128 pages
Français

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Metzger sort de son trou

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Description

Willibald Adrian Metzger n'a pas vraiment le profil d'un héros. Il vit reclus avec ses bouteilles de rouge dans l'atelier où il restaure des meubles anciens. Il s'évanouit quand il respire de la fumée de cigarette, ne possède ni voiture ni téléphone portable et a un faible pour les femmes mûres et girondes. Pourtant, lorsqu'un cadavre barre le chemin qu'il emprunte chaque matin à travers un parc enneigé, il est bien obligé de sortir de sa routine et de se mettre à enquêter. D'autant que la victime ne lui est pas inconnue: Felix Dobermann, ancien de la Terminale B promo 1980, celui qui le bourrait de coups au lycée, sous l'oeil goguenard de sa petite bande. Metzger plonge dans ce passé avec pour seule arme son sens aigu de l'observation, des objets anciens comme de l'âme humaine. Dans ce premier opus des enquêtes de Metzger, Thomas Raab nous livre le portrait cru d'un misanthrope pétri d'humanité et d'une Autriche froide et bien ténébreuse, sous des airs paisibles.

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Informations

Publié par
Date de parution 08 novembre 2013
Nombre de lectures 174
EAN13 9782355360749
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0105€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Metzger sort de son trou
Thomas Raab
Metzger sort de son trou
Traduit de l’allemand (Autriche) par Corinna Gepner
Traduit avec le soutien du ministère fédéral de l’Éducation, des Arts et de la Culture de l’Autriche
Titre original Der Metzger muss nachsitzen © Leykam Verlag, 2007, Graz
© Carnets Nord, 2013 pour la traduction française 12, villa Cœur-de-Vey, 75014 Paris www.carnetsnord.fr ISBN : 978-2-35536-125-8
La force ascensionnelle de la vérité est plus puissante que la force de gravité du mensonge.
1
Voilà que ça recommence ! Metzger se traîne dans le parc d’un pas lourd et fatigué. On dirait que ce sont les vieux souliers paternels en peau de porc qui le remor-quent le long du chemin, de son atelier jusque chez lui. Comme chaque soir. Ces derniers temps, ça s’est accentué. Ça démarre tout au fond de lui, c’est bref, rythmé. L’imprévisibilité du phénomène le dérange, il faut dire que Metzger est facile-ment déstabilisé par les humeurs capricieuses – surtout quand elles viennent de lui parce qu’alors il n’est plus pos-sible de prendre ses jambes à son cou. Or c’est ce que Metzger a toujours fait (chez lui, c’est une stratégie de sur-vie) même si, à l’évidence, il ne faut pas l’entendre au sens propre. Rien d’étonnant, donc, si ces effervescences spon-tanées lui donnent le sentiment d’être un peu étranger à lui-même. Ce qu’il ignore encore, c’est que cette étrangeté prendra sous peu dans son existence les dimensions d’un feu de forêt. Ça monte de manière incontrôlable en provoquant une sensation désagréable au creux de l’estomac, ça monte de l’intérieur jusqu’au visage le long de voies cachées. Et ça se fixe, comme un parasite, comme un signal de détresse, au coin droit de ses lèvres où ça tressaute méchamment.
9
Metzger ne sait pas quel est le message crypté qui tente ainsi d’attirer l’attention à la surface de son visage. Ce qu’il sait, en revanche, et ce n’est pas fait pour le tranquil-liser, c’est que les hôtes indésirables sont aussi difficiles à chasser que les cafards, la moisissure ou les gouverne-ments minables. Il rentre donc d’un pas lourd et traînant, perdu dans ses pensées et agité d’une vibration minimaliste, jusqu’au moment où sa peau-de-porc droite s’autorise impromptu une petite pause. Obéissant à la force de gravité, le corps mou de Metzger tombe à l’horizontale et se voit rude-ment cueilli par le chemin pierreux qui traverse le jardin à déjections canines de son arrondissement. Le voilà par terre, Willibald Adrian Metzger. Or il fait partie de ces types qui ont besoin de se casser la figure pour qu’un changement survienne dans leur vie. S’il avait pu deviner à qui il devait ce croc-en-jambe, il ne se serait pas extirpé de son lit ce matin-là.
Le message lancé par son corps imbibé de vin rouge met un petit moment à parcourir ses nerfs éméchés et à atteindre son cerveau. Metzger s’assied, attentif à l’appel de la douleur qui cogne impitoyablement dans sa chaus-sure droite. Il se passe la main sur le pied, un peu ahuri de sentir que le cuir lisse est devenu râpeux, plus étonné encore de la position extrêmement bizarre de son pied, et baigné de sueur froide en constatant qu’il ne sent plus rien. Il tire sur le talon et, plop, se retrouve avec la chaus-sure dans la main. Pas la sienne, non, un mocassin marron en cuir râpeux. Il examine précautionneusement cette chose avachie dont l’état en dit plus long sur son propriétaire que celui-ci ne pourrait le souhaiter. En tout cas, cette chaus-sure est tombée sur la bonne personne car pour ce qui est d’examiner les objets, Metzger est imbattable. Et patient.
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