Opération TNT

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266 pages

Description

Pour son premier roman, Christian Hyvernat nous fait découvrir Tahiti sous un angle un peu inédit. Le charme des paysages et de la douceur de vivre sert de décor à l’action pure et dure. La distance n’implique pas le désintérêt ni la mise à l’écart de ce qui fait bouger le monde...


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Date de parution 01 août 2004
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EAN13 9782367341620
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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Pour son premier roman, Christian Hyvernat nous fait découvrir Tahiti sous un angle un peu inédit. Sous le calme de ses eaux, le lagon bouillonne des actions les plus variées. L’auteur nous fait toucher du doigt que la position centrale de nos îles dans la zone du Pacifique en fait une région où peuvent se retrouver les tensions internationales. Loin d’être cantonnée dans un rôle hors du temps, Tahiti peut être aussi le carrefour des intérêts et des échanges même les plus durs entre toutes les puissances de la planète. Le charme des paysages et de la douceur de vivre sert de décor à l’action pure et dure. La distance n’implique pas le désintérêt ni la mise à l’écart de ce qui fait bouger le monde : les intérêts politiques et économiques, les luttes des groupes les plus divers et les plus acharnés. Mais ce n’est bien sûr que de la ficton...
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CHRISTIAN HYVERNAT
Opération TNT
À mon père
PROLOGUE
Gulachang, Chine du Sud, lundi 11 septembre, 6 h 30. Le soleil perçait à peine sur l’horizon. Les rues du petit village de pêcheurs dormaient encore et les vagues venaient battre doucement la plage sur laquelle reposaient, tirées au sec, une demi-douzaine de barques. Les filets de pêche bien étalés séchaient, suspendus à des tréteaux. Gulachang était en Chine du Sud, à l’extrémité d’un e petite péninsule, dans le département du Fujian, face à Taiwan. Des crêtes en touraient le village comme un amphithéâtre. La route qui y descendait et qui en était l’unique accès terrestre débouchait d’un petit col et serpentait entre des champs où poussaient quelques cultures faméliques. Celles-ci représentaient, avec les rares bêtes que ces paysans élevaient et la pêche, les seules ressources de la petite communauté. Des poulets erraient dans ces champs, cherchant leur pitance. Des chiens squelettiques se querellaient autour d’un rat crevé et leurs jappements de douleur quand ils se battaient étaient les uniques bruits qui animaient cet ensemble de petites maisons blotties le long de la plage. Un bourdonnement sourd s’éleva derrière la crête qui surplombait les habitations. Trois camions militaires bondés de soldats et précédés par une Jeep stoppèrent en vue du village. Dans la voiture de tête, un officier, reco nnaissable aux étoiles dorées qui brillaient sur ses épaulettes, se dressa. Les mains accrochées au pare-brise, porta à ses yeux une paire de jumelles et observa le groupe de maisons endormies à ses pieds. Apparemment satisfait du calme qui régnait dans les rues, il fit un signe de la main. Les trois camions, embrayant dans un grand craquement de boîtes de vitesse maltraitées, se remirent alors en route suivant la Jeep de leur chef. Ils descendirent la côte en faisant hurler leurs moteurs, réveillant le village. Et avant qu’ils n’arrivent à l’orée des premières habitations, un enfant sortit dans la rue et se mit à hurler : - Les soldats ! Les soldats ! Il entama une fuite désespérée vers la plage mais f ut cueilli par une rafale de kalachnikov qui le projeta la face contre terre dan s la poussière de la rue. Une femme sortit de la même maison et se précipita sur lui en criant. Elle aussi fut fauchée par les soldats qui étaient arrivés au centre et débarquaient des camions. Ils se répandirent dans les maisons, fracassant les portes d’entrée et poussant dans la rue les habitants arrachés à leur sommeil. En peu de temps, les dizaines de personnes composant la population du lieu furent regroupées sous la garde des soldats, f ace à l’officier commandant le détachement. Terrorisés, ils se serraient les uns contre les autres, s’attendant au pire. - Lequel d’entre vous est Tchen Piao ? hurla l’officier. Un vieillard se détacha du groupe de ses concitoyen s. C’était manifestement lui le chef du village. Il était grand et sa prestance devait en imposer quand il donnait un avis, raison pour laquelle les autres l’avaient probablement élu : - Vous venez de le tuer, dit-il d’une voix forte en désignant le jeune garçon baignant dans son sang.
