Sans raison

Sans raison

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Français
453 pages

Description

« Une aventure riche en rebondissements menée avec brio ! » Femme d’Aujourd’hui

Le livre : Kay Scarpetta, à présent consultante à l’Académie nationale des sciences légales de Floride, est plongée dans une affaire de meurtres où les indices matériels divergent, évoquant un tueur qui agirait sans raison. Entourée de son équipe, Marino, Wesley et sa nièce Lucy, elle tente d’établir un lien entre les suspects potentiels et ces crimes. Parallèlement, elle enquête sur l’étrange disparition de quatre personnes dans une propriété tranquille. Un psychopathe va alors lui apporter son concours en distillant, de sa prison, des informations dont elle ignore si elles sont une aide précieuse ou visent à brouiller les pistes, sans raison.
L’auteur : Patricia Cornwell est internationalement connue pour sa série mettant en scène le médecin légiste Kay Scarpetta, traduite en trente-six langues dans plus de cinquante pays. Elle compte plus de vingt titres ayant figuré en tête des ventes du New York Times, avec cent millions de livres vendus à travers le monde. Son premier livre, Postmortem, est le seul roman à avoir remporté la même année cinq des plus importants prix récompensant un roman policier, dont celui du Roman d’aventure en France. Patricia Cornwell fut la pionnière du « polar scientifique » grâce à sa grande maîtrise des sciences légales, et sa connaissance des techniques et des méthodologies scientifiques. Elle est la co-fondatrice de l’Institut de sciences médico-légales de Virginie et membre du conseil national de l’hôpital McLean, affilié à Harvard. En 2011, elle a été nommée chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres.

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Publié par
Date de parution 25 mars 2015
Nombre de lectures 2
EAN13 9782848932194
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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CHAPITRE 1

Ce dimanche après-midi, le Dr Kay Scarpetta se trouve dans son bureau de l’Académie nationale de sciences médicolégales, à Hollywood, Floride. Les nuages s’amoncellent, présage d’un nouvel orage. Les mois de février ne sont d’habitude pas si chauds et pluvieux.

Des détonations résonnent dans le lointain, des voix claquent, mais elle ne parvient pas à saisir la teneur de ce qui s’échange. Les simulations de combat sont très prisées durant les weekends. Les agents des opérations spéciales se pourchassent, vêtus de tenues de camouflage noires, ils tirent en rafales sur tout ce qui bouge et personne ne les entend. Sauf Scarpetta, mais elle n’y prête même plus attention. Elle continue d’étudier le certificat rédigé par un coroner de Louisiane à la suite de l’examen d’une patiente qui devait plus tard abattre cinq personnes et prétendre qu’elle ne conservait aucun souvenir de ses faits et gestes.

L’écho d’une moto qui se rapproche lui parvient vaguement. Scarpetta doute que ce cas puisse intégrer le programme de recherche portant sur les déterminants préfrontaux de la réactivité agressive manifeste – le Prefrontal Determinants of Agressive-type Overt Responsivity – dont l’acronyme n’est autre que PREDATOR.

Elle rédige un mail à l’intention de Benton Wesley, psychologue spécialisé en criminologie :

 

inclure un sujet de sexe féminin dans l’étude serait intéressant. mais peut-être les données obtenues grâce à ce cas ne seraient-elles pas exploitables. je pensais que tu avais restreint le protocole aux seuls sujets de sexe masculin.

 

La moto s’approche du bâtiment dans un rugissement de moteur et stoppe juste sous la fenêtre de son bureau. Pete Marino vient encore lui casser les pieds, songe-t-elle avec irritation. Benton lui répond aussitôt :

 

de toute façon, la louisiane ne nous autorisera sans doute pas à la faire transferer jusqu’ici. ils aiment trop executer leurs condamnés. cependant, leur cuisine est géniale.

 

Elle jette un coup d’œil par la fenêtre. Marino coupe le contact, descend de selle et lance un regard macho autour de lui, se demandant à son habitude si quelqu’un n’est pas embusqué dans les parages, en train de le surveiller. Elle fourre les dossiers concernant PREDATOR dans le tiroir de son bureau lorsqu’il pénètre dans la pièce, sans se donner la peine de frapper, et s’affale sur une chaise.

