Meurtres à Château-Arnoux
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Description

Un automne sanglant s'abat sur la commune provençale de Château-Arnoux : deux crimes sont perpétrés et onze tableaux ont disparu dans la mairie.
La Section de Recherches, chargée des meurtres et de ce vol troublant, réclame des renforts. Pour éclaircir cette sombre affaire, Paris missionne le commandant de l’OCBC, Enzo Battista, spécialiste des œuvres d'art, et son lieutenant, Marania Le Goff.
L'enquête s'avère plus compliquée qu'il n'y paraît, car d’autres homicides surviennent et des disparitions suspectes brouillent les pistes. Très vite, des ramifications à l'étranger vont entraîner les enquêteurs dans l’opération Venise Pourpre.
Entre révélations qui s’enchaînent et spectres surgis de la Seconde Guerre mondiale, Battista et Le Goff vont avoir fort à faire s'ils veulent en sortir indemnes !

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 48
EAN13 9782374533513
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0022€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Présentation
Un automne sanglant s'abat sur la commune provençal e de Château-Arnoux : deux morts sont retrouvés dans la mairie, et onze t ableaux ont disparu. Vol troublant puisqu’il s’agit de copies apparemment sa ns valeur… Une intrigue compliquée, et pour laquelle la Sectio n de Recherches réclame des renforts. Pour éclaircir cette sombre affaire, Pari s missionne Enzo Battista, commandant de l’OCBC et spécialiste des œuvres d'art. Entre révélations qui s’enchaînent et spectres surg is de la Seconde Guerre mondiale, sans compter d’autres meurtres qui s’ajou tent aux premiers, l’enquête s’avère dangereuse et complexe. Elle mènera même En zo en Italie, avec l’opération Venise Pourpre… Battista va avoir fort à faire s’il veut s’en sortir indemne !
Gilles Milo-Vacéri, romancier nouvelliste
Gilles Milo-Vacéri a eu une vie bien remplie. Après des études de droit, il vit pendant quelques années de multiples aventures au s ein de l’armée puis entame une série de voyages sur plusieurs continents afin de découvrir d’autres cultures. C’est un auteur protéiforme, explorant sans cesse d e nouveaux territoires. Le polar ou le thriller, le roman d’aventures inscrit dans l ’Histoire ancienne ou plus contemporaine, les récits teintés de fantastique, s e sont imposés à lui en libérant complètement sa plume de toutes contraintes et révé lant un imaginaire sans limites. Au-delà d’une trame souvent véridique, le suspense et les intrigues s’imposent dans ses romans, apportant une griffe particulière à ses publications. Un pied dans la réalité la plus sordide, l’autre dans un univers ét range où tout peut devenir possible, Gilles Milo-Vacéri surprend ses lecteurs avec des t extes au réalisme angoissant. Il aime conserver un lien étroit et permanent avec son lectorat, comme lors des dédicaces au Salon du livre de Paris, lors de renco ntres en province ou grâce à sa présence sur les réseaux sociaux et son blog offici el qu’il anime très activement. Blog officiel Facebook Twitter Google Plus
Meurtres à Château-Arnoux
Gilles Milo-Vacéri
Les Éditions du 38
À Château-Arnoux, ma ville d’adoption, À Jean-Christophe L. et toute sa famille.