Une crosse de kalachnikov s’abattit sur le visage d u malheureux qui tituba et s’effondra. Celui qui avait frappé cracha sur l’homme à terre : réaction de revanche d’un être faible face au courage. Le soldat était de la race des lâches, de ceux qui ne supportent pas les hommes courageux car ils les renvoient à leur condition misérable. - Je répète, lequel d’entre vous est Tchen Piao ? rugit l’officier en faisant les cent pas devant le groupe d’habitants. - Il n’est pas là, dit une femme, la voix tremblotante. - Où est-il ? tonna l’homme. - Il est parti pêcher tôt ce matin, dit la femme timidement. - Nous allons voir ça, reprit l’officier. Il désigna du doigt un petit homme qui tentait de se dissimuler derrière les autres. - Toi, approche. L’homme sortit du groupe en tremblant. Il était par tiellement chauve avec ça et là quelques mèches blanches. Il s’avança avec un regard apeuré. La seule émotion que semblait susciter l’officier était la crainte, une peur viscérale qui habite tous ceux qui n’ont jamais connu que la violence aveugle, une terreur incontrôlable. - Combien de barques avez-vous dans ce village ? demanda l’officier. - Six, camarade officier, répondit sans hésiter l’h omme, trop heureux de pouvoir apporter une réponse qu’il savait être exacte. - Sergent, apportez-moi les résultats de la dernièr e enquête de production économique, commanda l’officier à un de ses hommes porteur d’une grosse sacoche. Celui-ci en sortit une liasse de papiers et, les consultant rapidement : - Ils en avaient six au dernier recensement, camarade colonel. - Alors il est peut-être parti pêcher à la nage, ironisa l’officier en indiquant les barques tirées sur le rivage. Je vois les six ici. Le chef du village se releva difficilement. Sa joue, éclatée par la crosse du soldat, saignait. Mais quand il déploya sa haute taille, il ne fit pas un geste pour essuyer le sang : - Nous en avons récupéré une autre qui s’était écho uée dans les rochers et nous l’avons retapée, articula-t-il péniblement. - Menteur, éructa le colonel. Ou dissimulateur. Car vous n’en avez pas rendu compte au Comité régional du Parti. Fouillez toutes ces baraques, ordonna-t-il à ses hommes. Les soldats s’égaillèrent dans les maisons, défonçant les portes et balançant par les fenêtres les maigres richesses des habitants. Les lits, les meubles, les ustensiles volaient et s’écrasaient dans la poussière. Le colonel, faisant mine de ne plus s’occuper de to ut cela, s’éloigna et alla s’asseoir sur une souche d’arbre au bord de la plage. Les habitants se serraient les uns contre les autres, redoutant le pire. Ils avaient trop souvent vécu ces brimades que les autorités soi-disant populaires infligeaient au peuple. Soudain, comme pour donner corps à leurs craintes, un soldat surgit d’une des maisons en brandissant un livre. Il courut vers le colonel en exhibant son trophée. - Qu’est-ce que c’est ? demanda le colonel en prenant le livre. - Une Bible, camarade colonel. Il pensait se faire bien voir de son chef en produisant ce qu’il considérait comme la preuve de l’infamie de ce village. - Et alors, la religion est libre dans notre Chine Nouvelle, répondit l’officier qui, manifestement, n’attendait pas un aussi piètre butin. - Mais regardez donc dans la doublure de la page de garde, insista le soldat. Le colonel ouvrit l’ouvrage et, hors de la feuille partiellement décollée, apparut une photo représentant le Pape. - Va me chercher le chauve, laissa-t-il tomber. Le soldat repartit vers le groupe d’habitants qui s e demandait ce que tout cela signifiait, se doutant bien pourtant qu’ils n'avaient rien à attendre de bon de tels
