Roman bleu amer

Roman bleu amer

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Français
94 pages

Description

Sur fond d'intrigue policière psychologique, des personnages de tous âges se croisent dans le climat actuel de violence et de complexité.
Chacun se débrouille comme il peut avec le temps, l'amour, l'envie d'exister.


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Date de parution 27 avril 2017
Nombre de lectures 3
EAN13 9782414046478
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

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Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-414-04645-4

 

© Edilivre, 2017

Exergue

 

 

J’étais un être de l’espèce des revolvers, des pétards et des bombes. Moi aussi, un jour, au terme de ma sombre vie, j’exploserais et j’illuminerais le monde d’une flamme violente et brève comme un éclair de magnesium.

Jean-Paul Sartre Erostrate Le Mur

Le présent est d’éternité

I

La mer fouette le bas du mur et la chambre entière vibre de cette répétition. L’inspecteur Breudel a du mal à se concentrer sur la scène de crime. La fenêtre est ouverte sur l’azur infini en contrepoint du corps crispé à jamais dans le lit blanc et ce contraste le trouble. Il attend depuis une demi-heure que l’équipe habituelle arrive faire son travail et se sent mal à l’aise dans la pièce. Des bruits dans l’escalier viennent distraire sa réflexion.

Après les salutations d’usage, chacun se met au travail faisant reculer l’inspecteur sur le palier. Cette maison, il la connait depuis longtemps, habitée habituellement par une vieille fille sans âge du nom de Rose Piquet qui loue les lieux de sa villa chaque été à des estivants amoureux de la mer. Gamin, il venait jouer tout près de là, intrigué par les locataires arrivés de la ville. Il aimait particulièrement cette habitation en limite de mer au point que lors des grandes marées, les vagues venaient cogner le bas du mur. Il se souvient bien d’une jolie petite fille brune qui l’avait fait rêver tout un été. Une petite parisienne débarquée aux premiers soleils avec sa famille. Absorbé par ce souvenir il sursaute à l’appel de son nom. Il n’a que peu dormi la nuit d’avant. On l’interroge, lui demande son avis ? Le corps ne livre pour l’instant que des banalités. Une femme d’une soixantaine d’années, présentable en dépit des circonstances, les cheveux légèrement grisés, des traits plutôt plaisants qui lui ont semblés presque familiers. Mais pourquoi Rose Piquet a-t-elle de suite alerté la police ? Les indices relevés figurent à présent sur une liste courte, appendicectomie, griffures sur les jambes et les avant bras, pas d’alliance, les mains crispées sur un ultime désespoir ? Elle a vomi. Il faudra attendre l’autopsie pour en apprendre plus. L’autopsie d’un corps sans âme.

L’assaut des vagues a diminué et les voix occupent à présent tout l’espace sonore. Ce brouhaha lui semble incongru en présence du corps. Il se remémore les faits. A huit heures, moment convenu du petit déjeuner, alors qu’elle ne reçoit aucune réponse à ses appels depuis plusieurs minutes, Mademoiselle Piquet s’affole, grimpe l’escalier jusqu’à la chambre, découvre le corps inerte. Elle se précipite appeler la police. Elle se tient encore présentement au bas du lit, dans une attente muette.

L’inspecteur la prévient qu’elle sera interrogée dans la journée et qu’elle devra se présenter au commissariat « demain à 11h » lui précise-t-il après avoir constaté à sa montre qu’il n’est pas encore dix heures. Tout le monde ressorti il revient près de la morte demandant aux brancardiers de lui laisser un moment supplémentaire d’examen.

La fenêtre a été refermée et la confrontation avec le corps se fait plus intime. La mer bleue vert disparue, il scrute le visage aux yeux refermés sur une énigme qu’il va devoir laisser se résoudre. C’est bien de cela dont il s’agit, laisser la vérité se faire jour, ne surtout pas l’entraver. Rien ne permet apparemment de conclure à une mort violente. Sinon le fait qu’elle a vomi et… cette lettre déposée sur le chevet dont il a déchiffré le contenu avec effarement, qu’il a fourrée dans sa poche et dont il s’est promis de garder le secret le plus longtemps possible. Il n’a pas d’autre choix s’il veut laisser au temps la part belle dans cette sale histoire. La marée des commérages risque sinon de “noyer le poisson” comme on dit ici.

Mais voici que sa jeune stagiaire arrive essoufflée jusqu’à lui, s’excusant de son retard le laissant sans voix durant les quelques secondes où il doit chercher désespérément son prénom. Il doit s’y résoudre, malgré sa volonté d’échapper à l’usure, les petites choses du quotidien se dérobent de plus en plus à lui. Il grommelle de vagues sons qu’elle prend pour un reproche, lâchant enfin un retentissant – Héloïse » tu es en retard, on y va maintenant ! J’ai une audition à 11 heures, pressons !