1re PARTIE :
AUTOMNE SANGLANT
Prologue
Ce mois de juin 1942 n’annonçait pas un bel été. He rbert Adelstein regardait par la fenêtre et contemplait le ciel alourdi de nuages noirs, aussi sombres que les menaces pesant sur sa famille et leur communauté. L e quatorze juin, sinistre date anniversaire d’un jour qu’il n’était pas près d’oub lier. Deux ans auparavant, les Allemands envahissaient Paris et depuis, cela allai t de mal en pis. Dehors les nuages crachaient sur la ville une pluie maussade qui ne parvenait pas à nettoyer le vert-de-gris dans les rues. Depui s le cinquième étage, Herbert observait les gens courir pour se mettre à l’abri. S’il n’y avait pas eu tous ces soldats, cela lui aurait rappelé Berlin, autrefois. Il se tourna vers son épouse. — Esther, ça y est… Il pleut. Il faisait un simple constat fataliste d’un épisode météorologique qui n’intéressait personne. Sa femme était songeuse et avait l’esprit ailleurs. Bien sûr, la pluie ne changeait rien. Il jeta un co up d’œil rapide vers sa veste ornée maintenant d’une étoile jaune. Depuis une sem aine, c’était obligatoire et ils avaient gagné un ticket textile en plus sur leur ca rte de rationnement. Quelle honte, marqués comme du bétail ! Il sortit de ses pensées pour revenir s’asseoir à côté de son épouse, ayant du mal à la regarder en face. Est her était toujours aussi belle, malgré le temps qui passait. La séparation avec les enfants avait été rude et ses yeux rougis étaient encore lourds de reproches. — Tu es sûr que c’était la seule solution ? Herbert pinça les lèvres. Il était revenu la veille de son voyage éclair. Seul. — Ils sont en France libre, chez des paysans et à c e que m’a dit David, ce sont des sympathisants de la résistance, voire des résis tants eux-mêmes. Ici, il y a trop de dangers et au moins, on n’a plus à s’en faire po ur eux. Ils sont en sécurité, ma chérie. Tu sais bien… Des larmes coulèrent doucement sur les joues d’Esth er. — Ils me manquent déjà. Depuis 1935, ils habitaient en France, après avoir fui une Allemagne qu’ils ne reconnaissaient plus. Esther et lui avaient toujour s agi pour la protection de leurs enfants en essayant de jouer un ou deux coups d’ava nce sur la vie ou plutôt, sur la mort. Marchand d’art réputé, Herbert avait les moye ns à l’époque, et ils étaient venus s’installer à Paris après avoir acheté cet ap partement magnifique dans le XVIe arrondissement, rue de la Pompe. Aujourd’hui, les deux cents mètres carrés lui semblaient bien vides sans les hurlements et la joie débordante des enfants, insensibles aux événements et hermétiques aux crain tes des adultes. La peur. Étrange sentiment avec lequel il vivait to us les jours et toutes les nuits. Non seulement les Allemands pillaient les Juifs de leurs possessions, mais depuis le mois de mai de cette année, ils s’appropriaient aussi leurs biens fonciers, et des gens disparaissaient mystérieusement. Herbert avait bien manœuvré en se déclarant artisan et non marchand d’art ! Mais là, c’était tout simplement son adresse qui risquait de lui jouer des tours. Il n’a vait rien dit à Esther pour ne pas l’inquiéter outre mesure, mais il tremblait à chaqu e fois qu’on frappait à la porte.
— Pourquoi ne pas tout abandonner, récupérer les en fants et fuir ce maudit pays ? Herbert encaissa. Oui, il avait refusé de tout quit ter, car plus que ses tableaux valant une petite fortune, il était attaché à cet a ppartement. Sarah était née ici et ils y avaient vu grandir leur aîné, Daniel. Sans oublie r Judith, disparue trop tôt, et dont le fantôme hantait toutes les pièces, où qu’il puis se tourner le regard. Une maladie rare du sang l’avait emportée en quelques jours, à l’âge d’un an. Tous les deux avaient cru ne jamais pouvoir s’en relever, mais vo ilà, le temps passait et la vie effaçait presque tout. Sarah était la petite derniè re et si elle n’avait jamais remplacé sa sœur, elle avait ramené le sourire et la joie da ns leur foyer. Alors, quitter ce lieu où la vie avait laissé ces empreintes indélébiles d evenues pour certaines de cinglantes brûlures était impossible. Daniel et Sarah étaient maintenant à l’abri et lui, sans doute fatigué de fuir, avait l’impression que même en changeant de pays, les naz is les pourchasseraient encore. — Je suis désolé, Esther. C’est tout ce qu’il trouva à répondre, et cela lui sembla tellement vide de sens devant son chagrin. Quelques cheveux gris étaient v enus éclaircir sa mèche rebelle, qu’elle repoussait toujours adroitement de rrière l’oreille. La guerre les tuait moralement, en attendant pire. Avec un soupir, il se releva et arpenta le parquet de chêne qui ne craquait que très légèrement. Dans le couloir, il admira les tab leaux qu’il avait conservés, suspendus de part et d’autre, sur chaque mur. Que d es grands maîtres prestigieux