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Nécromania

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Description

Après tout, je m'en fous. Ils veulent me connaître ? Je vais tout déballer. Je vais salir leurs conventions et leur foutue morale qu'ils tentent de respecter.
J'écris... Tout ! Parce que ce n'est pas à moi qu'ils vont faire croire qu'ils n'ont jamais mis les pieds en dehors de la ligne. Que celui qui n'a jamais couché avec l'immoralité me jette la première pierre.
Bordel, je conchie ces prédicants. Ils vont bientôt porter un jugement sur ce que je suis alors que pour la plupart d'entre eux je leur rends service. Mes actes jugés au grand jour cachent leur perversité qu'ils n'osent affronter parce que cela ne correspond pas aux valeurs qu'ils défendent. Mais ils n'en restent pas moins des hommes et lorsque la pression est trop forte, ils sont prêts à tous les débordements.
C'est pour leurs actes déviants, que je représente au grand jour, qu'ils veulent me punir. Mais contrairement à eux, j'assume d'être un salopard.



En bonus, découvrez les cinq portraits de meurtriers cités dans cette nouvelle par Jean-Sébastien Pouchard.

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Informations

Publié par
Nombre de lectures 1
EAN13 9791096960224
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0007€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Jean-Sébastien Pouchard
©Jean-Sébastien PouchardetLivresque éditions pour la présente édition – 2018 ©Thibault Benett,pour la couverture ©Jonathan Laroppe, Suivi éditorial & Mise en page ISBN : 979-10-96960-21-7 Tous droits réservés pour tous pays Conformément au Code de la Propriété Intellectuelle, il est interdit de reproduire intégralement ou partiellement le présent ouvrage, et ce, par quelque moyen que ce soit, sans l’autorisation préalable de l’éditeur et de l’auteur.
"Vous savez, à un moment être fouça voulait dire quelque chose, maintenant tout le monde est fou."
CharlesMenson
C’est ma première fois en prison. Il faut bien un début à tout dans la vie. Je savais que je risquais de m’ennuyer, mais pas à ce point. C’est gris, c’est bruyant et surtout ça pue le désespoir. Je ne suis pas à ma place, ici, mélangé à la lie. Je ne suis pas innocent, tant s’en faut, mais je sais ce qu’ils font aux mecs comme moi en taule. Heureusement pour l’instant, j’ai la chance d’être « séparé » du reste du cheptel. Mais pour combien de temps ? Faut dire que les juges, les psys, les journalistes, les familles veulent savoir. Et vite ! Mon procès est programmé pour demain et ils veulent tous comprendre. Parce que pour eux, je représente ce qu’il y a de plus ab ject, de plus vil, ils me protègent derrière ces barreaux, seuls remparts face à la frénésie des autres prisonniers. Ce monde aime coller des étiquettes. Ça rassure le bon petit citoyen. Seulement moi, je remplis tellement de critères qu’à leurs yeux je suis tout et je suis rien à la fois. Je suis un amalgame et je n’ai pas de place dans leur société stéréotypée. Tant mieux ! Jamais je n’ai voulu ressembler à ces types moulés à la consommation excessive, à la vie de famille pépère auprès de bobonne qui leur taille une pipe une fois l’an parce que c’est leur anniversaire. Jamais je n’ai voulu procréer pour entendre geindre à longueur de journée. Je n’ai pas signé un C DI avec la vie pour faire comme tout le monde et je les emmerde tous. J'ai tout de même le droit à quelques privilèges, dont celui d’écrire. Ça n’a jamais été ma came, mais j’avoue que ça me permet de ne pas perdre la boule. Surtout, je crois qu’ils espèrent tous que je leur livre les secrets les plus profonds de mon âme. Du piment dans leur vie de mécréant. Est-ce que je dois leur faire ce plaisir ? Après tout, je m’en fous. Ils veulent vraiment me connaître ? Alors je vais to ut déballer. Je vais salir leurs conventions et leur foutue morale qu’ils tentent de respecter. J’écris bien qu’ils tentent parce que ce n’est pas à moi qu’ils vont faire croire qu’ils n’ont jamais mis les pieds en dehors de la ligne. Que celui qui n’a jamais couché avec l’immoralité me jette la première pierre. Bordel, je conchie ces prédicants. Ils vont bientôt porter un jugement sur ce que je suis alors que pour la plupart d’entre eux je leur rends service. Mes actes jugés au grand jour cachent leur perversité qu’ils n’osent affronter parce que cela ne correspond pas aux valeurs qu’ils défendent. Mais ils n’en restent pas moins des hommes et lorsque la pression est trop forte, ils sont prêts à tous les débordements. C’est pour leurs actes déviants que je représente au grand jour qu’ils veulent me punir. Mais contrairement à eux, j’assume d'être un salopard.
"Jene me sens coupable de rien.Je me sens mal pour ceux qui se sentent coupables."
Ted Bundy
