Mise à mort

-

Livres
88 pages
Lire un extrait
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

Quand des officiers à bord d’une vedette de la marine française tuent accidentellement un plongeur à 4h du matin près d’une base navale à Mers-el-Kébir, c’est assez étrange. Mais quand au même moment un vieux pêcheur raconte avoir été tiré par un très gros poisson près de Ceuta, il y a anguille sous roche.

Pour le service du Contre-Espionnage la question est simple : qu’est-ce qu’un sous-marin ferait dans ce coin de la méditerranée ?

Frédéric Lemoine, un agent des renseignements français, est envoyé en mission « vacances » avec sa femme à Ceuta pour enquêter. Ce qu’il s’apprête à découvrir est une des plus grandes histoires de sabotage d’après guerre.


Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 26 mars 2014
Nombre de lectures 0
EAN13 9791025100684
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0250€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Signaler un problème

Pierre Nemours
Mise à mort
French Pulp éditions
Espionnage© French Pulp éditions, 2016
49 rue du moulin de la pointe
75013 Paris
Tél. : 09 86 09 73 80
Contact : contact@frenchpulpeditions.fr
www.frenchpulpeditions.fr
ISBN : 9791025100684
Dépôt légal : janvier 2014
Couverture : © Véronique Podevin
Le Code de la propriété intellectuelle et artistique interdit toute copie ou reproduction destinée à une
utilisation collective. Toute représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit,
constituerait une contrefaçon sanctionnée par les articles L. 335-2 et suivants du Code de la propriété
intellectuelle.A t t e n t i o n
Ce livre est un ouvrage de fiction. Il est bien évident, de toute façon, que le 22e Congrès du Parti
Communiste de l’U.R.S.S., ne saurait avoir aucune répercussion sur la stratégie soviétique.
C’est pourquoi l’auteur tient à déclarer que toute ressemblance entre les toros de la corrida du jour
de Pâques à Ceuta et tout autre bovidé passé, présent ou à venir ne résulterait que d’une
coïncidence déplorable, mais fortuite, dont il décline par avance la responsabilité.Sylvia Lemoine, comme une chatte, s’étira devant sa coiffeuse. Elle se sentait dans une forme
exceptionnelle. Le printemps crépitait de toute part. Saint-Martin-des-Vignes, en ces derniers jours d’avril,
était un petit paradis. Le village tout entier, ses vergers et ses champs, clamaient la promesse de l’été.
Le regard de Sylvia erra, par la baie grande ouverte, sur la prairie veloutée qui descendait vers le Loing,
en une courbe gracieuse, pleine, riche, comme la hanche d’une femme.
Sur la hanche de Sylvia, sur la hanche droite, l’hématome, lentement, achevait de se résorber. Ce n’était
plus maintenant qu’un gros bleu, comme celui qu’elle aurait pu se faire en se cognant, dans la cuisine, contre
le four électrique.
Frédéric était à Paris, dans ce bureau de la rue Saint-Dominique qu’il aurait dû détester, tant il haïssait la
paperasse, mais qu’au fond il chérissait comme un marin, totalement épris de la mer, aime son port
d’attache.
Les enfants couraient la campagne, profitant des dernières heures des vacances de Pâques, avant de
reprendre le chemin du lycée de Montargis, pour les garçons, de sa chambre d’étudiante, à Paris, pour
Marie-Pierre.
Un vent printanier taquinait le pan de sa robe de chambre. Sylvia contempla dans le miroir ses formes
élégantes de femme épanouie, heureuse.
Elle dénuda sa hanche, examina la tache sombre qui la marquait encore. C’était le seul souvenir tangible
de l’aventure. Car le sourire de Gilles, le regard brûlant de Gilles, s’estompaient déjà.
Et c’était tellement mieux ainsi. Après tout, les vacances étaient finies…
Mais quelles vacances !1
Le soleil méditerranéen jouait avec la brume légère qui enveloppait la base de Mers-el-Kébir.
C’était le début de la matinée, et la lumière particulière, le bleu profond de l’eau, les vapeurs diaphanes