– Vous avez des infos au sujet de l’affaire Johnny Swift ? demande-t-il.

Ses énormes bras musculeux et couverts de tatouages sortent d’un gilet de jean dont le dos est décoré du logo Harley.

Marino est responsable de la section d’enquête de l’Académie et enquêteur criminel à mi-temps pour les bureaux du médecin expert de Broward County. Depuis quelque temps, il s’est métamorphosé en parodie de loubard à moto. Il pose son casque noir éraflé, décoré de décalcomanies imitant des impacts de balles, sur la table de travail, un de ces casques qui protègent à peine le haut du crâne.

– Rafraîchissez un peu ma mémoire. Quant à cette chose, elle est tout juste bonne à trôner en ornement sur le carénage du réservoir, ajoute-t-elle en pointant son doigt vers le casque. C’est de la frime et totalement inutile en cas d’accident.

Il balance un dossier sur son bureau et annonce :

– Un médecin de San Francisco qui a un cabinet ici, à Miami. Lui et son frère possédaient un appart’ en bord de mer. C’est tout proche du Renaissance, vous savez ces deux immeubles jumeaux d’appartements luxueux pas très loin du John Lloyd State Park ? Y’a environ trois mois de ça, c’était à Thanksgiving, il est venu y séjourner quelque temps. Son frère l’a retrouvé mort, sur le canapé, d’un coup de fusil dans la poitrine. Tant que j’y pense, il venait tout juste de subir une opération des poignets et ça se passait pas trop bien. Comme ça, à première vue, ça avait tout l’air d’un suicide.

– Je ne faisais pas encore partie des bureaux du médecin expert, lui rappelle-t-elle.

Elle était déjà directrice du département de sciences et de médecine légales de l’Académie à cette époque-là. En revanche, ce n’est qu’en décembre dernier qu’elle a accepté de devenir l’anatomopathologiste consultante de l’institut médico-légal de Broward County, lorsque le Dr Bronson, l’actuel médecin expert, a commencé à lever un peu le pied en évoquant sa prochaine retraite.

– En effet, je me souviens d’avoir entendu mentionner cette affaire, poursuit-elle.

La présence de Marino la met mal à l’aise. D’ailleurs, elle est de plus en plus rarement contente de le voir.

– C’est le Dr Bronson qui a pratiqué l’autopsie, précise-t-il en inventoriant du regard les piles qui s’entassent sur son bureau et en évitant, autant que faire se peut, de lever les yeux vers elle.

– Il s’agit d’une de vos enquêtes ?

– Nan. J’étais pas en ville. Mais le dossier n’est toujours pas refermé parce que, sur le coup, la police de Hollywood s’est demandé si ça cachait pas autre chose. Ils avaient Laurel dans le collimateur.

– Laurel ?

– Le frère de Johnny Swift, c’est des vrais jumeaux. Comme les flics avaient pas le début d’une preuve pour étayer leurs soupçons, les choses en sont restées là. Et puis, vendredi à trois heures du matin, j’ai reçu un appel téléphonique chez moi. Un de ces appels de fondu, et on est parvenu à le localiser. Ça provenait de Boston.

– Boston dans le Massachusetts ?

– Celui-là même.

– Mais, je pensais que vous étiez liste rouge.

– Tout juste.

Marino extrait un bout de papier marron déchiré de sa poche de jeans et le déplie en déclarant :

– J’vais vous lire ce que ce mec m’a dit, parce que j’ai tout marqué, mot pour mot. Il se fait appeler Ode.

– Comme un poème ? Ce genre d’ode ?

Elle le dévisage, se demandant s’il n’est pas en train de la mener en bateau, de chercher à la ridiculiser. Dernièrement, il s’est souvent essayé à ce genre de petits jeux.