hommes. Il attrapa le chauve et le poussa vers la plage. Celui-ci s’avança en titubant, poussé dans le dos à coups de crosse. Il s’effondra aux pieds du colonel. - Alors Li, qu’as-tu à dire de cela ? Tu as été placé ici pour nous dire ce que cachaient ces réactionnaires et tu n’as même pas été capable de voir que ce sont des papolâtres ? - Je t’assure, camarade colonel, dit-il d’une voix chevrotante, ils se méfiaient de moi. Je ne le savais pas. - Que tu dis ! Et si tu nous trahissais ? menaça le colonel. - Non, je t’assure, je ne le savais pas, gémit l’espion qui se trouvait comme souvent dans le cas des traîtres, méprisés par ceux-là même qui l’utilisaient. - Parle-moi un peu de ce Tchen Piao, dit l’officier avec une douceur trompeuse. - C’est l’élément le plus actif du village, camarad e colonel, dit-il très vite, trop heureux de donner des preuves de sa loyauté. Il était encore avec nous hier soir. Je ne sais rien de plus, je t’assure, camarade colonel ! s’empressa d’ajouter l’homme. - Tu mens et tu vas payer pour ça, jeta l’officier d’un air méprisant. De toute façon tu ne nous es plus utile ici. - Non, camarade colonel, pitié, hurla le traître en se jetant à ses pieds ! Mais l’officier, inflexible, sortit son pistolet et l’abattit d’une balle en pleine tête. Il se retourna lentement vers les villageois qui n’avaient rien perdu de la scène. En brandissant la photo du Pape, il hurla : - Vous n’êtes qu’une bande de sales papistes. Notre gouvernement, dans sa grande mansuétude vous a autorisés à pratiquer votre religion. Il a même autorisé l’existence d’une Église patriotique et vous l’avez trahi en suivant les ordres d’un vieillard étranger qui ne nous reconnaît même pas. Une dernière fois, où est Tchen Piao ? - Nous te l’avons dit, répondit le chef du village d’une voix calme mais puissante, il est parti pêcher tôt ce matin. - Tant pis pour vous, déclara seulement le colonel. Je vais abattre un à un tes camarades jusqu’à ce que tu nous dises où il est réellement. Tu seras le dernier à mourir. Joignant le geste à la parole, il prit un des enfan ts par les cheveux, l’obligea à s’agenouiller et posa son pistolet sur sa nuque. Une femme sortit du groupe et se jeta à ses pieds, l’implorant d’épargner son fils. Le soldat qui était tout à côté la repoussa brutalement d’un coup de pied. Ce geste provoqua dans le groupe de villageois un mouvement que les soldats eurent du mal à réprimer. La tension montait vite et les soldats devenaient nerveux. Leurs yeux parcouraient les visages des habitants avec inquiét ude. Ils s’écartèrent un peu en affermissant leurs armes dans leurs mains. Le colonel resta de marbre et, relevant le chien de son pistolet, fit feu sur son otage. Dans un grand cri, le chef du village se jeta en avant et, sans que personne ne put l’arrêter, il bondit sur le premier soldat venu don t il arracha l’arme. Cette attaque inattendue paralysa un instant les soldats. Mais ils se ressaisirent rapidement en voyant d’autres villageois s’avancer ; ils se mirent alors à tirer en longues rafales dans le groupe qui s’effondra comme un château de cartes. Les corps s’amoncelaient, criblés de balles. - Halte au feu, hurla le colonel. Mais l’ivresse des tirs semblait avoir rendu les soldats sourds à tout ce qui n’était pas leur sinistre besogne. - Halte au feu, hurlait toujours l’officier. Quand, enfin, il réussit à se faire entendre, tout se calma peu à peu. Il ne restait pas un villageois debout et les soldats, comme paralysés de stupeur, contemplaient le massacre, hagards. L’air était empli de l’âcre odeur de la poudre. Furieux, le colonel vociférait : - Bande d’imbéciles, vous n’êtes pas capables de vo us maîtriser et de contrôler quelques malheureux villageois ! - Mais, camarade colonel... osa un des officiers.