qui montaient, de-ci de-là, dans l’air tranquille, laissaient pressentir une des premières journées chaudes de
l’année.
Dans la passe, un torpilleur rentrait d’une croisière d’entraînement. Sur le quai, un officier marinier
commandait une corvée. Il était déjà tout de blanc vêtu, en tenue d’été, et ses galons scintillaient dans un
rayon de soleil. En fond sonore, on entendait, souligné par des clapotis d’eau, par des grincements de
treuils, par des sifflets de commandement, un clairon qui rythmait cette partie de la journée sur la base.
Une journée comme toutes les autres, empreinte de routine, d’humbles tâches dépourvues de toute poésie,
si l’on voulait bien en excepter le souffle insaisissable d’un printemps précoce, d’un printemps africain.
Et pourtant, ce jour-là, le quartier-maître Joël Le Borgne, de la Marine Nationale, vivait un des moments
les plus pénibles de sa vie.
Dans le bureau lumineux, dont les deux grandes fenêtres ouvraient sur la rade, une des plus profondes et
des plus sûres de tout le bassin méditerranéen, le capitaine de vaisseau Massardier, chef du service
Renseignements-Marine, à Mers-el-Kébir, allait et venait h grands pas, comme un fauve en cage. Il y avait
d’ailleurs du fauve dans la souplesse de sa démarche, dans la minceur de sa silhouette. Mais il y avait
surtout du fauve dans son humeur. Ce marin tremblant, blême, que le garde-à-vous figeait, le béret à la main,
à cinq pas de la grande table de travail, il avait tout simplement envie de le dévorer. Au prix de ses larges
enjambées, le capitaine de vaisseau Massardier contenait à grand-peine la rage qui l’aveuglait. Il s’arrêta
net, tripota quelques papiers sur son bureau, sortit sa pipe, entreprit de la bourrer pour se donner un peu de
recul. Il contourna le bureau, se planta devant le marin et, d’une voix tremblante encore, demanda :
— Mais enfin, Le Borgne, comment avez-vous pu faire une chose pareille ? Vous avez des notes parfaites
à votre dossier, une carrière toute tracée. Vous rendez-vous compte que vous avez tout foutu par terre ?
Le Breton se rendait parfaitement compte. Il en était à l’heure où l’on paie, sans discuter. Tout son
entraînement, tout son sens de la discipline, le jetaient vers cet homme, qui était son supérieur, qui disposait
maintenant de son destin, et il n’avait qu’un désir, qu’une pensée : être clair, franc, précis, pour l’aider dans
sa décision.
— Eh bien, commandant, répondit-il d’une voix blanche, je vous l’ai dit. Je suis tombé amoureux. Oui,
amoureux perdu. Une fille épatante, gracieuse, mais une pied-noir. Passionnée, ardente, et des parents
comme vous les connaissez. Butés, sectaires, eux. Ils ont du bien. Jamais ils n’auraient admis que leur fille
fréquentât un Métropolitain, et un marin, de surcroît. Vous savez comment ils sont…
Massardier était revenu s’asseoir derrière son bureau. La pipe allumée, il était quelque peu calmé. Le
travail reprenait tous ses droits, effaçait dans l’affaire le facteur humain. Il reprit l’interrogatoire, sur le ton
sec, impersonnel, d’un juge d’instruction :
— Alors, vous la rencontriez clandestinement ?
— Oui, dans un « cabanon » sur une plage au nord-ouest, à quatre kilomètres d’ici, en direction du cap
Falcon.
— Vous y alliez à, pied ?
— Oui. Ires soirs de permission, je partais après la soupe. Je marchais jusqu’au cabanon ; il appartient à
l’oncle de Rose… euh… de la jeune fille. Et là, je l’attendais. Elle venait quand elle pouvait, quand ses
parents étaient couchés. Elle disposait d’une petite voiture.
— Et vous passiez la nuit ensemble ?
— Des fois oui, des fois non. Cela dépendait de l’heure à laquelle elle devait rentrer. À deux reprises,
elle est restée jusqu’au matin. Je me suis débrouillé pour rentrer à la base…
Massardier soupira. Avec la situation actuelle, en Algérie, rien que cela, c’était une très lourde faute. Il
reprit :
— Mais le mercredi 28 mars, vous étiez de service ?