– Il a juste dit : « Je suis Ode. Tu leur as envoyé un châtiment de dérision. » Genre, je sais même pas ce que ça veut dire, et il a ajouté : « Certains objets ont disparu de l’appartement de Johnny Swift. Si tu possèdes quelques neurones, tu n’as qu’à t’intéresser de près à ce qui est arrivé à Christian Christian. Il n’existe aucune coïncidence. Tu ferais mieux d’interroger Scarpetta, parce que l’Œil de Dieu vous voit et qu’Il écrasera tous les pervers, et ça inclut sa gouine de nièce. »

Le ton de Scarpetta est calme, parfaitement maîtrisé lorsqu’elle s’enquiert :

– S’agit-il de ses mots exacts ? En êtes-vous certain ?

– Pourquoi ? Vous trouvez que je ressemble à un romancier ?

– Christian Christian ?

– Qu’est-ce que j’en sais, moi ! Parce que, pour tout vous dire, le mec en question avait aucune envie que je lui pose des questions et certainement pas comment il épelait un mot ou un autre. Il avait une voix très douce, comme quelqu’un qui ne ressent rien, une de ces voix plates. Et ensuite, il a raccroché.

– A-t-il mentionné le nom de Lucy ou juste…

– Je viens de vous répéter exactement ce qu’il m’avait dit, l’interrompt-il. C’est votre seule nièce, non ? Donc, c’est clair qu’il parlait d’elle. Et, au cas, où vous auriez pas percuté, ODE, ça pourrait être ODD, c’est-à-dire cet Œil De Dieu qu’il mentionne. Bon, pour vous la faire courte, j’ai aussitôt contacté la police de Hollywood et ils souhaitent qu’on examine au plus vite le dossier concernant l’affaire Johnny Swift. Apparemment, y’a une merde quelque part. Certains indices indiqueraient qu’il a été abattu d’une certaine distance, et d’autres à bout portant. C’est soit l’un, soit l’autre, non ?

– Si une seule balle a été tirée, en effet. Il doit exister un biais d’interprétation. Avez-vous une idée au sujet de ce Christian Christian ? Du reste, s’agit-il d’une personne ?

– Jusque-là, aucune de nos recherches informatiques n’a rien donné.

– Pourquoi avez-vous attendu aujourd’hui pour me le dire ? Je n’ai pas bougé du week-end.

– J’avais d’autres trucs en cours. Parvenant à se dominer, elle rétorque :

– Enfin, lorsque vous obtenez des informations au sujet d’une affaire de ce genre, vous ne devriez pas attendre deux jours avant d’en discuter avec moi.

– Ouais, ben vous êtes peut-être pas la mieux placée pour parler de rétention d’information.

– Je vous demande pardon ? lâche-t-elle en pleine incompréhension.

– Vous devriez faire un peu plus attention, c’est tout ce que j’ai à dire.

– Vos remarques cryptiques ne m’aident pas.

– Ah, j’allais oublier… Le département de police de Hollywood aimerait bien avoir l’opinion professionnelle de Wesley, ajoute-t-il comme s’il venait d’y repenser, comme si ladite opinion lui était parfaitement indifférente.

Marino n’a jamais fait preuve d’une grande habileté lorsqu’il s’agissait de dissimuler ses véritables sentiments vis-à-vis de Benton Wesley.

– Certes, ils peuvent lui demander d’évaluer le dossier, approuve-t-elle. Cela étant, je ne peux pas me prononcer à sa place.

– Ils souhaitent qu’il analyse le coup de téléphone que j’ai reçu de ce givré d’Ode ou Odd… Est-ce qu’il s’agissait juste d’une mauvaise plaisanterie ? Je leur ai répondu que ça n’allait pas être facile puisque l’appel a pas été enregistré et que Benton aura à sa disposition que ma version gribouillée sur un sac en papier.

Il se lève. Sa grande carcasse semble encore plus impressionnante qu’à l’accoutumée, et elle a le sentiment de rapetisser. Il ne lui faisait pas cette impression avant. Il récupère son casque peu fonctionnel et chausse ses lunettes de soleil. Son regard l’a évitée durant toute la conversation. Maintenant, elle ne peut même plus voir ses yeux. Elle ne peut plus voir ce qui les habite.

– Je vais m’y plonger. Aussitôt, annonce-t-elle comme il se dirige vers la porte. Nous pourrons en discuter un peu plus tard.

– Ouais.

– Pourquoi ne pas passer à la maison ?

– Ouais, répète-t-il. Quelle heure ?

– Dix-neuf heures.