dont les œuvres, même la plus petite, valaient pour tant plusieurs fois le prix exorbitant de l’appartement. Arrivé dans son bureau, il regarda sa dernière acqu isition, installée sur un 1 chevalet. L’un des portraits de Dora Maar que ce peintre de talent qu’il appréciait beaucoup, un certain Picasso, avait représentée de multiples fois. Il avait acheté cette toile, financièrement accessible, et espérait avoir fait un bon investissement. Herbert alluma une cigarette, toujours songeur, et se dit que ce n’était que du matériel. Les nouvelles étaient si mauvaises qu’ils feraient bien de partir. Alors pourquoi avait-il l’impression d’abandonner Judith ? Bien sûr, elle était née ici, mais son souvenir ne pourrait-il pas être aussi vivant a illeurs ? Il écrasa sa cigarette rageusement, sa décision étant prise, et il regagna la salle à manger. Il allait l’annoncer à Esther, demain, ils quitteraient Paris et abandonneraient tout ici. Il laisserait le soin à Dieu de veiller sur ses trésors matériels. Quand il arriva, Esther était debout, le front contre la vitre. — Un camion et une voiture viennent de se garer jus te en bas. Avec des soldats… Sa voix était monocorde, déjà fataliste. Herbert sentit un froid mortel l’envahir et lui gla cer les veines. Il ouvrit la bouche pour lui répondre quand des coups violents à leur p orte se firent entendre. La mort dans l’âme, il se dirigea vers l’entrée quand la se rrure céda sous la pression. Des soldats allemands firent irruption. Interdit, il le s regarda se disperser et faire comme s’ils n’étaient pas là. Il identifia facilement les trois derniers, certainement de la Gestapo à voir leurs manteaux de cuir noir.
— Alors, Monsieur Herbert Adelstein ? Vous pensiez nous échapper encore longtemps ? Heureusement qu’il y a de bons Français dans ce pays ! Dénoncés ! songea-t-il, abattu. Cela venait sûremen t de leur voisin du dessous, celui qui ne les saluait jamais et ne jurait que pa r le maréchal Pétain. Esther était immobile et les regardait avec un mélange de haine et de terreur. Elle restait devant la fenêtre, subjuguée par ces hommes qui commençaie nt à ouvrir les meubles et à vider les tiroirs sans aucune gêne, avec des rires et des plaisanteries grasses qu’elle comprenait parfaitement. L’allemand était l eur langue natale. Le responsable s’avança vers Herbert. Ses yeux bleu glacé firent le tour de la pièce avant de se fixer sur les siens. 2 — À l’occasion de l’opérationVent printanier, nous avons examiné de plus près le fichier des Juifs de cet arrondissement et nous nous sommes étonnés de trouver un artisan propriétaire d’un si bel appartement. À ce que je peux voir, nous avons eu raison d’avoir un doute. En plus, votre voisin s ’est plaint que de sales Juifs habitent encore ici, à se vautrer dans le luxe. J’a i donc décidé de venir faire un petit tour… Herbert pensa que le nom de code,Vent printanier, était bien gracieux alors qu’il devait cacher quelque chose de très mauvais, y pres sentant une grande menace dont il n’imaginait pas encore toute l’horreur. — Et c’est quoi, cette opérationVent printanier? Les deux Allemands éclatèrent de rire avant de lui répondre. — Une opération de grand nettoyage prévue pour le m ois prochain, cher Monsieur Adelstein ! Un grand lessivage ! Herbert songea que cela s’était joué à peu de chose . Ils auraient dû partir et ils auraient ainsi évité l’arrestation si ce maudit voi sin ne les avait pas dénoncés. Pour une petite journée de rien du tout, quelques heures même. Du coin de l’œil, Herbert vit le troisième homme de la Gestapo se diriger vers la cheminée et là, il saisit une boîte de porcelaine b lanche. Esther poussa un hurlement. — Non, vous n’avez pas le droit ! Herbert serra les dents et tenta d’apaiser sa femme . Cette boîte ne recélait rien de bien dangereux. Une petite mèche de cheveux de l eur fille aujourd’hui disparue. L’officier ouvrit la boîte, l’examina et en riant l a retourna, dispersant la fine mèche blonde sur le tapis. Esther se précipita comme une furie. Herbert tenta de la retenir et elle lui échappa malgré ses efforts. L’autre sortit son arme de service et fit feu. Une seule fois. Esther fut arrêtée net et fit lentement demi-tour p our regarder son mari. Elle tendit la main vers lui alors qu’une tache de sang s’agran dissait à hauteur de sa poitrine. Elle essaya de parler et tomba doucement sur le sol , ses jambes cédant sous son poids. Dans un dernier effort, elle se retourna sur le dos et ses yeux cherchèrent son regard comme l’ultime planche de salut. Herbert était pétrifié. Elle eut la force d’un sourire et expira. — Non… gémit-il, la voix pleine de sanglots. Le responsable vociféra et s’en prit au tireur. — C’est malin ! Le tapis est taché maintenant. Quel bon à rien ! Et pourquoi tirer comme ça, sans raison ?
