoire français, sa r éputation commençait à s’étendre aux pays du Maghreb. Après la mort de maman, papa a continué à se lever aux aurores et à se battre pour asseoir sa notoriété internationale. Pour ses cinquante ans, fatigué de gérer de l’humai n – plus de quatre-vingt-dix personnes – il a revendu son entreprise à une banqu e d’affaires internationales « L’écureuil vert ». Aujourd’hui, il garde la gesti on de sa clientèle sur le Limousin, « la plus belle de France » selon lui. Il est considéré comme le roi de la finance. Avec sa phrase fétiche « Hakuna Matata » ses plus fidèles c lients le surnomment Simba ! Papa souhaite nous voir réaliser nos rêves. Le mien est de créer une entreprise d’import-export dans le textile. Mon grand-père paternel a travaillé plus de quarante ans dans les tissus et le cuir à Alger. Pour les grande s vacances, il revenait en Corrèze et rapportait les plus belles pièces pour sa femme. De s tissus brodés de fils bordeaux, orange et dorés, incrustés de perles du Liban. Enco re aujourd’hui, les canapés et autres meubles de leur appartement sont dignes des palais des mille et une nuits. Ses mains sentiront éternellement le cuir et le thé à l a menthe; son péché mignon. Avec une patience de maître, il m’a transmis sa passion des beaux tissus et du savoir-faire oriental. Avant d’intégrer une école internationale de commer ce, j’étudie, à Paris, l’histoire des sociétés et le monde politique. Mon père me sou tient dans ce choix. Pour lui, « une ouverture d’esprit est primordiale pour réussir et rester humble dans les affaires ». Mes deux ans d’avance m’offrent ce privilège. Mon maste r en sciences géopolitiques validé, demain, je rentre en première année de thèse à la f aculté de compréhension politique
de Paris. Le sujet de mes travaux pose une probléma tique épineuse : « La place des pays du Moyen-Orient dans la cohérence géopolitique internationale ». C’est du chinois pour ceux qui ne parlent pas l’arabe ! Le célèbre p rofesseur Samuel Kilkeni me fait l’honneur d’être mon directeur de thèse. Il a pour projet de m’intégrer à son unité de recherche dans le nucléaire. Ma sœur, Esméralda, est également douée pour les ét udes. En terminale scientifique, elle prépare le concours de Sciences politiques pour devenir journaliste. Petite déjà, elle suppliait Fée-Mémé de lui lirele PetitQuotidien. Entre deux bouchées de cornes de gazelle, Esméralda lui posait des ques tions parfois farfelues : « C’est qui, le chef du monde ? Gandhi ? » ou « Pourquoi c’est p as bien, le chômage ? Moi, j’aime bien ! Surtout le gruyère ! » Depuis le lycée, chaque week-end, des débats sur l’ actualité s’animent autour d’un tajine et d’un thé vert au jasmin, sans oublier les pâtisseries orientales de Fée-Mémé. « Un délice pour les papilles, un carnage sur la ba lance » répète inlassablement ma petite sœur sans être découragée ! Esméralda voudrait changer l’image et la place des femmes dans notre société. Beau challenge, belle utopie ! Bientôt 10 heures, papa prend sa douche en attendan t le lever d’Esméralda. Elle sort toujours la dernière du lit pour préserver sa peau de pêche ! Les femmes et leurs paradoxes. Il est 11 heures passées, papa s’impatiente gentime nt, son ventre gronde. Il me sollicite pour aller réveiller Esméralda. Par pudeu r, il ne rentre plus dans sa chambre depuis ses treize ans. Je frappe une fois. Je frapp e deux fois. Je lance un timide : — Ma belle princesse, je pense que ta peau s’est bi en reposée, tu as fait le tour de l’horloge ! La faim nous dévore ! J’ai préparé ton petit-déjeuner préféré ! Pas de réponse, je continue : — Je vais manger ton pain aux raisins et boire ton thé blanc de Chine ! Aucune réaction. Quand elle était petite, Esméralda adorait mon entr ée en trombe dans sa chambre. Mes papouilles menaçaient de la manger. Elle est ma jeure depuis deux jours, elle est trop grande pour ces jeux-là !… Elle est peut-être nostalgique. Après tout, elle reste ma petite sœur. Allons pour un jeu d’enfant ! — Tiens-toi prête ! À trois, je rentre. Un… deux… trois. J’ouvre la porte. Je saute sur son lit, je vais pou r l’agripper et lui chatouiller le ventre, mais je tombe sur des peluches, des peluches et des peluches. — Ma princesse, où te caches-tu ? Je vais t’attrape r ! Sous le lit… personne. Dans le placard… non plus ! — Esméralda, sors de ta cachette, franchement on n’ a plus l’âge ! Aucun son, aucun murmure, sauf le chant des oiseaux . Le chant des… ? La fenêtre est ouverte ! Je me précipite. Rien, toujours rien dans la cour. La voiture de papa n’est plus là. Un mauvais pressentiment m’envahit. Je hurle : — Esméralda !!! Papa, affolé par mon cri, entre dans la chambre.
— Sofiane ! Qu’est-ce qui te prend de… Je l’interromps : — Esméralda est partie avec ta voiture, Papa ! — Elle est peut-être allée acheter des viennoiserie s pour le petit-déjeuner, ou des fleurs ou… — Elle n’a jamais fait ça, Papa. Jamais elle n’est partie sans nous le dire, jamais ! En m’approchant de lui, je passe devant le bureau d e ma sœur et, là, mon cœur s’arrête. Une lettre manuscrite est posée à côté de son portable. Tremblant, je la déplie et lis à voix haute : — Papa, Sofiane. Ne me cherchez pas. Vous ne me ret rouverez jamais. Vous n’êtes plus de ma famille. Vous êtes des avatars de l’enne mi. Je vomis vos idéologies du mal. J’ai rejoint mes vrais pères, mes vrais frères. Ma tête gronde, je vacille. Je me rattrape comme je le peux. Les phrases et les mots d’Esméralda résonnent dans mon crâne. Un bruit sour d. Je me retourne vers papa. Il n’a pas tenu le choc et s’est effondré sur le lit. Le sol se dérobe, je le rejoins.