Les derniers jours de l
290 pages
Français

Les derniers jours de l'amour

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Description

Valparaíso, Chili. Le conseiller diplomatique français disparaît. Trois proches ont leur idée sur ce qui a pu se passer : le consul, sa femme, et leur ami médecin. Chacun se l'explique à sa manière, à la lumière des tourments de sa propre histoire. Mais c'est peut-être le pays qui détient la clé du mystère : ses habitants taciturnes, sa mémoire trouble, le spectre de la dictature, ou encore le chauffeur qui a accompagné le conseiller dans ses moindres déplacements pendant plus de deux ans. À moins que ce ne soit la hantise d'un visage… L'énigme nous conduit au bout de la terre, de Santiago au Val Paradis, de l'Île de Pâques à la Vallée de la mort, jusqu'à la source de la tragédie.

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Publié par
Date de parution 18 juin 2019
Nombre de lectures 1
EAN13 9782140124341
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

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Valparaíso, Chili. Le conseiller diplomaïque français disparaît. Trois proches ont leur idée sur ce qui a pu se passer : le consul, sa femme, et leur ami médecin. Chacun se l’explique à sa manière, à la lumière des tourments de sa propre histoire. Mais c’est peut-être le pays qui déïent la clé du mystère : ses habitants taciturnes, sa mémoire trouble, le spectre de la dictature, ou encore le chauFeur qui a accompagné le conseiller dans ses moindres déplacements pendant plus de deux ans. À moins que ce ne soit la hanïse d’un visage… L’énigme nous conduit au bout de la terre, de Sanïago au Val Paradis, de l’Île de Pâques à la Vallée de la mort, jusqu’à la source de la tragédie.
CInéaste, conseIller technIque et dIplomaîque, aleri
d’essaIs, de ilms documentaIres (Objets trouvés Paris à l’œil Les derniers jours de l’amour
ISBN : 978-2-343-17698-7 24,50
Philippe VALERI JeanPierre Pisetta
Les derniers jours de l’amour Roman
Les derniers jours de l’amour
Écritures Collection fondée par Maguy Albet et dirigée par Carole Martinez De Ridder (Guido),De ses livres à ses lèvres, 2019. Winling (François),La victoire de Samothrace, 2019. Eurin (Philippe),La maison aux géraniums, 2019. Chagnaud (Dominique),Jamais je ne t’oublierai. Chroniques de Sidi Lakkba, 2019. Raffaëlli (Alain),Les alcooliques associés, 2019. Potier (Sophie),Courts métrages de la Mouette, 2019. Lissorgues (Yvan),Maurice, collabo !, 2019. Adam-Jeyes (Franc),Rue des Trois limites, 2019. Fève (Martine),Le chemisier blanc, 2019. Cladart (Thierry),Sauver ce qu’il reste de l’humanité, 2019. Bracco (Pierre-Paul),Une liaison à suivre, 2019. Galluzzo (Rosine),La lumière froide des lucioles, 2019. Inzani (Isabelle),Démontée !, 2019. Pialot (Robert),Dragons rouges, diables noirs, 2019. Delval (Brigitte),Reviens quand tu pars, 2019. * ** Ces quinze derniers titres de la collection sont classés par ordre chronologique en commençant par le plus récent. La liste complète des parutions, avec une courte présentation du contenu des ouvrages, peut être consultée sur le site www.editions-harmattan.fr
Philippe VALERILes derniers jours de l’amour
Roman
Du même auteur Aux Éditions Anne Carrière Père en solo Le livre des attentions Aux Éditions Noir Belize La mécanique des aveux Aux Éditions LaGesteNoir Casino Carnage © L’Harmattan, 2019 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.editions-harmattan.fr ISBN : 978-2-343-17698-7 EAN : 9782343176987
A Erman Carini et Tango Eldorado
« Un rêve, c’est juste un cauchemar avec du rouge à lèvres ». Toni Morisson,Love
Valparaiso, 13 février 2011 Une limousine grise immatriculée enCDlentement la traverse ville basse et se dirige vers le port. A l’arrière, le passager semble d’humeur taciturne : il ne bouge pas, ne téléphone pas, n’écoute pas la radio, ne parle pas au chauffeur, ne rit pas, ne chantonne pas. A en juger par son visage renfrogné, ses traits creusés et son air figé (éteint,dit-on ici), il passerait presque pour un officiel local. La voiture prend l’artère qui mène au bord de mer et s’arrête devant la promenade. – Merci, Luis, dit-il au chauffeur. Je ne vous amène pas à l’hôtel ? Je vais marcher un peu. – J’apporte votre bagage à l’hôtel ? – Oui, merci. 1 Uté manda! Le passager descend et se coiffe de son panama. La voiture s’éloigne. Il demeure un instant immobile et songeur devant la baie massacrée. Une file de tankers écrase les eaux profondes du port ; des flèches de grue déchargent des conteneurs métalliques géants dans un fracas épouvantable. Au pied de la promenade, des vagues tourmentées se fracassent contre les brise-lames cruciformes en béton et projettent des embruns iodés qui piquent la peau du visage tels des éclats de verre. Des pélicans bruns au col gonflé et sale maraudent sur la grève jonchée de détritus en lançant des cris aigus de mauvais augure. Le conseiller Geoffroy Courseuils se trouve donc dans la baie ème ème de Valparaiso, à l’intersection du 33 parallèle sud et du 71 méridien ouest, sur la bordure est du Pacifique. Comme tant d’autres avant lui, il a cédé à ses sirènes.Valparaiso de mi amor,selon la chanson. Dès sa découverte par un lieutenant de Pizarro, malgré ses abords escarpés propices aux naufrages, la baie attire colons, 1 Phonétique locale deUsted mandac’est vous qui commandez.