C’attendre, je n’ai pas eu une enfanceontrairement à ce dont tous ces faux-culs doivent s malheureuse. Je n’ai jamais été battu par un père alcoolique ou une mère toxico, ni même abusé par l’un d’eux sous couvert d’amour parental. Non, je n ’ai jamais manqué de rien. Mes parents ont toujours pourvu à mes besoins matériels et nourriciers. J’ai des souvenirs d’enfance plein la tête, des moments de tendresse familiale pour toujours rangés dans des tiroirs. Il aurait suffi que je les ouvre de temps à autre et que je prenne une bouffée de bonheur. Seulement mes tiroirs sont grippés. Mon père me sermonnait sans cesse que pour réussir et être heureux, il fallait bien travailler à l’école. « Ainsi tu auras une bonne situation et tu pourras satisfaire aux besoins de ta famille ». Alors je suivis le modèle parental à la lettre et je m’attachai à suivre la voie au même titre que les autres agneaux. Seulement chaque jour, je revêtais une seconde peau, un costume de moi-même trop serré à l’encolure. Un profil plus sombre, plus nauséabond était caché dans un coin de mon corps exigu. Et je le vis pour la première fois à l’âge de douze ans. C’était durant un été chaud, parfumé du blé coupé, de l’arôme sucré des fraises et de l’âcreté de la sueur salée. Comme chaque année, j’étais parti chez mes grands-parents dans un trou paumé. Il n’y avait rien à y faire d’intéressant, mais je n’avais pas le choix. Mes parents m’y laissaient en pension deux semaines. J’imagine que durant notre séparatio n ils devaient s’enfiler dans tous les endroits inhabituels de la maison, profitant du fait que je ne puisse pas les surprendre. En tout cas même si mes parents baisaient à tout va, je n’ai jamais eu de frère ou de sœur et pendant mes vacances, je m’ennuyais comme un rat. C’était juste après le 14 juillet. La veille avec un beau billet de vingt francs tout neuf, j’avais réussià acheter des pétards à la sauvette. De beaux pétards tout rouges de la taille de mes deux pouces réunis. Pétarade garantie d’après le vendeur qui s’était fait le plus discret possible. J’avais donc volé un briquet dans le vieux buffet Napoléon III de ma grand-mère et je me cachais tant bien que mal derrière les pierres noircies et moussues de la vieille église du village, témoin de mon audace à venir. La mèche du bâton de poudre que je tenais dans les mains me faisait penser à de la dynamite. J’étais un cambrioleur prêt à faire sauter le coffre de la banque avant qu e le shérif n’arrive pour m’arrêter. Je m’apprêtai à l’allumer quand une ombre féline se dressa devant moi. Un vieux chat de gouttière amaigri au poil hirsute sali par la poussière miaulait en me regard ant. Sortie de nulle part, la bête s’approcha docilement, la queue en point d’interrogation. Le minet affamé était certainement sans maître vu son état délabré, mais il n’avait pas perdu confiance en la nature humaine, espérant certainement que je le rassasie. Malgré la répugnance que j’éprouvai envers cet animal, je le laissai s’approcher jusqu’à sentir ses poils et son flanc se frotter contre mes jambes. Ses miaulements étaient plus intenses et je compris alors qu’il cherchait du réconfort. Je me penchai pour le prendre à bras. J’avais soudainement perdu cette exécration envers lui. Je lui caressai la têt e et j’entendis le ronron particulier du plaisir qui l’envahissait. Soudain, sans réfléchir, je lui serrai les mâchoires entre mes doigts. La bête surprise par une telle attaque ouvrit la gueule dans un feulement plaintif puis sans hésiter je lui fourrai une amorce jusqu’à la glotte. Le matou tenta de s’extirper de mon étreinte en me lacérant d’un coup de griffe. Il s’agita comme un poisson accroché à un hameçon. Sa signature dans ma peau me lancina, mais je tins bon. Je le plaquai de toutes mes forces contre mon abdomen et en une fraction de seconde, je fis frotter la roulette en métal du briquet entre mes doigts. L e crépitement de la mèche de cinq centimètres résonna comme un compte à rebours. Je déposai alors sur le sol le fauve, la gueule ouverte et entravée de ce pieu explosif. Il secoua la tête tentant de recracher le morceau rouge. Je le regardai se débattre avec la mort puis un bourdonnement étouffé retentit en un écho sur les parois religieuses. Le félin avait perdu son combat et je ressentis à cet instant une jouissance identifiée par une érection extrême. L’épisode du chat fut une révélation. Je venais de prendre une vie et je me sentais…heureux. Je ne
savais pas si j’avais préféré l’acte de torture en lui-même ou la tentative d’échappatoire de l’animal face à la mort. Ce dont j’étais certain, c’est que je recommencerai. J’étais fier d’avoir arraché ce costume trop étroit de garçon propret. J’aurais tant aimé partager ce moment avec le monde et hurler sur les toits qui j’étais vraiment. Mais je me suis bien vite aperçu que cela m’était impossible. Le curé en découvrant la bouillie animale éparpillée avait crié au scandale. La nouvelle avait fait le tour du village plus vite qu e la vitesse de la lumière. Il ne se passait jamais rien dans ce trou de cul campagnard, alors un cadavre de chat, martyrisé de surcroît, suscitait la curiosité. « C’est le chat du Fernand, je crois. Il avait disparu c’te pauv’bête ». « En tout cas, qui n’aime pas les bêtes n’aime pas les gens ». Chacun commentait l’évènement dans les magasins du bourg et moi, j’acquiesçai dès que l’on me prenait à partie. Putain de moutons ! Ils avaient devant eux le responsable de leurs commérages et ils ne voyaient rien. Je compris soudain que pour être moi -même, je n’avais pas d’autres choix que de continuer à jouer...