Pas aimable ce matin l’inspec se dit la jeune femme. Mais il va se détendre, comme d’hab, et il m’en dira plus tout à l’heure au café-break. Elle est jolie Héloïse, le teint clair et les yeux bleu mer, des cheveux aux reflets de cuivre attachés en natte ce matin. En dépit de sa déception à son arrivée au commissariat (il aurait préféré former un garçon), l’inspecteur commence à apprécier la jeune femme. Deux générations les séparent et ce sont deux univers bien distincts qu’ils ont à conjuguer. L’incroyable désinvolture de cette nouvelle génération le fascine, libres qu’ils sont tous à chaque seconde de prendre ou de laisser, dans un détachement plus fort que le poids des années et de l’expérience de vie de leurs aînés. Comme s’ils en savaient plus que leurs pairs, habitués qu’ils sont depuis leur naissance à s’adapter en permanence à la mouvance du monde. Certains de ses collègues nient ces valeurs nouvelles mais lui, l’inspecteur, aime apprendre et il observe ces nouveaux comportements avec curiosité. Il jauge mentalement la valeur de ses vingt ans lointains, en regard de cette jeunesse débridée, regrettant parfois de ne pouvoir tout recommencer avec plus de légèreté.

Il conduit sa Peugeot dans la désinvolture de l’habitude, la jeune Héloïse à son côté n’ose rompre le silence imposé. Elle se sent en faute et ne veut surtout pas en rajouter. Breudel éclate soudain d’un rire inattendu et communicatif et la journée commune prend enfin son départ.

– Vous la connaissiez cette femme ? ose-t-elle demander.

– Quelle femme, réplique-t-il, la morte ou la logeuse ?

– La morte bien sûr reprend Héloïse.

– J’ai eu cette impression reprit Breudel, une vague reconnaissance. Mais à mon âge les souvenirs submergent le reste.

– Encore votre âge rétorque Héloïse, reprenant le cours d’un échange habituel. Mais votre impression ? insiste-t-elle : mort naturelle ou mort suspecte ?

– Toutes les morts semblent suspectes reprend Breudel, on ne s’y fait jamais. Plus sérieusement, c’est pas si clair, même si le toubib a conclu à une probable mort naturelle, y’a de quoi réfléchir et on va s’y atteler. Il pense tout à coup qu’il a le même âge que la morte, que ça pourrait être lui. Et même s’il semble s’être fait au fil du temps à l’idée de disparaître, l’hypothèse lui semble incongrue. Que tout s’arrête pour l’un et que ça continue pour les autres n’est pas humainement imaginable. Pour lui toute mort reste une énigme et l’idée l’effleure que c’est peut-être pour cette raison toute simple qu’il a entrepris la carrière de policier. Pour le pouvoir de traiter la mort en intruse et de remettre en cause son évidence, de venir à bout de sa monstruosité. Il se réjouit brusquement de la jeune silhouette à ses côtés et de son concentré d’espérance.

– On fait quoi mainenant ?

– Début de l’instrucion de l’histoire en cours, la logeuse a rendez-vous demain à 11 h au commissariat.

– Vous la connaissiez ?

– Oui. Elle habite la commune depuis toujours.

– Vous avez déjà votre idée sur cette affaire ?

– Apprends petite qu’il convient de la garder pour soi au départ son idée, et même le plus longtemps possible. Qu’il vaut mieux presque ne pas se l’avouer à soi-même et se laisser plutôt pénétrer peu à peu par les indices en gardant tous ses sens en alerte, un peu comme à l’allumage d’un moteur, le bon moment et le juste enchainement. Sinon, ça s’étouffe, et on reste sur place.

– Vous l’aviez déjà vue la morte ?

– Une estivante je crois, déjà venue ici mais il y a longtemps. Nous en saurons plus à l’audition de la logeuse.

– Je pourrai assister à l’entretien ?

– Oui, mais dans un petit coin et sans rien dire. Ça sera dur pour toi non ?

 

II

A cette heure-là le troquet s’anime, les pichets de cidre harmonisent les tables et ça sent bon la crêpe et l’andouillette. La trentaine alerte, Sylvie s’active à servir les clients de son mieux, des habitués et des touristes dont le rose aux joues témoigne de leur récente randonnée iodée.

– Dommage que je n’aie finalement pu assister à l’audition. Vous en pensez-quoi patron, elle a dit des choses intéressantes Solange Piquet ?

– Hummm… Pas très loquace...