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pirates, corsaires et navigateurs. Les marins réchappés desgrains blancsdu détroit de Magellan et des vagues scélérates du cap Horn y trouvent leur mât de cocagne, tout comme les voyageurs au long court le goût de l’aventure. Mais leparadis val fait pas long feu. ne En 1830, s’y fomente une rébellion militaire où un ministre de la jeune république, chantre de l’ordre, est assassiné. Le 16 août 1906, un séisme de magnitude 7,9 cause trois mille morts. Dans le chaos qui s’ensuit, des pillards s’en donnent à cœur joie, jusqu’à ce que le général gouverneur de la place en fusille quinze. En 1914, la percée du canal de Panama précipite la déchéance du port. Le 11 septembre 1973, l’infanterie de marine aux ordres des généraux putschistes débarque dans la baie sous couvert de manœuvres. Les rebelles réfugiés sur les collines sont écrasés. Le couvre-feu est décrété ; il durera treize ans. La dictature militaire s’impose… Et en février 2010, les plaques tectoniques se soulèvent de nouveau : une secousse de magnitude 8.8 ébranle le pays et met sa côte Pacifique sens dessus dessous… Il est 11 h 30, ce dimanche 13 février 2011. Courseuils marche sur la promenade, le long du boulevard express et de la voie ferrée du tramway. Malgré son pas d’ambassadeur, son allure est hésitante, sa silhouette furtive. N’étaient sa taille, son costume clair et son panama, il se fondrait dans le décor local. Ses deux années et demie dans le pays, il les porte sur lui. – Buenos días, monsieur le conseiller ! Approche de lui une tignasse grasse, une veste froissée et un pantalon en tire-bouchon tombant sur de lourdes chaussures. Vous êtes en promenade chez nous ? demande l’intrus. Pas exactement ! répond sèchement Courseuils. Vous n’étiez pas revenu depuis le tremblement de terre ? Non… La ville n’a pas trop souffert. Rien à voir avec 1906, enfin, d’après ce que l’on sait ! Dieu soit loué, il n’y a pas de séquelles ! Pas de séquelles ? C’est surtout l’ambiance qui a changé, le moral ; on est tous un peu sonnés. C’est le moins qu’on puisse dire !
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Quel dommage : si j’avais su que vous veniez, je vous aurais invité à déjeuner avec les collègues de la faculté. Courseuils ne supporte pas la flagornerie, il l’a trop côtoyée : il lève les yeux au ciel et en appelle aux quatre vents du large pour chasser son haleine. Merci, mais je suis attendu, abrège-t-il. Ah oui, le cocktail sur votre navire ambassadeur... En effet. Bonne journée !  Bonne… Sans autres formalités, il tourne les talons et fuit ce type qui s’est immiscé dans ses pensées comme un représentant de commerce avec le pied dans l’entrebâillement de la porte. Sans doute espérait-il une invitation au cocktail se dit Courseuils, ou une bourse d’études pour son fils, ou une réduction sur les cours de français… Le professeur regarde Courseuils s’éloigner. Plus tard, il devait témoigner qu’il lui avait semblé déboussolé, stressé, anxieux : « Chapeau baissé, pâle, il était nerveux et éteint à la fois, comme égaré ; lui qui connaissait si bien la ville ! Je ne suis pas certain qu’il m’ait reconnu. C’est dire ! ». Le conseiller emprunte maintenant la rue Pratt qui traverse la ville basse. Les hauts immeubles de style haussmannien forment des ombres rafraîchissantes mais leurs façades accusent le coup, fissurées, chéneaux brisés, linteaux fendus, refends éventrés. Les bâches verdâtres fixées à la hâte pour cacher la misère pendent lamentablement. Il parvient au funiculaire au pied de la collineConcepción. « Quatre cents pesos le ticket », marmonne le caissier. Il pousse le tourniquet et grimpe dans la cabine déglinguée au châssis tordu, aux boiseries fatiguées et cuivres patinés. Vitres tremblantes, la carcasse grince et craque pour le brinquebaler. Arrivé en haut, le funiculaire stoppe d’un coup sec qui le fait vaciller. Il débouche dans le belvédère sur les contreforts de la colline, parcourt une centaine de mètres, et atteint enfin leGran Hotel Gervasoni.
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