Mémoire de Melle

Mémoire de Melle

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Livres
336 pages

Description

Mémoires de Melle, Un jeune homme au cœur d'âne. Enfant, il fut voleur ; adolescent, il aime comme on respire, s'efforçant d'entrer par effraction dans le sentiment des femmes, dans la chambrée obscure de leur sexe. Devant elles, il perd souvent le nord. Justement le voilà à Niort au terme de ce livre, enfin à côté, à Melle, plaisante bourgade des Deux-Sèvres. Mais Melle, prononcé à l'arabe, "Melh", signifie sel. Notre héros qui arrive du Maroc comme on tombe de la lune n'est pas dépaysé. Mémoires de Melle, mémoire du sel, de cette blancheur qui active, réjouit le sang, toute une somme d'événements cuisants, le sel d'aventures passées, égrené, compulsé à Melle. Samuel Canoby en brûle, se rappelle : il revit, de quatorze à dix-neuf ans, ses cinq années d'âne à Casablanca, dans les années cinquante. Le Maroc retrouvait son indépendance, un jeune homme s'efforçait de gagner la sienne. Les Mille et Une Nuits de ses désirs, de ses frayeurs, de son émoi grandissant devant l'Atlantique, ce grand intempérant qui donne l'accolade aux plages. Samuel se revoit dans le hasard des rues, des places, des carrefours. Que cherche-t-il dans les cages d'escalier ? Il en rougit, coup de soleil, coup de chagrin. Il forcit, aucun vêtement ne résiste à sa croissance. "Qu'est-ce que tu uses !" déplore sa mère, une enfant d'à peine trente ans. Toutes ces heures au pain et à l'eau, les démêlés de Charlotte Canoby, de son fils Samuel avec la misère qui les matraque, et autour d'eux la meute des amants voltigeurs, toute cette mêlée confuse criblée d'oublis (les haillons du souvenir) et cette foule étrangère qui dans une autre langue muettement les regarde. Un jour au Maroc, une jeune femme et son ânon pas très vieux...


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Informations

Publié par
Date de parution 06 janvier 2014
Nombre de lectures 13
EAN13 9782021066371
Licence : Tous droits réservés
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

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Avant-propos


Des mémoires en vrac, pêle-mêle, à ramasser avec une pelle. La terre s’y attache, macule les noms. Un mémoire de la poussière, une relation grain à grain de ce qui s’entasse, se pulvérise, impalpable furie. Un coup de balai donné au temps. Un nuage en sort qu’il faut transcrire. Une prédilection pour ce qui transporte, aère. Une peur de ce qui entrave, boue, sable. Le grimoire du bruit des portes, de ce qui tourne, rouille et grince. Dans l’ombre, une histoire s’y agace, s’énerve sous un soleil qui depuis tant d’années a pris du ventre. Pourtant, dans la nuit toujours indienne, marocaine, la lune visage pâle. Un jeune homme grandit. Il attrape juste quatorze ans à la sortie d’un port, dix-neuf, vingt sur une route qui décampe. Il court. Sans doute n’a-t-il fait que courir avec ce grand manteau d’impatience qui le couvre. Pourquoi ? Pour qui ? Je le vois ouvrant des livres. Je distingue mal le titre sur la page qui fait tache. Il aime, son cœur saute, une jeune fille agrémente des arbres sur une place. « Samuel, elle dit, Samuel Canoby. »

Fernand comment, déjà ? Il habite les Roches-Noires, quartier coup de foudre, né de la versatilité de l’océan, du tonnerre des vagues, de la nécessité de s’en défendre. Villas imprenables, immeubles lancés en pleine mélancolie, sable qui voltige, rouille et béton. J’ai oublié le nom de Fernand, l’identité tournoyante de ses acolytes, l’un, pur imaginaire qui marchait à la bière, l’autre, serveur, plus réel, pochette rouge sur son unique costume de ville. Leurs vestes d’un blanc malade partagent mes yeux. Dans mon souvenir, Charlotte s’exclame : « Sauf Fernand. » Les foutre tous à la porte, sauf Fernand qui la tient si bien, cette porte. Car comment ressusciter, réactiver ce restaurant fin du monde sans ce blond Lorrain au vocabulaire intermittent (il bafouille), cheveux coiffés en arrière l’entraînant vers quel trouble passé ? Cette voix nasale de Charlotte qui insiste. Ma jeune mère dépasse juste la trentaine.

On sous-loue alors au premier étage rue Gallieni une des cinq chambres d’un appartement. J’ai oublié le numéro de l’immeuble, le mauvais d’une mauvaise loterie. Trois autres étages nous écrasent, moins ardus à déchiffrer que le nôtre qui travaille au noir avec sa fausse comptabilité des heures. On ignore toujours qui entre, sort, hier des toilettes communes une nouvelle locataire, jupe mal rabattue sur ses cuisses d’albâtre, mes muses. La propriétaire, barmaid dans un dancing, porte sur son visage gras une lune de fatigue. Un enfant jouant à déchiffrer la face enfarinée de cet astre pourrait y démêler les ombres mortelles de la nuit passée, celles qui étirent les yeux de cette femme, accablent ses paupières, rendent sa parole si difficultueuse. Elle se réveille à peine pour parler, avoir des sentiments. C’est dans son lit qu’on dort, le lit de ses noces, nous avoua-t-elle pleine de péchés, sorte de sombre haquenée, machine si monumentale qu’elle souffre à peine la présence pourtant exiguë du lavabo, des deux placards construits à reculons dans le mur avant la fenêtre quasi fondue sous l’excessive chaleur qui nous métisse, nous colle, Charlotte et moi, en un seul être. On peine à se désengluer, différencier.