- Silence, abruti ! Maintenant, assurez-vous que plus personne ne vit ! Foutez-moi le feu à ce repaire de traîtres et rassemblement aux camions ! Et il s’éloigna rapidement tandis que ses hommes, s éparant les corps épars, les achevaient tous d’une balle dans la tête, qu’ils respirent encore ou pas. Puis les soldats allèrent chercher des bidons d’essence aux véhicules et, aspergeant les maisons, y mirent le feu. Instantanément, les baraques en bois s’enflammèrent et, rapidement, ce qui était un petit village de pêcheurs devint un immense brasier. Quand leur œuvre fut achevée, les soldats retournèrent aux camions, un peu penauds de leur manque de sang-froid. Ils se rassemblèrent en rangs devant le colonel qui les attendait, l’ air peu amène. Quand ils furent tous en ordre, celui-ci s’adressa au lieutenant qui avait tenté d’expliquer le geste de ses hommes. - Tu vas rester ici avec cinq hommes et attendre le retour du fameux Tchen Piao. Vous me le ramènerez à la caserne et vivant, cette fois. Puis, sans plus attendre, il remonta dans sa Jeep qui démarra, laissant les hommes sur place. Les gradés réagirent bientôt ; par de grands coups de gueule, ils firent remonter leurs soldats dans les camions et suivirent le colonel dans un tourbillon de poussière. Resté seul avec son groupe, le lieutenant fit garer le camion à l’ombre d’un arbre à l’entrée du village et plaça ses hommes dans des buissons pour contrôler toute nouvelle arrivée.
Le jour baissait et les ruines du village fumaient encore. Les soldats étaient restés toute la journée à guetter les mouvements qui auraient pu signifier le retour de celui qu’ils attendaient. Quand le soleil disparut derrière le col, ils s’enhardirent et sortirent de leurs cachettes pour bouger un peu. Les ombres s’étendaient et leur instinct grégaire les poussait à se rapprocher pour combattre la peur sournoise qui émanait des ruines du village et les envahissait peu à peu. Les corps des villageois étaient restés là où ils avaient été achevés et, durant toute la journée, la chaleur du soleil en avait accéléré la décomposition. Des mouches avaient envahi le charnier. De temps à autre, un chien famélique s’approchait des cadavres et essayait de grappiller un peu de nourriture. Une ou deux fois, un soldat ne supportant pas ce spectacle, lâcha une rafale su r les charognards, mais il se fit vertement rappeler à l’ordre par l’officier qui avait pris place dans le camion, à côté du poste radio. Quand l’obscurité fut presque complète, adoucie par la seule lueur de la lune, on n’entendit plus dans le village que les gémissements des chiens qui erraient. Un des soldats s’éloigna doucement vers la plage et s’isola derrière un buisson. Il se débarrassa de son harnachement, le laissant tomber à terre. Il plaça son arme dessus et entreprit de détacher son pantalon. Mais il ne put terminer son geste. Une main se posa sur sa bouche tandis qu’il ressentait une violente douleur dans le dos. Il s’effondra sans un cri. La nuit cloisonnait les soldats dans leur entourage immédiat. Ils ne se voyaient pas les uns les autres. L’officier, sorti de son camion, s’efforça de repérer ses hommes et, à de petits détails, parvint à en localiser quatre seulement. Il décida de faire le tour de ses postes. Cheminant dans l’ombre, il s’approchait de chacun d’eux et restait un moment avec lui, vérifiant que leurs secteurs de surveillance se recoupaient bien et qu’aucun accès au village n’était oublié. Il trouva ses soldats nerveux et tenta de les rassurer. Après
