Noire mémoire

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Le passé, parfois, cache dans ses replis de noirs secrets qui marquent le présent d’une indélébile empreinte.


C’était l’année où Gainsbourg enfilait Birkin à longueur de journée dans toutes les radios de la ville.
Je peux vous le dire, quand on a 17 ans et que la sève monte, les soupirs d’une nana qui en prend plein le fion, ça fait flipper.
C’était aussi l’année de Woodstock, l’année où les mecs comme moi devaient choisir entre se laisser pousser les tifs jusqu’aux pectoraux ou rester des mecs. Dessiner des mouettes sur leurs jeans ou continuer à bander.


Paul Colize grimpe au zénith de la galaxie polardière en raflant bon nombre de prix pour ses romans publiés à La manufacture. Notre auteur belge connait sa consécration après la publication de trois romans édités chez Krakoen. Grand de taille, sa notoriété est en passe de grimper encore. Comme pour bon nombre d’auteurs, la nouvelle reste un terrain d’aventures stylistiques où le jeu de Colize excelle.


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Nombre de lectures 2
EAN13 9791023402346
Langue Français

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Tony et moi
C’était l’année où Gainsbourg enfilait Birkin à longueur de journée dans toutes les radios de la ville.
Je peux vous le dire, quand on a 17 ans et que la sève monte, les soupirs d’une nana qui en prend plein le fion, ça fait flipper. C’était aussi l’année de Woodstock, l’année où les mecs comme moi devaient choisir entre se laisser pousser les tifs jusqu’aux pectoraux ou rester des mecs. Dessiner des mouettes sur leurs jeans ou continuer à bander. Bref, c’est en juillet 1969 que Tony Baroco m’a proposé de braquer une banque.
Tony parce que c’était un dur, et qu’Antoine ou Antonio, c’était pas assez viril. Baroco parce qu’il venait de la Botte, comme moi, et que nos pères avaient débarqué ici juste après la guerre, quand la Belgique tolérait qu’on vienne s’installer sur son sol, à condition d’accepter de raccourcir sa vie de quelques années en reniflant la pourriture qui régnait dans leurs mines de charbon. Mon père a survécu. Pas celui de Tony. Il faisait partie des cent trente-six italiens qui sont partis en fumée au Bois du Casier. Tony avait quatre ans. Le seul souvenir qu’il garde de son père, c’est quand il le voyait partir, très
tôt le matin, avec son bidon sous le bras et sa musette sur le dos. Quand il rentrait le soir, Tony dormait. Le dimanche, il sortait pour aller se beurrer la gueule au café et oublier sa semaine en enfer. Enfin, ses semaines en enfer. Celles qu’il avait endurées et celles qui l’attendaient. À Tony, il lui restait sa mère, une vieille folle à moitié paralysée qui arrivait à peine à se traîner jusqu’à la fenêtre. À cause de tout ça, à la maison, Tony était moins tenu que moi. C’est sans doute comme ça que cette idée lui est venue. Mais l’idée de Tony était qu’il fallait pas braquertoutela banque. Juste une partie. Quarante mille balles. Fifty-fifty.
Vingt mille chacun. Pour s’acheter une bécane et faire défaillir les gonzesses quand on les ramonerait, comme la Birkin. À cette époque, une bécane, c’était pas un ordinateur portable, comme aujourd’hui. La bécane du moment, c’était la Suzuki S 50. En rabotant la culasse, on pouvait la faire monter à plus de cent à l’heure. Une bête. Le vrai piège à filles. Ils la faisaient en rouge et en bleu. Rouge pour nous, bleu pour les tapettes.
Il faut savoir que, de ce temps, le petit paquet de douze Belga Filtre était à 6,75 francs.
Le 45 tours à 66 balles. >>>>>>>>
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