« Sauf Fernand », a dit ma mère. Je m’en souviens. Elle l’a claironné dès le matin en réveillant ses draps. « Tourne-toi ! a-t-elle ajouté, que je fasse une toilette sommaire. » « Sommaire » : où a-t-elle pris ça ? Je me suis tourné contre la cloison, ai entrepris d’effeuiller ses fleurs peintes.

De cette chambre, le long d’un bousculant couloir, au restaurant A la Mère Michèle (l’enseigne qui a perdu son chat) où débutent vraiment (et un peu à côté) ces Mémoires, un égarement de plusieurs rues, la populeuse Blaise-Pascal, une deuxième dont j’ai oublié le nom, enfin un vulgaire raidillon qui rattrape l’avenue de l’Aviation-Française. Dedans, à gauche, la rue Gay-Lussac avant Florentin, le célèbre photographe qui a pris de Casa beaucoup de vues plongeantes.

Casa, Casablanca, Maroc. Plusieurs semaines qu’on y bouge, circule dans l’incohérence, mangeant peu, buvant tout ce que la soif nous vide dans la bouche. A notre arrivée, on couche parmi nos valises dans un réduit sur cour au faîte d’un escalier mal vissé qui tord la cheville de Charlotte. Puis une petite annonce de La Vigie, grand quotidien d’information, nous transporte rue Gallieni, près du cinéma Rialto où chante dans les films l’Egyptien ébloui Abdul el-Wahab. J’apprends l’arabe, la bes, ça va ?

Les premiers jours, mon cœur s’émeut d’une multitude d’ânes qui braient dès l’aube. Renseignements pris, ce ne sont que les rideaux métalliques des boutiques pleurant leur sort quand on les remonte. Je suis grand comme un jour sans pain, justement on en manque. Charlotte me cède souvent sa part. La gargote de midi rue Lassalle, nappes bleues, assiettes vraiment creuses, abrite une population cosmopolite, toutes sortes de nationalités, surtout celle des poches vides, du manque de sous. Une serveuse ensommeillée aux yeux mal remplis, Brigitte ou Gertrude, balance pour un prix modique des plats fumants en toutes les langues. Je me rappelle l’éternelle queue avant l’ouverture, les bousculades, le jeune homme chauve, veste légère roulée sur l’avant-bras, notant des poèmes dans un carnet, l’algèbre de son crayon aux triomphales inconnues. Je le signale à Charlotte. Elle s’en moque. Un bellâtre la reluque, trop porteur déjà de notre destin, statue de marbre au nez droit (ah, les nez !), cheveux blonds qui coiffent son journal, calé contre un quart de vin.

Casablanca, à l’époque, est-ce encore la tour de l’Horloge ? J’en dégringole les minutes sans trop savoir aux abords de l’ancienne Médina, du Mellah, le quartier juif aux ruelles larges comme les lignes de la main. Charlotte cherche aussi du travail : n’importe quoi, pas tout à fait. Elle possède un joli filet de voix, de quoi enchanter une lumière tamisée, le rond d’un projecteur. Sa beauté, qui suscite tant de convoitises, ferait grand luxe à la réception d’un palace. Hélas, chaque fois… Ma mère se maquille pourtant comme une femme, prononce : « Reste là, tu me gênerais. » Je reste pour ne pas la gêner. Un défilé d’immeubles l’escamote vite, une porte. Charlotte roulotte, Charlie. « Ne m’appelle pas Charlie ! » Je patiente, un banc, un terminal de trottoir. En son absence plus rien ne décolle, la rue se pétrifie, les passants chaussent des semelles de plomb. Le soir quand elle tarde je vis par les oreilles. L’ascenseur chuchote, gronde, harpe de solitude, crescendo, decrescendo. Cela peut durer des heures. J’ai toujours attendu Charlotte, au bout, contre, dedans, dehors. Le décor peut changer, se réduire à un simple guéridon de café, se diversifier jardin public, loisir dans les arbres, gazouillis, j’attends n’importe où, posé là, oublié.

Bambin, j’attendais, me haussant sur la pointe des pieds pour grandir, moins attendre, apercevoir plus vite, espérant contre toute attente qu’au fond, derrière, là-bas, plus loin, mais seule la mer avec la plage respecte ses rendez-vous.

– Sauf Fernand, répéta-t-elle une nouvelle fois, dévalant l’escalier. On renvoie tout le personnel, sauf Fernand.

Une sorte de refrain, manque le reste de la chanson, la façon dont les couplets s’articulent. Brusquement elle fouille dans sa cervelle, enfin, dans son sac :

– Une minute.

Elle remonte vers l’appartement.

– Si tu m’expliquais !

Deux marches plus haut, elle se retourne, pose un doigt de fée sur sa bouche. Des semaines de tractations chuchotées ont déposé un certain bonheur sur son visage. « On va s’en tirer, elle me promet souvent. On va… »

Parfois, dans la foule qui nous manipule, du flux, du reflux, des signes d’algues imperceptibles.

Charlotte revient :

– Excuse-moi.

La fillette qu’elle fut bouge encore à la pointe de son nez, se niche dans ses fossettes, masque du voile des Marocaines le regard qu’elle vous jette, agite comme une brise. Avant-hier, un homme fébrile nous accoste. Alerté par on ne sait quelle vigilance intérieure, il semble bien connaître Charlotte, l’investit avec passion. Je m’écarte. Passage Sumica c’est… Dedans, on trouve des librairies. Mes Egyptes, comme je les nomme à cause des livres pyramides et du Nil sans fin des phrases. Vous pouvez aussi accéder au passage Sumica par le Roi de la Bière, brasserie trop chère pour nous.