tout, ils n’avaient personne à craindre sinon, éventuellement, un simple pêcheur auquel, d’ailleurs, il ne croyait plus beaucoup. Le poste avoisinant la plage n’était plus occupé et il pesta intérieurement contre celui qui devait s’y trouver. Il revint en arrière pour questionner l’homme le plus proche. - Je l’ai aperçu allant vers la plage il y a quelques minutes, répondit celui-ci. - Viens avec moi, ordonna le lieutenant, soudain méfiant. Ils s’avancèrent vers la mer, suivant sans le savoir les traces de leur compagnon. Le lieutenant sortit son revolver de son étui par p ur réflexe. Le soldat marchait immédiatement derrière, mettant ses pieds dans les traces de son chef. Quand ils arrivèrent à proximité des buissons bordant la plage, l’officier lui fit signe de les contourner par la droite tandis qu’il se dirigerait vers la gauche. L’ombre des buissons empêchait toute visibilité et l’officier s’avança prudemment. Il buta soudain sur les équipements laissés à terre. I l se redressait pour appeler son accompagnateur quand il se sentit happé par deux bras vigoureux. Une lame s’enfonça brutalement dans sa gorge qui émit un gargouillis ignoble et il s’effondra sans un bruit, rejoignant le corps de l’homme qu’il recherchaient. Le soldat, qui avait fait le tour des buissons par l’autre côté, surgit à cet instant. Paralysé de stupeur, il n’eût pas le temps de résister. À son tour, il s’écroula, le couteau planté dans la poitrine, juste entre deux côtes, le cœur transpercé. Les trois survivants du groupe ne se doutaient de rien. L’un après l’autre, ils furent égorgés sans pouvoir réagir. Quand tout fut terminé, une silhouette sortit de l’ombre et s’avança vers les corps des villageois laissés tels qu’ils étaient tombés. L’ho mme était grand mais ses mains puissantes se firent douces tandis qu’il caressait les joues de ses compagnons. Sur le visage fermé, la lueur de la lune fit briller deux larmes qui coulaient de ses yeux bridés. Il alla jusqu’au cadavre de l’enfant qui avait été tué le premier et sur celui de sa mère. Les deux corps gisaient, serrés l’un contre l’autre, les bras de la femme entourant le corps de son fils dans un geste dérisoire de protection. L’homme tomba à genoux et pria un instant sur les deux cadavres. - Sois en paix, petite maman, ces chiens ont déjà commencé à payer. Il se releva lentement et entreprit de regrouper les corps des soldats. Il les aligna au pied du camion et les hissa à l’intérieur un par un. Quand ce fut terminé, il prit une musette traînant dans la caisse du véhicule et y fourra les chargeurs qu’il avait récupérés sur les corps des soldats. Après un dernier regard vers les siens qu’il laissait volontairement sans sépulture pour ne pas signaler son passage à d’éventuels curieux, il démarra et s’éloigna vers le col. Kiu Tchen Piao savait qu’il ne reviendrait plus dans ce village. Il continuerait sa lutte contre les tyrans sanguinaires qui étaient responsables de la mort de toute sa famille et, surtout, de l’esclavage de tout son peuple. Son absence, ce matin-là lui avait épargné le sort réservé aux autres habitants. Il était bien parti en bateau, mais pas pour pêcher. Il s’était rendu par la mer dans une grotte creusée dans la falaise, sur la côte au nord du village. Là, était entreposé tout un matériel de transmission qui lui servait à communiquer avec ses correspondants de Taiwan. Il était, en effet, un des agents de renseignements des services secrets de la Chine nationaliste. Son activité était toujours restée in connue même des autres habitants, à l’exception du chef du village qui lui avait transmis le relais quand l’âge ne lui avait plus permis de servir lui-même. Il avait suivi un entraînement intense avec ce dernier dès que ses aptitudes physiques et mentales avaient été considérées comme prometteuses par celui qu’il considérait comme un père, ayant perdu le sien avant sa naissance. Il restait un des meilleurs pêcheurs de la communauté mais ce qui donnait un sens à sa vie était de servir à la libération de son pays, la Chine.