— Ce n’est pas de ma faute, elle allait m’attaquer, vous avez bien vu, non ? Herbert sursauta. C’était hallucinant, mais le troi sième homme de la Gestapo, celui qui venait d’abattre sa femme était un França is ! Unbonselon leurs Français principes. — Espèce de pourriture ! rugit Herbert. Il se précipita vers l’assassin, les mains tendues en avant pour l’étrangler. Il savait qu’il n’y survivrait pas, mais tant pis, Est her morte, plus rien n’avait d’importance. L’autre pivota et fit feu plusieurs f ois. Herbert s’écroula et roula sur le tapis. Il réunit ses dernières forces pour ramper v ers le corps d’Esther, saisit sa main et ne bougea plus. Alors que la vie était en train de quitter son corp s, Herbert songea subitement avec horreur que les paysans chez qui il avait lais sé ses enfants ne connaissaient pas sa véritable identité et qu’ils ne sauraient ja mais rien de leur terrible sort. Et les enfants ? se souviendraient-ils seulement de leurs parents ? Il les avait sermonnés, leur intimant l’ordre de toujours nier leurs origin es, de ne jamais dire leur véritable nom. Alors plus tard, quand ils seraient grands, po urraient-ils savoir ? Peut-être… À la grâce de Dieu ! Puis lentement et sans regret, il rendit son dernie r soupir. Les deux officiers allemands secouèrent la tête et donnèrent leurs ordres. Un des soldats revint avec une toile de maître dans les bras. 3 — Herr Hauptmann ! Il y a plein de tableaux ici ! — Mettez-les de côté avec tous les objets d’art que vous trouverez, cela part 4 directement au Louvre, ce sera pour l’Einsatzstab R eichsleiter Rosenberg . 5 Concernant l’appartement, prévenez la D.W. . Pour le reste, débrouillez-vous ! L’officier allemand était de très mauvaise humeur. Il fit rapidement demi-tour et quitta l’appartement. Dans l’escalier, silencieux, il pensait qu’un jour, le moment viendrait où il faudrait répondre de tous ces actes gratuits, même s’il cons idérait n’avoir qu’obéi aux ordres. * 6 Au musée du Jeu de Paume, Rose Valland contemplait un énième camion allemand manœuvrer dans la cour et reculer pour se mettre en position de déchargement. Des soldats s’y précipitèrent pour le vider et tout entreposer dans la première salle. En tant que conservatrice, elle était chargée de l’ enregistrement de l’origine et de la destination des biens volés aux Juifs. Sans rien dire ni exprimer d’une quelconque façon son état de lassitude, Rose maîtri sait parfaitement sa colère. Elle prépara les papiers, prit un crayon et débuta son i nventaire, le cœur glacé de rancune. Dans le nouvel arrivage, un tableau attira son atte ntion, un portrait de femme vraiment magnifique. Elle prit note de la source su r son carnet noir puis se ravisa. Une idée venait de germer dans son esprit. Ce peint re n’avait pas encore les